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Essai philosophique [microform]. Quel est le point de vue le plus complet du monde? et Quels sont les principes de la raison universelle?

Les efforts de la philosophie tout entière ont pour but de connaître ce que c'est que le monde peut-être avant ,1e s'appliquer à donner à l'homme des règles de conduite. La grande vérité, c'est ce qui est, c'est-à-dire c'est le monde réel, y compris sa cause. Ce qui comprend tout, est nécessairement la venté, puisqu'il n'y a rien d'autre. Le monde vra, est donc tout simplement le monde complet Le pomt de vue le plus vrai du monde que puisse embrasser une intelligence d'homme est donc aussi le pomt de ^•ue le plus complet du monde qu'elle puisse entrevoir.

Ainsi rechercher le point de vue le plus vrai, revient h chercher dans un sens large le plus complet.

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Li/na9gsil>il|lé.a:o4jp9ser à un point de vue intégral unY^whVdêyMQfos Complet sera l'argument général qui justifiera qu'il est le plus vrai; il se peut du reste que des théories qui ont été conçues ou choisies suivant des hases rationnelles pour représenter des parties de ce point de vue ne puissent être démontrées par des arguments directs; une chose doit être conçue avant d'être démontrée ; mais pour le» renverser, il faudrait soutenir que les théories contraires ne sont pas absurdes dans le cadre général, ou que des théories, hypothèses conçues différem^ ment, sont plus satisfaisantes toujours dans le même ensemble synthétique universel. La qualification : ie plus complet demande cependant des éclaircissements ; car le mot a ici une grande importance.

Ce plus complet, ce n'est pas seulement le plus complet de quantité et de grandeur : il est le plus complet de sens et de puissance, il est le plus complet en faisant une place à tous les faits et à toutes les données, il est le plus complet en avant l'unité d'un spectacle intelligible, dans lequel tout se lie et dans lequel tout s'explique relativement.

Un paysage, un objet, une chose, peuvent être regardés sous des points de vue divers, qui les représentent plus ou moins bien, qui en fournissent des idées plus ou moins approchées; il y a des

LE PLUS COMPLET DU MONDE ? g

points de vue incomplets, qui ne laissent voir qu'une partie ou qu'une face de la chose, qui cachent même la face principale en faveur de faces secondaires, et il y a un point de vue plus complet qui met en valeur la face principale, et qui, s'il ne peut atteindre en détail les autres faces, les laisse encore entrevoir au second plan.

La chose que nous voyons à son point de vue le plus complet, c'est celle que nous pouvons le mieux embrasser et le mieux pénétrer à la fois, de façon à connaître ses parties et l'essence des parties, de façon h comprendre l'assemblage des parties, et surtout l'harmonie, la loi des parties, plus absolument la raison, qui donnent le tout, de façon enfin à épuiser le contenant et le contenu sans qu'il reste rien. Le point de vue le plus complet n'est pas seulement le plus vrai parce qu'il enferme le plus de réalité. Comme il n'exclut aucunes données, il doit satisfaire au maximum de conditions, et il est le plus vrai parce que ses chances de certitude à cet égard sont maxima. En outre, comme il unifie le plus en s'imposant de rendre solidaires toutes choses sans exception, il est le plus conforme à la raison, qui est finalement la seule et absolue mesure de la vérité ; il est donc encore le plus vrai parce qu'il est en totalité le plus rationnel.

Sans pouvoir être, bien entendu, exempt d'erreur, ayant un degré d'erreur comme en raison inverse de son degré d'approximation, il élimine cependant l'eivreor volontaire qui résulte du parti pris de repousser, par exemple, un ordre de faits qui paraît incompatible avec un autre ordre, ou du parti pris de se limiter dans une sphère de connaissances.

II rend possible la réduction ultérieure d'erreurs qui sont cachées en quelque sorte dans ses mailles, trop lâches au début, au lieu d'être extérieures à ses mailles, ce qui arrive dans un point de vue limité, incomplet.

La question est de voir comment l'idée générale est possible avant que les idées particulières ne soient achevées, ces idées particulières pouvant elles-mêmes avoir la valeur de sciences.

