‹ Essai philosphique sur le principe et les formes de la versificationChapitre 18 sur 26 · DE L’HIATUS · texte numérisé non relu

DE L’HIATUS

Lorsque deux voyelles se suivent dans un mot , la même émission de voix peut , en se prolongeant , les exprimer toutes les deux (3) ; mais , quand elles se trouvent dans des mots différents , l’intervalle qui les sépare ne permet plus de

(I) A plus forte raison doit-on sonlir la liaison des vers, et le meilleur moyen, nous dirions même le seul, est de leur donner une mesure uniforme. Il semble ainsi impossible d'approuver H. Hugo, qui change souvent de rhythme dans la Même ode. et accole arbitrairement des strophes dont la mesure n’a aucun rapport.

(S) C’est pour rendre cette division et cette liaison plus sensibles que les pontes héroïques italiens terminent leurs chants par deux vers dont les mots varient,

mais dont le sens no change point; ainsi , dans Y Orlando furioso , Ariosle dit toujours avec des variantes d’expression tout à fait insignifiantes :

A r altro canto vi fard sentire

8’ a l’ altro canto mi verrete a udire.

(3) Ce sont, ainsi que nous l’avons vu , les consonnes qui limitent l’émission de la voix, et pour ainsi dire la dessinent ; tant qu'aucune articulation ne l'a fixéo , elle peut passer d’un son h un autre.

les prononcer par nn seul effort , et le concours des deux aspirations qu’elles exigent produit un hiatus (1). Quoique cette rencontre oblige toujours les organes de la voix à sO contracter par une sorte de bâillement, l’effort qu’elle leur demande n’est pas assez pénible pour être senti , lorsqu’il n’en résulte point une dissonance réelle (2). Des consonnes purement orthographiques ne sauraient donc empêcher l’hiatus , puisqu’elles ne facilitent point la liaison des voyelles (3) j

(l) L’hiatus est plus rude qnand une des aspirations est plus forte. M. Bcrgmann g’est trompé en disant : L'hiatus est formé par deux voyelles différentes se

f irononçant chacune séparément, et dont a seconde a l’accent; Théorie de la quantité prosodique, p. 13. Sans être complètement juste, lo contraire eût été moins inexact j l'accentuation, 1 ’a— spirationde la première voyelle rendrait sou concours avec la seconde plus désagréable : voilà pourquoi les voyelles sont naturellement brèves quand elles en précèdent une autre dans le même mot, et le deviennent, comme nous le verrons tout à l’heure , pour empêcher l’hiatus de trop altérer l’harmonie du vers. Souvent même, quoique Payne Knight et quelques autres critiques aient suppose des digamma où les Homérides n'en avaient certainement pas mis, les Grecs évitaient l’biatus en aspirant la seconde voyelle; per/x Frorav, /sûre fia Fotvou;on ne peut en douter, puisque l’esprit rude était quelquefois assez fortement prononcé pour allonger la syllabe précédente comme une véritable consonne :

Toro» ol trop Jaiiv itti xpxzo; rs xxt ÙUI'O'J.

Jliadit I. V, v. 1.

Voyez aussi Ibidem , v. 693; I. VI, v. 194 ; j. XII , v. 176 , etc. Apel est même allé jusqu’à dire ; Das Spiritus asper , mil dem ein Wort aufângl { das R ) hebt don Hiatus auf , indem das Einlreleo des Votais vermittell; Metrik, t. 1, p. 498.

G’est une exagération en sens contraire ; il a assimilé l'aspiration d’une voyelle au son guttural d’uno consonne. En latin , le H pouvait prendre aussi la valeur d’une consonne; il empêchait l’hiatus ;

6 tant et juniperi et castaneae hirsutae.

Virgile, Bucatica, écl. vu, v. S 3 .

et allongeait la syllabe précédente quand elle était terminée par une consonne : fuerît humanitus, Ennius, 1. II,' ap . Pestus, v° ns ; eidil hominet, Aeneidot I. I, v. 312 ; conït hymenaeos, I. VII, v. 398; subiit haec , 1. VIII, v. 363 ( nous devous cependant faire observer que dans tons ces exemples la césure aurait pu également changer la quantité); voyez Santen, ap. Terentianus, p. 388.

