SECTION DEUXIÈME
Considérations zoologiques.
Je passe à la description des trois animaux, de celle du moins de leur forme , telle quelle nous est présentement transmise par l’art de la sculpture, comme il fut au temjîs de Phidias.
I. Le taureau , objet du sixième travail d’Hercule. Ce taureau est représenté de grandeur naturelle et de profil , la tête étant tournée pour être vue de face ; le héros dans une attitude où il déploie sa force athlétique est légèrement incliné , son dos couvrant les flancs de l’animal. Ilselesoumet, en paroissant l’accabler, non seulement de son propre poids, mais de plus par de violents efforts. Ainsi l’on aperçoit du taureau, par-derrière, sa
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croupe et sa queue arlistement jetée, et, par-devant, sa têté^'^le cou est gros, la corne est presque droite, latérale et fort courte: le masque manque, le marbre étant frustre en cet endroit par suite de brisure; cependant l’emplacement de* la 'face est sufÇsammeiït circonscrit pour qu’on puisse juger de ses proportions et y reconnoître sur-tout un' front large et sans hauteur. D’après cet ensemble, et les formes de la queue légèrement floconneuse à l’extrémité, mais en se fondant spécialement SUr les caractères plus précis de la tête, je crois reconnoître le taureau sauvage, qui fut autrefois si abondant en Europe, \e Bos Unis, l’aurochs, dont il est si souvent question dans les Commentaires de César, qui n’existe plus présentement dans les forêts de la Germanie et que faction progressive de la civilisation dans les lieux où il est encore souffert, tels que les contrées désertes de la Pologne , de la Russie et de la Turquie , doit prochainement anéantir. Ce n’est qu’à cette espèce que l’on peut attribuer les passages ci-après de Pausanias. « Le taureau de Péonie est de toutes les bêtes féroces la plus difficile à prendre en vie (i) : c’est un animal qui a de grands poils sur le corps, particulièrement sous la gorge et sur l’estomac (2). » Au temps de Pausanias, l’aurochs auroit donc été déjà refoulé vers l’entrée de la Macédoine, dans des gorges où la rivièi’e de l’Axius prend sa source; cependant un caractère dans le marbre d’Olympie fourniroit une autorité contraire à cette détermination, c’est le trop de longueur de la (pieue. Alcamène, composant d’après ses souvenirs, ne se sera point |)i(pié
(1) Tiib. X, cap. i3.
(2) Lil). IX, cap. 2 1 .
d’exactitude à cet égard , afin de donne;!' un inouveinent plus heureux <i cette partie de son bas-relief.
11. LEHON,obj et du premier travail d’Hercule. Il y a trois sujets qui se rapjiortent à cette espèce, dans le bas-relief d’Olynipie : i'’ un lion terrassé, couché et foulé par fun des pieds du héros; et 2“ deux têtes plus fortes que nature, servant d’ornement, et qui furent comprises dans l’entablement du fronton : l’une des têtes est vue de face et l’autre de jirofil.
Hercule, dont Hérodote place la naissance cent ans avant la guerre de l'roie, c’est-à-dire i382 ans avant l’ère chrétienne, est réputé avoir combattu et tué pour son premier travail un lion dans la forêt de Néniée. Or, cette forêt avoit reçu son nom de son voisinage d’une ville de l’Argolide, située au pied du mont Apésas : en admettant ces données liistoriques , il y avoit à cette époque très reculée des lions dans le Péloponèse : mais huit cents ans plus tard, il ne s’en trouvoit jilus c[ue vers la frontière nord de la Grèce , où ces redoutables animaux avoient jusque-là résisté. 11 est avéré qu’il n’en existe plus présentement sur aucun ])oint de l’Eurojie.
C’est par Hérodote que cette jiarticularité, touchant les lieux occupés par les lions au temps de la guerre de Xercès, nous est parvenue (i): il s’en trouvoit un grand nombre dans les pays renfermés entre l’Acliéloüs et leNessus, c’est-à-dire dans une partie de la Thrace et de la Macédoine. Xercès, traversant la Péonie, eut une partie des chameaux de ses bagages attaquée et détruite par des lions descendus des montagnes pendant la nuit. Aristote ra-
(1) Hist., lib. VII, cap. laS et 126.
