A PP LI CATIONS MÉDICALES
Les cysticerques proprements dits et les échinocoques, sont les seuls vers vésiculaires observés jusqu’ici chez l’Homme. Comme nous le savons déjà, ces animaux se rencontrent rarement isolés. Lorsqu’ils sont nombreux, on les trouve souvent répartis dans divers organes , mais , du moins , en ce qui concerne notre espèce et selon la remarque qui en a souvent été faite , les deux formes de parasites semblent s’exclure l’une l’autre dans leur dissémination : les échinocoques sont communes dans le foie , le poumon , les organes abdominaux , les cysticerques sont rares dans ces parties et communs , au contraire , dans les parois du tronc , dans les muscles , le cerveau, l’œil, organes plus rarement envahis par les échinocoques. Nous allons rapidement passer en revue ce que l’on sait , au point de vue de la médecine humaine , sur ces deux formes larvaires , nous ne chercherons qu’à tracer les lignes générales de cette partie de la science. Nous tenons que cela seul puisse être de quelque utilité, étant données la nature particulière des parasites et les circonstances dans lesquelles ils se présentent.
Cette partie de notre travail sera subdivisée en quatre chapitres : nous traiterons d’abord des cysticerques, puis des échinocoques; nous passerons ensuite en revue la symptomatologie des affections qu’ils déterminent, et nous terminerons par quelques considérations sur le traitement et la prophylaxie.
CYSTICERQUES .
Nous avons vu, dans la partie historique de ce travail, que Redi (1), le premier, en 1684, indiqua la nature animale. des cysticerques, mais son
(1) Redi Francese , Opéré, . Veuezia , ni‘2, t. I , p. 21.
observation était fort imparfaite. La première description, aussi complète qu’elle pouvait l’ètre à cette époque , fut donnée l’année suivante par Hartmann (1), qui étudia le Cysticercus tenuicollis , à propos duquel le nom de ver vésiculaire est employé pour la première fois. Ce médecin distingué reconnut , dix ans avant Malpighi, que les vésicules caractéristiques de la ladrerie du Cochon n’étaient autre chose que des cysticerques.
Ces découvertes importantes une fois faites , on reconnut bientôt que des cysticerques existaient parfois chez l’Homme , et les observations sur ce sujet ne tardèrent pas à se multipiier : Werner (2) publia le premier cas authentique (3). Werner avait rencontré les cysticerques dans les muscles , on ne tarda pas à les observer dans le cerveau, dans l’œil , et l’on sut bientôt qu’ils pouvaient se trouver dans toutes les parties du corps.
Gomme le fait très bien remarquer Leucikart (4) , les nombreux cas de cysticerques chez l’Homme dont on possède la relation pourraient faire croire que ces parasites se trouvent le plus souvent en dehors des muscles , cependant il n’en est rien et, chez l’Homme comme chez le Cochon, le lieu d’élection du cysticerque est le tissu cellulaire entre les muscles : les autopsies dans les hôpitaux ont fait souvent découvrir des cysticerques dont aucun symptôme n’avait révélé la présence pendant la vie et qui étaient, pour la plus grande partie, logés dans les muscles.
Cette contradiction apparente s’explique par ce fait que, à moins d’être fort nombreux, les cysticerques des muscles , en règle très générale , n’occasionnent aucun symptôme qui puisse éveiller des soupçons , tandis que les cysticerques dont le développement se fait dans le cerveau ou dans l’œil , par exemple , déterminent le plus souvent des phénomènes éclatants qui ne peuvent échapper au médecin : les parasites sont alors directement recherchés et facilement reconnus. Lorsque ces animaux sont en petit nombre, il est assez chanceux de les trouver dans les muscles , et souvent on ne les y recherche même pas, tandis qu’un examen minutieux serait nécessaire.
(1) Hartmann , Miscellanea curiosa , s. Ephemerid. Acad. Nat. Decur., 2U Ann., t. IV, p. 152.
(2) Werner, Vermium intest . brevis expos. cont. secunda, Lipsiœ, 1786.
(3) Longtemps avant Werner, Bonnet, ( Sepuichretum s. Anatomia practica , Genève , 1679 , p. 1541) , avait rapporté une observation de WiiARTON sur un homme vivant, dont les détails ne peuvent s’appliquer qu’à une invasion de cysticerques.
(4j R. Leuckart, Die menschlichen Parasiten , t. I, p. 279.
Disons toutefois que les cysticerques sont parfois très peu nombreux dans les muscles. (1)
Les cysticerques en certains cas , peu fréquents heureusement , peuvent s’observer en très grand nombre chez l’Homme et infester tous ses tissus ; l’Homme peut devenir ladre comme certains animaux domestiques (Renne, Bœuf, Cochon). Le docteur Boyron a fait connaître un certain nombre de cas de cette affection grave , dans un travail publié en 1876 et sur lequel nous aurons l’occasion de revenir plus loin (2).
N’existe-t-il pour l’Homme qu’un seul cysticerque et, s’il en est ainsi, à quelle espèce appartient-il? Cette question importante a été diversement résolue, mais, aujourd’hui, les helminthologistes la considèrent généralement comme tranchée.
Werner qui, le premier, observa avec soin des cysticerques trouvés chez l’Homme , crut qu’ils étaient différents du Gysticercus celïulosœ , mais , Rudolphi, considéra ces parasites de l’Homme comme identiques à ceux du Cochon et assimila aussi à ce dernier le Gysticercus aïbo-punctatus de Treutler. L’opinion du célèbre helminthologiste fut très généralement admise.