(2) Ainsi, par exemple, la voyelle suivie en français d’un E muet ne fait

K as d’hiatus avec la voyelle suivaule;

I. de Lamartine n’a point blessé l’oreille en disant, dans son Pèlerinage de Chitd Uarold ;

Italie , Italie , adieu, bords que j’aimais : car le son de l’E muet n’est pas entièrement perdu , il adoucit le passage d’une des voyelles sonores à l’autre ; sou effet est sensible dans un e petite enfant, il empêche le T d’y sonner aussi durement que dans un petit enfant. Malherbe n’a pas toujours observé la règle de l’hiatus, et avaut lui on ne la connaissait pas; il a dit, dans Lee larmes de saint Pierre :

I e demeure en danger que l’âme qui est née.

(3) Dans la poésie lalino, le M final et le H initial n'empêchaient pas l’clision :

Monstrum borrendum , informe, Ingens, cui lumen ademptum.

Probablement le M final donnait un son uasal à la voyelle précédente ; mais, quoi qu'il eu soit de la justesse de celle conjecture , on ne peut supposer qu’il eût un son propre bien marqué. Le témoignage de Priscianus est formel ; M obscurum in exlremitato diclionum so-

nal ; 1. 1, ap. Putsch, col . 333, et on négligeait assez souvent de l’écrire dans les

— ni

la dureté ne peut être adoucie (1) que par l'intercalation de sons euphoniques , exprimés par des signes particuliers (2), ou sous-entendus (3). Les versifications qui aceor-

anciennes inscriptions ; voyez Orelli ,Gor put inieriptionum latinarum , n°* 552, 640, 3247, etc. On n’est pas aussi conséquent en français , les meilleurs poêles n’évitent pas le concours du N nasal avec nue voyelle; Racine lui-même a dit :

Pourquoi d’un on entier l’avons-nous différée?

Hais Rome veut un maître, et non une maîtresse.

Nous n’admettrions ce concours , même lorsque les voyelles sont différentes , qu’à l’hémistiche ; à moins que les deux mots ne fussent liés d’une manière assez inséparable pour qu’on les prononçât comme un seul (un homme, en Italie) ; la voix ne pèse pas alors sur la nasale, elle la réunit à la voyelle suivante en en doublant pour ainsi dire le son , comme dans enorgueillir, où la première syllabe a la même prononciation que celle d’ennoblir. Nous en dirions autant dea consonnes muettes quine dissimulent l’hiatns qu'aux yeux.

Jo reprends sur-le-champ le papier et la

plume

nous semble vicieux, malgré l'autorité de Boileau; le R n 'empêche pas plus l’hiatus que le T de la conjonction et , que peu de poètes , parmi lesquels on regrette de trouver Racine (Plaideur», act. III), ont fait suivre d'un mot commençant par une voyelle. Il n’en est pas de même du S et du X qui marnent le pluriel ; quoiqu’ils n’aient pas e son propre , ils sonnent sur la voyolle suivante : tenu» ineffables , ruitteaux égaré!.

(1) Le N grec, le D des vieux poètes latins, les T et U italiens; on en trouve des exemples dans le patois sarde , dès le 13* siècle :

Stul po tady eT Ingana...

E po crithava an una vos.

Extrait! d'un poème de la Patsion, ap.

Journal des Savant! , 1839, p. 310.

Les troubadours ajoutaient uu Z :

Senher Blacas, aqiio lor es granz pros Qu’a vos parce q aZ els fos destorhers.

lilacas , En pcliccr.

En français, on écrit avec ou sans S final tous les mots , où il n'a point ds valeur grammaticale : jusque ! , grdco d, Naples, Athéné.

{2) Le N paragogique grec était ordinairement exprimé , quoique nous ne l’ayons jamais vu au datif singulier de la troisième déclinaison, et qu’il y ait des hiatus qui ne peuvent s’expliquer que par la supposition qu’il s'y ajoutait comme an pluriel (voyez Hermann , ap, Orphiea, p. 730 et 731); mais le di— gamma éolique (voyez Buttmann, Gricçhe Sprachlehre, par. VI, rem. 9, et Thiersch , Griechiiche Grammatik, par.

