‹ Essai sur Aeneas Sylvius PiccolominiChapitre 11 sur 15 · POET · texte numérisé non relu

POET

HxG in lile triplex homiDum mellita poesis Depinxit itudium ; quorum dalur op(io cunclis. Falluntur tamen optando plerique : aequaces Iiuxtu habet multos , konor et lapientia pancos.

Pie I] fit encore un grand nombre de vers. Sa correspondance ' fait mention de deux mille composés en l'honneur de saint Jean-Baptiste. Son esprit s'était tellement nourri de la lecture d'Horace, que plusieurs de ses lettres *, adressées à ses amis , sont entièrement composées de citations. Non-seulement ses importants travaux lui laissèrent le loisir de suivre ses goûts', mais sa muse, secondant son zèle, lui dicta des vers pour arracher les Allemands à la neutralité ■*.

On a de lui quelques autres compositions littéraires en prose. Elles sont en général futiles. Néanmoins, on peut encore reinarquer dans quelques-unes les nobles sentiments et les grandes vues d'^neas.

Le traité de la Misère des Courtisans ' montre le dégoût que lui inspirait la vie des cours, cette vie d'ambition, d'^oifsme, de plaisir. Son dévouement aux intérêts de son maître éclate dans un tableau où

■ Ep. 35.

■Ëp. 102, 103.

^ Lettre d'un d« tes anciens élèves. Ep. 6.

* Ep. 47 dans la correspondance du cardinal de Pavie.

^ Ep. 166.

SOR JOtEAS SYLVI08 PICCOLOHINI. IST

il parait faire allusion aux désordres du palais de Ft^éricIU'.

tt Que disent les chanceliers , s'écrie-t-il , lorsque leurs lettres, écrites poui' la gloire et dans l'intérêt dn prince, sont arrêtées en chemin ou altérées? Que disent les chefs lorsqu'on ne leur obéit pas? les secrétaires lorsqu'on saisit leurs calculs? x

On trouve dans VEurope un portrait fidèle et hardiment tracé de l'Empereur lui-même : « Son esprit est pénétrant, sa mémoire heureuse, son zèle ardent pour la religion. Mais son amour pour la paix et le repos lui donne de la lenteur et de la paresse dans les afi'aires. Ce prince aime et récompense la verta. 11 a le goût des constructions splendides, et donne trop dans les pierreries et dans les jardins'. »

Animé du même zèle pour les intérêts du jeune Ladislas, ^neas composa pour lui un traité sur 1'^ducation des Enfants'. Dans le préambule, il lui représente qu'un roi ignorant est un Âne couronné. L'ouvrage traite de l'éducation physique , intellectuelle et morale, et insiste sur les principes de grammaire et de littérature. On a imprimé, à la suite, des préceptes de rhétorique.

Nous citerons encore quelques opuscules en prose:

La lettre intitulée Solution de trois Problèmes donne quelques notions sur les exercices littéraires

■Il en parle avec gatté à In Gd de la LeUre lOSiadrewécà Sigismond d'Autriche.

' Chap. S2.

' Recueil de 1551, à la fin.

138 KWAt

de l'époque. Ces questions ëtsiient proposées en présence de la cour, ^neas traite la pi'emièi'e, dont le sujet était philosophique, avec un grand étalage de définitions et de science. La seconde demandait l'éloge de la Poésie, que le poète lauréat fit avec enthousiasme '. La troisième était bouffonne, et fut résolue par un trait d'esprit*.

On admire aussi son bavardage spirituel dans une lettre où il se demande pourquoi les poètes $e servent du sibgulier en s' adressant aux princes^, el dans le Snng« de la Fortune, petit u*aité où il se met en scène avec ses amis , avec les princes de son temps et avec les villes qu'il personnifie *.

Ajoutons une lettre sur la Science héraldique ^ , — une préface sur les sept Sages de la Grèce, éditée à part, — un discours de Collatin à Lucrèce prête à se poignarder*. On trouve aussi dans les recueil» manuscrits que nous avons cités, deux lettres intitulées : «Qualisfuit ^neas?Qua]is fuit Hector? m Ciaconius a conservé le titre d'un dialogue sur Adam et Eve, et d'un éloge d'Homère.

11 existe plusieurs catalogues des OËuvresd'^neas. Outre ceux des Bibliothèques, il y eu a un dans le Journal des Savants (année 1708)^ un autre dans

' On trouve un autre "ÉXtt^e de I« Poésie dans l'Ep. 402.