Ne peut-on pas faire un plan d'ensemble sans avoir arrêté, fini, tous les détails de l'édifice? Mais si, précisément, avec certaines précautions. Il y a des lignes de valeurs différentes, il y a des parties dont il suffit de ménager la place. L'idée générale de l'édification philosophique, c'est qu'il v a une subordination dans les idées et dans les choses, c'est qu'il y a des ordres de divers degrés, un ordre supérieur primant un ordre inférieur. La coordination dans un ordre supérieur n'est pas en général sensi-

LE PLUS COMPLET DU MONDE ? | f

blement affectée par une différence dans la coordination de l'ordre inférieur qu'elle encadre. Un édifice peut être construit sur le même plan avec divers matériaux. Entre les piles de l'édifice, des remplissages différents peuvent être disposés, des baies peuvent être ouvertes ou fermées. Et ensuite, on peut en varier la décoration et l'ameublement.

On conçoit que la solidarité des grandes lignes puisse être posée avec une indétermination provisoire dans les assemblages et dans les raccords, qui seront étudiés à part.

L'objet de la synthèse philosophique est de saisir d'abord l'ensemble en mettant seulement les détails à peu près en place, tandis que l'objet d'une science particulière, d'une théorie, est de reprendre les détails. Autre chose est la raison des parties, autre chose est la raison du tout si ces parties sont d'ordre inférieur.

Par conséquent, pour poursuivre la recherche du point de vue le plus complet du monde, c'est l'ordre supérieur, c'est l'idée générale qu'il s'agit en premier lieu de concevoir. Le problème est de se demander comment on peut former l'idée générale du complet avant de discuter sur les questions de <létail qui laissent indifférent l'ensemble.

L'unité est la première logique. La logique d'un

point de vue du monde avant qu'il soit repris pièce par pièce, est d'exposer un plan qui fasse une unité complète du tout, elle est de présenter une exposition qui développe tout sans omission par une gradation continue conforme aux principes de la raison. De cette gradation, de cette procession du supérieur à l'inférieur, découlera un enchaînement dialectique, c'est-à-dire un choix de conceptions homogènes qui vont en se spécifiant de plus en plus, jusqu'aux faits, jusqu'aux données.

Des arguments isolés et particuliers ne sauraient permettre de construire, et ils ne doivent se produire qu'en face de la construction achevée qui s'ofl're k la critique dans son intégrité.

Le complet, s'il était atteint, c'est l'absolu, qui contient en puissance le changement et la multiplicité ; son idée, c'est ronlre qui régit tout, et l'intelligence qui occupe ce point de vue domine tout ce qui est dans la réalité et dans la pensée.

II. - A QUELLES CONDITIONS DOIT SATISFAIRE LE POINT DE VUE LE PLUS COMPLET

Ce point de vue doit faire intervenir tout ce qui est donné par les sens et tout ce qui est donné par l'esprit, il doit faire intervenir les faits de toute na-

ture, cela par sa définition même ; ce sont donc autant • de conditions auxquelles il est tenu de satisfaire, non pas immédiatement en rendant compte de tous les détails, mais implicitement en les laissant comme des solutions possibles qui trouvent leurs principes.

Mais il y a des données auxquelles la synthèse doit satisfaire plus rigoureusement et qui sont précisément les bases sur lesquelles tout repose : ce sont ces données en apparence contradictoires ou irréductibles les unes aux autres, telles que la suppression de lune au profit de l'autre change tout à fait le point de vue. Cette influence considérable montre évidemment qu'ils sont des facteurs capitaux dans l'équation générale. Le problème se détermine donc. 11 s'agit de concilier les contradictions, il s'agit de lever les irréductibilités, il s'agit de montrer que les oppositions des sciences ne sont qu'apparentes, qu'elles résultent de l'hétérométrie de points de vue différents.

Ces contradictions ne peuvent coexister qu'en n'étant pas de même ordre hiérarchique de grandeur ou de puissance, qu'en ayant lieu dans des ressorts de grandeurs non comparables ; il n'y a pas d'autre alternative logique.

Par exemple dans l'espace, le milieu où vit l'être vivant, impose ses conditions à cet être, qui lui-

l4 QUEL EST LE POINT DE VUE

même dans le ressort de son corps peut faire la loi jusqu'à un certain point par un effort propre.