Toutefois , certains médecins crurent reconnaître des espèces nouvelles : Laennec, par exemple , qui décrivit les Gysticercus fischerianus et cliçystus. Frédault. qui inventa le mot de Trachelocampylus ! Mais ces études étaient fort insuffisantes au point de vue zoologique. Kœberlé observa avec plus de soin les cysticerques de l’Homme (3) et il crut y reconnaître deux espèces nouvelles en outre du Gysticercus celïulosœ; il appelle l’une G. turbinatus et donne à l’autre le nom de G. melanocephalus . 11 suppose que la première espèce appartient à un Tœnia turbinata (?), espèce encore inconnue, et dit que l’autre est probablement le cysticerque du Tœnia melanocephala. trouvé par Van Beneden dans le Mandrill. Mais les caractères indiqués par Kœberlé
(1) Hvubner a relaté l’observation d’un Cochon dont le cerveau et la moelle contenaient plusde 100 cysticerques, tandis que les muscles en montraient seulement quelques-uns. VoGEL a rapporté un cas analogue. KÜCHEMMEISTER a donné en 1860 les renseignements les plus intéressants sur ce point. Ueber die Cyslicercen des Hirnsetc. OEsterr. Z eit f praJc .Eeilkunde .
{%) J. Boyron , Etude sur lu ladrerie chez l'homme comparée à celte affection chez le porc , thèse de Paris , N° 83.
(3) KoeberlÉ , Des Cysticerques de Taenias chez l’homme , Paris, 1861. — Dans cet important travail qu il a bien voulu m’envoyer, l'habile ovariotomiste de Strasbourg a réuni avec beaucoup de soin et de sagacité tous les cas de cysticerques observés chez l’Homme jusqu’en 1861. et il en a ajouté plusieurs très intéressants, à ceux qui étaient déjà connus.
sont insuffisants pour établir des espèces et la spire qu’il a observée chez le Cysticercus turbinatus , est constante chez le Cysticercus cellulosœ , ainsi que le font voir nos dessins. Par l’ ensemble des caractères donnés par Kœberlé, il est bien certain que le Cysticercus turbinatus n’est pas différent du Cysticercus cellulosœ.
Pour le Cysticercus melanocephalus, trouvé une seule fois par Kœberlé dans le cerveau d’une femme , il paraît présenter des différences réelles avec le Cysticercus cellulosœ. On ne peut guère rien dire de la forme des crochets , insuffisamment représentés , mais le mode d’invagination paraît différent. Il est regrettable que l’étude de cet animal ne puisse aujourd’hui être refaite à l’aide des procédés que fournit la technique histologique. — Peut-être l’arrangement particulier du scolex dans la vésicule est-il dû à ce que celle-ci s’était développée dans un milieu un peu différent du milieu habituel (1). Quoiqu’il en soit , le Cysticercus melanocephalus n’appartient certainement pas au Tœnia melanocephala v. B., espèce dépourvue de bulbe et de crochets et dont la forme est d’ailleurs très caractérisée. Aussi bien, la pigmentation de la tète ne peut servir de caractère pour les Tænias du groupe du Tœnia serrât a.
Nous avons parlé plus haut du Cysticercus acanthotrias de Weinland , observé chez l'Homme en Amérique, nous n’y reviendrons pas.
Le cysticerque du Tœnia marginata , qui se tient ordinairement dans le péritoine des Ruminants , a été compté parmi les parasites humains à la suite d’une erreur d’observation rapportée par Eschricht. On crut qu’il avait été rencontré chez les Islandais. Krabbe a fait voir comment le malentendu avait pu naître et il a démontré que , jusqu’ici du moins , même en Islande , on n’a pas rencontré le Cysticercus tenuicollis chez l’Homme (2). Il y a là un fait assez intéressant. On sait , en effet , que les vers vésiculaires constituent pour la population de l’Islande un véritable fléau. Or , le Tœnia marginata est l’espèce de Tænia la plus commune chez les Chiens de ce pays, puisque Krabbe l’a rencontré 75 fois sur 93 chiens examinés : il-est curieux de constater que cette espèce, qui ne peut se développer chez l’Homme, s’acclimate
(1) LeüCKVRT, dans son Bericht et dans les Menschlichen Parasiter! . se prononce nettement contre la validité des deux espèces de Koeberle. Nous inclinons à être de son avis; encore faudrait-il connaître la disposition des cysticerques du Tænia solium quand ils se développent ailleurs que dans les muscles , alors que , au lieu d’avoir la forme elliptique , ils sont arrondis.
(2) H. Krabbe, Helminthologiske Undersiigelser , etc. , trad. franc. , p. 43.
cependant très bien chez des animaux très différents de ses hôtes habituels , puisqu’on l’a trouvée, en dehors des Ruminants, chez plusieurs Cochons, chez l’Écureuil et chez cinq ou six espèces de Singes au moins.
Il semble donc que, jusqu’à présent du moins , une seule espèce de cysticerque ait été observée chez l’Homme. On s’accordait généralement a la reconnaître pour le Cysticercus cellulosœ , mais l’observation de ces animaux est assez difficile: on ne pénètre pas facilement leur structure intime, des espèces différentes peuvent avoir des caractères extérieurs semblables , en un mot l’identité du cysticerque ordinaire de l’Homme avec celui du Cochon n’était pas établie d’une manière absolue. D’ailleurs , on eût pu soulever une objection tirée de la biologie, en faisant remarquer que , le Cysticercus cellulosœ terminant son évolution dans notre espèce, sa présence chez l’Homme a l’état larvaire était contraire aux faits généraux de l’histoire des Cestodes.— On sait en effet , que les cysticerques habitent toujours un animal différent de l’hôte définitif.— La preuve directe des rapports du cysticerque de l’Homme avec le Taenia solium n’était pas donnée. C’est à la Faculté de médecine de Lyon qu’elle fut faite en 1877 par Redon , expérimentant sur lui-mème : il réussit à se donner le Taenia solium en avalant des cysticerques recueillis sur un cadavre. La même expérience tentée sur des Cochons et sur de jeunes Chiens n eut point de résultats (1). Je sais qu’on a répété avec succès cette
expérience sur l’Homme à la même Faculté (2).