■ Ep. 104.

«Ep. 108.

s Ep. 126.

SOB jeaiKàS SVLVIOS piccoianini. U9

Apostolo Zeno' , et un troisième dans b bibliothèque de Fabricitts ' ; mais tous sont ihoompleta. On vient d'en publier un nouveau en Allemagne. ■

Nous avons parlé de plusieurs sujets tirés des auteurs grecs. Cependant j£neas, loin d'être savant dans cette littérature, ainsi que le suppose Micliaud% en ignorait absoluaient la langue. Ce qu'il y a de plus curieux encore, c'«st qu'il n'apprit jamais l'allemand. Psullendmf, un de ses aam, traduisit une partiede ses oeuvres latines^.

Noos n'avons pas parlé de quatre livres de Commentaires sur les paroles et actions mémorables du roi j4lphonse^. Cet ouvrage n'est pas à proprement dire d'^neas : il l'a composé d'après un écrit de Panormita et il le lui renvoie , u après l'avoir , dit-il, non pas corrigé, mais raturé, pour montrer qu'il l'a lu^. »

Nous passerions à peu près sous silence cette suite de flatteries fastidieuses, où le prince est proclamé , dès la première ligne, supérieur à Socrate% et son

■ DUsertazioni P^ossiane, t. I , p. 317-33.

' Med. et infim. latinilatis, 1. I , p. 26 ; l. VII , p. 301.

^ Hùioire des Croisades , t. VI , 20 , p. 263 , sixième édition.

* Pl-ISTEK.l. lll,c. 4,§, 2.

5Recueildel55I,p. 472.

' Il est uurieux de voir le secrétaire impérial déclarer le roi d'Aragon aupérienr à Frédéric III. Il a cependant composé sur l'C dernier prince quelques apophthegmea semblables. [Germon, rcr. Script. Freheri , t. II , p. 394.)

liO ESSAI 8DB JWEAS STLVItlS PKCOLOMUII.

historien , Panormita , supérieur à Xénophon , si ^oeas n'y avait pour but de plaider la cause de sa patrie contre les attentats de Ficcinino , et ne revenait continuellement sur ce sujet. Accorder la paix à Sienne, c'était la rétablir en Italie, et frayer les voies à la guerre sainte , le principal objet de Pie II, dans ses écrits, comme dans ses actions.

It nous reste à considérer les derniers événements de sa vie, à le suivre dans son cinquième acte, pour prendre son expression , acte qui devait être l'admirable courODnement de l'œuvre.

DERNIERS THATACX DB PIE II. — ' IL PABT PODR LA CROISADE, ET MBITBT MARTYR DE SON ZELE.

Le Pape avait tenté inutilement tous les moyens d'arrêter les progrès des Turcs , et de tirer les princes chrétiens de leur aveugle indiiTérence. En vain il avait'essayé de convertir le terrible adversaire qu'il ne pouvait vaincre. Il ne lui restait plus qu'une ressource désespérée, c'était de marcher lui-même à l'etthemi dans l'espoir d'entrainer la chrétienté par l'enthousiasme ou par la honte.

Dès l'époque du concile de Mantoue, il avait oflert de partir'. Plus tard, il s'excusa-, en consistoire, de ne plus presser les préparatifs de la croisade. « Combien de nuits, s'écria-t-il , nous nous retournons sur l'un ou sur l'autre côté , songeant aux calamités de notre temps.... Mais tous nos efibrts sont infructueux.... Cependant je pense avoir trouvé un dernier moyen. Le duc de Bourgogne a fait vœu de marcher couti-e les Turcs, s'il était accompagné d'un souverain k qui la bienséance lui permit d'obéir*. Lei princes s'y refusent. J'ai l'intention de me croiser moi-même malgré ma vieillesse et ma sanlé dé-

■ Corn., 1. III , p. 60.

' Voir leurs relations dans le poêle AngeliDeCurribusSabini». Marlene , j4mplû.fima CoUectio , t. IV, roi. 1380.

labrée. Philippe sera engagé par sa parole.... Qui ne s'imposera alors des sacri6ces? et qui osera taxer nos demandes d'inventions de la cupidité?»

Les cardinaux, d'abord étonnés, adhérèrent au prc^et. On en donna avis à Venise, qui le trouva divin ; car ses relations avec les Tores étaient rompues'.

Une des conditions de Philippe avait été la permission de lever un décime dans toute l'étendue de la France.

.... Sil loto collecta pecuniu regno.

