‹ Essai statistique sur le canton de NeuchâtelChapitre 15 sur 15 · XI · texte numérisé non relu

XI

Caractère et mœurs des habitons.

Si le climat, le genre d'occupation, la forme du gouvernement, ont quelqu'influence sur le caractère d'un peuple, ils n'expliquent pas d*une manière satisfaisante ces traits marquants qui, au premier abord, distinguent une nation d'une autre. C'est bien à tort qu'on aitribue à l'air du Jura, la disposition naturelle aux Neuchâtelois, de prendre vivement parti , de s'échauffer avec trop peu de réflexion, pour ou contre, d'avoir dos têtes mousseuses, comme disoit un des hommes les plus marquans de la révolution française; car le Jura a d'autres habitans auxquels on ne peut reprocher ce défaut. Il set oit ridicule d'approfondir Ici l'influence que peut avoir l'organisation physique sur

plusieurs dispositions morales: de rechercher par exemple les causes de la différence frappante qu'on observe entre le caractère calme' et tranquille des habitans de la rive droite de la Thielle et les dispositions tout-à-fait opposées des Neuchâtelois habitant la rive gauche. Mais ne tiouveroit-on point, surtout dans un état monarchique, une des causes de ce que l'on peut appeler le caractère national, dans les vertus et les vices des familles qui ont régné et dont Texempie a dù nécessairement influer sur les sujets? Les Comtes de la maison de NeuchAtel, autant qu'on en peut juger par leurs faits, étoient de braves et loyaux gentilshommes, doux et bons, poussant le désintéressement jusqu'à l'insouciance. Les Comtes de la maison de Frybourg étoient des maîtres rudes et sévères, voulant régner et gouverner sans opposition ni remontrance. Les Hpchberg, princes habiles, furent constamment occupés de leurs intérêts politiques et introduis

tirent, avec les coutumes allemandes, le système de ménagement qu'eux-mêmes avoient été dans le cas d'adopter. Les Piinces de la maison de Longueville, étoïent légers, faciles, prodigues, aimant le luxe et les plaisirs, s'occupant peu d'affaires, attirant à Paris leurs pauvres sujets qui rapportoient de cette capitale les ridicules prétentions auxquelles ils étoient redevables du titre de Gascons Suisses qu'on leur prodiguoit au XVII. siècle. La maison de Brandebourg avec son administration juste et régulière, ennemie du désordre et du changement, formoit le contraste le plus parfait de la précédente. Quiconque connoît les Neuchâtelois , ne retrouvera t-t-il point en eux, un bizarre mélange de tout ce bien et de tout ce mal? Un sentiment profond d'honneur et de loyauté fait certainement la base de leur caractère; de l'inquiétude sur la conservation de leurs droits et une déposition constante à s'opposer à tout abus du pouvoir; de la préten-

lion à la finesse et à la politique; un certain • abandon, de la légèrté , peu de goût pour le travail, beaucoup pour la dissipation;' une véritable horreur pour l'injustice et la prévarication , qui rappelé à chaque instant le suum cuiquc prussien. A ces traits généraux, ajoutez un vif attachement à leur sol natal et aux institutions de leurs pères. On ne peut au reste se dissimuler, que la „ crainte de la honte, qu'on appelé assez mal à propos honneur, ne tienne lieu de vertu au plus grand nombre. On redoute, souvent plus que la mort, la flétrissure d'un jugement et de l'opinion publique, et non-seulement pour soi-même, mais pour tout ce qui nous appartient. Les innocens partagent en quelque sorte la peine infligée à leurs parens coupables, et cet injuste préjugé produit souvent de bons effets par la surveillauce très~active qu'exercent les familles, sur ceux de leurs membres qui manifestent des dispositions 'vicieuses.