434) s’écrivait très rarement, et la prononciation aspirée que l'on donnait à certains mots (dva ipq ov, b. rot , etc. ; voyez Spilzner, De per tu graeeo heroico, p. 443) pour adoucir le passage d'une voyelle à une autre , et qu’on attribue au digamma homérique, n’a jamais eu de signe ; c’était une modification arbitraire des sons qui n’avait aucune autre raison ni aucune autre règle que l’exigence de l’oreille, comme , en français , dans le onzième.

(3) Voltaire, Marmontcl, M. Quieherat , etc., ne trouvent pas l’hiatus produit par la rencontre de deux mots plus vicieux que le concours de deux voyelles dan» l’intérieur d’un mot ; c’est oublier les premiers principes do la prononciation. La voix appuie nécessairement sur la dernière syllabe des mots pour en marquer la fin, et glisse si légèrement sur la voyelle qui eu précède une autre dans le même mot, qu’on ignore quelquefois si elle a nn son indépendant -.diable, biais, gardien, fti'er.Une analogie complèto ne pourrait d’ailleurs légitimer la conséquence qu’on en voudrait lirer ; les sons désagréables qui tiennent à la naturede la langue, ne justifient nullement les dissonances que la versification peut éviter. Nous en dirons autant des hiatus qui restent après l’élision :

Quemvis media crue turba ;

Aut ab avaritfa, aut misera ambitionc laborat.

Horace, Sermonei, 1. 1 , sat. iv, v. 25.

leur condamnation aurait exclu tant de mots de la poésie , qu’elle l’eùt reuduo

dent le plus aux exigences de l’oreille ne se font pas cependant une loi constante d’éviter ce concours j elles admettent une exception pour les interjections (1), sans doute à cause de l’aspiration que la pensée y associe toujours (2); elles sacrifient l’harmonie à l’expression. La prose n’évite point l’hiatus avec le même soin que la poésie ; la mélodie ne lui est pas aussi nécessaire , et en accentuant plus légèrement, en appuyant moins sur les sons, la prononciation n’y fait pas autant ressortir la dureté de leur rencontre. D’ailleurs, le rhy thme de la versification rapproche davantage les mots , et, soit qu’ils heurtent l’oreille de leurs sons consécutifs, Soit qu’ils forcent de les séparer par un intervalle qui brise l’harmonie des vers, l’hiatus en devient plus bles-

impossible , et le concours dos deux voyelles n'osl pas alors plus dur que s’il so trouvait dans l’intérieur d’un root.

L’oreille n’approuve pas cependant tout ce que permettent les règles: la voyelle qui subsiste après l’élision doit être moins fortemeut prononcée que celle qui commence le mot suivant ; voilà pourquoi ce vers d’Andromaque :

Hector tomba sous lui, Troie expira sous

vous

est si peu harmonieux. Le concours serait encore plus désagréable si les deux voyelles étaient les mêmes, comme dans ce vers de Boileau :

.Et tout crie ici bas : l’honneur, vive l’honneur;

La pause qui sépare les deux hémistiches n’empécherait mime pas l’hiatus do blesser 1 oreille ; la preuve en est dans ce vers de Corneille :

Cependant i Pompée élevez des autels.

(1) Eu grec , non seulement les interjections n’étaient pas soumises à l’élision , mais il en était de même des autres espèces de mots quand on les prenait aussi dans un sens instinctif et passionné :

idc, idc }ioi rariwv;

Philoetetee, v. 832.

, À AV xvsf, cf éfyavuiv;

, Ajax, v. 191.

Les Latins n’élidaient pas non pins le»

interjections :

O ego ! ne possim tantos sentira dolores.

Tibulle, I. II, él. iv, v.7.

et nous avons adopté la mémo règle:

Ah ! Ah J c’est vous , seigneur Mercure.

Molière, Amphitryon , prologue.

Les meilleurs grammairiens (Domergue.