Le Pape s'était engagé à partir avec lui.

Ipsi Nossocios hiimiles jungeinus....

Mais Louis XI, que l'on pressa aussi d'accomplir ses promesses, demanda un délai, et fomenta des troubles dans les États boui^ignons. Chose singulière ! c'était ce prince qui, vers le même temps, accusait le Pape de persécuter les Napolitains, la France, les princes allemands, le roi de Bohême, de ne désirer que guerres, et d'oublier la croisade'.

Les prétentions de Louis XI sur l'ëvéché de JVantes, qui faisait partie du duché à peu près indépendant de Bretagne, furent une nouvelle soui-ce de quei-elles entre le Pontife et le Roi. Ce dernier ne craignit

■ Cbm,,l. VII, à la fin.

■ La IjKim e«t cît^ an I. XII , avec la réponse du Papr , p. 324.

SDB MSKKS STLVIDS PICCOLOHINI. 143

point de conclure une alliance arec Poggiébracb , et de le qualifier de prince très-catholique. Mais il prît la précaution de protester par-devant notaire qu'il n'entendait pas adhérer aux erreurs des Hnssites.

Thomas Faléologue, frère du dernier empereur d'Orient, vint alors chercher un asile à Rome. Il apportait la télé de saint André, apôtre de l'Âcbaïe. Les cérémonies, qui accompagaèrent la réception de cette précieuse relique , et dont le récit remplit la plus grande partie do huitième li'fre des C<mimentaireSf fournirent à Fie U et à Bessarion l'occasion d'exprimer avec éloquence les sentiments qui agitaient ces deux cœurs généreux'. (fGi'and saint, s'écriait le premier, ton frère, le prince des apâtres, ne te fera point dé&ut ; il te reportera glorieusement dans ton sanctuaire. » La mort du Pontife prévint l'accomplissement de son vœu, mais il reposa près des restes de l'apôtre des Grecs.

Cependant le roi de Bosnie, menacé par les Turcs, implorait les secours du Pape. Celui-ci ne put lui envoyer (Jne des encouragements stériles'. Quelque temps après , on apprit que son ropume était conquis , et ce malheureux prince étranglé des mains de Mahomet (1464).

En Allemagne, les légats venaient de réconcilier Frédéric II et Mathias Corvin ; mais Fie II ne crut pas devoir confirmer une autre convention ménagée entre les compétiteurs à l'archevêché de Mayence. Il

' Leurs Lettre» sotil conservées au 1. XI dei Corn., p. 297.

lit EB8AI

voulait que Thierry se soumît à discrétion , et il l'y força enfin ' .

Sa fermeté et sa persévérance vinrent également à bout des perfidies de Matatesta , qui alla , en expiation, combattre deux ans les infidèles. Sigismond d'Autriche, réconcilié une première fois avec le Saint-Siège, puis frappé de nouvelles censures, à la suite d'autres écarts, fut également obligé déplier*. L'Empereur, son parent, se jeta aux pieds d'un légat, et ne se releva point qu'il n'eût obtenu sa grâce ^. Ainsi parvenait à ses fins cette politique patiente de la papauté, qui semble, comme Dieu, avoir l'éternité au service de «es vues : Patiens, qaia œtema.

Le seul Poggiébrach ne se soumit point. L'intervention de l'Empereur avait longtemps arrêté les foudres du Pape suspendues sur sa tête. Le Bohémien en profita pour intriguer en France contre le Saint- Siège, se faire des alliés, et opprimer les catholiques. Alors Fie 11 désigna en consistoire public le cent quatre-vingtième jour pour le jugement du Roi; mais le Pontife devait mourir dans l'intervalle^. Suivant Campanus, il excommunia Poggiébrach , et abandonna son royaume au premier occupant. Mais cet auteur est quelquefois inexact. Il nous reste seulement une lettre qui délie de leur serment de fidé-

■ Livre XII , p. 328 , 330, 345, etc.

* tbid., p. 344. — Ep. 283 de la corresponijance du cardmnl de Pavie.

* Ëp. 283 de la correspondance du rardinal de Pavie.

* CoBi. d» méine , I. VI , p. 345.

SUR .£NEAS SYLVIUS PICCOLOKIM. 145

lité les villes de Breslaw et de Namslaw '. Elle fut écrite en 1463, peu de temps après l'emprisonaeinent de Fantinns. En 1468, Poggiébrach s'est efforcé de se justilier auprès de Mathias Corvin *.