Ces irréductibilités des raisons n'existent que pfirce qu'on suppose que ces facteurs : Ubertéf né' cessité, fatalité, et d'autres moindres, ont leurs sièges dans les mêmes centres d'actions, que parce qu'on suppose qu'ils dominent dans un ordre unique d'êtres, alors que, réunis ensemble, ils sont chacun d'un ordre naturel de grandeur dissemblable, et qu'ils sont subordonnés les uns aux autres.

Les lois nécessaires des éléments, les actes de liberté des hommes, et les évolutions fatales des existences, n'ont pas tous trois leurs causalités dans des ordres de même degré de grandeur et de puissance.

Un ordre supérieur dans l'échelle métaphysique des êtres prime un ordre inférieur. Ce qui est direction et volonté dans un ordre supérieur, en s'appliquant dans un ordre inférieur, devient loi nécessaire ; ce qui est prévision dans un ordre dominant, en étant annoncé dans un ordre intermédiaire, devient prédiction fatale. Ce qui est moyen normal et naturel en haute sphère, devient effet anormal et surnaturel par intervention accidentelle en basse sphère.

Ainsi, la liberté de l'être vivant, qui vit à un étage

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inférieur, est un infiniment petit facteur, relativement à la volonté de l'être transcendant qui le domine à l'étage supérieur. De même, la liberté d'un microbe est un facteur infiniment petit vis-a-vis de la volonté de l'opérateur qui manipule les microbes et qui les fait évoluer.

On comprend maintenant que les sciences doivent avoir des points de vue sur la réalité plus ou moins hétérogènes, selon qu'elles étudient tel ou tel ordre de grandeur de l'existence universelle, de la position de l'homme prise comme origine, tantôt totalisant des masses d'êtres infiniment petits, indistincts, de divers ordres, tantôt prenant pour objet un seul vivant, mais qui est un être composé, tantôt ne découvrant que des masses, qui sont des parcelles ou des surfaces d'infiniment grands, qui constituent des milieux.

A plus forte raison, doit-il y avoir antithèse entre la science du physique et la science du métaphysique, l'une ayant pour objet des masses et des actions globales, et l'autre ayant pour sujet l'unité et l'acte simple. Aussi, la science a-t-elle ses points de vue, la philosophie a-t-elle ses points de vue. Or il est clair que le point de vue le plus complet devra rétablir l'accord entre la science proprement physique et la métaphysique, devra être commun

même dans le ressort de son corps peut faire la loi jusqu'à un certain point par un effort propre.

Ces irréductibilités des raisons n'existent que parce qu*on suppose que ces facteurs : liberté, nécessité, fatalité, et d'autres moindres, ont leurs sièges dans les mêmes centres d'actions, que parce qu'on suppose qu'ils dominent dans un ordre unique d'êtres, alors que, réunis ensemble, ils sont chacun d'un ordre naturel de grandeur dissemblable, et qu'ils sont subordonnés les uns aux autres.

Les lois nécessaires des éléments, les actes de liberté des hommes, et les évolutions fatales des existences, n'ont pas tous trois leurs causalités dans des ordres de même degré de grandeur et de puissance.

Un ordre supérieur dans l'échelle métaphysique des êtres prime un ordre inférieur. Ce qui est direclion et volonté dans un ordre supérieur, en s'appliquant dans un ordre inférieur, devient loi nécessaire ; ce qui est prévision dans un ordre dominant, en étant annoncé dans un ordre intermédiaire, devient prédiction fatale. Ce qui est moyen normal et naturel en haute sphère, devient effet anormal et surnaturel par intervention accidentelle en basse sphère.

Ainsi, la liberté de l'être vivant, qui vit à un étage

inférieur, est un infiniment petit facteur, relativement a la volonté de l'être transcendant qui le domine k l'étage supérieur. De même, la liberté d'un microbe est un facteur infiniment petit vis-a-vis de la volonté de l'opérateur qui manipule les microbes et qui les fait évoluer.

