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Le pasteur peut-il tolérer chez les autres le recours à l'intercession des créatures ? Le recours à l’intercession ne fait aucune injure à Dieu. D'autre part, ce mode de prière n'implique pas d'aussi graves erreurs que la prière idolâtrique. Puisque nous prions Dieu, il est naturel de penser (que nos aleux, nos parents, nos amis qui nous ont précédés dans un autre monde doivent aussi prier Dieu. Et si nous prions Dieu pour nos frères, pourquoi le Christ et les saints ne prieraient-ils pas pour nous ? Où est done l'erreur dans le recours à l’intercession? La voici. Quand je prie pour mon frère, ma prière est effi- ‘ace en moi-même. Si je prie devant mon frère, ma prière pourra lui être utile. Si je prie en l'absence de men frère, et si, fortifié par ma prière, je cours ensuite vers lui, ma
exercent sur elles-mêmes ou sur les autres créatures ; maïs vis-à-vis de Dieu et de l'action
divine, elles ne sont que causes occasionnelles. C'est là ia part de vérilé qui se trouve renfermée dans le système des causes occasionnelles de Malebrancie. La créature n'est donc jamais le véhicule de l'action divine
Je suis louche par ua sermon pieux et éloquent. et je deviens meilleur. Le Saint-Esprit agit dans le prédicateur, le predicatear agit sur moi, et le Saint-Esprit agit en moi. L'action di Saint-Esprit n'a point passé par la voix du prédicateur comme par un canal, pour traverser
ensuite mes sens comme un deuxième canal pour arriver jusqu'à moi. Die1 n’agit point pars
le dehors L'action du Saint-Esprit demeure immanente au prédicateur : son action en moi est une actio:1 semblable, ce n'esi pas la même action. numeriquement identique, qui passerait du prédicateur à moi. Mon âme esl donc en communication immédiate avec Dieu, et ce n’est
pas le prédicateur qui à produit la grâce dans mon âme, bien qu'il ait déterminé l'action -
divine.
Gette théorie projette une vive lumière sur la vérité et l'erreur contenues dans la notion catholique du sacrement. Le sacrement est un signe sensible, un symbole de l'action divine : là-dessus, tout le monde est d'accord. Le sacrement est plus que cela ; il opère vraiment ex opere operato, car il pose une des conditions de l’action diviue. On peut dire en toute vérité que les sacrements conférent la grâce en vertu d'one promesse divine, non point parce que le texte de la Bible ou ls paroles du Christ seraient la parole même de Dien, mais parce que nous scmmes certains, quelle que soit la bouche qui l’affirme, que Dieu veut donner sa grâce toutes les fois qu'il rencontrera une âme disposée à la recevoir. Mais qu'est-ce que les sacrements opèrent ex opere operato ? La grâce de Dieu ? C'est là une erreur colossale. Dieu seu: produit la grâce, Diea seal donne le Saint-Esprit. Le rôle du sacrement, c'est de produire dans l'âme une disposition convenable. Cette disposition étant produite, Dieu agit infailliblement. Si donc l'âme n'est pas disposée, Dieu ne peut pas agir. Les théologiens catholiques versent dans l'opération magique quand ils enseignent que les sacrements agissent toutes les fois que l'âme ny met point d'obstacie. Cela ne suffit pas, il faut de la part de l'âme une disposition positive.
Il est donc paéril de discuter sur le nombre des sacrements. ou sur les paroles du Christ qu en seraient la justification. Tous les sacrements sont d'institution humaine. mais la grâce est origine divine. [l pourrait y avoir vingt sacrements ou ceut aussi bien que deux ou sept en usage dans les Eglises: En fait, tout ce qui produit sur les âmes une impression religieuse et les précare à l'action divine est ua sacrement. Un sermon, un beau chant. la vuc du ciel étoilé, ua bon exemple, la vue d'un tableau où d'une status, la lamp: du sanctuaire qui me rappelle que Dieu veille touj urs sur moi, tout cel: est sacrement. Rien de tout cela ne produit la grâce divine, tout cela peut déterminer l’action de Dieu. ‘ ;
Comme un le voit, ce qui est à réformer dans les sacrements de l'Eglise catholique, ce n'est point tant la pratique que le dogme. Le dogme est faux, alors que la pratique est presque toujours louable et salutaire.
