TANGO
Répétons au peuple à satiété qu'on l’a trompé, que Dieu est bon, que Dieu est notre Père, qu'il ne prend point plaisir à blesser, à torturer, à faire mourir, que le mal existe malgré les efforts que Dieu fait pour le détruire. Quand le peuple aura compris cette grande vérité, il ne sera plus tenté de demander aux idoles ee que Dieu lui donnera surabondamment.
Cependant le pasteur ne doit pas perdre de vue la loi psychologique de la connaissance. Nous ne pouvons connaitre Dieu que par la connaissance que nous avons de nous-mèmes et des autres créatures ; nous ne pouvons penser Dieu qu'en pensant les œuvres de Dieu ; nous ne pouvons regarder Dieu que dans le miroir de la nature ou de la conscience humaine. L’idolâtre dépouille Dieu de ses perfections et en revêt ses idoles. Le chrétien éclairé s'empare des attributs des créatures, les ‘dépouille de leurs imperfections, et en revêt son Dieu. Il y a entre les deux méthodes la distance d’un abime.
Les créatures, au moins les êtres vivants, ne sont pas seulement l’image de Dieu, elles sont le temple de Dieu. Dieu y habite, y vit, y engendre la vie. Il y a quelque chose de Dieu dans tous les êtres vivants. Aucun n'est Dieu, mais tous sont divins à différents degrés. IL faut donc prendre garde de présenter à l’adoration du peuple un Dieu abstrait, enveloppé dans des concepts métaphy-. siques qui peuvent être sublimes pour le philosophe, mais qui, pour les simples, sont de purs vocables. Le Dieu que cherche l'humanité, c’est le Dieu vivant qui: vit dans les créatures. Sur le bord de l'Océan, sur le haut des montagnes, au sein d'une immense forêt, je prie mieux, je me sens plus près de Dieu, et je ne me trompe pas, car Dieu manifeste là sa grandeur. Si, pour mieux prier, pour éviter les distractions, je ferme les yeux en m'efforçant de ne plus penser à ces spectacles merveilleux, est Dieu
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lui-même qui méchappera. Au contraire, les yeux du
corps et de l’âme tout grands ouverts sur les magnificences de la nature, je vais à Dieu sans effort. Le laboureur qui
est, dans la campagne, le collaborateur de Dieu, le naturaliste qui explore la flore et la faune, l’astronome qui
contemple les mouvements harmonieux des constellations
célestes, sont en meilleure posture, pour bien prier, que
le théologien, le philosophe ou le mathématicien courbés
sur des livres dans le silence de leur cabinet. Devant un
œillet, une libellule, une abeille, une prairie parsemée de
pâquerettes, un pommier en fleurs, une moisson dorée,
l'âme attentive entre plus facilement en relations avec Dieu qu’en employant les plus savantes méthodes d’oraison. Mais la grande révélation de Dieu se fait dans la conséience humaine. Habituons le chrétien à chercher
Dieu en lui-même, à l’adorer là, à le prier là, à se reposer là dans les bras du Père. Enfin cherchons Dieu dans Îles
consciences les plus hautes, là où Dieu s’est révélé supérieurement : adorons Dieu et prions Dieu dans les héros
de l'humanité, dans les saints, dans le Christ surtout,
Vivons dans le Christ, dans son âme, dans ses pensées,
dans ses vertus, dans sa piété. Pour prier, retirons-nous dans le cœur du Christ, comme dans l’Arche d'alliance,
comme dans le sanctuaire par excellence où Dieu, le Saint des saints, parle à l'homme. Que la formule de notre
piété, à la fois exacte et consolante, soit celle-ci: « Dieu en Jésus-Christ. » (1)
(4) Je vois d'ici le sourire de plus d’un dialeeticien. Aprés avoir réclamé la communication immédiate de l'âme avez Dieu, j'interpose les créalures entre Dieu et l'âme. La contradit-on serait grave, si elle était réelle.
Dieu agit immédiatement dans toutes les créatures, au moins dans tous les êtres vivants. Les créatures, de leur côté, agissent les unes sur les autres, Tantôt leur action est malfaisante ; elle déprime, affaiblit el détruit. Tantôt elle est bienfaisante ; elle l'est, si elle determine un progres là où elle s'exerce. Mais lout vrogré: est dû à l’action de Dieu ; l'action ‘de la créature prépare le terrain. pose une condition favoraole à l'action diviue et Diea réalise le progrès. Ce n'est pas dans mon âmr que la créature agit pour me disposer à l'action de Dieu. Cemme elle agit du dehors. elle n’a d'action que. sur l'élément materiel de mes organes, et elle ne réalise que le progrès dans la matière. Mes organes étant aflectes du dehors, mon âme réagit en vertu de son énergie potentielle ; c’est cette réaction de l'âme qui est la condition immédiate de l’action divine. Les créatures possèdent bien une activité propre, qu'elles