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conte les mêmes faits, qu’il a, suivant moi, copiés et empruntés au père de l’iiistoire; il en a fait de même dans bien d’autres passa^^es de ses livres.
Le Péloponèse et plus loin les pays de l’Europe situés au nord de la Grèce , avoient-ils leur lion propre, ou n’étoit-ce que le lion de l’Atlas, dont l’augmentation de la population auroit peu à peu détruit la race ? Il n’y a pas long-temps qu’on eût répondu à cette question, en citant la croyance commune qu’il n’y a qu’un lion, le felis leo des auteurs. Alors même c’eût été contre le sentiment d’Aristote, qui avoit déjà posé en fait ( i ) qu’il y a des lions d’espéees différentes, l’un plus court, à crinière crépue, et d’un caractère plus timide, et l’autre qui est plus courageux, ayant le corps sensiblement plus long, et qui porte une plus belle et plus longue crinière. On doit aujourd hui d’autant plus d’attention à ce passage, que nous connoissons plusieurs races ou espèces distinctes, savoir :
1° Le lion du mont Atlas: un corps très long, et sa crinière magnifique qui lui garnit la tête, qui entoure le cou , et qui s’étend sans intervalle sur l’épaule, le caractérisent; c’est le deuxième des lions d’Aristote.
2° Le lion du Sénégal, plus foible, à crinière moins prolongée; son épaule n’est ornée que d’un épi de poils.
3° Le bonde Bagdad, tout-à-fait ou à-peu-près sans crinière; Olivier en parle dans son f^oyac/e en Syrie (2): cehii-ci n’a ni le courage ni la taille, ni la beauté des lions africains.
4° Les lions noirs de l’Inde, cités par Élien (3).
([) Ilist. , lib. IX, ca[». 44-
(9.) Voy. dans l’Empire ottoman, II, l>a{;e
(,'I) De Animal, nat., lib. XVII, cap. afi.
5° Enfin, les lions du Cap, que notre ménagerie nous montre avec une queue sensiblement j)lus courte.
C’est sous la préoccupation de l’existence de ces diverses races, (pie nous allons décrire les échantillons du bas-relief d’Olympie.
Premièrement. Du lion entier et terrassé.
Il est couché dans une attitude scénique: on le juge irrité de ne pouvoir se soustraire à l’ascendant de son vaiiKjueuiq les lèvres sont en retrait, contractées, fortement renflées et à bords sinueux. Le mufle est sillonné, pour rendre l’expression de quelques jietites excavations cutanées, que l’on a figurées en ligne et d’où sortent les barbillons; les dents canines sont apparentes; la forme d(^s autres est restée non étudiée; les oreilles sont à conque large et plissée; et la crinière est disposée en flocons* égaux, qu’on juge arrangés à dessein et jiour produire une sorte de chevelure. Au total, l’animal, (pii est remarquablement petit, tire sa principale expression de sa tête fort courte.
Il est manifeste, d’après ces traits, rpie c’est à la première des deux espèces d’Aristote que se rapportent les formes du lion sculpté par Alcamène. Mais à laquelle des deux, n“ 2 et n° 3? Tout me jiorte.à croire que c’est à la race qui existe encore dans lesvoisinage de la Syrie. Autrefois il y avoit aussi des lions dans la Syrie elle-même et en Egypte, pays où l’on n’en trouve plus. La Gilicie, l’Arménie et le pays des Parthes en étoient pleins, dit Oppien ; si l’on en voit encore aujourd’hui , ils y sont au moins très rares.
Deuxièmement. Sur la tête vue de face.
L’artiste a voulu y introduire un caractère de force et de majesté; les lèvres ne sont que dans une demi-contraction; le nez est large et court, plus sensiblement cpie dans le lion du
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mont Atlas. Les oreilles paroissent plus plissées, moins ouvertes et plus basses cpie chez les lions actuellement vivants. La crinière très singulièrement compassée se trouve si bien distribuée en flocons sinueux et symétriques qu’on croit y reconnoître moins l’intention d’une copie exacte, que le faire d’un calcul, que le sentiment de l’artiste.
Troisièmement. Sur la tête figurée de profil.
