‹ Essai statistique sur le canton de NeuchâtelChapitre 14 sur 15 · Les Chambres de Charité · texte numérisé non relu

Les Chambres de Charité

Sa Majesté Frédéric Guillaume II. fonda, en 1791 , une société d'émulation patriotique, composée de 16 membres, pour s'occuper de tout ce qui peut contribuer à la prospérité de la Principauté, aux çrogrès de l'agriculture et de Piodustry». Le Ror assigna en même tems, sur ses caisse», une somme annuelle suffisante pour décerner des prix et subveuiT aux frais de l'établissement. Par des programmes , publiés chaqu'année

la société .popose des questions! elle fait imprimer à ses frais les mémoires qu'elle a couronnes. Les prix qu'elle accorde con-t pistent ordinairement en médailles d'or du poids de 20 ou i* ducats, portant l'effigie du Roi. Depuis quelques années la société en décerne encore aux ouvriers en horlogerie et en dentelles qui se distinguent par la perfection de leur travail. Un des premiers soins de la société a été d'acquérir la con- Doissance la plus exacte et la plus détaillée de diverses parties du pays ; pour y parvenir elle demande toutes les années la description d'une des 21 jurisdictions de la Principauté. Elle en a déjà publié six, celles des Mairies de Vallangin, de la Brévine, de Lignières , de Bevaix et de Cortaillod et celle de la Vallée des Ponts. Les autres mémoires quelle a fait imprimer sont au nombre de seize. Ils traitent des objets suivans : De l'importance de la culture de la pomme de terre. Du dessèchement des marais des Ponts. Des causes de la disett

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et du renchérissement du bois. Des moyens de prévenir les débordemens de l'Areuse au Val-de-Travers. Jusqu'à quel point les arts et le commerce peuvent être exercés utilement dans la Principauté. De la culture de la vigne , en trois mémoires. De la culture des terres des Montagnes. Des moyens de soulager la misère sans favoriser la paresse i « en deux mémoires. De la^manière la plus économique d'entretenir les chemins. Des avantages et des inconvéniens du droit de parcours, en deux mémoires. De la culture du mûrier et des vers à soye. Des écoles de campagne.

La Chambre d'Assurance contre les inçendies, instituée en iSto, est une asso*ciation volontaire des propriétaires de maisous , pour se garantir réciproquement et pendant ao années les dommages que le feu pourroit causer à leurs bâtimens. Une direction de 15 membres soigne les intérêts de l'association et surveille l'exécution d'une ordonance détaillée de police, publiée en 181%

par le Gouvernement pour prévenir et arrêter les incendies. Par les derniers comptes rendus publics, il y avoit au 31. Décembre 1816 , 7288 bâtimens assurés; ces bâtimens avoient été évalués L. 23,070,800 et assurés pour la somme de L. 17,032,400. Pendant les six années de la durée de l'établissement, deux impositions chacune de pour mille des sommes assurées, ont suffi et au de là, pour payer les bâtimens incendiés.

En 181 2 , plusieurs particuliers fondèrent sous l'approbation du Gouvernement , une caisse d'épargne où les domestiques , les artisans et les journaliers ont la faculté de déposer leurs économies. La direction et la caisse générale sont à Neuchâtel ; des correspondais , parmi lesquels on compte plusieurs Pasteurs, reçoivent les dépots dans les diverses paroisses. Tous les dépots depuis 5 Batz jusqu'à L. 168 par an, sont admis à la caisse d'épargne. Le taux ordinaire de l'intérêt dans la Principauté étant de 4 pour jttnt, elle ne bonifie que le 3 pour cent,

«t aussi longtems que le remboursement n'a pas lieu les intérêts sont ajoutés au capital. Les bénéfices forment un fonds de réserve destiné à couvrir les pertes, à subvenir aux fraix.de rétablissement, et en cas de liquidation, à être employés au soulagement des pauvres. Jusqu'ici rétablissement à été gère d'une manière absolument gratuite. La confiance dont la caisse a joui des la première année , a successivement accru le nombre des créanciers et le ^montant des dépots; elle géroit au 31. Décembre 18 16, L. 90,00a, ' appartenant à plus de 500 domestiques on artisans.

. En i8i5 , à l'imitation de ce qui s'est fait en Angleterre et ailleurs, une société biblique ô'est formée et a rassemblé des fonds dont les rentes doivent être appliquées à procurer aux indigens des bibles et des livres de prières ou d'instruction réligieuse.

Dans un pays où l'on ne récolte pas le grain nécessaire à la consommation des des habitans, les administrations ont néces<-

sairement du s'occuper des moyens de pré-* venir la disette ou un renchérissement excessif. La ville de Neuchâtel possède depuis longtems trois vastes greniers, qui, en plusieurs circonstances , ont été une précieuse ressource pour ses bourgeois et pour les habitans du pays. Des particuliers animés d'un véritable esprit public, ont formé des etablissemens semblables au Locle , à la Chaux-de-Fonds , à Fleurier et aux Ponts.

Ces greniers gérés avec le plus noble désintéressement, ont souvent fourni aux pauvres du pain aux prix le plus modérés: malgré ces sacrifices les sociétaires ont fart des bénéfices qu'ils ont ordinairement employés à donner plus d'étendue à leur entreprise et conséquemment à leurs bonnes ce livres. - ; < Le plus ancien des etablissemens de bienfaisance de la Principauté est sans contredit l'hôpital dé la ville de Neucbâtel. Par une disposition testamentaire du dernier Juin 1359, le Comte Louis de Neuchâtel en ordonne la

fondation : il lui assigne un revenu annuel de 18 muids de froment. Des donations successives de nos Souverains j la réunion des biens de la Léproserie ou Maladière et surtout la cession faîte par Jeanne de Hochberg d'une grande partie des propriétés du chapitre de la Collégiale de Neuchâtel, supprimé par la Réformaiion, ont procuré à cet hôpital des rentes considérables. Depuis longtems l'antique et mauvais bâtiment de Thopital ne répondoit plus à sa destination; . la munificence d'un Bourgeois de Neuchâtel l'a remplacé par un édifice vaste et commode. Cet homme qui a procuré des avantages réels et des jouissances journalières à tous ses concitoyens, est David de Pury, né à Neuchâtel en 1709, fils de Jean Pierre de Pury t colonel , fondateur de la colonie de Purisbourg dans la Caroline méridionale, et de Lucrèce Chaillet. Ce négociant habile , s'étoit formé aux affaires en Angleterre, il établit le siège de son commerce à Lisbonne où il séjourna pendant 42 ans. Une aussi

longue absence ne diminua point l'affection qu'il avoit pour sa ville natale. Ce senti- ' ment , si naturel à une ame noble parut même s'accroître en proportion des bienfaits qu'il répandoit sur sa patrie. Un des se»

premiers dons fut destine en 1779, à la reconstruction de l'hôpital: il assigna successivement des sommes considérables pour bâtir un hôtel de ville, pour construire des routes et pour divers autres établissemens.

Il exigeoit que les sommes assignées fussent employées en entier et sans qu'il fût rien mis en réserve. Il mourut à Lisbonne le 31. Mai 1786, ne laissant en Europe que des parens éloignés. Par son testament daté du 30. Janvier 1777, & institua pour héritiers universels d'une fortune de 2 à 5 millions , la ville et Bourgeoisie de Neuchâtel et chargea ses Magistrats de faire deux portions de ses biens , la première destinée à des œuvres de piété et de charité, an soutien de Phôpital et à l'éducation publique; la seconde à l'accroissement. l'embeUissemem

et le perfectionnement des ouvrages publics de la ville, Frédéric le Grand accorda à ce citoyen vertueux le titre de Baron et rendit ce titre réversible à l'aine de la famille de Pury. L'hôpital, tel qu'il a été réédifié par D. de Pury, renferme un asile pour les pauvres passans , des logemens pour les Bourgeois, incapables par leur âge et leurs in- £tmitës de pourvoir à leurs besoins , des appartenons destinés aux malades.

A côté de cet hôpital est la Maison des Orphelins. Cet établissement destiné, comme son nom l'indique , à recevoir les enfans bourgeois , privés des secours de leurs païens , soit par leur mort, soit par inconduite, doit son existence à Jean Jaques Lallemand, marchand épicier et quincaillier , mort en 1722. Par son testament il légua une somme de près de L. 200,000 du Pays , pour en appliquer le revenu à l'éducation des enfans abandonnés. Cette fondation a été dès lors augmentée par les dons de plusieurs particuliers. Les enfans des deux sexes sont admis

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dans cette maison au nombre de 50 à 40; il* y sont élèves séparément et instruits dans la religion, la lecture, récriture, l'arithmétique et le chant des psaumes, jusqu'à l'âge de 16 à 17 ans, époque où ils ratifient le vœu de leur baptême. Â leur sortie de la maison , l'établissement pave, pour les garçon* l'apprentissage d'une profession utile, à leur choix. D'autres fonds publics administrés par les Pasteurs de la ville, sous le nom de Consistoire de charité , font la même dépense pour les apprentissages de filles.