La raison de l’irrégularité bien constatée que présente parfois le cycle du développement du Taenia solium nous échappe. J’ai plusieurs fois administré à de jeunes Chiens des anneaux entiers de Tænias, tant de Taenia serrata que de Taenia marginata et de Taenia Krabbei , mais bien loin de devenir ladres, ils ne m’ont pas présenté un seul cysticerque. Pourquoi cette différence pour des espèces si voisines ?
L’on peut se demander comment l’Homme s’infeste de ces parasites. La solution de cette question peut seule permettre d’établir la prophylaxie. Hâtons-nous de dire qu’elle n’est plus guère discutable.
Il est très généralement admis aujourd’hui, que les embryons de Tænias arrivés dans l’intestin se répandent de là dans l’économie par l’intermédiaire du système de la veine-porte. Or , Leuckart a démontré que ces embryons
(1) Redon , Expériences su/r le développement rubanaire des cysticerques de l homme, Ann. de. «e sé ie, 18T7, t. VI, art. 4.
2) La détermination des Tænias observés par Redon ne fait pas de doutes ; elle est due au prof Lobtf.i
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perdent leur coque dans l’estomac seulement, tandis qu’ils ne sont pas influencés par les sucs de l’intestin. Ces faits importants expliquent la pathologie de la ladrerie : il est nécessaire, pour l’éclosion, quel’œufse trouve dans l’estomac, et il peut y arriver soit par l’intestin, soit par la bouche. On a nié qu’il pût y avoir une infestation ladrique chez un individu porteur d’un Tænia , par les embryon s de ce Tænia même , et, assez récemment encore, Büykon (1) était porté à rejeter l’idée de l’auto-infection. Gela paraît manquer de logique; étant donné que le Cysticercus cellulosæ échappe chez l’Homme à la règle générale du parasitisme des Gestodes, on ne voit pas pourquoi l’auto-infection ne peut avoir lieu. Évidemment, les cas en seront rares , car les animaux détachés se trouvent en général dans la partie du tube digestif la plus éloignée du pylore , mais il se peut que, dans certains cas de vomissements, des embryons, ou même des anneaux , arrivent dans l’estomac. La digestion de la coque ne peut alors manquer de se faire et il y a beaucoup de chances pour que les embryons mis en liberté, prennent leur voie habituelle. Geci n’est point d’ailleurs une pure supposition et il y a des cas bien avérés de vomissements qui contenaient des fragments de Tænias et même des Tænias en entier (2). Il est probable que c’est de cette manière que les cas de ladrerie ont été produits. Fréquemment, les cysticerques chez l’Homme ont coïncidé avec la présence du Tænia, solium , mais je sais que ceci n’est point un argument et que cysticerques et Tænias peuvent avoir une origine différente.
Un individu porteur d’un Tænia solium peut encore s’infester lui-même par suite de sa malpropreté. — Mais le mode d’infestation que nous venons d’iudiquer et qui est admis, entre autres autorités, par Leuckart. n’empêche pas que, le plus fréquemment, la présence des cysticerques doive être attribuée à une autre cause. Les embryons peuvent provenir du dehors et se trouver par exemple sur des légumes , arrosés avec des eaux de fumier. Nous sommes portés à croire que c’est même là la cause la plus habituelle de l’infestation , et je doute que les eaux potables contiennent souvent des embryons de Tænias. Ge mode d’infestation que nous considérons comme le plus habituel, permet de se rendre compte pourquoi, le plus souvent , les cysticerques ne s’observent qu’en petit nombre; dans les conditions auxquelles nous faisons allusion,
p) J. Boyrün, Etude sur la ladrerie chez l’homme , etc. (thèse de Paris, 1856).
(2) Dav.UNE, dans son livre des Entozoaires, si riche en renseignements bibliographiques , donne le relevé des cas publiés (2e édition, p. 100).
en effet, il ne peut se rencontrer à la fois qu’un trèspetit nombre d’embryons. Ceci nous amène à parler de différents faits, généralement mal interprétés à propos de l’infestation des différents animaux par les cysticerques.
Tous les helminthologistes qui ont expérimenté sur les Taenias ont été frappés de l’imprévu des résultats , lorsqu’ils voulaient infester de cysticerques un animal donné. Sans raison apparente, l’ingestion d’un même nombre d’anneaux par deux animaux de la même espèce, peut tuer l’un en très peu de jours, par suite d’un développement énorme de parasites, tandis que l’autre en contiendra peu ou point et n’aura pas la santé altérée un seul instant. Par exemple , Baillet, le savant directeur de l’école vétérinaire de Toulouse, rapporte que, ayant donné à cinq agneaux des proglottis de Tænia, l’un d’eux fut pris , au bout de très peu de j ours , d’accidents extrêmement graves qui amenèrent une mort très prompte, tandis que les quatre autres conservèrent la santé la plus parfaite jusqu’au jour où on les sacrifia. Dans le premier cas , l’autopsie montra des quantités extraordinaires de très-jeunes cysticerques qui, en errant dans les tissus avaient causé les plus graves lésions , alors que dans les autres cas, le nombre des cysticerques était très peu élevé. Or , les accidents graves étaient survenus chez le premier après l’ingestion de 17 anneaux de Tænia seulement, tandis que l’un des quatre autres Moutons en avait ingéré jusque 116 pour ne donner asile qu’à 19 cysticerques. a Cesdiffé- » rences si remarquables, dit Baillet (1), ne peuvent s’expliquer que par » ce fait, déjà bien souvent constaté que, dans une espèce déterminée, les ani- » maux opposent à l’introduction des Helminthes , une résistance variable ;
» chez quelques-uns , tous les œufs administrés éclosent , chez d’autres ?