On comprend maintenant que les sciences doivent avoir des points de vue sur la réalité plus ou moins hétérogènes, selon qu'elles étudient tel ou tel ordre de grandeur de l'existence universelle, de la position de l'homme prise comme origine, tantôt totalisant des masses d'êtres infiniment petits, indistincts, de divers ordres, tantôt prenant pour objet un seul vivant, mais qui est un être composé, tantôt ne découvrant que des masses, qui sont des parcelles ou des surfaces d'infiniment grands, qui constituent des

milieux.

A plus forte raison, doit-il y avoir antithèse entre la science du physique et la science du métaphysique, l'une ayant pour objet des masses et des actions globales, et l'autre ayant pour sujet l'unité et l'acte simple. Aussi, la science a-t-elle ses points de vue, la philosophie a-t-elle ses points de vue. Or il est clair que le point de vue le plus complet devra rétablir l'accord entre la science proprement physique et la métaphysique, devra être commun

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aux deux, et rendra par suite possible par cette fasion la science continue et unifiée.

Dans la synthèse cherchée, les contradictions fondamentales de la science proprement dite et de la philosophie ne peuvent s évanouir que dans un accord supérieur par une conception qui serre de plus près la réalité.

Nous pouvons laisser de côté le facteur de la fatahté , les faits qui sy rapportent étant encore mal reconnus; ces faits auraient des conséquences de principe bien plus graves cependant que les faits qui fournissent la nécessité et les lois phvsiques. "^ •

Des faits attestant la liberté à un degré chez les ^ires conscients, et des faits attestant la nécessité à .m degré inférieur chez les masses, le point de vue le plus complet doit à première vue rendre compte comment ces contradictions fondamentales sontposs.bles, et il doit dissoudre l'opposition de la liberté, que 1 existence de la volonté requiert, et du déter- "•"mme, que la persistance des lois phvsiques î-emble apparemment prouver.

Il faut faire voir comment les libertés individuelles disparaissent dans l'intégration naturelle des ordres de grandeur.

Les masses sont des quantités détres aussi loin

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LE PLUS COMPLET DU MONDE ? i -y

qu'on a pu les analyser ; les quantités réelles sont des nombres d'unités naturelles.

Mais la qualité intervient pour systématiser, pour organiser, pour intégrer ces nombres. La qualité physique n'est autre chose que le résultat de l'ordre, et cet ordre est l'harmonie, le régime, assurés par une direction qui unifie, qui fait un tout. La valeur de cette direction est la qualité morale, qui répond à la qualité physique et qui est capable d'assujettir un ordre d'autant plus grand qu'elle est plus haute.

La raison dans le degré qu'elle atteint est l'expression de l'ordre.

La matière est l'indistinct ; en devenant distincte, elle rentre dans l'esprit, l'esprit la soumet à son ordre. De sorte que dans la mesure de cette assimilation, de cette subordination de la quantité à la qualité, elle fait partie de l'esprit, elle se dissout en esprit.

La nécessité est la subordination générale d'êtres à un même ordre, tandis que la liberté est la suprématie d'un être sur un ordre, ou sur lui seul en tant qu'unité pure.

En ce qui concerne l'ordre abstrait, l'idée élémentaire de l'ordre, c'est l'ordre géométrique, c'est la structure, puis des ordres plus complexes sont l'ordre dynamique ou le mécanisme, l'ordre sen-

l..\GRêstLLE

sible ou l'organisme, et au-dessus, par l'harmonie «les volontés raisonnables, l'ordre moral, le fonctionnisme dVtres intelligents.

Tous ces ordres abstraits, que des ordres naturels réalisent et oilrent à nos veux, qui s'observent dans les formes de la vie, sont connus comme données d'expérience, et nous ne faisons que les rapprocher. Pour montrer la cause du déterminisme scientifique, lemarquons deux choses :

I** Que la science du ///ti/sif/ne ne part pas d'ori- (fines absolues, qu'elle ne s'attache pas en principe à partir d'unités naturelles absolues, de bases d'où tifuf ce (pii est relatif est exclu ;

2" Que la m^me division de la science, en admettant la continuité, suppose rpie le nombre des unités est infiniment ijrand au sens strict, et ne considère que les actions globales des masses, dans lesquelles les actions individuelles ont leurs différences toujours masquées.