Depuis 15 années environ, les g a irons travaillent avec succès à défricher et à cultiver des terrains dont les productions servent à leur nourriture. Une direction composée de membres du Conseil de la ville et de Notables de la Bourgeoisie, présidée par le Banneret, soigne les capitaux et l'administration générale de l'établissement.

L'hôpital Pourtalès , édifié à l'extrémité du faubourg de la ville, est une fondation récente due aux sentimens de charité chré-

tienne J^ui anîmoient Jaques Louis de Pourtalès l'ainé. Par un acte du 14. Janvier 1808 il assigna une somme de 600,000 francs de France a la construction et à l'entretien perpétuel d'un hôpital contenant 50 à 40 lits et ouvert a tous les indigens malades, quelque soit leur religion ou leur patrie. Peu après, il ajouta 100,000 francs au capital primitif. Depuis la mort du fondateur, survenue en 1814 1 la fondation a encore été augmentée par les dons de la famille de Pourtalès. L'hôpital a été ouvert à la fin de 181 1. Pendant les cinq années qui se sont écoulées jusqu'au 31. Décembre 1816, il a reçu 1089 malades dont 989 sont sortis guéris ou soulagés, 80 sont morts et 20 étoient à l'hôpital au 1. Janvier 18 17. 34 mères de famille pauvres , y ont été admises et soignées pendant leurs couches. Le terme moyeu du séjour d'un malade à l'hôpital a été de 35 jours. La dépense d'une journée de malade , y compris les médicamens , et tous les frais à la charge de l'hôpital a été

de L. i. 6 s. 6 d. La direction de cet hôpital est composée de sept personnes ; le chef de la branche aînée de la famille de*Pourtalès en est membre de droit, dés qu'il a atteint l'âge de 22 ans, et tous les autres chefs des branches cadettes de cette famille doivent assister à la reddition annuelle des comptes de l'établissement. Des Dames Hospitalières de Besançon se sont chargées d'administrer la maison et de soigner les malades. Servant leur Divin Maître en la personne des pauvres, leur dévouement est toujours digne de la sainteté de leur vocation ; l'ordre le plus parfait , les soins les plus affectueux, une propreté recherchée, ont fait disparoître d'une maison de malades jusqu'à l'apparence de la douleur et de la souffrance»

Dans toute la Principauté , il est réglé que les Bourgeoisies ou Communautés doi r vent entretenir ceux de leurs membres qui, étant privés de biens, sont dans l'impossibilité de gâgner leur vie. Si les revenus de

la corporation sont inmffîsans, comme c'est le cas dans plusieurs communautés , les Bourgeois ou Commuoiers aisés fournissent le dé-* licit par des taxes volontaires ou autrement. Afin de procurer aux pauvres des secours plus abondans , mieux répartis et indépendans de ces taxes, on a fondé presque dans chaque ville ou village des chambres de charités dont le capitaux se sont successivement accrus par les dons des habitans.

Plusieurs sont en état d'entretenir leur pauvres. Ces chambres agissant dans des cercles très resserrés, ont l'avantage de connoître parfaitement leurs pauvres : chacune a son mode d'assistance ; plusieurs ont fait l'essai de Implication de quelques uns des principes modernes. Ce n'est pas ici lè moment d'examiner les résultats des divers moyens employés; on se bornera seulement y observer qu'à Neucbâtel, comme ailleurs, l'expérience justifie, que plus les secours sont abondans, plus il y a de pauvres.

En terminant cet article, on croit devoir

ajouter que la bonté et la charité des Neuchâtelois se montre par la facilité avec laquelle ils accordent des secours. On pourront citer une foule de petites associations et de souscriptions particulières qui ont pour bût le soulagement, l'éducation des pauvres, l'appui à accorder à des familles mal* heureuses: il y a peu de femmes d'une classe supérieure qui ne prenne part a quelqu'association de ce genre et qui ne concourre directement au soulagement des infortunés.

Histoire naturelle.

Plusieurs ouvrages anciens et modernes , ont traité de l'histoire naturelle de la Suisse: quelques-uns même se sont particulièrement attaches à décrire les produits des trois règnes de sa partie Occidentale. Il scroit hors du plan de cet ouvrage d'en donner ici un extrait ; on se bornera donc à une simple

indication de ce qui, dans le pays de Ncuchâtel, peut offrir quelqu'intérét particulier aux naturalistes.

Les anciennes chartes nous font connoitr* qu'aux XII. et XIII. siècles les forets du Jura servoient de repaire aux ours , aux cerfs et aux chevreuils. Tous ces animaux ont diminue à mesure que la population

s'est accrue , aujourd'hui à peine il en existe quelques traces. Les derniers ours out été tués dans la montagne au-dessus de Boudry, il y a plus d'un demi siècle. Un seul chasseur, vivant à cette époque, en avoit détruit plus de dix. Dès lors quelques ours, échappés des alpes de Savoye, ont traversé le Jura , mais ils n'ont pû y séjourner sans y trouver la mort. La pleine liberté de la chasse dont les sujets de la Principauté ont joui pendant le XVIII. siècle, a anéanti la race des cerfs et des chevreuils que d'ancieus documens attestent avoir été nombreux. Les lièvres même commencent à devenir fort rares. De loiu en loin un loup sorti de France, s'hazarde dans

les vallées de la Brévine, de la Chaux -du Milieu et des Ponts, son apparition, dans un pays couvert de superbes bestiaux , nécessite une chasse générale. Une compagnie de bons tireurs, dont le chef réside auxPonts, «'est volontairement chargée de débarrasser l'état de ces hâtes dangereux. Elle remplit si tien sa tâche que plusieurs années se passent sans qu'elle soit appelée a prendre les armes. Le Renard ^seul s'est conservé, grâces aux nombreuses retraites que lui offrent les fissures des rochers. Sa fourrure, d'un roux cclattant, est recherchée dans le Nord.

Les Oiseaux du Jura sont les mêmes que -ceux des plaines de la Suisse et des basses, alpes. Des chartes des XIII. et XIV. siècles font mention de Faucons qui nichoient au creux du Van, rochers à pic et demi circulaires en face du village de Brot ; et à la roche blanche au-dessus de Buttes. Les Comtes de Neuchâtel attachoient un grand prix à la conservation de ces oiseaux.

Depuis l'abandon de la chasse au vol et

l'introduction des armes à Feu, les Faucons ont aussi disparu. On a vu quelquefois la Bécasse, Scolopax Rusticola, nicher dans les forets au revers des hautes vallées. Les Coqs de Bruyère , Tetrao Urogallus et Tetrioc habitent les sombres forêts de sapin des hautes sommités du Jura. M. Henri Benoit aux Ponts de Martel , a réuni dans un cabinet tous les oiseaux du pays qu'il a tués lui-même et empailles avec autant de soin que d'intelligence*

Les poissons des rivières et du lac de Neuchâtcl, comme les poissons de la Suisse, ont été jusqu'ici mal décrits, ou ne l'ont pas été du tout. En attendant le résultat des observations de plusieurs amateurs de cette branche de l'histoire naturelle , on présente, avec défiance, la liste suivante des poissons vivant dans les eaux de la Principauté.

Anguille du lac. Murena Anguilla. Aal.

Lotte du lac. Gadus Lotta. Quappe.

Perche f du lac. Perça fluviatitis* Bars,

Chassot, du lac. Cobitis tœnia. Cotte; Chabot.

Moustache , du lac, Cobitis Barbatula.

Dourmille, Schmerling.

Salut, du lac* Silurus Glanis. Silure y Wels.

Il habite surtout la Broyé supérieure

appelée Glane; on en pèche du poids de

100 livres.

Truite du lac. Salmo Trutta. Truite.

Lachsforelle ? Elle remonte depuis le lac dans les rivières , pour y déposer son frai.

On en pèche du poids de 20 livres^

Truite de VAreuse au Val- de -Travers y et des ruisseaux Salmo Fario ? Truite. Bergforelle, ponctuée de rouge, rarement de 3 livres.

Truite du Doubs. Variété de la précédente; sa chair à le goût des écrevises , dont elle se nourrit de préférence.

Amble y du Lac. Ombre Chevalier. Il se

pèche sur un banc de rocher au milieu du lac, parvient à 5 ou 6 livres et passe avec le suivant pour le meilleur poisson du lac

Ombre Chevalier, du lac. Salmo Thymallus, Ombre d'Auvergne. Aesch? rare, d'une à deux livres y à l'embouchure de l'Areuse et de la Serrières.