C’est le même travail que dans le cas précédent; il est évident que l’artiste s’est assujetti à l’idéal adopté par lui pour ce sujet, a une com])osition d’intentions poétiques; mais de plus cette tête m’a fourni une observation intéressante, un fait du moins qui m’a laissé dans une grande incertitude. Six dents bien rangées et d’une forme non équivoque remplissent tout un côté de la mâchoire supérieure. Le même relief apparoît aussi à la mâchoire d’en bas, mais sous un aspect à cacher une partie des dents, ou à ne les présenter que réduites ou sacrifiées. Les six dents supérieures se reconnoissent sans difficulté, comme faites d’après les six larges dents mâchelières du cheval. Or, ce sont quatre molaires de moitié plus petites, échancrées et à bords profondément sillonnés, qui forment l’arrière-partie de l’arcade dentaire des lions, et à la mâchoire inférieure, trois seulement.
Dans ce cas, est-ce ignorance, est-ce calcul, que ces arrangements dentaires transportés du cheval et attribués au lion? Il n’est de choix à faire ici qu’entre ces deux partis, inattention on bizarrerie. Renfermé dans cette position, il me répugne moins d’admettre l’erreur volontaire, qui auroit pris ses motifs dans l’esprit du siècle de Phidias, dans des combinaisons mythologiques. Et en effet, ce i[ui révolte avec tant de raison notre jiarti pris d’une fidélité servile, nos idées reçues d’assujettissement à la
vérité locale, à une imitation correcte des sujets à représenter, se clian^tjeoit pour les Grecs en des principes qui les portoienl vers fies combinaisons dont ils laisoient des vérités de convention, plutôt f|u’à la représentation du vrai lui-même.
Je m’explique à cet égard : et en effet, si ce n’est pas tout simplement sur une grossière méj^rise, Alcamène n’auroit suivi que la mode de sou temps, en prenant, avec toute licence, en debors de son sujet de ([uoi ajouter à l’effet pittoresque, et en sacrifiant la réalité, pour y substituer plus de jxassion et de ]ioésie. C’étoit des idées (jne fou se jiroposoit alors de traduire avec de la seulpture, et non des formes réelles qu’il lalloit rendre exactement. Or, le jirofil d’une mâchoire jileinede dents grandes et robustes pouvoit paroître d’un effet plus menaçant, dn moins annoncer bien autrement de la force que les trois ou quatre dents ]>etites, aiguës et découpées du lion, lesquelles, eopiées servilement, n’eussent amené sous le ciseau ({u une nature amaigrie.
G’étoit autrefois, pour les arts en peinture et en seulpture, comme pour les sciences en physiologie et en médecine; on négligeoit le matériel des choses pour s’en tenir à leur manifestation extérieure : et ee ue fut ]wint jiar choix, mais par nécessité de position. L’organisation des eorps vivants, pour être appréciée, réclame l’observation de données si nombreuses, qu’il a bien fallu s’en référer à la lënte investigation des sièeles. Mais en attendant que la constrnetion de ïaâmirnble machine eût fourni à toutes les informations désirables, et que la seienee pût devenir à son égard rationnelle, ses actions, ses monvements, ses relations, sa vitalité, ses combinaisons, ses intiissusceptions, sa cajiacité pour l’intelligenee, et généralement sa manière d’être à l’ép'ard de tontès les' riarties de son monde aiii-
it 1 I
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biaiU, fornioieiit un ensemble de scènes variées (|u’il devenoit plus facile et plus expéditif d’étudier sur leurs manifestations apparentes. Ainsi, la médecine s’en tint à être liippocrati([ue, la physiologie fut traitée par des philosophes, et la poésie s’introduisit dans les arts (l imitation. On ne s’inquiéta point de ce qu’étoit chacun de nos organes, pour rester entièrement à la préoccupation de ce que tous ensemble produisoient d’actions au-dehors; c’étoit laisser de côté la construction des animaux pour l’expression de leurs habitudes. Rien n’étoit possible alors au-delà de ce champ d’observations; mais alors, favorisées par cette spécialité d’études, les connoissances de ce genre gagnoient en profondeur; et plus réfléchies que de nos jours, elles ten~ doient à introduire le sentiment de ce haut savoir dans toutes les compositions des arts.
