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remords. Les flammes de l'abime consumeront leurs
cœurs. »
La bulle indiquait le port d'Âncdne comme lieu de réunion , et remettait les fautes de ceux qui combattraient six mois les infidèles , ou entretiendraient un soldat de la croix pendant le même temps'. Le Pape n'avait rien à leur donner en ce monde; mais il conjurait le ciel de pi-olonger leur vie, d'étendre leurs possessions.
L'historien de Brescia ' raconte que le Pontife avait autorisé un véritable commerce d'indulgences. Ce qui peut rendre son témoignage suspect, c'est qu'il ose accuser Pie II d'avoir eu pour but secret de livrer Ancône aux Floi-enlios. D'après cet auteur, un traité avait été conclu entre le-Pape, Florence et le duc de Milan. Celui-ci envoya douze cents cavaliers pour l'exécution du complot qui échoua par la mort du Pontife. Mais Pie II dit formellement, dans ses CommeraiaiVtfi, que toutes ses instances furent inutiles auprès du duc de Milan ^ Sans insister sur cette imputation odieuse, isolée, et sans fondement, i-eprenons le récit des derniers et admirables efforts du Pape.
On lut le décret dans loutes les églises, et les peuples versèrent des lai-mes au récit des malheurs de leurs frères.
' Ep, 398.
• Chrisloplioro da soldo dan* Muratori, Rer. liai. Script., t. XXI, toi. 900.
'Liï. XIl, p. 343. Voir encore les ép. 390, 392. Le Pnpe écrivit aussi inulilcnieiit •'i la diicliessc. Ep. 393.
SUR xnBka stlvids piccolohini. 149
Pie II écrivit au doge de Venise, Christophore Mauro, pour le supplier de l'accompagner. Ce!«i-ci était avancé en Age, mais le Pape avait lui-même les cheveux blancs, et le duc de Bourgogne était presque octogénaire. « Trois vieillards , s'écriait le courageux Pontife, commanderont l'armée chrétienne. Bieu aime le nombre de trois; et la Trinité, qui règne dans les cieux, protégera cette trinité sur la terre ' . »
La vertu du Boge était éminente; elle hésita cependant. Mais la république, se rappelant sans doute le rôle glorieux et utile de Dandolo, le força de suivre le Pontife ". Pour le duc de Bourgogne, il ne put se déterminer à partir. En vain Fie II lui offrit le royaume de Jérusalem. Il se contenta d'envoyer deux mille hommes d'armes'.
Avant de partir, le Pape rétracta , par une bulle expresse, tout ce qu'il avait écrit dans le sens des dissidents de Bâle 4. II attribue ses erreurs a son inexpérience, s'accuse d'avoir persécuté l'Église, et termine par ces paroles : w Croyez-en plutôt un vieillai-d qu'un jeune homme, un souverain Pontife qu'un particulier. Récusez ^neas et recevez Pie II. «
Le 18 juin 1464, le Pontife se prosterna pour la dernière fois au pied des autels de Rome. C'est le moment où s'arrêtent les Commentaires du Pape.
■ Li^re des Brefs , IW'l.
' Râïnaldi , t. XXIX , même année.
' Ep. 382, avril 1464.
* Elle est datée liu 26 avril de l'année précédente.
Mais ceux du cardinal de Parie reprennent an même instant, et vont jusqu'à la mort du Pape, au coDunencernent du livre 1". Quelques faits épars se trouvent dan6 les autres livres. Le style du cardinal est moins élégant que celui du Pontife, mais ces deux auteurs ont les qualités essentielles à l'historien. Le récit àt» dernières actions de Pie II est en particulier «un des H morceaux d'histoire les plus touchants , et les plus ((dignes de tigurer dans une épopée'.» I.ndovisi Cnbelli , conseiller du duc de Milan, et l'un des amis du Pontife, nous a aussi laissé deux livres sur sa dernière expédition '.
En apprenant son départ, le grand Cosme s'écria : ('Pie II, accablé de vieillesse, tente une entreprise déjeune homme, mais il mérite bien qu'on lui Êiue l'application de ce vers :
Sum Pius jEneas , fnma auper a?thera nolus^.
Pour moins de fatigue, le Pape remonta d'abord le Tibre dans une barque. II y prenait ses repas et le repos de la nuit, car ses souffrances empêchaient de le transporter à terre. D'ailleurs il cachait avec soin l'état de sa santé. Mais d'autres épreuves l'attendaient. On vint lai annoncer que les galères qui devaient se rendre de Gènes à Ancône n'étaient pas pi'ètes. Il avait cependant protuis aux Génois le re-
■ Skuohdi, Rép. liai., t. X, p. 217.
' MoRATom , Rerum Ital. Script., t. XXIII,
^ CucoNius (Pie II.)