» à peine quelques-uns parviennent-ils à se développer. Il y a là quelque chose » d’occulte que l’on ne saurait expliquer d’une manière satisfaisante... » Leuckart, après avoir rapporté une série de résultat négatifs dans ses expériences sur les Cochons, émet une opinion à peu près semblable en disant . « der Zufall hait mich in den letzten Fallen vielleicht auf Versuchs- » thiere stossenlassen, die eben keinen günstigen Bodenfür die Finnenzucht » abgaben. » (2)
Leuckart mis en garde, lui aussi, contre les résultats des expériences faites par ses prédécesseurs, ne donnait jamais à ses animaux qu’un petit nombre
d) Bullet, Expériences sur le Cysticercus lenuicollis , etc Ann. des Se. nat, , 4e série , t. XVI, 1861, p 99 (2) R. Leuckart , Die menschlichen Parasiten , t. I , p. 237.
d’anneaux et, grâce à cette précaution, il ne se déclarait jamais chez eux de symptômes graves. « A la vérité, dit Leuckart je n’obtenais ainsi qu’un petit nombre de cysticerques, jamais plus de huit et meme, une fois, deux seulement » (1).
Gomme presque tous les observateurs, j’avais été bien des fois contrarié dans mes expériences par des résultats tantôt négatifs et tantôt désastreux , même en procédant comme Leuckart, en donnant à mes animaux un petit nombre d’anneaux seulement, il m’arrivait d’avoir des cas de mort presque subite.
Peu crédule à l’endroit des idiosyncrasies, je cherchai la cause de ces accidents et je pus la trouver. C’est tout ce qu’il y a de plus simple.
Chez les Tænias dépourvus d’un orifice pour l’expulsion des œufs, il est impossible que l’évacuation de ces produits se fasse, s’il n’intervient une solution de continuité. Aussitôt qu’elle est produite, les fortes contractions musculaires du corps chassent immédiatement vers le point de moindre résistance, tout ce qui est mobile dans l’anneau, les œufs en particulier, et les déverse au dehors.
Les helminthologistes, croyant que les œufs des Tænias étaient toujours renfermés dans un sac, l’utérus, étaient d’accord pour admettre que la ponte ne pouvait avoir lieu sans une blessure de l’anneau, et ils avaient constaté parfois, que les derniers, anneaux d'une chaîne s étaient fort aplatis en perdant leurs œufs.
J’ai fait voir que, chez les Tænias élevés, les œufs ne sont point enfermés dans un utérus, mais qu’ils sont plongés au sein des tissus de 1 animal (2). Il est très rare que, dans l’intestin même, un anneau puisse être blessé au point de perdre ses œufs, mais ceux-ci s’échappent par la solution de continuité produite à l’extrémité d’un anneau, chaque fois que, par une cause ou par une autre, l’anneau suivant se détache. Il arrive qu’une suite de quelques anneaux très mûrs puisse se vider presque complètement par la solution de continuité de l’extrémité de la chaîne. D’autres fois une suite d’anneaux se détachent par leur centre, ne restant plus fixés que par deux
(1) Leuckart, Die menschlichen Parasitent t. I, p. 311.
(2) R. MoNiEZ , Contribution à V élude anatomique et embryogénique des Tænias. Bull, scient, du Nor
points à la chaîne (1). Quand ces solutions de continuité ne se forment pas , les œufs ne sont pas pondus.
L’on sait, depuis Dujardin , que les anneaux de Tænia devenus libres perdent leurs œufs en rampant sur le sol ; il en est de même dans l’intestin et nous savons comment la chose arrive, mais, ce que l’on ignore généralement, c’est qu’en très peu de temps, avant même que de sortir de l’intestin, les anneaux peuvent avoir perdu tous leursœufs, ou n’en conserver qu'un nombre extrêmement petit. J’aipum’en assurer par les coupes d’anneaux entiers durcis dans la gomme pour éviter l’entraînement des œufs dans la manipulation.
Si l’on donne de ces anneaux aux animaux en expérience, on ne réussit à produire qu un petit nombre de cysticerques ; si on leur administre un des derniers anneaux de la chaîne, alors qu’il n’a pu encore émettre ses œufs, on détermine l’apparition de phénomènes graves qui peuvent aller jusqu’à la mort du sujet (2). Même en se servant d’anneaux détachés, on n’est pas du tout sûr de l’issue de l’expérience. Depuis que j’ai fait ces observations je prends toujours, sur un anneau intact une certaine quantité d’œufs que j enferme, < pour les administrer, dans une boulette de pain; beaucoup d embryons périssent et déterminent la formation des kystes du foie dont nous avons parlé , le reste se développe. J’ai ainsi un bon nombre de cysticerques et je suis assuré que l’animal ne périra pas.
La ladrerie est rare chez les animaux, cela s’explique d’après ce que nous venons de dire; eu général, les anneaux de Cestodes perdent déjà beaucoup d’œufs dans l’intestin et ils sèment les autres lorsqu’ils rampent au dehors , il est donc difficile qu’un animal puisse prendre à la fois des quantités notables d’embryons. Si le Cochon présente beaucoup plus souvent que les autres cette affection grave, cela est dû, évidemment, à son habitude de fouiller dans les excréments. L’on sait que, malgré la grande fréquence du lænia saginata (Tænia mediocanellata auct. ), le cysticerque qui le produit se trou\e
(1) Je n’ai pas encore rencontré de ces cas figurés , par exemple , dans Goëeze , PI. XXV, d anneaux perfores au milieu.
