‹ Essai philosophique [microform]. Quel est le point de vue le plus complet du monde? et Quels sont les principes de la raison universelle?Chapitre 2 sur 14 · IV. - QUE LE POINT DE VUE DOIT SUBORDONNER L'INFÉRIEUR AU SUPÉRIEUR · texte numérisé non relu

IV. - QUE LE POINT DE VUE DOIT SUBORDONNER L'INFÉRIEUR AU SUPÉRIEUR

Faire de la raison le juge des choses, c'est tout subordonner à la raison fixe, et par suite à cette Raison immuable de la.pielle procède la raison universelle, comme la première des lois, comme la loi invariable, comme h loi dliannonie absolue et interne, qn Elle préétablit.

Le point de vue le plus complet doit par conséquent mettre en évidence tout d'abord les principes de la raison universelle; de ses principes il s'élèvera d'une part jusqu'à l'Être, qui est la Raison, de ces principes il descendra, d'autre part, jusqu'aux raisons particulières.

11 doit rationnellement subordonner l'inférieur au supérieur ; il doit ainsi subordonner le mécanisme à l'organisme, subordonner l'organisme proprement dit à rorganisme intelligent, que nous avons distingué sous le nom de/onctionnisme, et s'il part du mécanisme pour s'élever au-dessus, ne pas oublier que c'est une marche de l'esprit, duquel la raison vivifie le mécanisme, ne pas cesser de voir le mécanisme dans la réalité comme une réduction abstraite de l'organisme.

Le monde de l'homme et l'homme en personne nous peuvent servir comme de types réduits des autres ordres pour chercher le sens du monde universel, ou pour chercher à l'expliquer, sans entrer encore dans le développement d'un système général.

Personne humaine et humanité, reconnaissons-le, sont beaucoup plus que des mécanismes, et ce n'est qu'à des points de vue très restreints qu'on a pu les assimiler à des mécanismes. Ils sont encore plus

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que des organismes, quoique ce point de vue plus étendu ait satisfait des philosophes qui se contentent d'une explication assez relative de la vie.

Si de ces mondes intermédiaires nous tirons, par le passage à la limite, l'idée de l'achevé, l'idée de tout l'Univers, nous serons amené à dire que le monde est an fonctionnisme universel, c'est-k-dire un organisme d'êtres conscients, d'esprits doués de volonté, agents plus ou moins responsables dans leur ressort, qui est leur corps, ou plus, leur société.

La définition du fonctionnisme, tout en étant éminemment intelligible, n'est pas moins complexe que celle d'une société bien achevée.

Pour faire place à la liberté dans cette expression, il faut dire, dès qu'on admet l'activité libre des unités naturelles qui entrent en jeu, qu'une fonction, qui est l'action d'un organisme, est l'acte d'un fonctionnisme.

La fonction d'un ministère, par exemple, est d'assurer la rentrée des impôts ; il y a action ; mais il y a plus : il j a acte. La fonction en effet ne s'accomplit pas sans efforts spontanés des agents, ni sans une volonté générale commune, librement consentie, quoique péniblement, laquelle s'appelle la soumission des contribuables à la loi.

Enfin — remarque accessoire — la rentrée de l'impôt peut se représenter par une fonction mathématique : le budget est une fonction des varialjjes, qui sont le contribuable et l'agent de l'impôt. Le concept de fontion peut prendre cette extension abstraite, l'idée de la fonction mathématique peut sous certaines réserves être annexée k celle de la fonction naturelle.

Quelles sont les distinctions sommaires entre le mécanisme, l'organisme et le fonctionnisme, qu'il s'agit de dégager ?

Le mécanisme se meut suivant un cvcle constant, et il s'use d'une façon inégale ; il est composé d'organes invariables et insensibles ; il ne s'adapte pas. L'organisme s'habitue et s'adapte, il se développe et il se reproduit ; il est formé d'organes et d'éléments variables et sensibles, desquels on ne peut faire abstraction.

Le fonctionnisme ne s'adapte pas seulement, il se transforme au besoin, // se mobilise, il est un accord d'individus, unités psychiques comme irréductibles, qui sont essentiellement doués d'une volonté spontanée, et qui apportent leurs concours, dans la mesure de leurs intelligences et de leurs efforts, k l'association tout entière ; on ne peut surtout négliger l'influence de la volonté dirigeante.

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