Cbapsal et Boniface) ont remarqué que l’interjection, exprimant ici la surprise, devrait être écrite ha! ha ! On ne peut d’ailleurs expliquer cet hiatus par le H orthographique, puisqu’il u’empéchait pas l’élision de l’E muet; ainsi, Racine a dit dans Athalie:

Cher Zacharie, hé bien! que nous annoncez-vous r

Les mots auxquels nous donnons le sens d’une interjection sont prononcés comme en grec , avec une aspiration assez marquée pour ne pas faire d’hiatus :

Oui , oui, vous me suivrez, n’en doutez nullement.

Andromuque, acL II , sc. 3.

(2) C’est là sans doute la cause du II qu’on ajoute aux interjections françaises (ah! eh 1 oh! hak!), même quand ou ne le prononce pas ; d’ailleurs, comme elles sont presque toujours monosyllabiques, uneélisiou les éliminerait entièrement, et elles sont nécessaires au sens.

sant (1). La place où il se trouve exerce aussi une grande influence snr l’effet qu’il produit; il choque moins au commencement du vers, lorsque le rhythme n’est pas encore dessiné (2) , qu’à la fin , où le mouvement en doit devenir très marqué (3). Les césures régulières (4) , les pauses rhy Mimiques (5) et tous les repos que le sens ou la grammaire

(I) Les nécessités de l'harmonie se modifient, même quaud la versification no change point de système; en grec, par exemple, la prosodie était si marquée, que, lorsque l’hiatus se trouvait & la première syllabe d’un pied, la quantité se prolongeait assez pour l’empêcher d'être désagréable :

Mijviv àtlàt, dsat, ncixfo'ft'o Actives- Auav duo» i ùBsms icor < >o?ov sUV érc /iiUm.

An contraire, les Latins, qui, pour mar-

3 uer le rhythme, étaient ouligésdescaner d'une manière plus distincte, toléraient mieux les hiatus quand ils so trouvaient dans des pieds différents:

Glaucô et Panopeae et (noo Melicertae.

Géorgien, 1. 1, y. 457.

Virgile s’est cependant servi aussi quelquefois de la ticénce grecque , mais il se proposait ordinairement un but d'harmonie imitative :

Evolat infelix , et femineô ululatu.

Jeneidot I. IX , y. 477.

Au reste, les critiques n’ont fait aucune distinction entre les différents hiatus, et l’oreille, qui est seule juge des nécessités do la versification , n’en est pas egalement blessée. Quand la première voyelle estant, l’hiatus n’a presque rien de dissonant (à moins cependant que les consonnes qui précèdent l’I ne le rendent dur, comme dans cet hémistiche de Racine : L’essieu crie et te rompt), et devient tout è fait choquant lorsqu’il est produit par la répétition de la même voyelle : Arma amen tcapio, etc.

C’est la seule espèce d’hiatus qu’évite la Versification anglaise.

(2) ’Evdx ci \iuofoipos êvavrni yfiv9t put xp< Iliadit I. VI, y. 851.

O et praesidiom et dulce decus meum.

Horace, 1. 1,n° i, v. 1,

(3) Nous ne pourrions ainsi approu-

ver les vers 216, 218, 219 et 221, du cinquième livre de l 'Iliade, le 461» des Géorgiquet , I. IV, ni même le 53» de l’éclogue VII :

Stant et juniper! et castaneae hirsutae , quoique le H eût probablement , ainsi que nous l’avons dit, une prononciation aspirée.

(4) The ptv Krecc | tou , h f'àp Eù^utoo

’AxrojSuavof.

Iliadit I. II , v. 021.

Et sucus pcco | ri et lac snbducitur agnis.

Bucolica , éci. III , v. 6.

(5) Ainsi, par exemple, dans lesvers héroïques grecs et latins, elles empê— chaientlequatrième pied de faire un hiatus trop désagréable avec le cinquième.

Tw firv ùp' àprxÇovtt fions y.M | içxx

Iliadit I. V, y. 858.

Voyez aussi les vers grecs cités dans les notes précédentes, et Iliadit 1. VI, v. 245 , 247, 249, 251, 255, 258, etc.

HocmoturadianlisEphesiae | in vadajonti.

Cicéron, De orotore, ch. 45.