prière me donnera la grâce de lui faire du bien. Si je prie pour un cle mes frères avec lequel je n'aurai par la suite aucun rapport, ma prière ne lui servira de rien. Cependant, s'il m'écrit de prier pour lui, et qu'à certaines heures, 11 prie en union avec moi, en se disant qu'à la même heure, il y à une âme qui s'intéresse à son âme, il priera mieux, et la pensée de ma prière lui fera du bien. Faisons l'application de ces différents cas à la prière du Christ et des saints. S'ils prient pour nous, leur prière à son efficacité en eux-mêmes, et non pas en nous. Comme nous sommes absents pour eux, et qu'ils ne viennent pas à nous pour nous éclairer, nous consoler et nous fortifier, leur prière ne peut nous être utile. Cependant, il nous est bon, 1l nous est doux de nous sentir en union de prières avec le Christ et les saints ; avec eux, nous prions mieux. Telle est l’unique réalité qui se cache sous ces invocations décevantes adressées au Christ et aux saints pour réclamer leur intercession. A la rigueur, je comprendrais qu'un pasteur prie sous cette forme devant ses ouailles par condescendance pour leurs habitudes. Pour moi, je ne le ferais pas. Tout ce qui ressemble, de près ou de loin, à un manque de franchise doit être banni de la religion. Mais si le pasteur tolère le recours à l’intercession, qu'il tremble et qu'il veille sur son troupeau. Instinctivement, le recours à l’intercession se transformera en prière idolâtrique, et le pasteur lui-même sera exposé au danger. Après avoir dit au Christ; « Demande à Dieu pour moi le pardon, la régénération, la vie éternelle », il lui dira: « O Christ, pardonne-moiï ; crée en moi un cœur nouveau ; donne-moi de cette eau qui jaillit pour la vie éternelle. » Le pasteur doit créer et développer chez ses paroissiens la tendance contraire à l'instinct idolâtrique, en leur montrantque Dieu est mille fois plus tendre, plus compatissant, plus facile à approcher que’ les meilleures des créatures. Le jour où il s'apercevra que
la communication immédiate avec Dieu est devenue naturelle et bienfaisante à ses ouailles, il laissera tomber le recours à l’intercession ; mais il conservera l'habitude de mentionner, dans ses prières, le Christ et les autres créatures de Dieu qui peuvent et doivent être pour nous des modèles. Il donnera ainsi une satisfaction très suftisante au besoin que nous avons de nous appuyer sur les créatures dans les manifestations de notre piété. Quant aux catholiques, leur chercher querelle parce qu’ils introduisent Marie et les Saints à côté du Christ, c’est du fanatisme pur et simple. S'il est interdit de prier les Saints, il l’est tout autant de prierle Christ. Si nous nous contentons, dans nos prières, de faire mémoire du Christ, nous pouvons également faire mémoire de sa Mère, des Saints, de nos parents et de nos amis défunts.
Il serait puéril de bannir du culte, de la prédication, de la prière et du chant Les apostrophes ou prosopopées adressées au Christ et aux Saints. Une prosopôpée n’est pas une prière. Le cantique suivant n’est qu’une prosopopée.
Mon Sauveur, je voudrais être Une flenr de tes parvis ; Briller pour toi seul, Ô Maître, Puisque par toi seul je vis ; Dans le silence répandre
Le parfum de ton amour ;
Dans la nuit obscure, attendre L’aurore de ton retour.
Mon Sauveur, je voudrais être, Sur le sentier ténébreux,
Un faible reflet, 6 Maitre,
De ton éclat radieux !
Luire sur la sombre route
Du cœur perdu loin de toi :
Dissiper la clarté du doute
Par la clarté de la foi.
Mon Sauveur, je voudrais être Comme un écho de ta voix, Pour proclamer, doux Maître, Le mystère de ta croix !