‹ Essai statistique sur les bibliothèques de Vienne précédé de la statistique de la Bibliothèque impériale comparée aux plus grands établissements de ce genre anciens et modernes et suivi d'un appendiceChapitre 2 sur 61 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Origine de la Bibliothèque.

Parmi les grandes collections publiques délivres actuellement existantes, il y en a bien peu qui puissent se vanter d'une origine plus ancienne et plus iUasU'e, que celle de la Bibliothèque Impériale* qui déco» e la moderne capitale des Césars. Selon Mr. le Conseiller Auliqtte de Mosel, qui vient d'en publier l'histoire, la fondation de ce magnifique établissement remotffe à l'année 1440 , année à jamais mémorable dans les annales du genre humain, étant identique à celle à , laquelle on s'accorde assez généralement à fixer l'invention de l'imprimerie avec des charactères mobiles. C'est à cette époque que l'empereur Frédéric III. (V,) de la maison de Habsbourg, un des princes du mo?e* âge qui honora le plus les lettres et les savans, 15* mettre en ordre 6 es manuscrits et ses livres pour en former une collection systématique. Les savans illustres, qui s'acquittèrent de ce travail, furent Enéas Sylvius Piccolomini, devenu plus tard si célèbre sous le nom de pape Pie II.; et Georges Purbach, mathématicien, astronome et littérateur très -renommé.

Plusieurs faits positifs déposent en faveur de ce que nous venons de dire sur la place distinguée qu? occupe la Bibliothèque Impériale sous Je rapport de

l'antiquité de sa fondation. Nous les empruntons aux ouvrages des abbés Andres et Morelli, à ceux de MM. Wilken j Ehertj Wachler Blume j Jack, Petit -JRadelj Valéry et autres qu'il serait trop long de nommer. Nous les avons rangés en tableau , afin de les rendre plus saillans et d'Une comparaison plus facile. Mais nous devons les faire précéder de quelques observations , pour éviter le reproche d'inexactitude, que quelque personne moins versée dans ces matières pourrait nous adresser.

Nous avons exclu du tableau urte foule de bibliothèques célèbres dans le moyen âge, parce qu'elles «'existent plus , ou bien parce qta'avant été pendant long -temps stationnaires , leur importance disparait à côté des collections immenses qui se sont formées depuis. C'est dans cette classe qu'on doit mettre les Bibliothèques de quelques cathédrales j, et surtout celles de plusieurs monastères* qui dans les siècles d'ignorance notts conservèrent les chefs - d'oeuvres -des Grecs et des Romains , maintinrent constamment allumé dans leurs paisibles retraites le flambeau sacré des sciences et des lettres , et furent pour les deux hémisphères autant de foyers, d'où les lumières se ^répandirent dans toutes les directions.

' 'Plusieurs savans regardent la Bibliothèque Vattc/ine comme la plus ancienne de l'Europe , en faisant 'remonter sa première origine au pape St. Hilaire, qui rassembla quelques manuscrits dans son palais de St. Jean de Lateran en 465. Mais nous suivrons l'opinion plus probable émise par le savant Ebert, qui ne date sa fondation que dès l'année 1417, époque où elle passa. d'Avignon à Rome; c'est même plus tard, sous le pontificat de Nicolas V., digne

précurseur de Léon X. , qu'on doit fixer son organisation, lorsqu' il la fit transporter au Vatican.

C'est avec Mr. Blume que nous reporterons à l'année 1*68 l'origine de la Marciana j au lieu de la faire remonter , comme on le fait communément à l'époque ou Pétrarque, en 1362, fit don de sa bibliothèque à la Republique de Venise.

Plusieurs rois de France, dit Le Prince dans son Histoire de la Bibliothèque Royale de Paris , avant le 14. siècle, ont eu des bibliothèques; mais il parait qu'elles ne subsistaient que pendant la vie de ces princes , qui en disposaient à leur gré en faveur de qui ils jugeaient à propos. Presque toujours dissipées après leur mort , il n'en passait guère à leurs successeurs que les livres, qui avaient été à l'usage de leur chapelle. La Bibliothèque du Louvre, dont le bibliothécaire Mallet, dressa le catalogue en 1373, comptait alors 910 volumes, nombre très-considérable pour ces temps d'ignorance. Pendant les malheurs, dont le royaume fut accablé au commencement du règne de Charles VII. , cette bibliothèque fut entièrement dispersée. Celle, que Louis XI. forma après, éprouva le même sort. C'est à l'année 1527 qu'on s'accorde à faire remonter la fondation de la Bibliothèque Boy aie de Paris* François I. la commença à Fontainebleau, et y réunit par la suite les livres qui formaient les bibliothèques de Blois et du connétable de Bourbon. Mais sa véritable fondation doit être reportée à l'année 1595 , dans la quelle Henry IV. la fit transférer à Paris.