Est-ce dans ces idées dominantes, (pi an grand siècle de l’art, Alcamène auroit puisé l’inspiration de renchérir sur le grandiose de son sujet au moyen d’heureuses ijifidélités, et décidément, parmi mélange calculé de plusieurs traits, chacun donnant sa naïve expression, d’essayer de placer sous l’œil quelques idées compli(]uées et d’arriver ainsi à faire un talileau parlant?
III. Le sanglier. Le bas-relief d’Olympie n’eut pour y com- [u endre une scène de sanglier qu’à produire un groin de cet animal, ou du moins c’est tout ce qui en nous reste dans un morceau présentement isolé. Effectivement, c’étoit assez pour ]>lacer dans la composition générale un souvenir du sanglier d’Erymaulhe, ou autrement de l’action qui est réputée le troisième Ira va il d Hercule. C’étoit aussi tout ce cpie le naturaliste ( u pouvoil d<'sirer connoîtix; pour la détermination de r(*sp(‘(“e. Crprudani
l6 ESSAI POUR SERVIR A LA DÉTERMINATION
(|uel étoit ce sanglier trÉrymantlie, également nommé sanglier (leCalydon? Erymantlie étoit le nom d’nne montagne d’Arcadie, et Calydon celui d’nne forêt située plus au nord et de l’autre côté du golfe de Lépante. Hercule fut renommé pour avoir, ici forcé et pris vivant, et là, tué un énorme sanglier.
Le groin, exécuté en marbre, que nous avons sous les yeux, donne très bien les conditions principale^s et caractéristiipies du genre, la saillie du disque nasal et les défenses qui excèdent et qui contournent la lèvre en la dirigeant vers le haut. Cependant ces défenses sont grêles, rondes, assez longues pour atteindre la hauteur du museau, symétriquement arquées, bien ajustées, l’antérieure étant au-dessous de l’autre, et toutes deux enfin paroissant tout-à-fait a])pliquées sur le derme. H y a sans doute dans cette conformation de tpioi satisfaire à la reconnoissance du genre sanglier, Alcamène ne s’étant proposé rien déplus; car ce (pli a pu contenter cet artiste selon les idées de son temps, nous paroît passer à des effets d’indifférence pour l’exactitude. D’autres mœurs nous ont fait aujourd’hui les hommes delà préeision. Nous voulons laisser aux faits tous les enseignements de leurs conditions matérielles, ipiand on ne vouloit retirer d’eux autrefois que la manifestation de leur essence poétique.
Ce point de fait reconnu, à quoi bon, dira-t-on, une détermination scientifique du sanglier du Péloponèse d’après un marbre (]ui n’en seroit qu’une copie infidèle? La remarque est juste, et je ne lui oppose que ces deux foibles réponses: i° l’inexactitude de ce modèle n’est que présumée, et 2” que ne doit-on pas attendre du savoir actuel en histoire naturelle, pour coniif prendre d’anciennes études faites instinctivement d’après les animaux?
• On compte plusieurs espèces de sanglier. Laquelle d’entre elles aura valu à Hercule l’honneur d’un nouveau triomphe? Le modèle nous laisse dans l’incertitude. Si nous l’avions reçu d’un
statuaire moderne, nous pencherions à y trouver le type d’une espèce inconnue; mais, avertis, comme nous le sommes, des habitudes du faire antique, nous choisirons entre les animaux de notre actuelle zoologie.
J’exclus d’abord, même sans autre justification que les indications suivantes, i° les sangliers d’Amérique à défenses qui se croisent et se prolongent droites à la manière des dents canines des lions; 2° le sanglier des îles de l’Archipel indien, ou le babyroussa, à défenses très longues, menues, grêles et contournées en spirale; 3° le sanglier de Madagascar ou le sanglier à masque, qui porte une excroissance mamillaire derrière ses défenses. Restent les deux espèces sus scrofa et sus œthiopicus.
Le sanglier vulgaire, scrofa, existe dans tout l’ancien continent. Long -temps nous l’avons cru exclusivement propre à l’Europe, dont en effet il habite les terres marécageuses et boisées; mais je l’ai moi-même rencontré en Égypte, d’où il se sera répandu dans les terres adjacentes; ce que nie Aristote à tort, et pour avoir copié une erreur échappée à Hérodote. Ce sanglier vit aussi dans les Indes; c’est ce que nous savons ]>ar un crâne provenant de Jaffno et déposé à notre collection des squelettes par le docteur Reynaud, chirurgien et [)rofesseur à l’hôpital de Toulon.
