‹ Essai philosophique sur les probabilités (volume 5)Chapitre 11 sur 11 · S0 ESSAI PHILOSOPHIQUE · texte numérisé non relu

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d'abandonner les subtilités insignifiantes de l'école, pour se livrer aux observations et aux expériences, et en indiquant la vraie méthode de s'élever aux causes générales des phénomènes, ce grand philosophe a contribué aux progrès immenses que l'esprit humain a faits dans ., le beau siècle où il a terminé sa carrière.

L'analogie est fondée sur la probabilité que les choses semblables ont des causes du même genre, et ^produisent les mêmes effets. Plus la similitude est parfaite , plus cette probabilité augmente. Ainsi nous jugeons sans aucun doute , que des êtres potfrvus des mêmes organes, exécutant les mêmes choses, éprouvent les mêmes sensations et sont mus par les mêmes désirs. La probabilité que les animaux qui se rapprochent de nous par leurs organes , ont des sensations analogues aux nôtres, quoiqu'un peu inférieure à celle qui est relative aux individus de notre espèee, est encore excessivement grande; et il a fallu toute l'influence des préjugés religieux, pour faire penser à quelques philosophes , que les animaux sont de purs automates. La probabilité de l'existence du sentiment décroît , à mesure que la similitude des organes avec les nôtres , diminue; mais elle est toujours très-forte, même pour leâ insectes. En voyant ceux d'une même espèce, exécuter des choses fort compliquées, exactement de la même manière , de générations en générations, et sans les avoir apprises, on est porté à croire qu'ils agissent par une sorte d'affinité, analogue à celle qui rapproche les molécules des cristaux, mais qui se mêlant au sentiment attaché à toute organisation animale, produit, avec la 'régularité des combinaisons chimiques , des combinaisons beaucoup plus singulières : on pourrait peut-être ? nommer affinité animale, ce mélange des affinités électives et du sentiment. Quoi-

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qu'il existe beaucoup d'analogie entre l'organisation des plantes et celle des animaux, elle ne me parait pas cependant suffisante pour étendre aux végétaux la faculté de sentir; mais rien n'autorise à la leur refuser.

Le soleil faisant éclore par l'action bienfaisante de sa lumière %t de sa chaleur, les animaux et les plantes qui couvrent la terre, nous jugeons , par l'analogie, qu'il produit des effets semblables sur les autres planètes ; car il n'est pas naturel de penser que la matière dont nous voyons l'activité se développer en tant de façons, soit stérile sur une aussi grosse planète que Jupiter qui , comme le globe terrestre, a ses jours, ses nuits et ses années , et sur lequel les oUlrvatrons indiquent des changemèns qui supposent des forces très-actîves. Ce-* pendant, ce serait donner trop d'extension à l'analogie, que d'en conclure la similitude des habitans des planètes et de la terre. L'homme fait pour la température dont il jouit, et pour l'élément qu'il respire, ne pourrait pas , selon toute apparence , vivre sur les autres planètes. Mais ne doit-il pas y avoir une infinité d'organisations relatives aux diverses constitutions des globes de cet univers? Si la seule différence des élémens et des climats , met tant de variété dans les productions terrestres , combien plus doivent différer celles des diverses planètes 1 et de leurs satellites 1 L'imagination la plus active ne peut s'en former aucune idée ; mais leur existence est très-vraisemblable.

Nous sommes conduits par une forte analogie, à regarder lès étoiles , comme autant de soleils doués; ainsi que le nôtre, d'un pouvoir attractif proportionnel à la masse et réciproque au carré des distances. Car ce pou* voir étant démontré pour tous les corps du systèmesolaire , et pour leurs plus petites molécules , il parait

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appartenir à toute la matière. Déjà , les mouvemens des petites étoiles que Ton a nommées doubles à cause de leur rapprochement , paraissent l'indiquer : un siècle au plus d'observations précises , en constatant leurs mou-

, vemens de révolution les unes autour des autres, mettra hors de doute leurs attractions réciproques.* *

L'analogie 1 qui nous porte à faire de chaque étoile, le centre d'un système planétaire, est beaucoup moins forte que la précédente ; mais elle acquiert de la vrai" semblance, par l'hypothèse que nous avons proposée sur la formation des étoiles et du soleil ; car, dans cette hypothèse, chaque étoile ayant été comme le soleil , primitivement environnée d'une vaste atmosphère, il est naturel d'attribuer à cette atmosphère , les mêmes effets qu'à l'atmosphère solaire, et de supposer qu'elle a produit , en se condensant , des planètes et des satellites. .