Nous avons cru devoir admettre dans le tableau, malgré le petit nombre de ses volumes , la Bibliothèque Laurentieme > à cause de leur valeur et

de sa grande célébrité. En , effet cette bibliothèque a passé pendant long -temps pour la plus riche de l'Europe , et a été un des foyers illustres dans les annales des lettres. D'ailleurs un savant bibliothécaire, qui l'a visitée récemment, regarde le catalogue de ses précieux manuscrits comme un chef - d'oeuvre de méthode et de critique; et le grand -duc régnant a fait ajouter un pavillon au bâtiment qui la contient pour y déposer la magnifique collection des incunables, que lui a léguée le comte d'Elci. Cette dernière est une de pins remarquables qui existent, sur tout par le choix des exemplaires , par leur parfaite conservation et par la richesse des reliures. Nous apprenons d'un haut personnage , que celle du LiUcahlj publié par le comte d'Elci et que ce seigneur a fait faire à Vienne, n'a pas coûté moins de 1,500 francs.

Le désir de rectifier certaines opinions erronées , généralement adoptées comme des véritées non - contestées , sur le compté de l'ignorance des Turcs et sur leur prétendue intolérance littéraire, malgré les faits positifs publiés par MM. Toderini, Mounutfa D'Ohsson , de Hammer , Jouannin et autres savans orientalistes , nous a engagé à faire figurer dans le tableau la Bibliothèque Impériale j fondée dans l'intérieur du Sérail par Hamed III. et ouverte par ce Sultan avec la plus grande solennité en 1719. Mais nous n'avons pas cru devoir assigner une place dans nôtre tableau à la Bibliothèque de Bude j quoique fondée en 1466 par Mathias Corvînus, parceque, après avoir brillé parmi les plus riches de l'Europe pendant le règne de ce grand prince, elle fut entièrement dispersée après sa mort arrivée en 1490*

TABLEAU CHRONOLOGIQUE

de la fondation de quelques bibliothèques les plus remarquables de l'Europe.

Heidelbebg; la Palatine, en 1890; dispersée et pillée en 1623;

renouvellée en 1652 j restaurée et augmentée en 1816.

Boue; la Vaticana, transportée d'Avignon à Rome en 1417 par Martin V. \ considérablement augmentée et organisée par Nicolas V. en 1447. 4

Batisbowice; de la Ville, en 1480.

Tuaiw; de l'Université, en 1486; elle a été la bibliothèque particulière des ducs et des rois jusqu' en 1729; » c'est seulement depuis 1580, qu'elle devint con-

sidérable.

Vienne ; l'Impériale , en 1440; publique depuis 1575. Florence; la Laureniienne , en 1444; presque dispersée en

1497; restaurée en 1500, et ouverte au public

en 1571.

Cêsene; la Malatestiana '■, en 1452.

Vehise; la Marciana , en 1468.

Oxford; la Bodleyenne , en 1480} publique depuis 1602

Copenhague; de l'Université , en 1483.

Francfort -sur -Meut; de la Ville, en 1484.

Marbodrg; de l'Université , en 1527.'

Strasbourg; en 1581.

Leipzig; de V Université ', en 1544.

Jewa; de P Université, en 1548. ' 1

Dresde; la Royale , en 1556.

Edisbourg; de l'Université , en 1580.

Leyden; de l'Université , en 1586.

Paris; la Royale, ou Nationale , en 1595.

Munich; la Royale ou Centrale, en 1595.

Esccrialj du Couvent, en 1596.

AVolfenbuttel ; lu Ducale , en 1604.

Milaw; VAmbrosiana, en 1609. '

Ltov; en 1609.

Rome; VAngelica , en 1620.

Upsala; de VUniversité , en 1621.

Padoue; de VUniversité, en 1629.

Copenhague; la Royale , en 1648.

Berlin; la Royale, en 1661.

Paris ; la Mazarine , en 1661 ; publique depuis 1688. Gotba; la Ducale» en 1680.

Edimbourg; des Avocats, en 1683, YVeimar; la Granducalc , en 1691.

Madrid; la Royale, en 1712.

Florence ; la Magliabecchiana, en 1714 ; ouv. au public en 1747. Constantinople ; la Bibliothèque Impériale dans l'intérieur

' du Sérail , en 1719.

Bologne; de V Université* ou de V Institut, en 1725. St. Petersbourg ; l'Impériale, en 1728.

Goëttingew; de l'Université' , 1786.

Londres; du Musée Britannique , ou la Royale, en 1759. Milan; de Brera, en 1768 j ouverte au public en 1770. Stuttgart; la Royale; fondée à Ludwigsbourg en 1765 ; transférée à Stuttgart en 1778,

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