(2Ï II est inutile de relater mes expériences personnelles à ce sujet , la chose me paraissant maintenant éclaircie ,
je me contenterai de faire remarquer que , dans l’expérience ci-dessus relatée de JUILLET, les accidents mortels sont survenus après l’ingestion de onze anneaux rendus en un seul fragment , en d’autres termes de neuf anneaux, huit tout au moins , qui n’avaient perdu aucun de leurs embryons Les proglottis donnés dans les autres cas avaient été rendus successivement par un Chien. — Les détails que j’ai donnés, un peu longs peut-être, seront utiles, je l'espère , aux futurs expérimentateurs.
très rarement: les bouchers ne le connaissent pas et même, malgré les recherches suivies des helminthologistes, il n’a été observé en Europe que deux fois, en dehors, bien entendu, de sa production expérimentale. Après la découverte que fit Leuckart des migrations de cet animal, Knoch (1) le rencontra non sans peine à St-Pétersbourg, en 1864. Depuis, Guillebeau (2) en a trouvé un individu dans la langue d’un Bœuf, près de Berne, à Worb (3). Cette rareté du cysticerque est due à ce que les Bœufs ne recherchent pas les excréments de l’homme et ne peuvent généralement prendre ainsi que des embryons isolés; par suite le cysticerque, de petite taille, logé dans le tissu cellulaire, échappe facilement à la vue. On sait, en outre, que le cysticerque du Tœnia saginata , a la vie beaucoup plus courte que le Cysticcvcus cellulosŒ , aussi n’existe-t-il plus chez les animaux que l’on mène engraissés aux boucheries ; il doit être rare dans les pays de grande culture où les Bœufs sont toujours très proprement tenus, et c’est évidemment dans les Bœufs provenant des pays où règne la ladrerie du Cochon que l’on aurait beaucoup de chances de le rencontrer (4).
La gravité du pronostic, dans les affections causées par les cysticerques, est toute dans le siège de ces animaux : leur présence sous les téguments ne fait . pas courir de danger, hormis les cas où, par leur abondance, ils constituent la ladrerie. Il est très sérieux lorsque les parasites occupent les centres nerveux, car on ne peut prévoir quelle sera la terminaison des accidents cérébraux; souvent il est impossible de constater leur présence, comme lorsqu’ils occupent certains viscères. Ils peuvent disparaître au bout d’un certain temps et l’on a des exemples nombreux , où leur présence, même dans les organes les plus importants, n’a déterminé aucun trouble appréciable.
Noch, Peter sburger med. Zeitschrift , 1866, t. X, p. 245.
i2) Guillebeau, Ein Fait von spontanem vorJcommen der Cysticercus von Tœnia saginata , Zoolog. Anzeio-er
(3) Cobbold, quoiqu’en dise Dav AINE , n’a pas observé en Angleterre le cysticerque du Tœnia saginata : dans
son livre tout récent Parasites (London , 1879 , p 62) , il rapporte que « up to the présent time , not a single
8 instance has been recorded of the occurence of these eystic parasit in the United Kingdom , except in our » experimented animais. Notwithstanding my inquiries , hâve not yet found a butcher, flescher, meat-inspector, or " veterinarian , who has encountered these parasite in any animal slaughtered for the market. «
(41 Si le cysticerque du Tœnia saginata est rare en Europe , il n’en est pas de même en d’autres pays. On l a observé plusi urs fois dans notre colonie africaine , M J. Arnould , aujourd’hui professeur à la Faculté de médecine de Lille , 1 a trouvé à Constantine en 1864 et Cauvet , en 1875 , l’a vu de nouveau dans la même ville. Les Anglais 1 ont trouvé très abondamment dans les provinces N. -O. de l’Inde et , d’après ce qu’a vu Schimper, il doit être très généralement répandu en Abyssinie.
ÉCHINOCOQUES .
C’est à Pallas qu’il faut remonter , pour trouver pour la première fois , la notion nette des échinocoques. Ce naturaliste émérite étudiant les hydatides, reconnut entre’elles des difïérences qui les lui firent diviser en hydatides adhérentes et hydatides sans adhérence. Les kystes séreux étaient ainsi sépares des vers vésiculaires avec lesquels ils étaient confondus jusqu’alors. Pallas fit mieux et il écrivit que « les hydatides non adhérentes sont ou de l’espèce » du Tœnia vésiculaire proprement dit , (Pallas nommait ainsi les cysticer- » ques) ou de ces hydatides singulières que j’ai remarqués dans le foie et les » poumons des veaux et des moutons malades, qui doivent certainement être » attribuées à une créature vivante » (1).
Goeze alla beaucoup plus loin ; il vit très bien et reconnutpour des Taenias les scolex des échinocoques qu’il avait pris dans le foie d’un Mouton (2); il découvrit aussi les scolex dans des échinocoques de l’Homme que lui avait envoyé Meckel.
Ces observations remarquables restèrent généralement ignorées des médecins. Comme il arrive assez fréquemment que l’on trouve chez l’Homme des échinocoques qui sont stériles , c’est-à-dire chez lesquelles des scolex n’ont pas bourgeonné, peut-être aussi par suite de recherches insuffisantes, on mit en doute leur existence. Nous ne voulons citer que les travaux les plus importants sur la question Laennec , en 1804 , ne les confondit ni avec les kystes séreux, ni avec les cysticerques ; il reconnut leur animalité, mais il les appela du nom d 'acéjphalocystes (3). C’est seulement en 1821 queBREMSER, après des recherches jusque-là infructueuses , redécouvrit les scolex des échinocoques (4). Mais les échinocoques produisant des scolex , étaient toujours considérées comme très rares chez l’Homme : Livois montra en 1803,
(1) Pallas , Neueste Nordische Beitràge, t. I.
.(2) Goeze, Versuch einer Nalurgeschichte der Eingeweidewürmer .
(3) Laennec, Mém. sur les Vers viscéraux et princip. sur ceux qui se trouvent dans le corps humain. Paris, 1801.