SDR £NEAS SVLVIQS PICCOLOMIHI. 161
coavreneiit de leurs anciennes possesmoos d'Asie '. LamorCd'ut) jeune pilote, qui ae ttoya sous ses yeux ^ augmtnta encore sa tristesse. Ce bon vieillard, quî senoblatt embrasser (Inns sa sollicitude toutes tes infortunes du monde , fat accabla par ce seul malhenr particnlier.
Des lettres d'Ancâne loi marquaient qu'une grande multitude de croisés s'y étaient réunis. Campanos porte leur nombre à trente mille. Flatina |tarte de croisés allemands, français, espagnols; Ciaconitis d'anglais et d'écoisaîs. On craignait que l'oisiveté ne les portât à quelque désoitlre ou ne les dispersât, et l'on demandait un chef pour tes faire passer en Gt^ce. Mais le Fape avait à sa disposition bien peu de personne» qui conTTussent ponr cet. emploi. Carvajal était un vieillard i»é au service de l'Église, d'est à peine à Pie II osa le prier de poindre ce coramandenwnt. (T J'assistais à leurs entretiens, dit le cardtnd de Pavie; Carrajal était plein d'humilité et de courage : Si ta méjuges digne de ret emploi, s'écriait-il, je suis prêt à suivre l'exemiJe du Pontife quî donne sa vie pour moi comme pour les autres. Mais plus il montrait d'ardeur, plus le Pape en avait pitié. Il était resl^é six ans dans des contrées barbares et malsaines, disant face aux Turcs avec les soldats qu'il avait rassemblés. Ses domestiques l'y avaient abandonné, et ses dents branlaient continuellement par l'effet du froid qu'il y avait souffert. »
• Livre det Brefs, 1464.
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Carvaja) précéda donc le Pape, ({ui lui-même arriva enfin à Anoône; mais il y attendit longtemps le Doge.
Nous regrettons de ne poiiToir reproduire ici le récit touchant, que fait le cardinal de Pavie, d'un songe i]ui sembla lui annoncer la mort de Fie II, et l'inscription que ce Pontife avait laissée à Lorette avec un calice d'or, pour la guérison d'un malheureux pécheur nécessaire au bien public (^reipurblicœ)'.
La plupart des croisés manquaient de ressources. Ils s'étaient persuadé que Pie II leur fournirait tout. Celnl-cî n'avait pu que les recommander à la sollicitude de Sforza". Maintenant ils vendaient leurs armes, et retournaient par troupes dans leur pays. Le Pontife, touché de compassion, étendit à ces pauvres gens les privilèges de ceux qui accompli* raient leur vœu, mais ces contre-temps accélérèrent sa mort. « Telle était, dit le cardinal de Pavie , sou émotion à la vue de ces bandes, qu'il rencontrait à leur retour, que je priais ses médecins de fermer les rideaux de sa litière. » Les troubles qui recommençaient dans l'État romain lui inspiraient aussi de vives inquiétudes^.
Cependant Raguse était menacée par les Ottomans. Carvajal offrit départir. «Mon frère, lui dit Pie II, je
■ CucoNiDs (Pie II.) ' Ep. 389.
*L. 1 cl II àciCom. du card. de Parie. — AngeliDeCurribus SabiDis, dans Martewe , >*/B/iftWma CoUeclio,\. IV, col, l402.
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me jetterai moi-même daiis la ville, si les infidèles en forment le siège. La nouvelle du danger du Pape y attirera les chrétiens.» — « Mais moi, ajoute te cai-dinal de Favie , misérable, qui n'avais que la prudence de la chair, je m'opposais à cette résolution. Il me semblait, que pour ce corps frêle et brisé de douleur, le trajet serait la mort. » En effet, le courageux Pontife n'avait plus que peu de jours à vivre.
Le 14 août, après le lever du soleil, on aperçut douze galères vénitiennes qni s'avançaient sur une seule ligne. Pie II ordonna d'appareiller les siennes, et se fit porter, non sans douleur, à une fenéti-e de sa chambre, qui donnait sur le port. Mais, la nuit suivante, il sentit la mort s'approcher.
Le lendemain, il prononça d'une voix ferme le symbole de saint Athanase en présence des cai-dinaux, leur recommanda la guerre sainte, et demanda pai-don des oifenses qu'il avait pu leur faire. Ceux-ci tombant au pied de son lit, lui demandèrent euxmêmes l'onbli de leurs fautes, et mêlèrent leurs larmes aux siennes.
Dans la nuit son agonie commença. Le cai^inal^ de Pavie se trouvait, en ce moment, presque seul à son chevet. i< II me fit approcher, dit-il, et d'une voix éteinte il m'adressa ces paroles : Rappelle à mes frères le devoir de continuer ma sainte entreprise. Les sanglots m'empêchaient de répondre. Il me passa les bras autour du cou et ajouta : Fais le bien, mon fils, et prie pour moi. Ce fut son dernier mot....»