TRAITEMENT ET PROPHYLAXIE
On a essayé de tout temps le traitement de l’affection causée par les échinocoques et l’on a assez souvent réussi. Les moyens chirurgicaux sont variés : la ponction simple a pu , parfois, déterminer la guérison , en d'autres cas des accidents l’ont suivie. C’est à la ponction que l’on a le plus souvent recours dans les pays où la maladie est endémique comme l’Australie et l'Islande. On a tenté aussi l’incision directe de l’échinocoque, l’ouverture de la poche à l’aide des caustiques, et cette dernière méthode, due à notre compatriote Récamier a produit de très bons résultats. Le traitement chirurgical, on le conçoit sans peine, n’a pas toujours débarrassé les malades : l’on sait que les échinocoques ne sont pas toujours uniques , et il est parfois arrivé que l’ouverture d’un kyste n’a nullement débarassé le malade , d’autres échinocoques placés dans épaisseur des tissus échappaient au chirurgien et continuaient leur évolution.
On n’a pas encore tenté que je sache, d’opérer les hydatides du cerveau, cependant cela paraît praticable. L’observation a montré que dans le plus grand nombre de cas , il n’existe qu’une seule échinocoque dans cet organe. Or, il est très rare, bien que le fait ait été observé et suivi de guérison, que le parasite détruise les tables du crâne pour arriver au-dehors.
(!) Dr J Carrière, De la tumeur hydatique alvéolaire, Archiv de phys norm. etpathol., t. II 1869, p. 132.
Pourquoi alors, dans les cas où le diagnostic a été posé , ne tenterait-on pas la ponction capillaire, souvent heureuse pour les kystes du foie? Il semble que, lorsque le péril est immminent, l’on n’aurait, qu’à y gagner.
Le traitement médical a été aussi tenté. L’application de l’électricité compte, paraît-il, un certain nombre de succès. On a préconisé tour à tour le protochlorure de mercure , l’iodure et le bromure de potassium , le kamala mais rien de bien concluant ne ressort des observations qui ont été publiées. Laennec , partant de la considération que les Moutons des prés salés sont exempts d’échinocoques et qu’on n’en rencontre pas chez les marins , conseilla un traitement par le chlorure de sodium qui, paraît-il, a cessé d’être en faveur.
En relatant les idées de Laennec dans le traitement des échinocoques , Da vaine ajoute que le chlorure de sodium existant en grande proportion dans le liquide des hydatides (P , il est peu probable que cette substance puisse déterminer la mort des vers vésiculaires ; que « si , toutefois , il favorise la » guérison, c’est sans doute en agissant sur l’économie du malade, comme » peut-être il le fait sur celle des marins pour les en préserver ; mais l’absence » des hydatides chez les matelots et chez les animaux qui paissent dans les » prés salés , pourrait tenir à des circonstances qui empêchent la transmission » de ces vers.»
Nous ne saurions tirer a priori, la môme conclusion, que Da vaine, de la présence du sel dans le liquide des échinocoques. Il faut rapprocher de ce fait différentes observations telles que celles de la présence du sucre dans les hydatides du foie (Ch. Bernard et Axenfeld), celle des sels de l’urine dans des échinocoques de la vessie (H. Barrer) , de l’hématoïdine (Charcot , Robin, Leudet). Frète au a aussi montré combien la matière colorante du sang passe facilement à travers la paroi de l’échinocoque. Leuckart parle de la couleur rouge-sang qu’il a vue chez les Cysticercus pisif orrais et tenuicollis . Cru veilhier a fait voir aussi que, plongées dans l’encre, elles se coloraient rapidement à l’intérieur. La présence du chlorure de sodium, pour nous , est due à un fait analogue d’endosmose ; cette substance ne forme pas une
(1) L'on sait que le chlorure de sodium est assez abondant dans le liquide des échinocoques pour que , si l'on en laisse évaporer une goutte sous le microscope , il se forme des cristauic.
partie nécessaire et constituante du ver vésiculaire comme on le croit (1). Nous ne serions donc pas surpris qu’un excès de chlorure de sodium dans les liquides de l’organisme, ne déterminât un accroissement notable de la proportion de sel contenue dans le liquide de l’échinocoque et, par suite, la mort de ce parasite. Nous pensons que l’inutilité du chlorure de sodium dans le traitement des hydatid.es n’est pas prouvée , que l’on devrait revenir aux idées de Laennec et instituer un traitement méthodique de cette affection, par l’emploi de cette substance à l’intérieur.
Le traitement des affections causées par les cysticerques est à peu près nul. Jaccoud a conseillé l’usage de l’iodure de potassium. Broca a ponctionné les kystes du parasite (2).
L’insuffisance du traitement dans les affections causées par les vers vésiculaires, montre toute l’importance de la prophylaxie. L’on connaît parfaitement les causes de cette maladie et il ne serait pas difficile de les restreindre encore , sinon de les empêcher tout à fait. Des réglements hygiéniques arrêteraient bientôt la ladrerie dans les pays , comme le Limousin, où elle est plus commune, et l’on diminuerait d’autant les chances qu’a l’Homme de prendre cette maladie.
Nous avons eu. à Lille même, un exemple de l’influence salutaire des mesures hygiéniques contre l’invasion du ver solitaire. Nous lisons, en effet, dans un rapport présenté en 1866 au maire de la ville de Lille, rapport signé par le prof. Dareste , les lignes suivantes que nous transcrivons, à cause de l’intérêt qu’il présente au point de vue local : « La ladrerie estinconnue dans
(1) Rappelons à ce sujet que les différentes sérosités morbides contiennent toutes des proportions notables de chlorure de sodium ; on a même trouvé dans le liquide de l’hydrocèle le chiffre considérable de 72 sur 1000 parties; mais, dans la plupart de ces liquides, la proportion desel est de 6 à 8/1000. M. Blaye , élève du laboratoire de chimie de laFaculté des Sciences , a bien voulu doser le liquide des vers vésiculaires et il a trouvé chez le Cysticercus tenuicollis 7,05 pour 1000 de chlorure de sodium et pour l’échinocoque 5/1000.