En posant des origines absolues, la science se verrait obligée pour obtenir l'ordre le plus élém3ntaire, c'est-à-dire pour former des systèmes mécaniques avec des indivisibles, de faire intervenir des forces libres et conscientes de leur but. Elle devient en même temps métaphysique.

L'explication de celte nécessité sera indiquée plus

LE PLUS COMPLET DU MONDE ? ig

loin, sans pouvoir être approfondie dans un résumé, étant tout à fait spéciale.

Il est plus aisé de faire entrevoir immédiatement comment les unités, douées de libres vouloirs, déterminent pourtant par leurs actions des lois sensiblement constantes, les lois physiques des éléments. Les unités naturelles, à la fois physiques et psychiques, qui concourent par leur jeu, par leur fonctionnement, à réaliser une loi matérielle, sont des individus comparables, elles sont semblables, de même ordre de grandeur, mais aussi, elles sont à peu près de même valeur psychique, c'est-à-dire qu'elles ont toutes à peu près même capacité d'effort et d'aperception ; c'est pour cela en effet qu'elles ont été préposées en tant que monades à des systèmes de même grade et à des fonctions pareilles.

Il en résulte que l'emploi que ces unités feront de leurs initiatives ne variera pas beaucoup de l'une à l'autre. Leurs initiatives sont d'ailleurs par constitution limitées dans de très petites sphères.

La direction, qui leur suggère leurs rôles pour une fonction commune, peut encore agir plus énergiquement vis-à-vis des unités plus passives, en quelque sorte comme un cocher stimule davantage le cheval paresseux que le cheval actif.

En moyenne, les unités, exécutants, qui sont en

nombre immense, donneront un résultat sensiblement fixe, lequel résultat sera inférieur à celui qu'elles donneraient si elles obéissaient tout à fait h l'inlluence directrice, qui correspond pour elles à l'intuition de l'instinct, du besoin, du devoir.

L'action d'ensemble, qui constitue un mode de réaction matériel, ne laissera pas paraître les actions individuelles, qui sont relativement des actions infinitésimales, et, les différences infiniment petites, les écarts, que la liberté rend possibles, se contrarieront et se masqueront dans la sommation.

Les lois se représentant par des courbes, si Ton considère isolément une unité, par suite de sa liberté, elle parcourt la trajectoire qui exprime la loi en oscillant de part et d'autre de la courbe. Les oscillations de plusieurs unités, oscillations probablement très petites et très serrées, se balanceront entre elles, et les courbes parallèles se confondront dans un même trait.

Ces oscillations spontanées ne sont peut-être pas sans rapport avec le mouvement vibratoire, ou plutôt avec l'état vibratoire.

Ainsi, les atomes de même ordre, dirigés par des monades de même valeur, développeront en somme leurs activités libres suivant un régime invariable dans les intervalles que le physicien ob-

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serve; d'où la loi physique qui a le caractère de nécessité.

Cet aperçu ayant été donné pour découvrir déjà un peu comment en pratique la liberté des éléments encadrés dans les corps aboutit à des propriétés physiques des corps, soit au déterminisme de la pl»ysi(|ue, on conçoit comment les contradictions do la science du physique peuvent disparaître grâce à une distinction assez profonde, on conçoit que le dernier mot puisse rester à une métaphysique assez pénétrante.

m. - QUEL ORDRE DE MONDE NOUS POUVONS LE MIEUX DISTINGUER

Malgré sa variété infinie, le plan du monde doit être fait avec une grande unité, et le même principe doit se retrouver dans chaque ordre avec un développement en proportion de son rang dans les ordres de grandeur. Le point de vue le plus complet du monde pour dégager ce principe, ou ce thème général, doit le chercher, non pas dans les ordres éloignés de nous, mais dans ceux qui sont à notre portée, les plus distincts de beaucoup. Dans le monde entier qu'est-ce que nous pouvons le mieux

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distinguer, si ce n'est le petit monde humain dont nous faisons nous-mêmes parties, dans lequel nous sommes des unités, en tant qu'êtres vivants, dans lequel nous sommes des ordres, en tant que svstèmes naturels.

En se bornant à envisacjerce petit monde humain, on doit y trouver plus qu'ailleurs l'idée d'un point de vue complet de l'univers limitée à cet ordre.

