‹ Essai sur l'accouchement physiologiqueChapitre 27 sur 84 · DE LA FORME DU FOETUS ET DE SON DÉVELOPPEMENT · texte numérisé non relu

DE LA FORME DU FOETUS ET DE SON DÉVELOPPEMENT

On a comparé le fœtus à un ovale dont la grosse extrémité en haut serait formée par le bassin et les membres inférieurs fléchis sur le ventre. La petite extrémité en bas serait formée parla tête. Cet ovale aurait deux grands axes, dont l'un serait vertical et l'autre horizontal. Cette comparaison serait vraie si le fœtus restait dans l'utérus ramassé sur lui-même, comme il peut rester pendant le travail, après l'écoulement complet des eaux amniotiques. Il y a même des grossesses dans lesquelles ces eaux sont en petite quantité, et où, par conséquent, la forme qu'offre le fœtus se rapproche de celle-ci ; mais elle n'est jamais telle qu'on pourrait le croire. Nous disons avec intention qu'elle se rapproche ; car, quand même il n'y aurait que quelques cuillerées d'eaux amniotiques, comme nous le verrons, si l'utérus n'est pas contracté, il prend une forme dans laquelle le fœtus est toujours à l'aise, et non ramassé, comme après l'écoulement de ces eaux. La forme ramassée du fœtus n'est pas naturelle, mais forcée, et cela est si vrai, que sa vie, après l'écoulement complet des eaux, est compromise au bout de plusieurs heures.

L'enfant, pendant la grossesse, au contraire, a la tête et le tronc un peu fléchis en avant, le siège n'atteint pas toujours le fond de l'utérus ; les membres inférieurs, demi-fléchis, ne res-

tent pas accolés au ventre, comme on l'a dit, mais un peu écartés du tronc ; ils vont porter même au loin des mouvements actifs par leur extension : c'est-à-dire que, vu sur le côté, le fœtus représente un arc irrégulier qui commence à la tête et finit aux membres inférieurs. Cette forme met tous les muscles dans la demi-flexion , qui est la position la plus naturelle. Le fœtus prend cette courbure même dès Tétat embryonnaire.

Nous remarquons sur la convexité de l'arc l'occiput, tout le dos, les fesses, et après un petit espace vide, les talons. Nous observons dans la concavité la face, les membres supérieurs demi-fléchis sur la poitrine, le ventre avec le cordon ombilical et les genoux. Une des extrémités de l'arc est formée par le sinciput; l'autre est formée par les pieds. Ces extrémités sont séparées par un vide qui sera plus ou moins grand, selon que Tare sera plus ou moins ouvert. Mais quelle que soit son ouverture , à moins d'un mouvement d'extension, cet arc sera plus recourbé et plus étendu vers les pieds que vers la tête. Si, par la pensée, on prolonge les deux extrémités de l'arc jusqu'à leur jonction, on voit alors que le fœtus fait les trois cinquièmes d'un ovale dont la grosse extrémité, en effet, serait en haut et du côté du bassin de Tenfant, tandis que la petite serait du côté de la tête. Une ligne qui, en passant par le milieu de la lête et du tronc, irait sortir entre les deux pieds, ou, en d'autres termes, l'axe de l'enfant n'est pas droit, comme on l'a dit jusqu'ici, mais il est courbe. On peut cependant mener des diamètres à l'ovale incomplet que décrit l'arc fœtal, et alors ces diamètres seront droits. Nous considérons donc au fœtus un axe courbe ou les trois cinquièmes d'un ovale , dont la grande courbure est du côté des pieds et la petite du côté de la tête, et nous lui considérons des diamètres dont les principaux seront le vertical, allant des fesses à l'occiput, et le transversal, coupant l'ovale au milieu de l'ombilic.

Si maintenant nous voulons considérer le fœtus vu par sa

partie postérieure seulement, nous trouvons que le diamètre le plus large est celui des épaules, c'est-à-dire qu'alors aussi il décrit un ovale allongé, mais dont la grosse extrémité serait en bas, ce qui est le contraire de ce qu'on a dit jusqu'ici.