L’élision nous semble par conséquent vicieuse, lorsqu’elle lie le quatrième pied avec le cinquième , comme dans ce vers d'Horace :

Quid facias illi ? jubeas miserum esse , lihen-

ter.

Elle l'est beaucoup moins quand la syllabe élidée est brève :

Tum Zcphyri posuere, premlt placida aequora pontus.

Au reste , l’effet des panses rhythmi-

3 ucs dépend entièrement de la manière ont elles sont marquées; ainsi, en français, elles ne légitiment pas un hiatus entre deux hémistiches , et empêchent d'être choquant celui qui a lieu entre deux lignes liées ensemble par la rime, comme on le voit dans ces vers de l’Alexandre de Racine :

Ni serment ni devoir ne l'avait engagé A courir dans fabyrae où Porus s’est plongé.

introduisent dans ie vers (1), l’adoucissent (2); au contraire, les endroits les plus accentués, ceux où la voix s’élève et s’articule avec plus de force, ajoutent à sa dissonance (3).

L’oreille indiquait un moyen facile d’éviter l’hiatus : c’était d’affaiblir le son de la première voyelle , de changer sa quantité lorsqu’elle était longue (4) , ou de la réunir, comme

(1) Tou f'htù.qtorrut, 4t’ èyw xai •boi-

Éot ’akoüuv.

lliadit 1. Vil , v. 45Ï.

Voyez aussi v. 407, 455, 474 , etc.

Addam cereapruna : honos erithuic quoque

pomo.

Bucolica , éd. II , v. 53.

Plalen a même dit, dans ses Epigrammet , p. 411 :

Wahnst du , er s'dnke so tief, dich ru befragen darum.

(2) Non» ayons déjà cité, p. 152, note 1, un yer» élégiaque qui prouve que l’interruption du rhylhme empêchait l’hiatus d’être une faute; nous en ajouterons un autre de Palladas :

OÙx èûtt’ji Ao/zcvs ' où y ceo iy/ii d’o.atveu. Ap. Jacobs, ad Anthologiam, U III, add.

p. XXVII.

et un ver» élégiambique d’Horace, I. IV, n° xi, v. 24 :

Vincero mollitia , | amor Lycisci me tenet dont la liaison avec la musiquedevait cependant rendre encore l’harmonie plus rigoureusement nécessaire.

(5) Sans aller aussi loin que Hermann ( Orphica , p. 72')) et Spilzuor (De vertu graeco heroicn, p. 107), qui croient que la voyelle longue immédiatement suivie d’un mot commençant par une voyelle conservait sa quantité dans Tarais et devenait brève dans le thèsis, puisqu’il y a des exemples contraires :

Ai x«v Tuaioj vîev dxooxv ’litov iptflliadit I. VI , v. 277.

Fv,uou iÇtp'jei, à ixptpn ii+o*’ itipxt.

lliadit I. X,v. 80».

(Voyez aussi 1. 1, v. 39 ; 1. IX, v. 406); il est imposible de contester une influonco si complètement expliquée par les nécessités do la prononciation, et que confirmeraient au besoin une foule de vers des Hoinérideset même ce versdeVirgilç :

Quid struit 1 gui qua spf inimica in gente moralur.

An reste , celte règle n’eût clé juste que pour les vers héroïques , et les exemples n’ont pas la signification qu’on a voulu leur accorder, puisque l’arsis y était toujours long. Dans nos vers alexandrins, malgré la pause qui sépare les deux hémistiches, l’accentuation de la sixième syllabe rendrait l’hiatus qu'elle formerait avec la septième bien plus rude que s’il se trouvait ailleurs. Ainsi, par exemple, dans ces vers de Baïf :

O toi, le roi des rois , la très sainte pensée Du père souverain , par qui est dispensée La nature, et de qui elle a tout son avoir.

l'hiatus est bien moins dur dans le second que dans le troisième.