Un grand nombre de découvertes dans les sciences sont dues à l'analogie. Je citerai, comme une' des plus remarquables, la découverte de l'électricité atmosphérique, à laquelle on a été conduit par l'analogie des phénomènes électriques avec les effets du tonnerre.

La méthode la plus sure qui puisse nous guider dans la recherche de la vérité, consiste à s'élever par induction , des phénomènes aux lois , et des lois anx forces.

- Les lois sont les rapports qui lient entre eux les phénomènes particuliers : quand elles ont fait connaître le principe général des forces dont elles dérivent , on le vérifie soit par des expériences directes , lorsque cela est possible, soit en examinant s'il satisfait aux phénomènes connus; et si, par une rigoureuse analyse, on les voit tous découler de ce principe,, jusque dans leurs moindres détails ; si d'ailleurs ils sont très-variés et très-nombreux ; la science alors acquiert le plus haut degré de

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certitude et de perfection, qu'elle puisse atteindre. Telle est devenue l'Astronomie , par la découverte de la pesanteur universelle. L'histoire des sciences fait vpir que <$ette marche lente et pénible de l'induction,' n'a pas toujours, été celle des inventeurs. L'imagination impatiente cSwemonter aux causes, se plait à créer des hypothèses*; et souvent; elle dénature les faits, pour les plier à son ouvrage : alors , les hypothèses sont dangereuses. Mais quand on ne les envisage que comme des moyens de lier entré eux les phénomènes, pour en découvrir les lois ; lorsqu'en évitant de leur attribuer de la réalité, on les rectifie sans cesse par de nouvelles observations ; elles peuvent conduire aux véritables causes , ou du moins , nous mettre à portée de conclure des phénomènes observés, ceux que des circonstances données doivent faire éclore.

Si l'on essayait toutes les hypothèses que l'on peut former sur la cause des phénomènes , on parviendrait par voie d'exclusion , à la véritable. Ce moyen a été employé avec succès : quelquefois on est arrivé à plusieurs hypothèses qui expliquaient également bien tous les faits connus, et entre lesquelles les sa vans se sont partagés , jusqu'à ce que des observations décisives aient fait connaître la véritable. Alors il est intéressant pour l'histoire de l'esprit humain , de revenir sur ces hypothèses , de voir comment elles parvenaient à expliquer un grand nombre de faits , et de rechercher les changemens qu'elles doivent subir, pour rentrer dans celle de la nature. C'est ainsi que le système de Ptolémée, qui n'est que la réalisation des apparences célestes , se transforme dans l'hypothèse du mouvement des planètes autour du soleil, en y rendant éga^x f$ parallèles à l'orber solaire, les cercles et les épicycles que Ptolémée fait décrire

184 ESSAI PHILQSOPH* SUR LES PROBABILITÉS, annuellement et dont il laîaie la grandeur indéterminée. Il suffit* ensuite, pour changer cette^i^pothèse danâie vraj système du monde , de transporter -en sens contraire, à la terre, le mouvement apparent ffugpleil. *

Il est presque toujours impossible de souméne au calcul , la probabilité des résultats obtenus par^R dfoers moyens : c'est ce qui a lieu pareillement pour les faits historiques. Mais l'ensemble des phénomènes expliques ou des témoignages, est/ quelquefois tel, que sans pouvoir en apprécier la probabilité , on ne peut raisonna * blement se permettre aucun doute à leur égard. Da** les autres cas , il est prudent de ne les admettre ^qu'avec beaucoup' de réserve.

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