Le moment de se croiser était venu. Des légats avaient rétabli la paix entre le duc de Bourgogne et les bourgeois de Leyde , soulevés par Louis XL Le duc promettait de conduire au printemps prochain une flotte en Orient. L'enthousiasme de Bessarion entraînait Venise à proclamer la guerre sainte. Les princes d'Orient encourageaient le Pape '.

Il rappela aux Italiens leurs engagements, et, pour leur ôter toute défiance, il leur laissa l'emjJoi de leurs subsides. Florence conseilla secrètement à Pie II de laisser Venise et les Turcs se combattre seuls et s'affaiblir mutuellement. « Cet avis , ajoutait le député florentin, est celui d'une école de sages, u Mais Pie II ne goûta point ce machiavélisme naissant, et montra les conséquences funestes qu'il aurait eucs^.

La véritable pensée des Florentins était de s'épargner un sacrifice. Les Siennois, comblés des largesses de leur illustre compatriote, allèrent bien jusqu'à lui oiTrir 3 000 écus pour toule contribution. Cependant Pie II n'avait pas 50 000 florins

■Ep. 401.

' Spicilége, t. III , (oeo eitato.

> Corn., I. XII , p. 341 . — CiMPAKOT , Fita PU.

* Voir le I. XTI des Commenlairtt , p. 334.

dans son trésor', et la seule guëri-e (le Naples lui en avait coûté vingt fois autant. Campauus rapporte que, lorsqu'il s'était déteiininé à une guerre, il n'y mesui-ait pas la dépense. Aux obeerrations de ses officiers, il répondait qa'îl était prêt à se vendre; aussi avait-il été forcé de se réduire, ainsi que toute sa maison , à un seul icpas par jour. Cepeai^nt la déconverte de l'almpine que renfermait l'État romain ouvrît, sons son règne, nne source nouvelle de revenus*. Mais, dans sa sainte entreprise^ il ne se déterminait point par les calculs de la prudence liumaine.

i\ récapitula, devant les cardinaux, les innombrables difficultés qu'il avait vaincues pour asairer la liberté et la tranquilliléde l'Italie. nMainteiiant, ajoiita-t-il, nous voulons imiter le bon pasteur, qui donne sa vie pour les siens. Toutes' nos desiandes sont interprétées en mal; nous n'avons (fautrcs ressources que celles qui ont créé l'immense emmure de l'Ëglise, l'abnégation, la soif du martyre. Ne disons plus aux princes : nflez; diaons-lcuv : venez. Lorsqo'ils verront leur père- el leur maître, le vicaire de Jésus-Christ partir, vieux et malade, pour cette expédition, peut-être que la honte ne les laissera point chez eux. De courts Instants nous séparent de la mort. Peu noUs importe le lieu et l'heure , si nous mourons en saint.

■ SisHONDi, Rép. Il, i. X., p. ît?.

" Co«<.OePicU,lib. Vil,|.. I8ô.

SUR iENEAS 3VI.VIDS PICCOLOMINI. 147

((Gomme le patriarche Moïse, on tious verra pendant la bataille sur la poupe d'un vaisseau ou sur le fiommet d'un rocher, levant les mains vers le ciel. Devant no» yeux sera le corps de Notre-Seigiteur. Nous lui demanderons avec instances la victoii'e de nos guerriers. Vous serez avec nous, à l'exception des vieillai-ds. » Les cardinaux adhérèrent avec effusion au. projet du Fontife.

En novembre \^3, fut publié le décret de la croisade. Fie H annonçait qu'il marcherait avec le sacré coll^ à la défense de la religion et de la chrétienté, «lies infidèles, disait-il, attaquent ce que vous a'vez de plus cher, ce que le christianisme a de plus saint. Homme», vous devez votre pilîé à vos sent- Mables; chrétiens, à vos frères. Si le auUteur d'autrui we vous émeut point, songez à votre propre péril. Si vous ne secotirez les peuples qui sont devant vous, les peuples qui sont derrière vous abandonneront de même.

« Vous sentez-vous le courage de supporter un joug barbare? attendez dans votre pays ces orientaux efféminés. Si vous avez un cœur noMe, nn esprit élevé, un caractère généreux , une âme chrétienne, suivez les étendards de la croix.

K Que les hommes pervers qui troubleront la paix de la chrétienté soient maudits ! qu'ils restent toujours dans la crainte , et que leur vie ne tienne qu'à un fil ! Leur puissance, leurs richesses ne les protégeront point. Partout les frapperont les flèches du

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