(4) Tw yotp oùx ixttv perxÇv ou/xpwvovro ovvairrov auras, x«xxvoras dvepyxÇop tevxl

tous ixous, txv ms ?u>»XS iPixùvovtiv «ùroviau. H r« ij/xrri/3a axoviA, tou mu dkvrspxv fniiaéüv, ifta m» ms puvigs avv*- X«iav, rpv* Jure),» xpoatvr/exedxt m v V e !* repxv, rr,s tou xaû>)-/ovfi£vov tovou ftxepar<Tos ixoTt/xvïrat ; Aristeides Coïntihanos, ap. Jlcibom., p. 46. Aussi les longues devonaicnt-elles quelquefois brèves, quand elles étaient suivies d’une voyelle ; voyez ci-desssus, p. 7 1 , note 1 . Ce changement de quantité résultait d’ailleurs de la nature des longues (aussi les poètes dramatiques l’avaient-ils adopté comme les autres; voyez Erfurdt, ap.

Sophocle», Oediput Rex, v. 507, et Seidler. De vertibut doehmiacit, p. 58, SI et 96), puisqu'elles étaient une contraction de deux brèves, et que la versification ne se proposait point une harmonie absolue , mais une relative, qui fût étrangère au langage habituel et fit reconnaître une disposition particulière dans l’esprit du poète. En grec , malgré la théorie, on pouvait ne pas élider une brève :

Trr^arov ipxp fqv, x« tw tcîzIzoto àxxvrx.

odytteac I.Y, v. *».

en un senl mot, avec la seconde (1) ; mais on ne pouvait y recourir toujours. Quelques voyelles ont un son trop marqué pour s’unir ainsi au mot suivant (2) , ou se laisser suffisamment amoindrir (3) ; l’hiatus subsiste tant qu’elles restent en contact avec un autre voyelle; il faut nécessairement en supprimer une (4). L’élision n’est cependant pas non plus toujours possible; il y a des mots trop importants au sens pour que ia prononciation les fasse disparaître (8) , des syl-

Voycz aussi v. 2*5, 2Y7 : lliadit I. I, v.

4, *7, etc.; mais nous u’cn connaissons pas d’exempte en latin. Si, en français, la longueur de la première voyelle semble produire un effet contraire et diminuer ce qu'il y a de trop blessant dans son concours avec une autre , c’est

3 u'on n’attribue point l’adoucissement e la prononciation à sa véritable cause.

Si l'hiatus des pluriels est toléré, ce n’est pas parce que le S et le* X qui les caractérisent allongent la première voyelle , mais parce qu'ils sounent sur 1a Seconde :

Déjà vingt deuX étÉS ont mûri ma raison.

Quant à l’élision des féminins terminés en ie, te, ue, elle n’est point légitimée

Ï iar la prolongation de la première voyclc, mais par l'affaiblissement progressif du son de l'E muet , qui facilite le passage de la voix au mot suivant, comme dans ce vers de Théophile :

De mon amour passéE inutile mémoire.

(1) La synalèpbe avait lieu principalement à la seconde syllabe d'un dactyle, surtout quand la première voyelle était un F, bref.

(2) Telles sont en grec les longues û et H , et toutes les diprithongucs, sauf un très petit nombre d’exceptions.

(3) Ce changement do quantité serait impossible à l’arsis, où ta voix est obligée de s’élever, et dans les vers qui admettent plusieurs espèces de pieds; le rbythme n'y serait plus assez marqué.

Il semble aussi que les deux mêmes sons vocaux no pouvaient se suivre immédiatement sans que 1 oreille en fût blossée, quoiqu’il y en ait quelques exemples dans les Uomérides : à/tf^ èjuos, lliadit I. I, v. 196; Sé«vi| iv fitvOtntv, Ibidem, y, 553, etc. Au reste, quand la

différence des brèves et dos longues no fut plus aussi sensible, ce changement de quantité n’aurait pas suffi pour empêcher l’hiatus d'ailerer l’harmonie du vers; aussi en trouve-t— on très peu d’exemples en latin, excepté pour les diphlhongues et les noms propres dérivés du grec. Ce moyen d'adoucir les hiatus ne pouvait d’ailleura s’appliquer aux désinences brèves, qui étaient presque aussi nombreuses que les autres.