L’autre espèce, œthiopicus, ({ue fort anciennement Adanson avoit vue au Cap-Vert, ainsi ([ue l’attestent plusieurs fragments qu’il en avoit dé[)Osés au Cabinet du roi, lut pour la première fois, en 1777, publiée par Pallas. Pour cxjirimer toiKc sa sur-
prise et ses vives impressions, à la vue des formes extraordi-r naires de cette curieuse espèce, Pallas lui fit, au commeucement de son article, une application du proverbe romain : Afncu fernt nionstris. Aspect horrible, naturel furieux, caractère opiniâtre et indocile^ animal né pour la fange, créé pour nuire, et n’étant pas même après sa mort une venaison passable; que de motifs pour en faire proscrire la race! Et par conséquent, si cet affreux animal désoloit la Grèce, au temps des campagnes d’Hercule, nul doute que ce n’ait été cet énorme sanglier c[ue le demidieu aura poursuivi sur le mont Erymantbe, atteint et vaincu dans les forêts de Galydon.
Mais le sus (éthiopiens e\\slo\X.-i\ alors en Grèce? Il y a <juelques années et avant les voyages de M, Ruppel dans le Koixlofan et dans l’Abyssinie, on auroit pu alléguer des impossibilités, tenant à des distances géographiques. Ces raisons ne subsistent plus aujourd’hui; le voyageur Ruppel a rencontré ce même sanglier au-delà des Cataractes sur les bords du Nil et dans l’Afrique centrale; or, il est là avec le lion de petite taille. Pourquoi les mêmes événements n’auroient-ils pas j^areillement décidé de leur sort? Comme le lion de l’Attique, l’énorme sanglier de l’Ethiopie aura bien pu dans la péninsule grecque ])eu à peu céder le terrain aux sociétés humaines, c’est-à-dire succomber sous les efforts du nombre accru et de l’industrie des hommes.
Ainsi nous pouvons hésiter dans notre détermination de l’espèce d Érymanthe entre le sanglier vulgaire et le sanglier aux quatre cornes d’Élien; car c’est ainsi que cet ancien auteur nomme les énormes défenses du sanglier d’Afrique. Duquel de ces deux sangliers l’échantillon du temple grec s’approche- t-il le plus? Parle volume, la moindre longueur, et en général par les pro-
portions des défenses^ c’est du sanglier vulgaire ; et c’est de l’autre au contraire par plus de courbure et par plus de rondeur de ses dents. La défense supérieure diffère de l’inférieure chez le sanglier africain tellement par le volume que, pour cette seule considération, il faut abandonner l’idée d’attribuer le groin sculpté par Alcaméne à celui du sanglier quadricorne dElien. Toutefois j’ai parlé tout-^à-l’lieure d’un rapport: leurs tiges sont de même arrondies , quand , pour ressembler à ce qui est dans l’antre espèce, il eût fallu les trouver comprimées et légèrement triangulaires: au surplus, les formesdes défensesde réchaïuillon se rencontrent mieux avec celles de notre sanglier dans une extrême vieillesse, parceque l’âge augmente les effets de l usure, ce qui diminue les côtes ou saillies latérales, et qu’en prenant plus de longueur, les défenses se refoulent moins latéralement, mais se rangent un peu plus l’une au-devant de l’autre.
Après cet examen comparatif, nous restons persuadés que ce sont les formes du sanglier vulgaire qu’Alcamène a eu l intention de reproduire dans son bas-relief; d’où il faut alors conclure c[ue, trois cent cimjuante ans avant 1ère chrétienne, c étoit notre sanglier européen, sus scrofa, qui se trouvoit en Grèce; conclusion qui toutefois n’exclut pas ([ue l’autre espèce, [)lus digne du courage d’Hercule, ne se trouvât jioint aussi dans le mêmes contrées dix siècles auparavant.
Si la destruction de cette espèce a jm en effet mériter au demidieu les hommages et la reconnoissance de la Grèce, cela leste et demeurera un problème dont il n’y a point à <‘spérer la solution .
Je n’ajouterai rien tle plus à ces remar(|ues eoiu'ernaul les