(2) La ponction des kystes pourrait surtout être utile si les cysticerques se reproduisaient sous cette forme dans l’organisme. Boyron dans le travail cité , se demande — après DELPECH — si cette reproduction peut avoir lieu et il répond que les opinions sont partagées à ce sujet. 11 cite à ce propos la zoologie médicale de Moquin- Tandon , Gervais et van Beneden , dit que Steenstrup , von Siebold et Küchenneister admettent qu’il y a chez les cysticerques une reproduction gemmipare , mais que Robin ni Davaine ne sont de cet avis. De là perplexité grande- » Leuckart , croyons nous , continue Boyron, ne se prononce ni pour ni contre la multiplication gemmipare ■ des cysticerques. » — Il eûtété bien simple déliré Leuckart pour être plus affirmatif sur ce point! — Quoi qu’il en soit , ces difficultés n'existent pas. Comme nous l’avons vu , certains cysticerques peuvent bourgeonner, mais le cysticerque du Taenia solium ne jouit heureusement pas de cette propriété.
le département du Nord, ce qui tient, d’une pari , à la bonne tenue des étables, d’autre part à ce que les matières fécales provenant de l’homme et qui servent de véhicule aux anneaux et aux œufs de Tænias sont recueillies avec grand soin. Au contraire, dans beaucoup de régions, la ladrerie est endémique parce que les porcs y vivent en liberté et qu’ils avalent des anneaux et des œufs de tænias avec les excréments humains qu’on dépose le long des routes. Avant l’établissement des chemins de fer, le ver solitaire était à peu près inconnu à Lille Le chemin de fer du Nord fait maintenant arriver à Lille un grand nombre de porcs étrangers au département, et parmi ces porcs beaucoup sont affectés de ladrerie. »
A la suite de ce rapport, l’administration municipale ayant pris des mesures pour empêcher la vente de la viande des porcs ladres, l’épidémie de vers solitaires qui régnait dans notre ville a disparu, — à tel point que le Tamia solium , comme je l'ai déjà dit, y est devenu très rare aujourd’hui.
Malgré l’emploi fréquent des excréments humains comme engrais des cultures de légumes, les cas de cysticerques paraissent rares chez nous et n’attirent pas l’attention. Nous croyons que c’est par les légumes que les cysticerques arrivent le plus habituellement chezrHoinmc. Comme il y a beaucoup de probabilités pour que , dans certains cas, il y ait auto-infection, il est de prudence élémentaire de chasser le ver solitaire aussitôt que sa présence est reconnue. Notons que le cysticerque du Tænia saginata , ne s’est jamais rencontré dans notre espèce et que , par conséquent , la présence de son Tænia ne fait pas courir les mêmes dangers que le Tænia solium.
Les échinocoques sont surtout redoutables. On ne se préoccupe pas assez des dangers qu’elles font courir. Elles sont très communes chez nos animaux de boucherie, et il n’est que trop facile aux Chiens de s’en infester: les bouchers ignorent, malheureusement, ce qui peut résulter de l’infestation de leurs Chiens par ces animaux (1). M. le Dr Parise m’a un jour envoyé des échinocoques qu’il avait prises aux enfants d’un charcutier de la ville; le père les leur avait données en guise de jouets. Le Chien de cet
(1) Ne devrait-on pas interdire nus Chiens l’entrée des abattoirs oii ils peuvent facilement dérober de ces morceaux de poumon ou de foie farcis d’échinocoques ? Les inspecteurs ne devraient-ils accorder une attention spéciale à ce que deviennent ces parties que l’on ne peut employer ? En Islande les règlements exigent que ces parties malades soient brûlées ou enfouies.
imprudent a pu bien facilement en dévorer quelques unes et communiquer plus tard les échinocoques. — D’un autre côté, on ne sait généralement pas assez que le Tænia echinococcus se trouve chez nos Chiens et qu’il y a un danger très réel à se laisser lécher par ces animaux. J’ai rencontré à Lille même, dans les autopsies de ces animaux , trois fois le Tænia ecMnococcus, lorsque je ne le cherchais pas du tout, et il n’a, à chaque fois, attiré mon attention que par son extrême abondance. Je ne l’ai certainement pas vu quand il se trouvait en petit nombre dans les autres autopsies.
L’on ne peut parler de la prophylaxie des échinocoques sans citer les travaux importants de Krabbe sur la question. A la suite d’une mission
scientifique en Islande que lui avait confiée le gouvernement danois, Krabbe
a tracé de main de maître le tableau fort intéressant des maladies parasitaires dans ce pays, en a étudié le traitement et s’est attaché à en établir la prophylaxie. Le gouvernement danois s’est empressé d’établir les règlements proposés parle savant helminthologiste. La lecture du travail de Krabbe est des plus instructives , aussi bien au point de vue pratique qu’au point de vue de la science pure. (Voyez le mémoire souvent cité : Hrtminthologiske Undersogelser i Danmarh og paa Island med saerligt Hensyn til Blaereormlidelserne jpaa Island , Vidensk. Selsk. Skr., 5 Roekke, Naturwidensk, og Mathem, Afd. 7 B°, — Ce mémoire a été traduit en français et en anglais.