CHAPITRE VI
Dans les pages qui précèdent immédiatement nous avons essayé de montrer que la vie politique de Danton pouvait être divisée en périodes qui s’opposent en se suivant, et pour chacune de ces périodes nous espérons avoir dégagé ce qui la caractérisait vraiment.
À tout changement nous avons cherché Îles raisons données par les historiens. Bien souvent ils se sont bornés à constater ou à s'étonner. D’autres ont interprêté ces variations suivant leurs tendances personnelles, d’autres encore, d’après leurs passions. Lorsqu'on trouve des explications, elles sont très différentes, c’est dire qu'aucune ne s’impose.
Nous pensons que ces oscillations peuvent être conditionnées directement par le rythme propre de l'individu.
Avant d'examiner séparément, différents aspects du caractère de Danton, il faut nous rappeler ce que pouvait être le milieu dans lequel il évolua pendant ces cinq années — ce qui éclaire singulièrement l’amplitude des réactions que l’on observe. Celles-ci sont d'autant plus vives et plus profondes que la bataille est sans trève, âpre, violente, souvent sans merci, partout,, près de soi, chez ses amis, chez ses ennemis — car chacun aspire aux premières places, à la gloire, à la puissance. Souvent enfin, c’est sa vie qu’il faut défendre.
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Cette lutte ininterrompue est à coup sûr épuisante, et les défaillances que l'adversaire toujours àux aguets espère, n’en sont que plus graves, et pour le présent, et pour l’avenir. Ainsi peut-on mieux comprendre la brutalité qui marque chaque retour à l’activité. Il faut alors se remettre de niveau, rattrapér le terrain perdu, et peut-être même frapper d'autant plus fort qu’on a conscience que les possibilités n'auront qu'un temps, qu'il faut prendre de l’avance, préparer l’avenir.
Tout d’abord, éliminons la neurasthénie que certains ont cru discerner. À ce propos rappelons que la mélancolie cyclothymique est bien souvent appelée ainsi, de même que certaines formes dans leurs degrés atténués ont été prises pour de l’hystérie.
Ici, dans l'étiologie, nous ne connaissons pas d'intoxication, d'infection, de traumatismes, d’émotions, de préoccupations, de longue durée.
Les périodes de dépression ne sont pas précédées pendant des semaines ou des mois, de signes traduisant une lassitude générale, et ün ralentissement dés fonctions. Au contraire, chacune débute brusquement. Enfin, parmi les contemporains, personne ne signale d’amaigrissement remarquable, de pâleurs, de céphalées répétées, d'algies diverses.
Pendant ses retraites à Arcis, à Sèvres, il ne réste pas immobile en proie à une fatigue insurmontable. Il fait quelques promenades, s'occupe de son
domaine, chasse, pêche.
Pr ANSE