Palée , du lac. Salmo Lavaretus. Lavaret; Weisfisch, Schnepel. Il en existe deux variétés , la palée blanche et la palée noire , qui frayent à deux époques successives et en des lieux différens. Les lacs de la Suisse occidentale , offrent au moins six espèces ou variétés du genre Corregone qui ont des caractères difficiles à saisir, mais dont la taille et les habitudes diffèrent.

Les Bondelles , Salmo maraenula, sont une de ces variétés; leurs habitudes et leur taille les ont fait nommer les harengs du lac. On les pcche en automne; on les sâle, ainsi que les palées et on les exporte en barils, Auvernier est le centre de cette industrie.

Brochet du lac, Esox Lucius. Brochet.

Hecht.

Barbeau du lac. Cyprinus Barbus* Barbeau. Barbe.

Carpe du lac, Cyprinus Carpio. Carpe.

Karpfe.

Goujon du lac. Cypr. Gobio. Goujon.

Grûndling.

Tanche des lacs de Neuchâcel et de la Brévine. Cypr. Tinca. Tanche. . Schleihe.

Platelle du lac. Cypr. Rutïius. Ploeze.

Nase du lac et de la Thielle. Cypr. Nasus.

Nase.

Corraontan du lac et de la Thielle. Cypr.

Brama. Brème. Bracksen.

Obledulac. Cypr. Alburnus. Àble. Blûte.

Blavîn. Voiron du lac et des rivières , petit poisson , nourriture ordinaire de la truite.

La Rotte du lac, en français la Rosle.

Le Vingeron et le Ronson du lac, espèces de Cyprins qui ne parviennent communément qu'à 6 ou 8 pouces de longueur , ce qui empêche qu'on ne les rapporte à aucune des espèces décrites jusqu'ici.

Seneve du lac et de la Thielle. Cyprin.

Jescs* Chevenue ou Meunier.

Il n'y a dans le lac qu'un poisson cartilagineux, la petite Lainproye appelée dans le pays Percepierre.

Le Doubs, le Seyon et un ruisseau qui se perd dans la vallée des Ponts, contiennent des écrevisses. On en distingue deux variétés,

La pêche du lac est entièrement libre»

Celle de l'Areuse et de plusieurs parties du Doubs appartient au Roi, qui en a concédé , l'usage dans certains quai tiers et qui Ta affermée en d'autres.

On ne connoit rien «Je particulier à la Principauté, en fait d'atnpbybies , d'insectesi et de vers; les espèces décrites comme appartenant à la Suisse occidentale s'y rencontrent.

La situation du pays de Neuchâtel , occupant les vallées, entre trois des plus hautes cimes du Jura, et dont la pente méridionale couverte de. vignes dans sa partie inférieure s'étend jusqu'au lac, offre une variété de sites et de climats extrêmement favo- • rables à la botanique; aussi y trouve-t-on, une quantité de plantes, qui sont rarement

réunies dans un aussi petit espace. Voici quelques-unes des principales qui donneront une idée de la végétation de ce Canton.

Sur les murs même de la ville, on trouve la Valeriana rubra L. *) ; Cheiranthus cheiri L. ou fruticulosus , Smith 2 ); FAn»

tirrhinum majus L. Dans la vallée du Seyon 3 ) PAnemone pulsatilla L. iraraet diatement au-dessus du Pont, où Ton trouve aussi le Tiiia rubra, de Candolle, Tilleul de Corinthe des Jardiniers , dont un assez bel arbre touche immédiatement le Pont; la 4) Lunaria rediviva % le 5) Taxus baccata, et le 6) Calntea ûrborescens.

Dans les bois au-dessus de la ville 7) VAcer Opalns Wildenow , et VAllium paniculatum L. qui se trouve principalement audessus du Pertuis du Soc, de même que le 8) Cyclamen enropœum , qui se retrouve eu

O Violier Jaune. 2) Muflier. 3) Coquclourde.

4) Lunaire vivace. 5) If. 6) Baguenau* dier. 7) Erable à feuilles rondes. &) Pain de Pourceau.

grande abondance au-dessus de la Cure de Cressier, avec le Doronicum Pardalianches*

Le grand Haller avait indique entre les misons du Plan , le 9) Mespilus germanica, qui n'y existe plus, mais qui se trouve sur le chemin du Mail, avec la Spirea fili- , pendula et la Coronilla montana Scopoli et le w ) Mespilus t ornent osa f Wilden. ou eriocarpa Cand.

Au bord du lac près de Colombier , VAlisma ranunadoides , et la Pjrola uniflora au bord de l'Areuse; et au-dessous d'Epagnier fAster salignus, Wild.

Dans les Rochers entre St.-Blaise et Woens on a trouvé la Lavandula vera' } Candolle , très rare; et sur la plus haute cime de ces rochers se trouve en abondance le superbe Lilium bnlbiferum, L. et sur ceux au-dessus du Landeron le 77 ) Cornus mascula , L. sauvage:

Au Creux du Van , f^uleriana angusti-

9) .Néflier épineux. 10) Néflier k fruits cotonneux. 11) Cornouiller.

folia et VAnlhyllis montana, L.; le Chei- 1 ranthus ochroleucus , Haller ; rjErysimum hieracifolium et PAntirrkynum alpinum et Bartsia alpina ; Tozzia alpina ; Ran^nculus a/pestris 12 ) et mont anus; Anémone • alpina et Narcissi-flora ; Rhododendron Jerrugineum L. ; Mespilus chamœmespilus ; Androsace lactea , L. ; Buplevmm longifolium et ranunculoides , L, ; Astrantia major ; Ultr amant ha cretensis ; Ange- £fca sylvestris, Candolle ; Hieracium villosum et pyrenaicum, L. , fleotuosiim, Wiïd.

prenanthoides Villars etc. Dans les près aux environs de Boveresse le Cnicus antarcticus, Wildenow. Au-dessus de Noiraigue Clberis amara , L. et la Coronilla mi ni ma etc.

Le Chasscron au-dessus de Buttes offre de particulier, PArenaria grandiflora , L.

Hypericum Ri chéri, Wildenow. Dianthus cœsius* Smith.

• n) Rose des Alpes ou Rosage.

Sur la route de la Chaux-de-Fonds, près de Boluods 13 ) PHeracleum alpinum % L.

On a trouvé aussi au Val-de-Ruz une variété du grand plantain, connue aux anciens Botanistes et dont Dalechamp a donné une bonne figure ; elle paroit absolument inconnue aux modernes. On pourroit l'appeler Pyramidata.

Le Chasserai a sur le revers la superbe Pedicularis foliosa et VErigeron aipinum^ qui se retrouve aussi ati creux du Van. \

.Aux Planchettes, sur les bords du Doubs, le Daphne afpina , qu'on retrouve aussi au-dessus de Fleurier, et le 7 *) Cheiranthits inodorus , L.

Au-dessous des Brenets la Frhillarja Meleagris, L.

Dans le vallon de la Chaux et de la Brévine la Saxifraga hirculus L. y CArenaria

13) Berce des Alpes.

14) Julienne sauvage.

15) La Tulipe dé Coudeba ou Frilîllaire.

nliginosa Candolle 7 0) 7 et le Polemonium

cecruleum , L.

Dans la Mairie des Verrières au pré Rollier : Centaurea nigra et Aethusa Meum ; Pedicularis sylvatica ; Uvularia ample&ifolia ; Sonchus alpinus , L. et les Cnicus salisburgensis et rivularis , Wildenow; qui ne sont qu'une seule et même espèce. Le Cirsium tricephalodes flor. franc, et qui se trouvent aussi dans tout le vallon de la Chaux. Hjpochœris maculata^ L. et sur l'extrême frontière le Genista prostrata y la Marck.

Les marais des Ponts sont couverts de

Betula nana L. plante propre à la Lappon\e , de même que du Carex Chordorhi'za et d€ trois espèces de Pins , qui ne sont peut- être que des variétés du sylvestris ; ce sont les Pinus Mugho et pumilio, W*ld.

uncinata, Candolle.

On passe sous silence les Orchidées et les Graminées qui sont en grande abondance dans

16) Valériane Grecque.

ce Canton; les premières ont été décrites par Haller et les secondes par Mr. Gaudin , où on trouve leurs localités. On omet de même Tes Cryptogames extrêmement nombreuses dans ce pays ; mais on ne peut s'empêcher de parler de quelques fougères fort rares ailleurs. Ce «ont 1 ?) VAdianthum Capillus f^encris sur les rochers au bord du lac près St. Âubin; FAspidium Halleri, Wild. Dans les rochers au-dessus du Pertui du Soc: VAsplenium adianthum nigriim, L. que Haller hésitoit à mettre au nombre des plantes Suisses , dans les bois au-dessous de Chaumont, et VAcrostichum septentrionale , L. dans les fissures des blocs de granit, au même endroit.