La langue du pays est le françois. L* peuple parle encore et ne parlera bientôt plus un patois, dont le fond est l'ancien idiome françois mélangé de mots latins, allemands, italiens; on, croit même en reconnoître quelques-uns grecs. Ce patois diffère sensiblement d'une partie de la Principauté à l'autre : il est nasillard et traînaat au Landeron et a Thielle ; plus animé dans le vignoble à l'Ouest de la ville; lent et lourd au Val-de-Ruz, les finales en O , prononcé avec un ton chantant et des finales en A dans le Val-de-Travers : parlé rapidement et avec les dents serrées aux montagnes. Un habitant du vignoble comprend difficilement le patois qu'il paile lui-même, lorsqu'il est prononcé par un habitant de la montagne*

Les habitations de tout le vignoble sont bâties en pierres, couvertes en tuiles. Les villages de cette partie du pays attesient leur origine bourguignone ; Us sont bâtis

comme les villes , les maisons étroites, attenantes toutes les unes aux autres. Les bâtiraens agricoles du Val-de-Travers , du Val-de-Ruz et des montagnes, sont de grandes maisons quarrées , le rez-de-chaussée en pierres; le reste, ainsi qu* la couverture, en bois. Dans les anciennes constructions^ toute la capacité de la cuisine forme la base d'une cheminée, construite en planches, dont le canal, en se rétrécissant, s'élève au-dessus du toit. Les granges sont à l'étage placées au-dessus des étables. Au Locle, à la Chaux-de-Fonds et dans plusieurs autres villages, les maisons sont en pierres et construites comme celles des grandes villes.

Aucun habillement national , hommes et femmes suivent de loin en lom les modes françoises; le luxe dçs vétemens, sur-tout chez les femmes , et la dépense qui en résulte*, est une des causes principale de la détresse qu'éprouvent une foule d'artisans, lorsque l'ouvrage manque, ou lorsque le

prix des comestibles est excessif. Les seuls faabitaDs du Val-de-Ruz employent encore pour leurs vêiemens d'hommes et de femmes, l'étoffe en usage chez leurs pères; c'est un tissu moitié de fil et moitié de laine, appelé mi-laine, de couleur noisette

et fabriqué dans le pays.

Les habitans des plaines reprochent aux Suisses de manger trop et trop souvent et lorsqu'ils viennent respirer l'air vif des montagnes, ils ne tardent pas à éprouver eux-mêmes le besoin d'une nourriture plus fréquente et plus abondante. Le peuple du vignoble prend ordinairement quatre repas :

le déjeùncr consistant en café au lait; le dîner en soupe, légumes, un peû de viande fraîche ou salée; le goûter en pain et fromage, et le souper en soupe et légumes* Son pain est un mélange de froment et de seigle. Pendant les grands travaux de la vigne, il boit du vin a tous ses repas et il fait un second déjeùner à dix heures,

entre le premier dejeûner et le dîner. Dans les vallées et les montagnes les agriculteurs se nourrissent plus sobrement» Un pain d'orge et d'avoine, du lait, du cafe , des pommes de terre et un peu de viande fume'e sont ses alimens ordinaires»

Poids et mesures de Neuchâtel.

La livre = 17 onces poids de marc 520 ] f0 grammes.

Le pied 5= 293 25S fiooo millimètres; 144 pieds de Neuchâtel font 130 pieds de France.

L'aune =r 3 pieds 9 pouces 5 5 °fyooo lignes; 9 aunes font 10 mètres.

La pose de vigne — 32,768 pieds carrés.

La pose de champ est un peu plus foible.

L'ouvrier de vigne rr un huilième de pose.

La toise de bois — : 150 p. cubes.

La toise de foin — 216 pieds cubes.

Le pot — deux piutes de Paris -ou O0 4^ 700 oe litre.

Le muid = 192 pots.

La gerle = 52 pots: 38% de vin et 13^5 de marc de raisins.

Vèmlne de grain — 8 pots.

Le sac rr 8 émines.

Le mnid nr 24 émines.

Le batz est de 5 pour cent plus foible que celui de Berne. 21 batzen de Neuchâtel font 20 batzen de Suisse ou de Berne.

La livre Tournois rr xo batzen: 7 livres Tournois valent 10 anciennes livres de France.

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