(4) Les Grecs pouvaieut réunir deux roots par une contraction réelle («b/ w pour Z ai è/w, toivo/sa pour to èvo/za ; les exemples en sont fort rares dans les vers épiques, voyez Tbiersch, Griechiv scha Urammatik , par. 165), et les Latins avaient quelques mots évidemment formés de la même manière Imagnanimu », animadvertere). Nais l'élision dont nous parlons ici n’avait rien de réel; la première voyelle ne disparaissait pas entièrement ; seulement , la prononciation y glissait assez légèrement pour affaiblir l'hialus.

(5) En grec, on n’élide presque jamais d’antres monosyllabes qne quelques formes de l'article et les enclitiques, qui font réellement partie du mot prèeèdrnt. La versification latine adopta la mémo règle :

Credimus ? an , qui amant , ipsi sihi somma lingunt ?

Ducolica . écl. VIII , v. 408.

excepté pour le pronom tr. et quelques conjonctions (si, dum) qui ne s’élident même qu’au commencement du vers, et y font un très mauvais effet :

Si ad vitulam spectas , nihil est quoii pocula laudes.

Virgile a cependant dit aussi ;

Saxa vocant Itali mediis quaiTin fluctibus

•ras.

labes trop sonores (1) ou trop accentuées pour se prêter à cette complète absorption (2) , et l’on ne choisit point arbitrairement la voyelle qu’on retranche. Sa suppression est une conséquence de la prononciation qui glisse sur une des voyelles pour adoucir le passage de la voix à la seconde (3) ; l’élision frappe nécessairement sur la première (4) , et la nature des langues dont la versification servait de modèle en eût fait une nécessité ; en grec , toutes les voyelles initiales

nais une révision sévère aurait certainement corrigé celte élision. Nous no parlons pasdcs satiriques , dontla poésie était une sorte de conversation , un peu plus accentuée et un peu mieux mesurée que la prose.

(1) En grec, l’élision ne

pouvait atteindre aucune autre di— phlhongue que l'ai qui termine la première et la troisième personnes des verbes ; elle n'était elidée à l'infinitif que dans les Comiques et dans quelques vers héroïques dont les leçons nous sont suspectes qnand leur mesure ne peut s'expliquer d’une autre manière. La même raison faisait éviter l’élision d’une longue par une brève ; nous n’en connais— sous qu’un petit nombre d’exemples en grec:

w dvx axrçxr pu, xoct èliasiro, xavras Aj£euov(.

Jliadit 1. 1 , v. <8.

A ex’ uùdxv x'.Tidqx', xi x' 'A’/xOxpxii c>«. Erinne, ép. I , v. 4, Anthologia, 1 . 1 , p. s», éd. de Jacobs.

et que deux dans les écrivains d'une bonne latinité : l'un est dans Lucrèce, J. 1, v. “>i, et l’autre dans Virgile , écl.

x, v. 13. Quoique aucun critique n’en ait tenu compte, les différences do l’accentuation grecque avec l’accentuation latine changeaient nécessairement le caractère de l'élision et son influence sur l’harmonie do rbythme. En latin, la dernière syllabe des mots n’était jamais accentuée (voyez Quinlilien, I. I, ch. v); mais elle l'était quelquefois eu grec, et l'élision devenait alors bien plus désagréable, sinon tout à fait impossible. Il nous semble aussi fort probable que les Grecs diminuaient l’aspiration de la voyelle initiale lorsqu'elle était précédée d’une longue que l’hiatus rendait brève, et

cette ressource manquait entièrement aux Latins: qui n’avaieut point d'esprits.

(î) Ainsi, par exemple , l’iota, qui ne s’unissait jamais par une synérèse à la voyelle suivante, aurait dû s’élider encore moins d’une manière complète; mais les exigences du rhylhme furent plus fortes que les conséquences do l’analogie. Cependant il ne s'élidait ni dans xi pt, excepté dans le dialecte éolien, ni au datif singulier de la troisième déclinaison , et le dialecte atti— que étendait cette exception an datif pluriel. En anglais, la forte prononciation do la première voyelle n 'empêchait pas la mesure do n'en tenir aucun compte:

Passion and apatby and glory and shame.

Paradite loti, I. IL

Two only who yel by sovron gilt possess.

Paradite loti, I. V.

(3) Le \V anglais n’empêchait pas non plus l'élision au commencement des mots :

And ask'd to «bat end they clomb that beav'nly helght.

