‹ Essai Psycho-Pathologique sur DantonChapitre 20 sur 25 · ETUDE PSYCHOLOGIQUE · texte numérisé non relu

ETUDE PSYCHOLOGIQUE

Il faut maintenant nous résumer, et essayer d’abord un portrait moral de Danton qui servira de base aux deux esquisses que nous tenterons ensuite, l’une montrant ce que pouvait être le Danton des périodes d'hypéractivité, l’autre celui des périodes dépressives.

Nous l'avons déjà vu bon fils, bon époux et bon père, homme de foyer, ayant le goût du confort, de la vie large. Nous avons pu observer le développement de son amour de l'argent, qui lui a attiré d’abord des attaques sournoises, puis des reproches directs, enfin, de véritables accusations. Gette passion s'accorde avec sa nature paysanne, qui allie la prudence dans le présent, à la prévoyance de l'avenir. Ainsi, au fur et à mesure qu'il améliorera sa situation matérielle, il embellira sa demeure, achètera des terres à Arcis. |

Il demeure également le bon camarade, qui reçoit souvent et avec joie, ses nombreux amis. Il croit à l'amitié comme il s'étonne toujours de la trahison -— mais ilest sans rancuné, et a le pardon facile. « Je suis sans fiel, non par vertu, mais par tempérament » et « La haine est étrangère à ma nature ».

il est cordial, généreux, et chacun autour de lui profite des améliorations, des profits, qui surviennent. C’est un Jouisseur.

Il semble connaître d’instinct les hommes, et si on ajoute encore son bon sens paysan qui n’admet comme loi que celle de l'expérience, on comprend le réaliste et l’opportuniste qu’il fut. Maliseureusement il est paresseux, indolent, ne prépare jamais ses discours, et peu ses actions. Sa nonchalance nuira souvent à son ambition, et le marque de persévérance l'empêchera même de profiter des résultats acquis, d'exploiter un succès.

Maintenant, quel est son bagage, son acquis, à la veille de devenir homme politique, et homme de gouvernement ? On ne sait, car on ne peut sérieusement se baser comme certains l'ont fait, sur le nombre et le genre des ouvrages composant sa bibliothèque !

L'homme politique conserve l'extérieur du Danton que nous connaissons, c’est la même cordialité, la même bonhomie. Toujours bruyant, QTOSsier, vulgaire même, mais une incontestable sympathie émane du personnage, aussi comprend-on sa popularité, aussi bien que la haine de ses ennemis politiques moins bien doués. D'ailleurs, il aime se faire approuver comme si parfois il sentait le besoin d’un soutien, d’un réconfort. Malheureusement, il devient quelquefois la proie de ces sociétés, plutôt que le maître.

Au début de sa nouvelle carrière, nous le voyons ambitieux, flatteur du peuple, toujours opportuniste, ayant le sens du moment plus que de la mesure. Il semble confiant en soi, surtout dans les moments

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de pleine réussite, plein d’élan, d'enthousiasme, d’audace — c’est un véritable entraîneur d'hommes. Mais toutes ces qualités ne sont qu'intermittentes. I est de plus impatient, impulsif, peu tenace, toujours nonchalant et paresseux.

Puis, surviennent de brusques colères, véritables accès de violence, où il se montre grossier, cynique, fanfaron ; accès suivis souvent de retours brusques à la prudence. Son astuce, sa rouerie lui servent d’ailleurs à faire admettre ces accès, ces inégalités.

Ici, sa passion de l'argent se donne libre cours. Nous n'avons pas à traiter de sa vénalité, qui est presque certaine. Il put assouvir son instinct de la propriété, acheter un domaine, l’arrondir ensuite dans son petit pays, dans lle berceau de sa famille. Comme le paysan qui profite des éclaircies, des journées favorables pour accomplir ses travaux, et mettre à l’abri sa moisson, Danton prépare sa retraite, saisit toutes les occasions, pense à l'avenir, pour soi et pour sa famille. Ainsi, dès le 21 septembre 1792, réclame-t-il de la Convention qu'elle déclare que « toutes les propriétés territoriales, individuelles et industrielles seront éternellement maintenues ». Une autre fois encore, il disait : « Hâtonsnous, mes amis, hâtons-nous de terminer la révolution ; ceux qui font Les révolutions trop longues ne sont pas ceux qui en jouissent ».