Par ra[)port à nous, hommes, il y a certainement des sphères célestes, des sphères du monde qui sont excessivement grandes, qui demeurent indistinctes, tant par suite de leurs grandeurs que par suite de leurs éloignements, et encore pour bien d'autres raisons, les condensations étant de tout autres valeurs dans les ensembles, il y a certainement des sphères microscopiques, des sphères du monde qui sont excessivement petites, ,pii demeurent indistinctes par leurs petitesses, qui échappent à nos movens de mesurer et de sentir.

C'est pourquoi, ce n'est pas de ces sphères que nous pourrions tirer préalablement l'idée d'une notion exacte de la réalité, l'idée du thème général.

Cette notion la plus juste, parce qu'elle est la plus complète, c'est le premier plan de la perspective qui la donnera, c'est le monde de l'homme qui l'expri-

mera pour lui d'abord, et c'est sa propre vie qui lui offrira l'image du monde la plus intelligible, la plus complète de sens réel dans une de ses subdivisions. La sphère de notre vie individuelle, c'est notre corps, qui est composé d'unités d'ordres différents, depuis l'àme simple jusqu'à la dernière monade.

La sphère de notre vie générique, c'est la surface de la terre, c'est la société humaine, ce sont les hommes, les animaux et les plantes.

Dans cette dernière sphère, qui est notre milieu naturel, qui est l'ordre duquel nous dépendons, que voyons-nous? Nous voyons des êtres vivants qui utilisent des énergies naturelles par un choix continuel, ces êtres vivants ayant chacun leurs volontés, leurs desseins, et ayant aussi leurs caractères psvchologiques, leurs instincts et leurs fonctions inconscientes.

Chez les animaux, pour toutes les actions qui sont du ressort de leur volonté, l'orientation qu'ils prennent à chaciue instant, le sens du mouvement simple, ne dépend point absolument de leurs énergies disponibles, lesquelles énergies sont soumises à cette orientation volontaire et sont distribuées par le moyen de cette orientation — qui est par conséquent force — de même que les énergies des machines sont soumises k la direction des mécaniciens, sont

distribuées par le mojen d'un levier, qui prend sous la main du mécanicien une orientation voulue.

Les hommes veulent, et ils agissent sur les forces dont ils disposent, forces intellectuelles, forces organiques, forces matérielles, pour réaliser leur volonté par ces intermédiaires, ces forces, ou plus scientifiquement ces énergies, étant des agents plus ou moins dociles (en tant qu'actions globales d'unités inférieures, ainsi qu'il a été expliqué plus haut).

L'identification simple entre la force et l'énergie est une erreur qui est indiscutable : une force est un pouvoir, et une énergie est une quantité. Mais une force, en réglant l'action d'une force subordonnée, qui est divisible en éléments, débite ses éléments, et, par suite, épuise une quantité. Ceci soit dit pour éviter une confusion continuelle de la force et de l'énergie mécanique.

L'observation semble bien déceler chez les êtres de notre monde, chez les animaux comme chez les hommes, un /mipoir cf orientation spontané à l'oriffine de tout mouvement conscient.

Dans leur activité, ils ne suivent pas précisément le chemin le plus facile, mais ils sont capables de remonter un chemin d'autant plus difficile et d'autant plus écarté du repos, qu'ils veulent avec un

plus grand effort pour atteindre le but qu'ils ont choisi.

Ce pouvoir cVorientaiion doit exister dans un système naturel à la tête du svstème, et il doit exister pour elle-même en second ordre dans chaque unité du système. D'une façon bien plus générale, on est conduit à croire qu'un pouvoir d'orientation est à l'origine du moindre mouvement des unités simples et précède le moindre changement dans les systèmes naturels.

Avant d'approfondir encore ce pouvoir psychique, nous savons qu'il existe en nous, et cela suffit pour savoir par analogie qu'il existe dans le monde à d'autres degrés.