M. le Capitaine J. Fr. de Chaillet possède l'herbier le plus complet des plantes du pays,

Considéré sous des rapports géologiques* Neufchâtel appartient .presqu'en entier à l?i formation du Jura , distinguée par la cou* leur claiie de ses couches toutes calcaires.

17; Capillaire de Montpel ier.

La planche i. dessinée d'après une hypothèse de M. Léopold de Buch , fait voir comment cette formation se co-ordonne aux:

formations anciennes des Alpes, puisqu'elle est superposée à la formation secondaire des pierres calcaires d'un gris beaucoup plus foncé et qui ne se rencontrent nulle-part dans le Jura , tandis que la molasse , où grès tendre y qui fait la base des plaines , des collines et des vallées inférieures dans les Cantons de Berne, de Frybourg et de Vaud , se montre à peine dans la Principauté de Neuchâtel et seulement a Boudry, St. Biaise et autres lieux voisins du lac.

Les profondes coupures appelées Pertuis^

qui sont ordinairement perpendiculaires à la. direction des vallées, ces vallces-ellesmémes et leurs escarpemens , ont permis d'étudier avec quelque succès la suite des couches dont se compose le Jura. Malgié le bouleversement , qu'elles ont subi , on reconsoit, dans leur formation, un ordre et une succession soumises, à des règles constantes*

D igitiz ed, tjyXoQttg-ks

C'est surtout dans la profonde gorge , où coule le Seyon , et sur le penchant de laquelle on a tracé le chemin , qui conduit de Neuchatel à Vallangin, qu'on a pû faire de nombreuses observations. On découvre facilement dans ce lieu les couches de la montagne de Chauraont, qui ont une double inclinaison; l'une, semi - circulaire , partant du sommet de la montagne et descendant sur ses deux flancs, ainsi qu'on le voit planche a. ; l'autre qui les élevée en pente assez uniforme du côté du Nord'Est. Ces inclinaisons, la dernière surtout, permet au géologue d'observer dans un lîeu plus élevé une couche , qui plus bas se perd en s'enfonçant. D'après une foule d'observations faites pendant plusieurs années Mr. L. de Buch conjecturoit , que les montagnes du Jura sont formées d'environ <)fio couches , plus ou moins calcaires, différant entr'elles, par la couleur, la densité, la cassure, la compacité ou l'adhérence, et qui prises ensemble ont une épaisseur de 290Q à 3000 pieds.

Ces 960 couches peuvent être divisées en quatre séries. La première, la plus récente et la plus élevée, comprend 63 couches , dont la plupart sont oolityques, c'est-à-dire composées de grains ordinairement gros comme du millet. Deux de ces couches la 30e. et la 63e. sont d'une marne bleuâtre : elles sont fort épaisses , les agriculteurs du vignoble et des vallées les exploitent dans un grand nombre de lieux. La seconde série comprend environ 486 couches de la 64e. à la 55oe. Ces couches sont d'une pierre beaucoup plus compacte que les précédentes. Les 410 couches de la 3e. série sont de nouveau oolytiques, les 60 dernières sont d'une marne plus dure et plus noirâtre que celle des couches supérieures. La plus inférieure

de ces 60 couches et la dernière visible est au pied de la Clusette, entre Brot et Noi-

raigue. C'est un mélange ^ d'oolytes , de

lames de spath calcaire , de bivalves et de

filets pyriteux liés par un ciment marneux

•et silicieux. Cette couche seroit la 860c.

du' système. Enfin la 4e. série, qui ne paroit nulle part à découvert dans le Pays de Neuchâtel, se compose d'un? centaine de couches et atteint les gyps, où se trouvent les sources salifères de Salins et de Lons~ le -Saunier.

A la première de ces séries appartient la mine de fer en grains au Vausseyon , à demi lieue à l'Ouest de la ville de Neuchâtel , et les deux couches si précieuses de marne. A la seconde 6 couches renfermant plus ou moins de strorabites , dont les uns sont solides, les autres perforés par la décomposition du coquillage : plusieurs de ces couches de strombites paroissent au point le plus élevé de la route de Vallangin. Une autre couche, en descendant la même route du côté de Vallangin, renferme des pièces quarrées d'une pierre calcaire noire, dont la formation est plus ancienne que celle du Jura; ces cubes sont renfermés dans une pierre calcaire , d'une pâte gris-jaunâtre un peu foncée. Les trois

séries renferment d'ailleurs une grande quantité de pétrifications comme turbioites, ammonites, coraux, madrépores, oursins, et on les trouve surtout dans les marnes , au Châtelot et à la Cornée près de la Brcviue.

Entre Travers et Couvet au-dessus du bois de Croix, on a découvert, H y à près d'un siècle, un roche nommée dans le pays Asphalte: c'est une pierre oolitîque imprégnée d'un bitume que Ton extrait par la distillation. On employé ce bitume nommé huile d % asphalte à plusieurs usages et principalement pour en fabriquer des graisses de char.

Une raine de charbon de pierres qui paroit dans le village du Locle , n'a jusqu'ici pùr cire exploitée avec succès , soit parceque les couches n'ont pas assez d'épaisseur, soit parce qu'on n'a pas sû se débarasser des eaux. Dans le vallon de la Brévine , on trouve du gyps en rognons isolés , et à Boudry du gyps en filets fibreux dans la marne que renferme la molasse ou grès tendre des environs: cette molasse est une

formation postérieure à celle du Jura. Au pied de la Clusette et dans le champ du Moulin, on voit des pyrites aurifères, d'où est sorti l'or, que Ton a tiré du sable de l'Âreuse; on y voit encore des beaux spaths rayonnans, des pierres de corne etc.

La face méridionale du Jura est couverte d'une infinité de pierres roulées alpines :

on e,n a compté 60 espèces , toutes de la même nature que les roches des montagues du Vallais. Parmi ces pierres roulées , on remarque des blocs de granit à angles émoussés et arrondis, superposés au sol et dont quelques uns sont d'une grosseur prodigieuse. Le plus considérable est dans la foret de Pierrabot, à demi lieu au Nord de Neuchâtel , à 800 pieds au-dessus du lac; il a plus de 50 pieds de long , 40 pieds de haut et 20 pieds d'épaisseur. Ces blocs forment sur le Jura une ligne qui, à Chasseron , montagne au-dessus d'Yverdon, et placée précisémenc dans là direction des débouchés du Vallais , est à 1900 pieds au-dessus du lac. De ce

point le plus élevé, la ligne formée par les blocs descend à l'Orient et à l'Occident, elle se trouve dans la plaine à Nion et Genève, et de l'autre côté à Bienne. La posi* sion de ces grands blocs a donné lieu à l'hypothèse, qu'au moment, où les dents de Morcle et du Midi , à l'entrée du Vallais , se sont séparées et ont donné issue aux eaux , qui dévoient remplir les vallées supérieures, ces eaux par leur débâcle ont amené dans un même moment tous ces débris, et les ont déposé sur les pentes du Jura. On trouve des pierres alpines roulées , aux bords du lac dans les environs de Corcelles , d'Haute rive , de Rochefort, au-dessus de Serrières.

Les montagnes du Jura offrent plusieurs grottes remarquables , entr'autres celles de Motiers et le Temple des fées, près de la Côte aux fées; deux glacières naturelles, Tune à la Ronde noire, au-dessus de Motiers, Pautre à Monlezy au-dessus de Boveresse:

un assez grand nombre de sources d'eaux minérales férugineuses et hépatiques; les

plus avantageusement connues et les plus fréquentées sont aux villages de la Brévine et des Ponts; quelques autres moins fortes se trouvent à Motiers, à la Jonchère, dans la vallée des Ponts.

La planche 3 représente deux coupes transversales du Jura depuis le lac au Doubs, elles donnent l'élévation exacte des cimes et des diverses vallées de cette chaîne de

montagnes.

En terminant cette notice,, nous devons faire mention du cabinet d'histoire naturelle , donné à la ville de Neucbâtel , par le Général Ch. Daniel de Meuron : il renferme une belle suite de coquillages des mers des Indes. On y a joint une collection des roches calcaires et des pierres roulées, qui se rencontrent sur le Jura , accompagnée d'un catalogue raisonné rédigé par Mr. Leopold de Bucb,

Agriculture.

Les rochfcs calcaires du Jura sont gènepaiement couvertes d'une couche de terre, aussi calcaire, plus ou moins mélangée de débris de la montagne efr de cailloux roulés de formation primitive. Sur les pentes, l'épaisseur de cette couche, varie de 3 pouces à 5 pieds: elle est plus considérable dans le fond des vallées. Ce sol peu profond et calcaire est facilement pénétré par la chaleur, la végétation s'y établit avec rapidité, mais elle ne s'y soutient pas longtems , pareeque la nature de la terre n'est pas propre à conserver l'eau ni les engrais.