Maintenant que nous connaissons la forme du fœtus et celle de la cavité dans laquelle il doit être logé, nous pourrions déjà nous rendre compte des présentations et des positions qu'il doit prendre pendant la grossesse ; mais quelles qu'elles soient, elles se trouveront toujours dans les conditions les plus favorables à la mère et à l'enfant. Ce dernier, du reste, est un être sensible et capable d'exécuter des mouvements dans la cavité qui le contient ; lorsqu'une position mauvaise ou toute autre cause de souffrance vient l'atteindre, il exécutera des mouvements qui ne seront pas dirigés avec intelligence, sans doute, mais qui continueront jusqu'à ce qu'une autre position plus commode ait fait cesser ses souffrances. Si, après ces mouvements violents, la position ne change pas, ou que la cause des douleurs soit de nature à compromettre la vie, l'enfant mourra sans qu'on sache le plus souvent à quoi attribuer cette mort, ou plus souvent encore il provoquera l'accouchement.

Nous n'avons pas à nous occuper du développement du fœtus en lui-même, ni par rapport aux relations vitales qu'il a avec la mère. Fidèle à notre sujet, nous ne devons traiter que de ce qui a de l'influence sur l'accouchement physiologique ; aussi c'est sous ce point de vue seulement que nous devons considérer le développement du fœtus.

Ce développement offre deux phases bien distinctes : l'une est celle des attitudes qu'il prend pendant les premiers mois de la grossesse ; et l'autre est celle qu'il prend après son arrivée dans le grand bassin, et qu'il garde le plus souvent jusqu'à l'accouchement. Nous aurions pu négliger la première comme étant éloignée de l'accouchement, mais elle a trop d'influence sur la seconde pour la mettre de côté. Nous ne nous occuperons

même ici que de la première de ces deux phases ; la deuxième fera le sujet d'autres articles.

Nous voyons, dès la tache embryonnaire de l'œuf fécondé, la forme allongée que prendra l'embryon et la courbe qu'il décrira plus tard. C'est l'axe cérébro-spinal et le cœur qui, les premiers, acquerront du développement, parce que c'est de ces deux centres que partiront les mouvements centrifuges qui vont apporter l'accroissement et la vie dans le reste du corps. Déjà l'embryon offre une consistance dont le poids spécifique est plus grand que celui des eaux amniotiques dont il est entouré, et par sa partie convexe, qui deviendra le dos, il repose sur la partie concave des parois de l'œuf, adaptées pour le recevoir. Des vaisseaux partant de la paroi opposée plongent dans la cavité abdominale qui n'est pas encore close ; mais ces vaisseaux et le travail d'occlusion même ont besoin, pour s'effectuer, de tout l'intervalle libre qui sépare l'embryon de la paroi opposée de la matrice. Le développement de la vie embryonnaire, comme celui de la vie extra-utérine, suit d'abord l'axe du tronc; mais il ne tarde pas non plus à se manifester transversalement par la formation des membres. Cet accroissement dans le sens de deux forces centrifuges se fait sans changer ni la forme ni la position de l'embryon. C'est toujours un arc qui se développe, et qui occupe toujours la partie la plus déclive de la poche amniotique. Le dos et la partie postérieure de la tête sont les parties du corps les plus solides et celles où il y a le moins de travail à faire; tous les organes internes vont comme par juxtaposition se placer sur eux. C'est sur la partie antérieure du corps que se trouvent tous les organes des sens ; c'est sur la partie antérieure du corps que se fléchiront les muscles dans leurs mouvements ; et toutes ces parties, pour se former et se consolider, ont besoin de toute la liberté de l'espace qui les sépare de la paroi supérieure de l'utérus. Ainsi disposés, les membres peuvent, tout en se formant, s'essayer aux mou-

vements de flexion et d'extension auxquels ils sont presque exclusivement destinés dans la vie intra-utérine. La colonne vertébrale ainsi fixée, le fœtus peut, même sans fatigue, mettre en mouvement tous les muscles du corps.