(4) Bremser, Meckel' s deutsch. Archiv für Physiologie, part. VI p. 292.
qu’elles étaient, au contraire , très communes (1). Ces données ne profitèrent guère à la question , les idées les plus confuses n’en continuèrent pas moins à régner au sujet de ces animaux et les médecins ne s’entendirent pas davantage , sur ce que l’on continuait à appeler des noms d’acéphalocystes , liydatides , échinocoques. — La plupart des naturalistes n’entendaient pas mieux la question.
Le docteur Da vaine , en 1856 , eut le mérite de reconnaître les faits et de jeter la lumière sur la question, dans un bon travail (2). La même année , Leuckart publiait son livre Die Blasenbandrcürmer , dont nous avons déjà si souvent parlé avec éloges, r et qui contenait des données très claires sur la question des échinocoques. Toutes ses recherches furent bientôt confirmées , et les rapports des vésicules stériles avec les vésicules fertiles, des acéphalocystes avec les échinocoques, furent définitivement établis. Nous renvoyons pour ce sujet à ce que nous avons dit plus haut.
Les échinocoques, chez l’Homme, varient beaucoup pour les dimensions : il en est de très petites, d’autres atteignent ou dépassent le volume de la tète d’un enfant; elles sont parfois ovoïdes et j’en possède de très volumineuses trouvées dans le péritoine, (?) d’un Cochon qui sont absolument sphériques. Souvent leur forme est modifiée par les dispositions des tissus qui les logent et elles peuvent devenir alors très irrégulières comme on les trouve, par exemple, dans le poumon, lorsque les tuyaux bronchiques gênent leur développement. Dans certains cas , elles subissent des modifications qui leur donnent un aspect tout spécial [échinocoque multiloculaire). Le foie est aussi chez l’Homme le siège de prédilection des échinocoques , mais on les a rencontrées dans tous les organes, cerveau, canal vertébral, vaisseaux, séreuses, muscles, rate, reins, parois du corps, dans le dos, etc. Davaine donne la statistique des cas observés dans ces différents organes et fait un excellent résumé de tous les cas observés dans notre espèce.
Si les échinocoques sont , toutes choses gardées , beaucoup plus à craindre que les cysticerques, en revanche leur nombre ne peut jamais atteindre celui de ces derniers animaux , à raison du nombre d’œufs extrêmement faible que contient un anneau de Tænia echinoccus , si on le compare à un anneau de Tænia solium.
Les échinocoques croissent avec la plus grande lenteur, comme nous l’avons
(1) Livois, Recherches sur les Echinocoques chez l’Homme et chez les animaux (thèse de Paris, 1843).
(2) DAVAtNE . Recherches sur les Hydatides , les Echinocoques et le Cœnure et sur leur développement P»ris, 1856
déjà vu et, hors les cas où elles se sont développées dans les organes essentiels , elles peuvent exister depuis très longtemps sans que leur présence soit soupçonnée. Elles aussi agissent à la manière de corps étrangers qui. par un développement lent et progressif, iraient en comprimant ou atrophiant les organes. En général, les lésions qu’elles déterminent sont en rapport avec le volume qu’atteint la vésicule. Le retentissement sur l’organisme ne dépend que de l’étendue des lésions et de l’importance de leur siège. C’est là la clef du pronostic.
Les échinocoques , comme les cysticerques , ont une existence limitée et peuvent subir la dégénérescence purulente ou crétacée ; leur liquide peut aussi se résorber.
Les échinocoques ont été rencontrées fréquemment en Algérie; elles ne sont pas rares en Angleterre , en Allemagne , pas plus qu’en France , et l’on possède à ce sujet des statistiques qui ne sont pas dépourvues d’intérêt. Tout le monde sait, aujourd’hui, que l’Islande est la terre classique des affections dues à ces parasites ; l’Australie , paraît-il ne le céderait pas à l’Islande à ce sujet, mais les échinocoques seraient rares dans l’Inde et en Amérique.
DIAGNOSTIC ET SYMPTOMATOLOGIE.
Les cysticerques , lorsqu’ils sont très nombreux , peuvent produire, chez l’Homme aussi, les symptômes de la ladrerie. La ladrerie est une affection très grave , qu’on a observée dans ces derniers temps seulement (1). Delore et Bonhomme en ont fait connaître le premier cas (2) , suivi bientôt d’une observation analogue de Onimus et Paulet (3). De nouveaux cas furent publiés en 1876, par Boyron, dans la thèse inaugurale que nous avons déjà citée (4). Tout récemment le Dr Rathery et le Dr Duguet, ont publié des observations de ladrerie (5).
(1) Cependant , Masc\GNI, d’après Davune , aurait, il y a longtemps, relaté un cas dans lequel des cysticerques auraient été trouvés chez un homme en nombre prodigieux dans les muscles des bras. (Mascagni cité par Brera). — RtIKEM, en 1845 en aurait aussi observé.' Ces cas ne sont pas relevés par Boyron , non plus que celui de Stich (1855 , Canstatt’s Jahresber, t. IV, p. 339).
(2) Gaz méd. de Lyon, 1863 , p. 542. — Arch. génér. de médecine, t. I, 1865, p. 355.
(3) Gaz. des Hôp., 1865 , pp. 237 et 257.
(4) On trouvera réunies dans la thèse de Boyron , la relation détaillée de toutes les observations prises sur ce sujet jusqu’en 1876.
(5) Société médicale des Hôpitaux , séance du 13 février 1880.