Deux petites parties de la Principauté, la Cbâtelainie de Thielle , et le territoire de Boudry , Bevaix et Cortaillod, dont les plaines reposent sur la formation des grès ont quelques terres fortes et argileuses»

La situation en amphithéâtre de la Principauté depuis le lac, élevé de 1312 pieds de France, au-dessus de la mer, jusqu'à , la cime des montagnes de 3600 pieds audessus du lac , donne lieu à trois climats et à trois genres bien distincts de culture.

La vigne, dans tous les terreins en pente aux bords du lac et jusqu'à une élévation de 500 pieds. 20. Les champs dans les plaines et les terres argileuses des bords du lac, dans les grandes vallées du Val-de-Ruz et du Val-de-Travers , dans la Mairie de Lignières et la partie inférieure de celle de Rochefort , jusqu'à 1400 pieds au-dessus du lac, 3°. Les paturâges et prairies dans les vallons supérieurs et jusqu'aux cimes du Jura. Avant de nous occuper de ces trois principaux genres de culture , il est nécessaire de donner une idée de la divi-* sion générale des terres.

Par des calculs exacts , la surface de la Principauté est d'environ 256,000 poses. Des indications fournies par les Communautés r

\ avec le désir de diminuer plutôt que d'exagérer la quantité des terres de leurs districts, donnent les résultats suivans.

Vignes 56,728 ouvriers 4,591 poses.

Champs ....

Près

Près Enclos .

Terres en friche

. %zu -

Marais . , . . .

Le déficit peut être attribué à l'inexactitude de plusieurs indications , à l'omission de rochers et lieux escarpés, dont les contenances ne sont point déterminées, aux sols des villes et villages, des grandes routes, lits de rivières etc. -

Pour apprécier la masse d'engrais dont l'agriculture peut diposer on rapporte ici la somme de bestiaux existant dans la Principauté; il consistent

MS

somme des bestiaux exïstans dans la Principauté; ils consistent

En taureaux *5S

- boeufs I î868

- vaches *M5<>

- élèves » 3 »34 t

- veaux 727

Pièces de bétail à cornes * 16,22 c

Chevaux, mulets, poulains . . . 2,087

Anes 61

Moutons 7i967

Chèvres, boucs et chevreaux • ♦ 2,052

Porcs

La vigne est cultivée dan3 les districts des villes et communautés du Landeron, de Combes, Cressier, Cornaux , Vavre , Epaguier, St. -Biaise, Hauterive, la Coudre, Neucbâtel, Peseux, Corcelles, Cormondrèche, Auvernier, Colombier, Areuse, Bole, Bou-

dry, Cortaillod, Bèvaix, St.- Aubin , Gorgier, Sauges, Montalchez*et Waumarcus.

Le peu de profondeur et la sécheresse du sol ont nécessité la culture de la vîgne basse; la bifurcation des ceps n'est pas élevée 4 plus de g à 10 pouces au-dessus du terrain.

On cultive la vigne à-peu-près comme au Duché de Bourgogne ; on lui donne trois labours , le premier et le plus profond au mois de Mars ou d'Avril , le second en Mai ou Juin, le troisième au mois de Juillet. La taille a lieu pendant les beaux jours de la fin de Janvier , en Février et Mars ; elle consiste a retrancher tous les saimens de Tannée précédente et à laisser à chaque cep selon la force et la richesse du sol , de 5 à 6 flèches ou rameaux latéraux. Chacune de ces flèches porte deux ou trois yeux d'où sortent les nouveaux jets et les fruits de Tannée. Après Pébourgeonnement , ou relia richement de tous les sarmens inutiles, on lie la vigne, en Juin et pendant sa floraison, à un échalns en sapin , long de cinq

pieds et d'un pouce en quarré. Les ligatures sont\ faites avec de la paille de seigle. Deux variétés principales de cépages couvrent nos vignobles; Tune porte un beau fruit jaune ambré, en grosses grappes, c'est le chasselas blanc de France; l'autre porte de petites grappes rondes de raisins noirs serrés, qui paroissent être le pineau de Bourgogne. Les cépages blancs dominent:

tous les vignobles en sols fertiles en sont plantés ; les cépages noirs occupent les terres les plus arides et souvent leurs racines végètent dans des lits de cailloux roulés. On plante la vigne dans de larges fossés profonds de i 7^ à a pieds ; quelquefois, mais jusqu'ici avec peu de succès, à la tavarelle, c'est-à-dire en introduisant dans la terre soigneusement remuée et nivelée, la simple

bouture d'un sarment. On renouvelle les

ceps trop vieux ou ceux qui périssent en provignant le cep voisin, que l'on couche dans un creux d'environ i 1 j 2 pied de profondeur et dont on fait sortir de terre Pex-

ti cm ité de deux ou trois de ses plus vigoureux sarmens. Les ceps reconnus stériles sont changés par la greffe faite en fente sur le tronc coupé à six pouces en terre. Les terres trop légères sont amandées par le mélange de terres marneuses; de terres nouvelles enlevées aux vallons sont transportées sur les pentes pour donner plus de profondeur et de consistance au sol. Un nombre infini de petits murs soutiennent les terres des vignobles et empêchent qu'elles ne soyent emportées par les eaux. Tous les trois à quatre ans on porte à dos d'hommes au haut des vignes les (erres accumulées contre ces murs. La vendange a ordinairement lieu dans la première quinzaine d'Octobre.

Les raisins sont foules à la vigne dans des bacquets ouverts, appelés gerles, puis conduits au pressoir; les blancs sont incontinent pressés , les noirs sont déposés dans de grandes tines où ils acquièrent le degré de fomentation et de couleur requis. Les vins blaucs et rouges sont déposés dans de

grands tonneaux, contenant quatre a cinq milles pots et jusqu'à 15,000 pots et audelà. Au mois de mars suivant on sépare les vins de leur épaisse lie. La légèreté du sol et l'inclinaison du terrain au couchant contribuent beaucoup â la qualité des vins.

Les vins blancs sont légers et agréables, les rouges sont plus violens et plus stomachiques que les blancs , auxquels ils sont préférables. Les quartiers les plus estimés pour la qualité des vins blancs, sont ceux de St.- Blaise, la Coudre et Haute-rive, de Neuchâtel , des terres légères d'Auvernier et de Trois- Rods. Les meilleurs vius rouges croissent dans les petits quartiers des Côtes et des graviers de Cortaillods, à Boudry, Bôle, Neuchâtel , d'Hauterive , la Coudre e{ Cressier. Les vins de première qualité sont mis en bouteilles dans l ,ann « e <I ui suit la vendange ; les blancs se conservent trente ans et plus, et ont l'avantage d'être d'abord potables ; les rouges gardés au-delà de xo à 12 ans. contractent une

légère amertume et prennent une teinte orange.

Les vignes sont divisées en terres fortes, terres moyennes et terres légères. Les premières sont incontestablement les plus productives, leur prix est de L. 500 à L. 1000 l'ouvrier; ces vignes occupent quelques petits quartiers d'Auvernier, de Colombier, de Corcelles, de Cormondièche , de Cressier et du Landeron , leur produit moyen peut être évalué de 4 à 5 gerles. Les vignes moyennes forment la grande moitié du vignoble; leur produit préférable pour la qualité à celui des terres fortes, peut être évalué de 1 à 5 gerles» Le prix de ces vignes est de L. 250 à L. 400 l'ouvrier. Les vignes en terres légères occupent les parties les plus élevées du vignoble et quelques collines sablonneuses, ou dépourvues de bonne terre:

le meilleur vin rouge croit dans les vignes de cette classe, dont le produit ne suffit souvent pas à couvrir les fraix de culture. On compte que ces vignes rapportent une mo-

yenne de f / 2 à i gerle ; leur prix est de Lr. 50 à L. 150.

Le prix moyen des vins, calculé sur une série d'années ordinaires est d'environ 3 batzea le pot. Le vin rouge est de quelques kreutzers plus cher; lorsqu'en certaines années il acquiert une qualité supérieure, il est fort recherché et son prix en est encore augmenté. En supposant le produit moyen du vignoble • 73*45° gerles, faisant environ 3,938,000 pots , la consommation du pays estimée à 1,145,000, parce que les montagnes et le Val-de-Travers boivent des vins de Franche- Comté, il reste pour l'exportation i,793,ooo pots. Cet excédent de vin est vendu dans les Cantons de Berne , de Frybourg , de Soleure , de Lucerue et d'Argovie.

Les frais de culture sont considérables pour les vignes en terres fortes et pour les meilleures des vignes moyennes; le vigneron perçoit une portion du produit qui s'élève du quart aux deux cinquièmes. Pour les vignes moins productives il reçoit un salaire

en argent. On peut évaluer la culture complette d'un* ouvrier de vigne y compris les fournitures en échalas , paille, engrais, téparations de murs etc. à un taux moyen de L* 13.