La sphère de la vie individuelle de l'homme est son corps vivant. Un microbe, ou un globule de sang, qui n'est qu'un microbe de constitution, se trouve entraîné dans la circulation de ce fluide à peu près comme un navigateur est entraîné sur rOcéan ; et pour ce petit vivant, de grandeur inférieure d'un ordre, le corps humain est le monde extérieur. S'il entrevoit dans les autres microbes et dans certaines cellules des êtres analogues à lui, il a peut-être le sentiment que dans son existence il est le jouet de forces aveugles et il n'atteint pas l'idée d'un grand être vivant qui est l'homme.

Ql'EL EST LE POINT DE VIE

C'est un système si prodigieusement complexe que le corps humain au point de vue dune métaphysique non vulgaire, que la distinction d'un corps matériel bien construit et dune âme qui l'habite est une conception trop simpliste pour être suffisante, fille ne l'était déjà plus pour Platon.

Entre l'âme simple, unique monade dominante, et entre le corps matériel, instrument mécanique autant du moins qu'un système naturel peut être mécanique- pure machine, il y a place pour toute une hiérarchie de j.uissances sous-directrices et orgamsatrices, il y a place pour un corps spirituel constitué par des monades de valeurs .lécroissantes,' -jm commandent des unités matérielles, des centres d nnportances proportionnées, ce corps comprenant -lepuis l'état-major de l'esprit jusqu'aux monades qu. jouent le rôle d'âmes dans les cellules ordinaires. Le nombre immense de ces monades, de qualité ou de force inégales en leur attribuant objectivement à chacune l'unité absolue de masse, c'est- "-d.re la ma.sse de l'atome primordial, qui est la monade la plus obscure du monde - ce nombre ne représenterai, pas encore un élément de masse •sensiblement aj.préciable.

Cependant, si ce corps ,,sycl,l,,ue ne se pèse pas et ne se soumet pas à une expérimentation propre-

ment dite comme un corps matériel, son importance est incomparablement plus grande que celle des masses obscures.

Toutes ces monades usent de leurs libres vouloirs, de leurs pouvoirs d'orientation dans leurs ressorts respectifs, et il faut que lame simple compte un peu ou beaucoup avec elles, n'ayant pour contre-balantor le nombre que la force plus grande de son intelligence directe, que son autorité morale supérieure, qu'un pouvoir d'orientation en raison de ces facteurs et multiplié par l'eflort moral dont elle se fait capable.

Les lois apparentes, ou les lois physiques, qui» persistaient dans les ensembles d'unités innombrables de même ordre sous une direction unique, ou sous des directions concourantes, persisteront de moins en moins et finiront par ne plus persister du tout, au fur et à mesure que la qualité remplacera le nombre et que les directions en petit nombre laisseront apparaître leurs indépendances relatives.

C'est ainsi que, dans la société, des assemblées pareillement constituées peuvent se prononcer différemment sur la même question, sans qu'une loi physique puisse représenter la solution à la manière d'une réaction donnée.

L'idée qualitative, que nous venons de nous faire

•lu corps humain, est incomplète encore, et il y a d'autres choses à dire qui exigent toutes sortes de conceptions. Entre autres, l'âme monadique n'est pas seule à oxorccr une influence directrice, même

...d.recte, sur les unités du corps vivant; des influences d,rectrices, extérieures au corps, sont le fa., de puissances, qui font partie de la direction générale de la Nature ; elles sont exercées sur les umtes organiques et matérielles, indépendamment

<le la conscience de l'psnix'i «.» »ii

». ICI, ue 1 espiit et elles assurent principalement les régimes de la vie végétative Le sommeil, l'instinct, certaines fonctions et cer- • tames tendances ne sauraient entièrement s'expliquer sans de telles influences.

Il n'y a pas que les atomes qui reçoivent leurs v.brat.ons du dehors, il , a des cordes tout entières ."ont la commande est extérieure, de sorte que ■ l.armon,e est jusqu'à un certain point préétablie, les agents travaillant isolément sans le savoir à asl surer un ordre, duquel la direction intégrale est éloignée très haut.

Puisque les ordres en se subordonnant se pénètrent, ,1 doit y avoir nécessairement dans leurs pnncpes la plus grande analogie ; puisque ces ordres doivent communiquer intimement, ils ne sauraient être difTérents d'essence.