La ladrerie se caractérise , à première vue , indépendamment des désordres fonctionnels, par des tumeurs nombreuses, de petit volume , de forme ovoïde, lisses, indolores, mobiles, répandues en grand nombre sous les téguments ou dans les espaces intermusculaires et sur la nature desquelles l’incision lèverait bientôt tous les doutes. Dans tous les cas observés, les symptômes, comme on le pouvait prévoir, se sont présentés sous deux faces, selon que les centres nerveux étaient affectés ou non par les cysticerques. A la vérité, il doit arriver assez rarement que le cerveau soit complètement indemne quand la ladrerie est déclarée, encore a-t-on déjà observé des faits de ce genre et le docteur Lancereaux a-t-il publié l’observation d’un cas dans lequel aucun phénomène nerveux ne s’est déclaré et qui a été suivi de guérison. Les seuls symptômes avaient été , outre les tumeurs pathognomoniques. de la dyspnée, une diminution considérable de la force musculaire, la décoloration des téguments et des muqueuses, et autres phénomènes engendrés par l’anémie (1). Ces symptômes sont aussi ceux de la ladrerie du Cochon, lorsque les centres nerveux ne sontpas envahis (2): ce sont les vrais caractères delà ladrerie, bien que, parfois, les symptômes généraux soient nuis ou presque nuis chez le Cochon (3).
Mais , dans cette affection , les cysticerques se portent fréquemment dans les centres nerveux , alors , aux symptômes généraux que nous venons d’indiquer, s’ajoutent les phénomènes nerveux que l’on a aussi constatés dans les cas de cysticerques du cerveau sans ladrerie. On conçoit qu’ils sont extrêmement variables avec le siège de la tumeur et qu’ils soient
(1) Acad, de méd , 13 fév. et 27 mai 1872. — Arch. gén. de méd. t. XX, 1872, p. 245.
(2) Roll , Manuel de pathologie el de thérapeutique des animaux domestiques , 3e éd. trad par Derache et Wehenckel , t. II , p. 506.
(3) De tout temps on a cherché des signes certains pour reconnaître la ladrerie chez le Cochon vivant. C’est à la présence des vers vésiculaires sous la langue que l’on a accordé le plus de confiance , de là l'institution des jurés langueyeurs. D’après Delpech (Dict. encycl. des Sc. méd. art. ladrerie ), les cysticerques existent chez les deux tiers au moins des porcs ladres , à la face inférieure de la langue et , plus particulièrement , sur les parties latérales du frein. Ce caractère a été négligé chez l’Homme par les médecins qui ont publié des observations de ladrerie. Trois fois seulement on le mentionne : Broca dit ne l’avoir pas observé et LancEREAüX a pu le vérifier chez son malade , ainsi que DELORE et BONHOMME.
Differents autres symptômes ont été indiqués par certains vétérinaires chez les porcs ladres ; je veux parler de la sensibilité exagérée du groin , l’agitation du train de derrière , l’aspect sanguinolent de l’extrémité des soies lorsqu’on les arrache , l'enrouement , l’essouflement prononcé. Ces symptômes ont été niés par d’autres observateurs , ou même des phénomènes contraires ont été affirmés. Ne semble-t-il pas que toutes ces observations puissent être vraies selon les cas, ou même que certains de ces phénomènes contraires puissent se succéder ? tous peuvent être déterminés par la présence des parasites dans le système cérébro-spinal.
semblables aux manifestations morbides que peuvent produire les abcès , les néoplasmes, etc., lorsqu’ils sont développés dans les mêmes points : ce sont des symptômes de méningite, d’encéphalite, de compression cérébrale , démence, délire, céphalalgie, fièvre , tremblements des membres, syncopes prolongées, convulsions épileptiformes — ces dernières étant presque constantes. Tous ces phénomènes n’ont rien de caractéristique , aussi, au point de vue où nous nous sommes placé . serait-il inutile de résumer les observations des auteurs à ce sujet. Le siège de prédilection des cysticerques est la partie périphérique des hémisphères cérébraux.
Lorsque des symptômes nerveux graves se sont déclarés chez un malade , est-il possible de diagnostiquer la présence de cysticerques si l’on n’observe les tumeurs sous-cutanées ou musculaires dont nous avons parlé? Il faut reconnaître que le diagnostic ne peut être d’une certitude absolue , mais on peut arriver à de grandes probabilités en procédant par élimination. La syphilis et la tuberculose sont deux affections qui pourraient produire des phénomènes nerveux analogues à ceux qui sont causés par les cysticerques. Si l’on est impuissant contre la seconde de ces affections, on peut fréquemment faire disparaître les effets de l’autre et, en tout cas, ce sont deux points sur lesquels l’état général permet le plus souvent de se fixer. Mais certaines affections cérébrospinales comme la sclérose et principalement la sclérose de l’encéphale peuvent être plus difficiles a distinguer d’une affection qui serait caus.ée par les cysticerques. Dans les deux cas, en effet, les centres de lésion peuvent être simples ou multiples, se retrouver ou non sur le système spinal, occuper un point quelconque de l’organe central, et ainsi les symptômes peuvent extrêmement varier. Mais lorsque la maladie est causée par les cysticerques, il s’en trouve presque constamment à la surface de l’encéphale et ils déterminent toujours des attaques épileptiformes qui n’existent pas dans la sclérose. Par suite de leur siège habituel, les cysticer ques ne causent que très rarement la paralysie des nerfs crâniens ; par leur petit volume (1) , il est extrêmement rare , d’après Griesinger , qu’ils déterminent ces paralysies fréquentes dans le cas des échinocoques (2). Les tumeurs des cysticerques ne provoquent pas non plus les poussées aiguës fréquentes dans la sclérose et
1) D’après KüCIIENMEISTER , on a trouvé cependant des cysticerques du cerveau de la grosseur d’une aveline Küchenmeister, Die Purasilcn des Menschen, 18 VJ ? p. 110).
(2) GRIESINGER , Archiv der Heilkunde , 1862, p. 209. Ce très intéressant mémoire, longuement analysé par LecckART (Die menschlichen Parasiten, t. 1 p. 146), n’est pas cité par BoYRONetil semble avoir échappé à Da. VAINE
ils n'ont pas montré jusqu’ici ces phénomènes de contracture fréquents dans cette dernière maladie (1).