Les vigners payent au Souverain des redevances annuelles, cens fonciers, qui sont peu considérables. Plusieurs quartiers sont affranchis de la dixme , d'autres la doivent k des taux différens, de fa jusqu'à fy? du produit. La dixme est acquittée en nature à Pépoque de la vendauge. Le Roi possède un grand nombre de vignes et en remet la culture à des vignerons qui, pour leurs peines, retirent la moitié ou le tiers du produit. Ces vignes portent le nom de tierces ou moicresses. LVpoque de la vendange est détermiuée par l'autorité judiciaire ou municipale. Au mois de Décembre de chaque année, le Conseil-d'état, de concert avec les quatre Maîtres bourgeois et le Lieutenant de la ville de Ncuohâtel, fixe le prix du vin de Tannée; cette fixation est appelée

vente ; elle sert de règle pour les marché* entre les particuliers et le payement de la portion allouée aux vignerons pour les frais de culture.

Les fruits de toute espèce mûrissent dans le vignoMe. L'amandier et le figuier y croissent en pleine terre. Les noyers y sont abondans. Un petit nombre de grands châ— taigners , existans même à l'élévation de 500 pieds an-dessus du lac, attestent que l'espèce réussiroit dans tous les lieux où le sol luf est propre. Toutes les prunes parviennent à un haut degré de maturité et acquièrent une qualité supérieure aux fruits de cette espèce cultivés dans le reste de la Suisse. Les raisins et les beaux fruits conservés pendant tout l'hiver, font le luxe des propiié- • taires et des gens riches.

Avant l'abolition du droit qu'avoîent toutes les communautés de faire paître leurs bestiaux sur les terres qui n'étoient pas à us de Clods^ c'est-à-dire closes et rachetées de ee droit, les champs de chaque district

étoieut divises en trois parties égales, appelées fins , ou pies. L'une étoit ensemencée en froment d'automne pur, ou mélangé de seigle, la seconde en orge et avoine ou froment de pâques, la troisième n'étoit point cultivée et servoit de pâturage au troupeau de la commdnautc.

Depuis long-tems la culture des herbes artificielles et d'autres considérations faioient désirer à tous les grands propriétaires l'entière jouissance de leurs champs et .l'abolition du parcours du bétail. Cette mesure décrétée en 1807 a donné une nouvelle direction à l'agi iculture, et l'expérience apprendra si ce changement a procuré des avantages aussi réels et aussi durables que ceux qu'on en espéroit. Depuis l'abolition des jachères et la suppression du droit de pâturage, chaque propriétaire a adopté l'assolement qui lui paroiwoit le plus approprié à la nature et à la qualité de ses terres et surtout à ses besoins. On observe que la

cultuxe des herbes et des pommes de terre a

considérablement augmenté et que la culture des grains a diminué. Plusieurs raisons déterminent en effet les agriculteurs à abandonner la culture des céréales, x. Les grains doivent la dixme , les herbes et les pommes de terre sont affranchies de toute redevance. 2. Dans le vignoble et le Valci e-Ruz, il y a un avantage pécuniaire à vendre ses engrais aux propriétaires de vignes , plutôt que de les appliquer à l'engrais des champs. 3. On vend avec facilité et profit lps fourages et le lait.

Le fourage artificiel cultivé sur les pentes du vignoble est l'esparcette. Daus cette culture on supplée à la trop grande aridité du sol par la marne, dont on répand 50 voitures par pose de terrain. L'esparcette reste en valeur dix à douze ans; après ce terme son produit diminue. Alors on laboure de nouveau le champ. La luzerue est également cultivée dans les terres profondes du vignoble; le trèfle fait ordinairement partie de l'assolement adopté par des

agriculteurs entendus, qui cherchent a faire constamment succéder à une récolte en céréale une récolte sarclée ou une de trèfle. Les luzernes et les trèfles sont devenus indispensables pour nourrir a l'étable les bestiaux maintenant exclus du pâturage.

Le produit d'un champ cultivé en grains est de 3 à 7. Les meilleurs champs, tels que ceux de Cressier et de Peseux, produisent ordinairement deux récoltes , une première en céréales , une seconde en raves ou autres légumes. Le teins de la moisson est trop reculé au Val de Ruz et au Val-de-Travers pour qu'on y jouisse de cet avantage. Le prix le plus rlevé d'une pose de champ est de L. 7 à 800, le plus bas de L. 100 à L. 150, le prix moyen de L. 250 à L. a6o.

Les pommes de terre, les raves, les carottes, le chanvre, le colza, la navette, les pois, les le milles les poisettes sont cultivées en grande culture. On calcule que la totalité du produit des champs cultivés en froment, seigle, orge et avoine suffit seules

ment à la consommation des ^5 des habitans de la Principauté.

Les grandes vallées de la Sagne et des Ponts, de la Chaux-de-Fonds , du Locle, de la Chaux du-Milieu et Brévine et leurs montagnes , ainsi que les dîsirics des Bayards, Verrières et Côte-aux-Fées, forment la région des pâturages. Dans ces régions froides et élevées les propriétés rurales sont ordinairement composées d'une maison basse et couverte en bois, placée au centre d'un enclos qui fournit les herbes nécessaires à la nourriture des bestiaux pendant l'hiver.

Cet enclos est attenant à un pâturage couvert de sapins épars. L'enclos seul est cultivé; on fume et laboure les parties dont l'herbe a besoin d'être renouvelée, on les sème des que les neiges sont retirées, c'està-diie en Avril ou Mai , en orge et en avoine, ou en un mélange de ces grains appelé orgée. Les grlées qui souvent surviennent dès le mois de Septembre, annéantissent fréquemment la récolte, ou en altèrent

sensiblement la qualité. La culture dés pommes de terre s'est considérablement étendue dans les montagnes; celle du lin y est plus ancienne. La lin donne un fil de bonne qualité et assez fin pour être employé a la fabrication des dentelles, Les hautes montagnes où toute culture est impossible, sont divisées en petits pâturages où Ton engraisse du bétail , ou en grandes fermes suffisantes à nourrir pendant l'été 40 à 60 vaches dont le lait est chaque jour converti en un ou deux fromages. Trois ou quatres fermes nourrissant chacune 10 vaches , réunissent leurs laits et n'ont qu'une fabrication commune.

Ce genre d'association «'est même étendu à plusieurs villages des vallées inférieures, où tout l'excédent du lait, est porté dans un local disposé pour la fabrication des fromages. Les fromages des montagnes et des villages de Neuchâtel sont confondus dans le commerce avec les fromages de Gruyères; ils ont la même forme et sont du poids de 40 à 50 livres. On ne peut ap-

précier la quantité de fromages exportés de la Principauté, sans courir le risque de tomber dans de grandes erreurs, parce que les Verrières e6 d'autres centres de ce commerce attirent beaucoup de fromages sortant des fermes de la partie du Jura qui dépend du Canton de Vaud ou de la France. Le prix commun des fromages gras, faits avec le lait non-écrémé, vendu* en bloc sur les montagues, est L. 30 à L. 35 le quintal.

Le rapport net d'une ferme de montagne est d'environ L. 67 s. 4 pour chaque vache quî peut y être entretenue l'hiver et Tété. Une ferme réduite en simple pâturage deté, nommé estivage, rapporte L. 16 s. 16 par chaque vache qui peut y pâturer, depuis la mi-Mai an 9 Octobre.

La tace du bétail à cornes s'est singulièrement améliorée depuis 50 à 40 ans; elle est maintenant aussi .belle que celle des Cantous de Frybourg et de Berne; la couleur la plus ordinaire est rouge et blanc , ou noir et blanc. De nombreux essais fait*

pour l'introduction de la race des moutons mérinos ont échoué; les agriculteurs donnent hautement la préférence à la race de petits moutons indigènes, dont la laine est douce et beaucoup plus forte. On élève dans les montagnes des chevaux de trait d'une espèce lourde et vigoureuse; on les vend en France où ils sont recherchés pour le service de l'artillerie.

On compte dans la Principauté 3838 ruches d'abeilles.

Immédiatement au-dessus des vignes, la pente du Jura est couverte de forets de chêne; quelques vieux châtaigners qui existent encore, rendent vraisemblable la tradition que cette espèce d'arbres étoii ancieiKiement beaucoup plus commune. Dans la même région sont encore dos forets de pins.

A l'élévation dè 900 à 1000 pieds, corn- * mencent les forées de sapins , pesses et hêtres, qui couvrent toutes les pentes noncultivées des montagne*. Sur les 44,000 poses de forêts, plus de la moitié appariien-

nent au Hoi, aux villes et communautés de l'état. L'expérience a fait connohre le danger de dégarnir par des coupes totales , les flancs de montagues aussi escarpées et aussi dépourvues de terre que le Juia. On se borne maintenant à couper ci et là les arbres qui sont parvenus à leur plus grande valeur. Les sapins et les pesses fournissent des planches dont on permet l'exportation pour les Cantons voisins , en échange des bois de chênes dont le pays de Neuchâtel fait une grande consommation pour les futailles. La toise de bois de sapin rendue dans la ville de Neuchâtel coûte de L. 10 à 13 , celle de bois de hêtre de L. 16 à 20.