On objecterti que le lien absolu est la chose en soi, qui demeure inconnaissable. La chose en soi est un résidu qui deviendra imaginaire, qui cessera d'exister quand on aura extrait en principe tout ce qui est.

Les êtres communiquent; la raison exprime la communication en découvrant la direction et la subordination. Il n'y a que les êtres et que leurs rapports dans l'Être. Il ne sont que par ces rapports. Que voulez-vous chercher de plus s'il n'y a rien d'autre?

En dedans de l'Être immuable, dans le devenir, les êtres simples en eux-mêmes sont les monades, monades douées d'intraperceptions, plus ou moins élevées, communiquant plus ou moins parfaitement avec l'Être, participant plus ou moins bien à la Raison qui est l'Être, c'est-à-dire ayant en conscience à leur disposition, pour agir volontairement, pour réagir, des intuitions pures plus ou moins parfaites, qu'elles réalisent matériellement par leur pouvoir d'orientation, au prix de leur effort moral.

Les rapports des monades et des êtres composés par elles, peuvent être signifiés de diverses façons, d'une façon approchée, relative au point de vue qui est nécessaire à l'intelligence humaine ; les rapports rigoureusement absolus, que nous n'avons pas be-

soin cratteliidre, puisque nous ne créons pas effectivement ces êtres, n'ont qu'une unique représentation conforma k la Raison divine, dont la raison métaphysique doit être une image, un reflet.

Ces rapports expriment naturellement des nombres, des variations, des proportions, des différences et des ressemblances ; ils ont des expressions mathématiques pour les quantités, et ils ont des expressions logico-mathémaliques pour les qualités. Ainsi, quand toutes les raisons, qui déterminent la formation et l'existence d'un être, sont connues, il ne reste d'inconnu que Tusage que cet être fera de son libre arbitre dans des conditions données ; mais alors, sachant les intuitions dont cet être dispose, intuitions qui dépendent de son rang dans l'échelle des êtres et de sa situation, estimant sa valeur morale, sa capacité d'effort, d'après son rang et ses précédents, par analogie, on pourra jusqu'à un certain point prévoir son acte, qui ne cessera pas d'être rationnel au fond.

// n'y a rien d'autre à chercher dans cet être. Cependant, si cet être est composé de composés, si c'est un vivant aussi élevé que l'animal et que l'homme, le problème théorique est singulièrement complexe, puisqu'il faut tenir compte mutuellement de toutes les unités ou monades, qui sont sous la

direction de la monade dominante, ou de l'àme, lesquelles sont des unités d'ordres différents, des monades de valeurs différentes.

Du reste, il n'existe de choses qu'en apparence si elles n'ont pas de raison d'exister. Les matériaux des corps sont des esprits en tant que monades, et les monades les plus obscures, en nombres, en masses, en ordres, exercent les fonctions d'atomes, constituent les atomes composés, par leurs relations dans l'espace.

Par suite, la juxtaposition des corps produit les pliénomènes et les choses (mettant en contact et en relation les corps des objets et le corps du sujet).

La raison avec un degré suffisant de puissance peut tout donner k l'esprit alors que la Raison — raison suprême — donne le monde effectif.

Par une participation assez pure avec cette Raison, qui est l'Être, l'esprit peut arriver k posséder toutes les raisons, et par conséquent peut prétendre k connaître tous les êtres et toutes les relations rationnelles qui les unissent.

La raison, qui est en participation dans les êtres, la raison commune entre les intelligences par le rayonnement de la Raison, raison vivante, c'est la raison universelle, celle dont la métaphysi (ue se

réclame, celle-là seule sur laquelle tout raisonnement a le droit de se fonder.

La raison universelle est indépendante de la forme de l'entendement, tous moyens de représentation à part; sans quoi, il y aurait autant de raisons universelles qu'il j aurait de formes d'entendement, cVst-à-dire qu'il n'v en aurait pas, c'est-à-dire que le raisonnement n'aurait aucune valeur démonstrative, que l'affirmation et la négation ne signifieraient rien du tout, que les faits nauraient pas d'interprétations.

Le monde à son point de vue le plus complet doit donc être rationnel, et l'ordre le plus rationnel pour nous, qui est l'ordre humain, est encore celui que nous pouvons le mieux distinguer.

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