Spenser, Faerie Queen , 1. 1 , ch. x , st. 49.

Quelquefois même on l'indiquait par l’écriture :

Ncre(ne vrere) thou our broder, shuldest lliou nolthrive.

Chaucer, The Sompnouret laie , v. 7596.

(4) Ilia enim quaesupervenit priorem 6empcr exdudit , non prier sequentem ; Manus Viclorinus.ap. Putsch, col. 2309.

Eschyies a cependant dit:

Ivffa <b) xlttaroi 'Oxi o»,

Pertae, v. 490.

et noua avons déjè cité xiyw : on trouve

étaient trop aspirées pour devenir muettes(l), et l’importance du radical dans les idiomes germaniques ne permettait point d’en rien retrancher (2). Une pareille ressource n’aboutissait d’ailleurs à aucun résultat vraiment satisfaisant ; la suppression des finales dans les langues qui marquaient les rapports des mots par leurs désinences obscurcissait souvent la pensée , et l’oreille n’en était pas moins blessée que l’intelligence (3). L’aspiration des voyelles grecques donnait alors nécessairement un son très dur aux consonnes , et , en latin , soit qu’après l’élision on laissât l’accent sur la dernière syllabe des mots, soit qu’on l’avançât sur une autre où il n’était pas ordinairement , les habitudes de l’oreille étaient choquées et l’harmonie de la versification devenait impossible^). Aussi Ovide et les poëtesquise préoccupaient le plus

aussi paratust dans Ennius el dicendum’st dans Lucrèce; mais ce dernier exemple peut être attribué au copiste comme au poêle.

(1) Comme en grec, où elles sont toutes marquées d’un signe d’aspiration.

(2^ Cependant, quoique Molloy et tons les écrivains qui se sont occupés de l’ancienne versification irlandaise n’aient pas hésité é dire que la première voyelle v était élidée, comme dans les autres langues, nous croirions plutôt , malgré toutes les règles de la prononciation , que c'était la seconde. D’abord, les changements euphoniques que l’on faisait subir à certaines lettres *B, C, D, G, LL, M, P, KH et T) étaient amenés plus souvent encore par les sons qui les précédaient que par ceux qui les suivaient , et, quoique la raison et l’autorité des autres peuples voulussent que la voyelle élidanle fût plus fortement prononcée quo l’autre, l’élision, qui n’était que facultative lorsque la première voyelle était brèv e et pouvait disparaître aisément de la prononciation , devenait nécessaire quand elle était longue. Il y a d’ailleurs des vers qui n’auraient pas d’allitération si l’èlilion ne retranchait une vo)elle initiale ; do fhiofradh me aSHIomne SHiar.

tren re Dubhailce aDheachlu.

Ap. Lhuyd,/irchacologiabritannica, p. 300, Mais la versification est si irrégulière et les textes que nous avons eus à notre

disposition sont si peu nombreux et tellement défectueux, que nous n’osons attacher à nos doutes uno sérieuse importance. L'auteur anonyme de Quatre traités de poésie , Paris, 1663, dit, p.

95, qu’en espagnol c’est quelquefois aussi la seconde voyelle qui se réunit à la première; mais nous n’en connaissons aucun exemple qui doive taire autorité.

(3) A moins cependant que l’hiatus n’eût été produit par le concours de, deux voyelles semblables.

(4) Nous ne savons donc comment M. Quicherat a pu dire , dans un ouvrage qui n’en est pas moins devenu classique : Les élisions ne produisent point un mauvais effet . et les poètes du second ordre les ont évitées avec une affectation puérile; Traité de la versification latine , p. 141. L’opinion de Hermann nous semble bien plus juste :

Magna autem in elisiouibus ars est atquo elegantin , eu; us qui usuin scientiamque non hahent, dum efidendi nécessitaient diligenlissime observant , saepe faciunt quod vix quisquam Homanorum facere ausus esset. Quoniam euim islae omnes non tam elisioues quam owgxftttvwuç sunt, curabant veteres, ut eae tantum conjungerentur, quae commode et cum suavitatc quadam prouuncialionis coi— rent ; Elemen'a doctrinae metricae t p.

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