Nous avons laissé de côté les symptômes provoqués par les cysticerques lorsqu’ils se trouvent dans les autres organes. C’est que le diagnostic en serait plus difficile encore si l’on avait besoin de le faire; mais le plus souvent rien ne trahit la présence de l’entozoaire et il arrive fréquemment que le cerveau lui-mème montre à l’autopsie des cysticerques que rien n’avait fait soupçonner pendant la vie. Mentionnons l’œil comme un organe où on les a rencontrés assez souvent depuis l’invention de l’ophthalmoscope.
Le diagnostic des. échinocoques est souvent assez facile; il arrive, en effet, que les vésicules soient rejetées au dehors par les ouvertures naturelles, ou à la suite d’une abscession. Lorsque la tumeur formée par l’échinocoque est accessible au toucher, sa forme régulière, la matité qu’elle donne à la percussion. la fluctuation , sont souvent de précieux indices , surtout s’il s’y joint le frémissement hydatique découvert par Briançon et que l’on apprend vite à reconnaître. La tumeur devra s’être développée très lentement, sans douleur, sans fièvre, sans aucun symptôme de cachexie et ces caractères négatifs la distinguent des abcès aigus , des anévrysmes . des formations néoplasiques. La ponction enlèverait d’ailleurs tous les doutes si l’on hésitait à se prononcer entre l’hydatide et une autre affection à marche lente comme un abcès froid, par exemple .
Il est inutile, je pense, de rappeler que les choses se passent tout autrement lorsque les échinocoques se développent à l’intérieur d’organes dont l’intégrité est nécessaire à l’économie. Si une hydatide volumineuse se développe dans le rein, par exemple, on observe nécessairement tous les symptômes de l’empoisonnement urémique, si l’autre rein ne peut suppléer entièrement aux fonctions de l’organe détruit. Il se peut que des échinocoques développées dans le bassin se traduisent seulement par une affection due à la compression des uretères ou de la vessie et, dans ces cas, il arrive que rien ne vienne mettre sur la voie du diagnostic. D’autres fois, la transformation purulente de réchinocoque‘ou de son kyste, un accident de rupture etc. permettent l’envoi d’embolies dans la circulation et déterminent des phlébites ou des infarctus
(1) Le cas de Germain SÉE, cité par Boyron (obs. V), semblerait infirmer ce que nous disons des contractuies , mais nous ferons remarquer qu’il s’agit ici d’une complication. L’autopsie a fait voir que les cysticerques avaient subi une transformation purulente et que le pus s "était répandu à la surface du cerveau, — de la encéphalite.
dont les symptômes propres domineront la scène ; les accidents cardiaques pourront aussi survenir , causés par une gène de la circulation consécutive au grand développement d’échinocoques dans l’abdomen : — Ces échinocoques pourront échapper par leur situation. D’autres fois encore, des violences extérieures pourront révéler la présence des parasites en déchirant la vésicule et en provoquant l’apparition des symptômes aigus qui peuvent suivre 1 épanchement d’un liquide dans la cavité du péritoine ou qui accompagnent la formation du pus etc., etc (1).
On voit que de grandes difficultés peuvent parfois contribuer à fausser le dignostic.
L’échinocoque du cerveau mérite une mention particulière, elle est le plus souvent solitaire et n’a pas de lieu d’élection, mais elle ne se développe presque jamais dans les couches périphériques de 1 encéphale. Elle détermine les phénomènes ordinaires de compression et de destruction de la substance cérébrale, variables avec le point affecté, auxquels s’ajoutent, rarement toutefois, des accidents dus à l’inflammation de différents points de l’encéphale. La paralysie . sous forme d’hémiplégie ou de paraplégie, est le phénomène le plus général que détermine l’échinocoque et elle s’explique par le grand volume de l’hydatide. Lorsque les échinocoques sont d un petit volume et qu’elles sont disséminées, elles ne déterminent plus de grande paralysie et leurs symptômes deviendraient ceux des cysticerques, si elles se trouvaient surtout à la périphérie de l’organe ; il y a alors plus d’analogie avec la sclérose. Les troubles du mouvement peuvent parfois servir à diagnostiquer le point du cerveau où se trouve l’échinocoque (2).
Les échinocoques étant reconnues chez un malade, le pronostic est toujours grave, même lorsqu’elles n’apportent pas actuellement des troubles marqués à l’économie : en effet, des accidents sérieux peuvent toujours survenir et la possibilité existe toujours que d’autres individus à marche plus lente, soient en voie de développement dans les organes importants. D’ailleurs on ne peut enrayer leur multiplication. La terminaison, cependant, est loin d’être toujours fatale : il arrive souvent que les échino-
(1) Rappelons seulement le fait curieux découvert par FiNSF.N, médecin islandais ; lorsqu elles s epanchent dans la cavité péritonéale, les nydatides provoquent presque constamment un urticaire qui envahit parfoi tout le corps. IiNSEN regarde ce phénomène comme caractéristique de l’échinocoque
(2) Roll, Manuel de Pathologie et Thérapeutique des Anim. dômes liq. ; trad. franc, l II p. 56 à propos du Tournis des Moutons.
coques meurent, mais on ne saurait rien dire de général à ce sujet. Les échinocoques du cerveau sont naturellement les plus redoutables ; il en est de même de celles qui se développent dans les parois du cœur.
Les échinocoques dites multiloculaires présentent-elles des symptômes particuliers ? Les faits connus jusqu’à présent, dit le Dr J. Carrière, ne permettent pas de les établir et le diagnostic exact est très obscur (1). Cela n’a rien qui puisse surprendre: il est clair que l’affection sous cette forme doit être encore plus difficile à reconnaître que sous la forme habituelle et aux symptômes ordinaires doivent se joindre ceux de la cachexie spéciale des tumeurs ulcérées.