Le bois de chauffage est moins cher dans les vallées, il n'a presque plus de valeur dans les hautes montagnes qui sont privées #de communications. Là on met souvent le feu à un sapin de plusieurs pieds de diamètre, pour en débarasser un pâturage.

Industrie et Commerce.

L'industrie de la Principauté se compose de trois branches principales, les dentelles, les toiles peintes et l'horlogerie.

Déjà au commencement du XVIII. siècle, on faisoit dans le Val-de-Travers des dentelles grossières que des colporteurs alloient vendre à Lyon. On ignore l'origine de cette petite industrie, mais on voit que son ac~ croissement avoit été rapide, puisqu'en 1742, 2800 individus en étoiein occupés. Dès-lors elle a plus que doublé: au Val-de-Travers, Verrières, Brcvioe, Travers , les femmes, les enfans depuis l'âge de 4 à 5 ans, même quelques hommes, travaillent des dentelles.

Quoique le travail ait été successivement perfectionné, il n'a pas encore atteint, au moins pour certains ouvrages, le degré de

correction et de beauté qui distingue les dentelles de Flandres; mais il égale celai des dentelles de Normandie. Les ouvrières en dentelles achètent le fil chez les fabricans, elles en reçoivent des dessins ou piquées ,

qu'elles exécutent; elles rapportent l'ouvrage exécuté qui leur est immédiatement payé.

On fabrique des dentelles du prix d'un batz jusqu'à celui de L. 67 s.. 4 l'aune. Depuis que le luxe a introduit les voiles en dentelles , on en a confectionné d'un prix encore plus élevé. La fluctuation rapide de la mode a engagé les fabricans de dentelles à salarier d'habiles dessinateurs, ils saisissent le goût du jour, ils s'y conforment avec célérité; malheur à celui qui arrive un instant trop lard, la mcde .a changé, le fruit de son industrie est jeté au rebut. Les dentelles de Neuchâtel passent des mains des fabricans dans celles des négocians voyageurs; elles sont transportées à Beaucaire et dans les ports de la Méditerranée. On les voit en Espagne décorer les amels , au Mexique,

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dans les Antilles , en France et en Italie servir sous toutes les formes à la parure des femmes. Comme ces deutelles sont d'un prix fort inférieur à celui des dentelles de Flandres, on les préfère pour un grand nombre d'usages. On en exporte annuellement de la Principauté pour une valeur d'environ L. 1,500,000. Sur cette somme les ouvrières ont un salaire d'environ L. 800,000 , qui produit pour la moyenne du prix d'une jouiuée de travail la modique rétribution de 8 sols envirou. Il y a 15 à 20 ans que les ouvrières gagnoient le double et le triple. La plus grande partie du fil employé à la fabrication est tiré de Flandres, on le préfère à rai, on de sa blancheur ; le fil du pays, surtout celui qu'on tire du liu tullivé darxs les hautes vallées, est plus fort; mais soit que Ton n'entende pas tien le rouissage, soit que le climat s'y oppose, son blanchiment n'acquiert pas le même degré de perfection. Ou évalue à L. 150,000 la valeur dû fil importé. Les villages de Couvet et

de Fleurier sont le centre de la fabrication

et du commerce des dentelles.

En 1735, un ancien d'église nommé Labran , du village de Chezard au Val de Ruz, eut Tidée de barbouiller en bleu de» toiles

de coton, en imitant les dessins des fabriques allemandes où il avoit travaillé. Le maître-bourgeois Jacques de Luze de Neuchâtei entrevoyant les avantages de cette industrie engagea La bran à quitter le Valde-Ruz et à s'établir au Bied, propriété située au bord du lac à un quart de lieue de Colombier, Cet établissement prit peuà-peu de la consistance et il devint une véritable manufacture lorsque les frères Claude et Jean-Jacques du Pasquier en. prirent la direction en 1742. Les succès de la fabrir^ que de toiles peintes du Bied, donnèrent naissance à plusieurs établissemens du même genre qui furent formés à Couvet, à St.- Biaise, à Marin, à la Borcarderie , au Petit- Cortaillod, à Grand-Champ et aux Isles près Boudry. En 1752, Claude du Pasquier

quitta le Bied; cet homme distingué par la grandeur de ses vues et par sa loyauté, bâtU près du lac à l'embouchure d'un bras do l'Areuse , la fabrique neuve de Cortaillod:

établissement si bien combiné qu'on a pu lui donner toute l'extension possible, sans altérer le plan primitif du fondateur.

Les manufactures actuellement en activité sont les suivantes, t. La fabrique neuve de Cortaillod, une des plus belles et des meillcures manufactures de la Suisse. 2. La fabrique de Marin. 5. La fabrique de Boudry.

4' La fabiique des Isles réunie à celle du Bied. 5. La fabrique de Grand -Champ.

6. Celle de la Borcarderie. Dans ces manufactures on fabrique toutes les espèces de toiles peintes; on a successivement adopté les différentes machines inventées par les Anglais pour faciliter et accélérer le travail. On s'applique essentiellement aux ouvrages les plus beaux et les plus fins, et de préférence à ceux où des couleurs au pinceau, sont ajoutées aux dessins imprimes par la

gravure des cilindres ou des planches en cuivre.

Les toiles peintes de la Principauté sont exportées en Allemagne, en Suisse, en Italie, dans l'Archipel et le Levant; le nombre des pièces fabriquées annuellement s'élève à 130,000., de 16 aunes environ la pièce.

Les 1800 ouvriers en toiles peintes, habitent les villages voisins des fabriques où ils se rendent chaque matin. Il est difficile de fixer le taux moyen de leur gain journalier , car il y a une différence immense entre le traitement qu'on accorde à un dessinateur habile et la petite rétribution dont jouit l'enfant employé comme manoeuvre.

On ne croit cependant pas que cette moyenne excède 6 à 7 batzen par jour.

Dans toute la ligne du Jura les hautes vallées sont couvertes de forêts et de pâturages; une foible population bravant la rigueur des longs hivers, arrache péniblement à un sol aride des chélifs produits d'orge ou d'avoine. Le Locle et la Chaux-de-Fonds

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ont eu long-tems le même sort. Quelques centaines de familles de pâtres et de laboureurs , habitoient jadis cette contrée froide et sauvage. Aujourd'hui 12,000 habûans entassés sur deux à trois lieues quarrées de pays offrent par-tout Paspect de l'activité, du travail et d'une aisance générale, souvent, au reste , plus apparente que réelle. En moins d'un demi-siècle , l'extension qu'a prise la fabrication de l'horlogerie , a opéré ce changement étonnant. En 1679, on n'avoit pas encore vu de montre dans ces montagnes, lorsqu'un marchand de chevaux, nommé Péter, en rapporta une à la Sagne. Cette montre, faite à Londres, s'étant dérangée, Péter la confia à Daniel-Jean Richard ne à la Sagne en iGf>5, dont l'adresse et l'intelligence lui étoient connues. Ce jeune homme, aptes avoir réparé la montre et l'avoir examinée dans le plus grand détail, entreprit d'en faire uuc pareille. Il commença par fabriquer tous les outils dont il prévoyoir.

avoir besoin et après un travail opiniâtre,

qui dura plus de six mois, il réussit à terminer une montre dont le mouvement, le ressort, la boîte, la gravure, la dorure, tout etoit de sa main.

Cette montre acquit à Richard une grande célébrité. On se hâta de lui en commander d'autres qu'il fit avec l'aide de ses frères auxquels il enseigna diverses branches de l'horlogerie et surtout la partie des boîtes. Les idées de Richard dirigées sur un seul et unique objet, ne lui laissèrent pas long-tems ignorer qu'à Genève il existoit une machine à fendre les roues: il se rendit dans cette ville, mais il ne put parvenir à voir cet instrumenr. Cependant à force d'examiner les roues taillées il soupçonna le mécanisme employé et fabriqua, après nombre d'essais, une machine au moyen de laquelle il divisa avec autant de célérité que d'exactitude les roues de ses montres. Daniel Jean Richard quitta la Sagne et s'établit au Locle au commencement du siècle passé ; il continua

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à exercer son état jusqu'en 1741, date de sa mort. A cette époque ses quatre fils, les nommés Favre et Prince au Locle, et Jacob Brandt, dit Grierin , de la Cbaux-de- Fonds, tous ses apprentifs, étoient les seuls horlogers du pays. Us achetoient les res- 1 sorts et les cadrans de quelques colporteurs Genevois ; ils faisoient par an a à 300 montres simples, ayant une^seule aiguille pour les heures, et ils vendoient dans les couvens de Bourgogne «t de Franche-Comté, celles qui ne leur avaient pas été expressément commandées.

