CHAPITRE VII
Mécanisme de l'adaptation.
Dans les expériences qui précèdent, nous avons établi la loi très constante suivant laquelle se fait l’adaptation d’une bactérie à des doses croissantes d’antiseptique. On peut la formuler comme il suit, étant entendu qu’elle s’applique aux trois bactéries et aux quatre substances antiseptiques étudiées dans ce travail.
L'accoutumance à des doses croissantes d’antiseptique est un phénomène temporaire ; après avoir passé par un maximum, l’accoutumance subitune régression et tend vers un retour à la résistance initiale et normale pour l'espèce considérée.
Il est important de noter que l’accoutumance se fait par étapes, et, par convention, nous avons désigné sous le nom de races les états successifs de l'organisme mis en expérience. C’est un fait constant en effet que l’accoutumance ne s'exerce qu'à la condition qu’on permette à la bactérie de reprendre, pour un temps, sa vie en milieu normal avant de subir de nouveau l’influence nocive à laquelle elle s’adaptera plus avant. Il semble que l'organisme, épuisé par la lutte, ait besoin de reprendre une certaine vitalité.
Si maintenant on étudie attentivement la manière dont se comportent les bactéries pendant chacune des étapes de leur adaptation, on voit qu’il existe des différences sui-
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vant qu'on s'adresse aux bacilles sporogènes ou à ceux qui sont dépourvus de la faculté de sporuler.
Examinons à ce point de vue, le Bacillus pyocyaneus, non sporogène, etle Bacillus subtilis, où la spore fait partie de l’évolution de la cellule.
Les tableaux suivants montrent tout d’abord, pour le Bacillus pyocyaneus, dans quelles conditions de temps les milieux antiseptisés deviennent fertiles lorsqu'on fait les repiquages successifs de tube à tube.
Le signe + désigne les repiquages fertiles, le signe — ceux qui sont suivis d’insuccès.
B. pyocyaneus : Resorcine.
Titre 1-06%1M1559 2.10 | 2.45 2260 2298215 TS
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B. pyocyaneus : Sublimé.
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Pour les premiers repiquages où la dose d’antiseptique est faible, l’'ensemencement fait le premier jour du développement se montre fertile. Ensuite il y a un retard et ce n’est qu'après deux ou même trois jours de contact avec de l’antiseptique que la bactérie peut donner un ensemencement fécond. Il semble donc que c’est aux formes vieilles qu'appartient la propriété de résistance à une dose supérieure nocive et que les jeunes générations ne la possèdent pas.
Cette notion se précise si l’on examine de la même façon le mode d’adaptation du Bacillus subtilis exprimée par les mêmes symboles dans les tableaux qui suivent :
B. subtilis : Résorcine.
B. subtilis : Sulfate de cuivre.
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B. subtilis : Sublimé.
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Là encore, nous observons le phénomène du retard dans la fertilité des repiquages à mesure que s’accroit la dose d’antiseptique. Toutefois, le retard est plus accentué et peut atteindre cinq à six jours pour les fortes doses. Les formes vieilles seules se montrent fertiles en milieu plus nocif et ces formes vieilles correspondent à la sporulation du bacille. C’est donc ici la spore qui transmet à
MAUDRES
la germination nouvelle la faculté de résistance qu’elle a acquise, comme c’est la spore qui transmet par exemple l’atténuation de virulence chez le Bacillus anthracis (Kocx [44], Roux et CnamBErLanp [16]) Les jeunes bacilles se montrent au contraire incapables de fertiliser un milieu plus fortement antiseptisé que celui dins lequel : ils ont pris naissance.
La spore nous apparaît ainsi comme jouant le rôle le plus important dans la transmission des propriétés acquises. Ce fait n’est pas en contradiction avec ce que nous avons observé sur l’accoutumance aux antiseptiques chez le Bacillus pyocyaneus. Cette bactérie n’est pas sporifère, mais ce sont les formes vieilles qui jouent le rôle de la spore dans la transmission des propriétés.
Ces formes vieilles chez le Bacillus pyocyaneus ont d’ailleurs des propriétés de résistance qui en font l’équivalent physiologique de spores véritables et nous avons pu, par des expériences directes, nous assurer de la réalité du fait. Nous exposerons plus loin le résultat de ces essais en traitant des modifications morphologiques provoquées par les antiseptiques.