‹ Essai Philosophique sur L'Efficacité de la PrièreChapitre 26 sur 34 · TO ER · texte numérisé non relu

TO ER

environnent ; ce que nous appelons pierre, plante, animal,

c'est un groupe de sensations correspondant à une cause. très-réelle, extérieure à nous, mais qui se dérobe entière-

ment à notre intuition ; nous avons de tout une conception

anthropomorphique. Ne peut-on pas admettre que la

pensée divine est subjective comme la nôtre, et que Dieu

se représente tous les êtres, cailloux, fleurs, animaux,

hommes, anges, sous des concepts théomorphiques ?

Cette fois, c’est la philosophie elle-même qui met les philosophes au pied du mur. Si le mode anthropomorphique de la prière fait honte à l’entendement, les philosophes devront s'interdire de parler de Dieu et dé penser à Dieu. Que dis-je? ils devront renoncer à toute parole et à toute pensée qui aurait la prétention de représenter les autres êtres ; ils devront s’enfermer dans leur moi, et ne plus chercher querelle à ceux qui prient anthropomorphiquement, c’est-à-dire humainement. (1)

On voit à présent ce qu'il faut penser des quatre blasphèmes quiseraient impliqués dans toute demande adressée à Dieu. Le langage anthropomorphique est légitime, toutes les fois qu'il recouvre une pensée juste associée à l’inexactitude qui est le défaut de toute métaphore. Omms comparaltio claudicat, toute comparaison est boiteuse. Oui, mais les boiteux marchent tout en boitant ; et puisqu'ils marchent, et ont le devoir de marcher, ils ont le droit et le devoir de boiter. Regardons en face ces quatre épouvantails.

1° Dieu n'ignore pas nos besoins, mais son inaction

(4) Un dialecticien pourrait m'accuser de renier ici ce que j'ai affirmé au ch. III de la 1° partie: L'action de Dieu est objet d'experience. Si l'action de Dieu est en moi, et si j'ai conscience de vele action, le concept da divin qu? je forme dans cetle expéiien-e doit être adéquat, et je dois posséder de l'action divine une représentation univoque. et non pas analogue. Ge raisonuement proceéde encore June illusion. L'action divine se présente sous deux aspects, 6 ‘aut qu'elle procède de Dieu et en tant qu'elle est reçue en moi, ou si l'on veut, en tant qu'elle est immanente à Dieu et en tant qu'elle est immanent> à moi. En tant go’elle est immanente à Dieu. Dieu seul la connaît d'une manière adéquate, fhéomo*phquement. En tant qu'elle est immanente à moi. l'action divine, c'est le divin incarne, anthropomorphisé, et je ne puis la connaitre qu'anthropomorphiquement.

ET RSI

semble impliquer une sorte d’ignorance de sa part. Il y a plus. Nos désirs sont l'expression de nos besoins ; nos désirs nouveaux traduisent des besoins nouveaux, et des désirs plus intenses manifestent des besoins plus urgents. En un sens done, il est exact de dire que Dieu ignorait nos besoins, alors que ces besoins n'’existaient pas, ou que ces besoins n'avaient pas le même degré d'acuité. Dieu pouvait prévoir nos besoins comme futurs, mais il ne les connaissait pas comme présents.

20 Notre prière n'apprend rien à Dieu, en ce sens qu'elle ne produit pas sur Dieu une impression, une sorte de sensation spirituelle qui déterminerait en lui la connaissance de notre état. Mais notre prière apprend quelque chose à Dieu, en ce sens que Dieu, suivant le mode {héomorphique de sa connaissance, connaît d’une manière nouvelle ce qui existe maintenant et qui, tout à l'heure, n'existait pas.

3° Dieu n'est pas indifférent à notre égard; au contraire, il nous veut tout le bien qu'il peut nous faire. Mais il est réellement indifférent à l'égard de besoins qui existent pas encore, el il parait indifférent à l'égard de certains désirs qui sont irréalisables pour lui comme pour nous.

4 Notre prière ne fait pas sortir Dieu de son indifférence à notre égard, puisqu'il nous aime infiniment. Mais, d’une part, l'indifférence réelle qu'il éprouve à l'égard des besoins qui n'existent pas encore se transforme en action bienfaisante, à l'heure où ces besoins se produisent etse fortifientsous l'influence de la prière. Notre prière, en accentuant nos désirs et nos besoins, fait sortir Dieu de son indifférence relative. D'autre part, notre prière dispose notre âme à recevoir les dons de Dieu, et

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rend possible ce qui serait, sans la prière, impossible 4 Dieu lui-même. Notre prière, en déterminant l'action divine, fait sortir Dieu de son indifférence apparente. EE

Les quatre prétendus blasphèmes se. trouvent méta- FT AnEes en quatre y vérités. adorables. Me :

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