Ce ne fut qu'en 1750 que la fabrication prit de la consistance et un accroissement sensible. Abram Robert inventa le compas aux engrenages. Daniel Perrelet l'outil a planter perpendiculairement. D'autres découvrirent des machines qui facilitoient et accéléroient le travail. En 1752 une fabrique de ressorts existoit au Locle ; Mr. Benoît, en avoit établi uue de cadrans en émail au village des Ponts. Des ouvriers se vouèrent

insensiblement à chaque branche particulière de la fabrication.

Jusqu'alors on s'étoit borné à faire des montres simples. Un taillandier de la Chauxde-Fonds, nommé Oucommun dit Boudry, eut Tidée de faire une pendule à poids. Cet essai ayant réussi une foule de têtes et de mains habiles se livrèrent à ce nouveau genre d'industrie; de perfectionneraens en perfectionnemens on en vint aux machines les plus compliquées; l'Europe a vu les ingénieux ouvrages de Pierre Jacquet Droz de la Chaux-de-Fonds et d'Henri Louis Jacquet Droz son fils ; leurs automates du petit écrivain , du petit dessinateur, et leurs pendules à fonctions très-variées leur ont assuré un rang distingué parmi les mécaniciens modernes. En 1760 on commença 4 faire des montres à répétition, et en 17G3 Ab. Louis Perrelet, fils de l'inventeur de Toutil à planter , découvrit l'échappement à repos.

C'est des montagnes de la Principauté .

que «ont sortis Ferdinand Bmhoud de Cou- Tet, auteur du traité sur les montres; son neveu connu par la perfection de ses pendules marines; Breguet du Locle, le plus célèbre hoiloger de Paris; J. P. Droz de la Chaux-de-Fonds, conservateur de la monnoie des médailles à x Paris , dont les machines ingénieuses ont tout aussi Lien fondé la

réputation que la finesse et la perfection de son burin. Le Locle, la Chaux-de-Fonds et le Val-de-Travers possèdent encore plusieurs artistes distingués , parmi lesquels on peut nommer l'ancien Perrelet inventeur de la montre qui se remonte d'elle-même ; les mécaniciens Jean -Jacques et David -Louis Jeanneret, Frédéric Houriet, qui vient d'obtenir de la société d'émulation patriotique une médaille d'or, pour avoir confectionné la montre la plus parfaite qui soit sortie des mains d'un artiste: exposée à 'des températures différentes et portée, elle n'a pas variée de deux secondes sur vingt -quatre heures.

La fabrication d'horlogerie a le grand avantage moral, de ne nécessiter presqu'aucun rassemblement d'ouvriers. Un grand nombre des familles qui s'en opcupent , vivent dans des maisons isolées; elles soignent les terres et le bétail dont elles sont propriétaires et consacrent à l'horlogerie les nombreux loisirs que leur donnent le genre de leur agriculture et la longueur des hivers.

Le laiton et l'acier sont d'abord convertis, par des machines, en mouvemens qui renferment les rouages et la plupart des pièces dont se compose une montre. Ces mouvemens sont seulement dégrossis, chaque classe d'ouvriers termine à la main une seule espèce des pièces de ce mouvement; une autre classe dore les ouvrages terminés; d'autres ouvriers les gravent. On adapte à

ces mouvemens des cadrans, des chaînes^ des ressorts, des aiguilles, des boîtes, des faux étuis faits par des hommes uniquement occupés de la confection de ces objets. Chaque ouvrier travaille pour une maison de com-

merce, ou vend à chaque marche de la Chaux-de-Fonds son travail de la semaine.

Les négocians en horlogerie font appareil* 1er, régler, Jonner le dernier poli aux montres et soignent leur vente au dehors.

On exporte annuellement des montagnes et du Val-de-Ti avers 130,000 montres dont t/g à boites d'or, le reste à boîtes d'argent ou de siinilor et environ 1000 pendules. Les montres sont de prix tellement variés qu'on en fabrique depuis la valeur de L. 7 jusqu'à celle de L. 600. Il n'est pas sans intérêt de voir chez un négociant des montagnes, un assortiment de montres, et d'entendre au milieu des sapins du Jura disserter sur les goûts des nations. On vous présente des montres en or simples et solides, destinées pour l'Amérique , la Hollande , le -Word de l'Allemagne ; des montres ornées de perles, de clinquans et de peintures en émail pour l'Italie et l'Espagne; de grosses montres en cuivre doré, ou en argent t avec des faux étuis de chagrin et des ca-

drans à chiffres turcs, c'est un envoi destiné pour la Turquie. On connoit aussi bien le goût des Suédois, des Danois et des Russes que les caprices journaliers des modes françaises.

Les montagnes exportent çncore pour une valeur d'environ L. 350,000 par an, de toutes les fournitures et outils nécessaires à la réparation des montres. Ces fournitures sont travaillées en famille, et ub exemple suffira pour faire connoitre l'habileté à laquelle parviennent des hommes constamment occupes d'un même objet. La chaîne de l'intérieur du mouvement d'une montre, est composée d'anneaux percés de deux trous, joints ensemble par une petite broche en fer, rivée des deux côtés. Ces chaînes sont exactement polies; elles ont neuf pouces de longueur, un crochet à chaque extrémité. Elles sont faites par des femmes et des enfans de la Chaux-

du-Milieu , et on paye la douzaine de ces chaînes de L. 1 s. 10 à L. 2. On exporte

près de S&,ooo douzaines de ces chaînes chaque année.

Le moindre gain d'un enfmt travaillant â Thoilogerie est de 4 à 5 sols par jour, d'ha- Liles horlogers gagnent L, 10, L. 12 etplus. On croit pouvoir évaluer lâ moyenne du gain journalier d'un hôrlogcr à L, 1 s. 4.

A l'époque où des guerres dévastatrices ruinoientlc commerce et l'industrie de l'Europe entière, on eut l'idée de suppléer au manque d'ouvrages qu'éprouvoient un grand nomî re d'horlogers, en les occupant de la fabrique d instrumensde mathématiques : cette branche d'industrie tenoit de si près à l'horlogerie qu'elle réussit dès le premier début, au-delà même des espérances qu'on en avoit conçues. On continue à fabriquer à la Cbaux-de-Fonds des instrumens de physique et de mathématiques qui soutiennent la comparaison avec les ouvrages des meilleurs artistes anglois et dont les prix sont fort inférieurs.

La position de Neuchâtel est peu favo-

rable au commerce. Éloigné des communications directes entre l'Allemagne et l'Italie ; séparé de la France par des montagnes et des routes peu fréquentées, son commerce sembloit devoir être restreint à la consommation des habitans du pays. En effet, jusqu'en 1740 on ne vit guères à Neuchâtei que des marchands détailleurs , dont les boutiques étoient pourvues de marchandises achetées à Lyon, à Genève et surtout aux foires de Zurzach. La vente des toiles peintes, des dentelles et de l'horlogerie qui nécessita des voyages au-dehors , acquit nécessairement au commerce des connoissances et de l'extension. Il parvint à son plus haut période lorsque les capitaux .de quelques négocia n s leur permirent de se livrer au commerce étranger. Ils établirent des comptoirs dans les ports de mer les plus fréquentés, dans la plupart des grandes places de commerce de l'Europe, et jusqu'aux Indes orientales. Le résultat aes affaires de chaque comptoir étoit rapporté à un centre corn-

mun établi à Neuchâtel où une entière exemption d'impôts, la pleine liberté des personnes et la sûreté des propriétés étoient garantis mieux qu'en aucun pays du monde. Ce commerce dont ni les capitaux, ni les marchandises -n'appartenoient à la Principauté, a, par ses bénéfices , procuré de grands avantages à plusieurs familles. Dans les maisons qui s'en occupoient se sont formés des négocians habiles qui ont à leur tour fondé de nouveaux établissemens dans l'étranger. L'esprit du commerce en grand s'est répandu et s'est aussi dirigé sur l'achat et la vente des objets nécessaires à la consommation du pays et d'une partie delà Suisse occidentale. L'activiié, l'économie, Tordre et un vrai dévouement à leur patrie, ont jusqu'ici distingué les négocians de la Principauté. Ils ont prospéré et il est juste de dire qu'ils dévoient prospérer. La facilité qu'a toute maison solide d'obtenir des capitaux au 4% l'an, a aussi contribué à leurs succès. La vente audehors des toiles peiutes, de l'horlogerie

et des dentellçs est entre les mains de maisons du premier ordre. Le commerce en gros, de draperie et depicerie compte ega- • lement des négocians habiles et propriétaires de belles fortunes. Les besoins du commerce ont fixé à Neuchâtel des maisons solides de banque et de commission.

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