‹ Essai philosphique sur le principe et les formes de la versificationChapitre 20 sur 26 · L. I , r. (FIS · texte numérisé non relu

L. I , r. (FIS

pour être convaincu de la dureté dea élisions. Elle était si bien sentie , qu’on n’en trouve presque jamais dans les chants ecclésiastiques ; on y évitait ordinairement les biatns , mais au besoin on passait outre, même lorsque les traditions de la poésie classique avaient encore touleleur forces voyez Prndentius, Hymne lit, v. 151.

(1) Suivant Küne(Peier Sprache der rflim'icAer Epiker ), sur quatre mille vers, il y a dans Virgile mille élisions, et dans îhide, le plus harmonieux des poètes latins, seulement cinq cents, qu’il cherche évidemment à adoucir, puisque dans deux cas sur cinq elles sont amenées par le monosyllabe etl, que la prononciation ordinaire semble avoir pu réunir au mot précédent par une contraction (paralu’tt , dicendum’st ), et

S ue la syllabe élidée finit aussi dans eux cas sur cinq par an E bref.

(2) Ainsi Ovide employait la forme grecque en E, qui était longue, au lien de la forme en A, qui était brève : Danaen (ttelam. 1. XI , v. 117), Becube (Ibid. I. XIII, v. 425), IleUne ( Arlit a mal. I. II, v. 365), et comme Virgile (jdeneidoi 1.1, v. 650), il revient à la désim nce latine quand il ne veut plus éviter une élision (dr(ù anrnl, I, II, v.

699; Metam. I. XIII, v, 200). La mémo raison lui faisait remplacer la forme ordinaire en um par la terminaison grecque : Ilion igni ( Beroid. XVI , v. * 9 ) } Cysicon oris ( Tritl . 1, I, élèg. x, v.

29 ); Pelion herbas (Uelan. I. VII, v.

224). Quelquefois même il s’écartait encore plus du génie de la langue; il substituait a l'adjectif le génitif du substantif: Taenaris ora ( Beruid . XVII, v. 6)} Ausouisora (Fait. I. II, v. 94); Maenalis ursa (Tritl. 1. 111, élèg. un, v. 11), et revenait à la syntaxe habituelle quand il n'avait pas d’élision a éviter; Muritae Taenariae ( Beroid . I. XIII , t.

45); Aosoniis monttbus (Fait. I. I, v.

542); Maenalio Deo (Fart. 1. IV, v. 650).

(5) Vers 331, 410 , 411, 412 , 853, 658, 850, 860 , etc., éd. de Santen. On en trouve quelques exemples dans le* Homérides:

O -v t , ix' è,u*T( ntdt htuv utb:r 71 fxxytr-

Voyez anssi Iliadit I. I , v, 4 , 47, etc.

(4 ; Le vieil anglais admettait des svna* lèpbes lorsque la première syllabe n’elait pas accentuée (voye* ci-dessus, p. 176, note 3), et l’on en trouve encore quelques exemples dans Chaucer, surtout quaDd la voyelle finale est un E; mais elles sont tombées dans use désuétude presque complète. Eu allemand , on peut prononcer deux mots qui expriment l'idée et sa relation, comme s’ils n’en formaient qu’un seul: Sia irren , die Adler, to oft, etc.; mais chaque syllabe conserve su valeur métrique.

eours et rend cette réunion presque inutile (1). Dans la plupart des autres langues modernes, la prononciation des voyelles est trop molle pour ne pas laisser toute sa rudesse à l’hiatus, et des exigences musicales plus impérieuses condamnent plus sévèrement les moindres dissonances. Mais, loin de créer des difficultés à la versification, ces exigences la facilitent; le rhythme rapproche assez les mots pour que la prononciation supprime la pause qui les sépare et lie ensemble toutes les voyelles qui se rencontrent (2). Quelquefois même, lorsque , malgré l’affaiblissement des sons , leur concours blesserait encore l’oreille ou donnerait trop d’obscurité au rhythme , et que la première voyelle (3) n’est pas accentuée (4), on peut l’élider entière-

(I) Ans»! les langues germaniques D’admetient-elles point l’élision ; il n’y a d'exception que pour le flamand , où, par une imitation inintelligente de quel* que langue étrangère, le U no l'empèehe même pas , et pour le frison , où l’E final immédiatement tuiri d'une voyelle est élidé :

Hier somme elck so nin guvrch oon stecke.

J aptes , Prieeche Rijmlerye, p. ~i -, l’allemand peut seulement le remplacer par une apostrophe. En anglais on èlide quelquefois l’E de Ih» lorsqu’il précède un mot commençant par une brève , et l’O de (a quand l’infinitif qui le suit commence par une longue.

(3) line quantité fortement marquée empêcherait aussi de réunir fréquemment les finales avec la voyelle suivante; elles deviendraient alors nécessairement brèves, et l’oreille serait blessée dans ses habitudes si la synaléphe changeait d’une manière trop sensible la nature prosodique des sons. La facilité qu’avaient les poètes grecs de changer la quantité pour éviter les hiatus nous semble nne preuve évidente que les régies de la prosodie n’étaient pas observées dans le tangage usuel.

(3} Les vieux poètes italiens élidaient aussi quelquefois la seconde, comme dans ces vers de Pétrarque :

8e la man di pieté ’ nVidia m’ha chiusa.

Negletlo ad arte e ’nnanellato, ed irto.

Il fallait alors que le premier mot fût

un monosyllabe impossible à élider , ou que sa terminaison fût accentuée , et que le second commençât par un I.

(4) Les vieux poètes italiens n’ont cependant pas toujours évité la dissonance qui en résultait; Dante no craignait pas de dire :

Là onde invidia prima dispartilla et l’on trouve dans Pétrarque :

Del qualo oggi vorrebbe, e non pué aitarmi.

Voilé pourquoi les élisions et même les synaléphes sont impossibles en français; il faudratlquela première royelle fût moins fortement prononcée que la seconde , et la pause qui marque la fin des mots oblige la voix de s’y appesantir, comme ferait un accent véritable. Aussi nos poète* nelident-ilsque lesE muets et les monosyllabes le, je, me, te, te, que, ne, lorsqu’ils précèdent un mot auquel ils sont inséparablement unis ou les particules an et y. Racine a été trompé par une fausse analogie lorsqu'il a dit dans les Plaideur t :

Condamner feÎTamcnde, ou, s’il le casse, au fouet,

noique celte élision se trouve aussi aus le Bornant du comte de Poitien :

Dame vole liTa signor prendre et dans Guerart de Bottillon :

Ne f puer chacier de champ ne desconflre.

Si cest plait ne me fait e ne l m'otrie.

Ap. Fr. Michel, Rapport!, p. 184.

Généralement cependant nos vieux poètes étaient plus logiques; la musiqu*

ment (1) , surtout quand la consonne qui la précède est une liquide (2), qui ne sonne pas désagréablement sur ta voyelle suivante.

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