La raison et l'observation sont là pour prouver que telle est la position et telle est la forme que prend l'embryon dans les premiers temps de la grossesse; et, en effet, peut-il en être autrement ? Supposons, par exemple, que l'embryon dût se développer étant coucbé sur le ventre, l'arrivée des matériaux par les vaisseaux ombilicaux serait-elle aussi facile ? tous les travaux nécessaires à la formation des organes qui sont sur la partie antérieure du corps pourraient-ils se faire? Les membres pourraient-ils se développer ? pourraient-ils se mouvoir, puisque ce serait sur eux que pèserait le petit corps? La réponse est négative. Cette position est donc irrationnelle, nous pouvons presque dire impossible ; et si, par une cause, n'importe de quelle nature, l'embryon venait à se renverser sur le ventre, l'accroissement de l'arc se faisant surtout par l'extrémité caudale, tendrait à détruire l'équilibre de l'embryon, et les mouvements des membres ne tarderaient pas à le renverser une autre fois sur le dos. Ce que nous disons de l'accroissement sur le ventre, nous le dirions si le fœtus devait se développer la têle enbaut.

En effet, si l'extrémité caudale de l'embryon et les membres inférieurs devaient supporter le poids de tout le corps, leur accroissement serait très difficile, tandis que tout nous prouve que l'arc fœtal s'accroît en allantsurtout de la tête aux pieds. C'est la tête qui est la racine de l'arbre bumain, et, quoique par un mouvement quelconque, l'embryon fût dressé pour un instant sur ses pieds ou sur sa partie caudale, cette position n'est pas de nature à rester longtemps en équilibre, et les mouvements des membres inférieurs tendraient aussitôt à faiie tomber le tronc en arrière. C'est donc sur la tête et le dos

que repose l'arc fœtal, et c'est ainsi qu'il se développe dans l'utérus.

Mais, déjà, le petit bassin ne peut plus contenir la matrice, qui tend alors, comme nous l'avons vu, à prendre de l'accroissement par son fond ; elle avait gardé jusqu'alors la forme sphérique, maintenant, tout en gagnant le grand bassin, elle devient ovale.

Le fœtus, qui n'est pas resté en arrière pour Taccroissement, se développe dans le sens de la longueur, et déjà son grand diamètre se trouvant un peu à l'étroit dans le diamètre transverse de l'utérus, se place lui aussi suivant le grand diamètre de l'utérus, c'est-à-dire que le tronc et les membres inférieurs se dirigent de plus en plus en haut. L'arc fœtal tend à se recourber alors par son extrémité supérieure, tandis que jusqu'ici il s'était recourbé par son milieu , et même par son extrémité inférieure, et c'est dans cet état qu'il se place avec la matrice dans le grand bassin. Le fœtus, la matrice et la cavité abdominale, se modifient ainsi mutuellement, et donnent pour résultat principal ce que l'on a appelé les présentations et les positions du fœtus.

Cependant, ce que nous venons de dire de la position du fœtus ayant la tête et le dos en bas pendant les premiers temps de la grossesse, ne doit pas être pris à la lettre. Cette position est la plus naturelle, celle qu'il doit garder le plus souvent, et celle qu'il doit chercher à reprendre par des mouvements instinctifs. Ce qui prouve que le fœtus se tourne souvent dans le sens horizontal, c'est que le cordon est tordu plusieurs fois sur lui-même ; et cette torsion n'est pas naturelle, car elle tend à diminuer après qu'on en a fait la section. Les tours que le cordon fait au cou de l'enfant prouvent aussi que la tête a quitté le basfond de l'utérus; les nœuds démontrent que le fœtus fait des mouvements très variés ; enfin, les mouvements actifs que ressent la mère, et que constate l'homiiie de l'art, prouvent

les changements momentanés que peut prendre le fœtus dans la première moitié de la grossesse.

ARTICLE IL

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