Il est aussi conscient de ses faiblesses, et s’il s’entoure de gens qui, dans l’ensemble, sont suspects, peu recommandables c'est sans doute qu'il

n’a pu trouvér mieux, parmi ceux qui lui étaient indispensables. S'ils avaient les qualités qui lui manquaient, ils avaient souvent aussi ses défauts.

Examinons maintenanñt le chef, et reconnaissons tout d'abord qu'il arrive au Ministère sans grande préparation. Aussi, devra-t-il utiliser au maximum ses dons et ses qualités, faire appel aux ôtions de Droit et dé Procédure qu’il possède, et à sa Connaissance des hommes, des clubs, des assemblées, pour suppléer à tout ce qu’il ignore quant à l'Administration ,jaux Finances, à l'Economie et à la Diplomatie d’une Nation.

Il ést paresseux, mais sait faite travailler. Il a du bon sens, du jügement, ne croit qu'à l’expérience, toutes qualités paysannes. Il joint la connaissance instinctive des hommes, des ressorts qui les meuvent, des mobiles qui les conduisent. Aussi, suivañt les circonstances, se montre-t-il flatteur, ou grossier, brutal; cynique. Enfin, il sait que rien de grand ni de durablé n’est possible sans l'union.

Il suscite, il décidé, il entraîne. Son réalisme lui permet bien souvent de profiter de l'apparence des choses, et il sait adapter la réalisaion progressive d’une idée.

Malheureusement éncore il est incapable de persévérance dans l'action, ét il ne peut exploiter le succès. S’il est capable d’élan, d'audace, la volonté féchit soudain — ce n'est pas un caractère.

En étudiant l'ôrateür, nous écartérons le côté

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littéraire de la question. Nous signalerons seulement que « le style dé Danton est le style d’une mauvaise époque. L'image abonde chez lui, mais toujours pathétique ou frénétique et non pittoresque, vitupérative ou enthousiaste à l’excès, allumeuse de passions, jamais évocatrice de visions... [Lanson].

Pour juger vraiment, il faudrait le ton, les gestes, l’animation, le rythme du débit, la püissance qui manquent. Ce serait là pourtant, l’homme... Mais il faut aussi se méfier des habitudes oratoires, des diverses réactions qui font souvent aller la parole beaucoup plus avant que la pensée.

Malgré cela on trouve encore au milieu des qualités et défauts opposés, le bon sens qui veut profiter de l'expérience, qui reconnaît toute la valeur de ce qui existe déjà, qui ne veut rien désorganiser, mais améliorer, loin de tout esprit de système et d’idées purement théoriques. Il distingue encore ce qui peut être dit à une foule ou à une assemblée, et ce qu’elles ne doivent pas connaître, qui relève seulement du gouvernement. S'il flatte, c’est plus par nécessité que par goût, et s’il frappe très dur, c’est souvent pour le même motif.

Ce n’est pas la préparation savante, minutieuse, dosée ; c’est encore une fois la connaissance instinctive des hommes qui lui permet d’épier l'effet de ses paroles sur ses auditeurs, et dès l'apparition de siones très discrets qu’il reconnaît, de tourner bride pour agir mieux. D’autres fois, il est violent — c'est souvent pour emporter une décision. D’autres fois, c’est l’Assemblée elle-même qu'il malmène. Il lui

arrive aussi d’abuser de son pouvoir qu'il connaît bien, de dépasser la mesure — il dépasse ainsi le but et obtient une réaction pepe qui, souvent, le laisse :

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attaquer, pour se défendre, il ne pouvait qu'être servi par ce rayonnement qui ajoutait à son autorité. | |

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