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CHAPITRE X

Résumé des observations relatives au pléomorphisme des bactéries sous l'influence de doses croissantes d'antiseptique.

On sait que le développement d’une bactérie dans un milieu déterminé donne lieu à un pléomorphisme régulier et constant, qui fait partie du cycle évolutif normal de l'organisme. |

Il importe d’en connaitre parfaitement les phases pour être en état d’en apprécier les modifications accidentelles ; cette étude a précédé, pour les espèces étudiées, nos expériences avec les antiseptiques. Ces variations régulières dans le cyele évolutif ne portent pas tant sur la morphologie de la cellule elle-même que sur les relations des cellules entre elles. Pour les bacilles où les divisions se font suivant une seule direction de l’espace, le pléomorphisme normal se réduit au passage de l’état dissocié à l'état filamenteux et réciproquement. De petites variations se manifestent aussi dans la dimension des éléments qui peuvent être courts ou longs suivant la rapidité plus ou moins grande du cloisonnement; elles sont en général assez faibles.

Nous retrouvons le pléomorphisme du mode d’association des cellules dans les milieux antiseptisés, mais on peut observer en outre des modifications de forme de la cellule elle-même qui, tout en obéissant plus où moins régulièrement aux lois du eyele évolutif de l'espèce, subit

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des changements provoqués par l’action de la substance nocive.

Il est à remarquer que le pléomorphisme de la cellule, se manifeste surtout sous l’action des antiseptiques peu énergiques, tels que la résorcine, par exemple. Dans ce cas,les éléments cellulaires sont modifiés dans leurs formes et leurs dimensions ; ils présentent des renflements, affectent la forme de bouteille, de clous, de chapelets, de grains plus ou moins arrondis, ete... Ce sont ces formes que les auteurs allemands désignent sous le nom de « Involutionsformen » et qui peut être traduit non pas par Formes d'Involution, qui est peu clair, mais bien par Formes de souffrance ou Formes d'adaptation.

Leur apparition est en effet momentanée. Nous avons observé qu’elles ne se montrent qu’au début de l’adaptation, dans les deux ou trois premières étapes de l’accoutumance. Elles disparaissent ensuite pour faire place aux formes normales qui n’offrent plus que le pléomorphisme plus ou moins modifié du cycle évolutif normal.

Toutefois, si la cellule bactérienne reprend sa forme extérieure normale quand elle est adaptée aux fortes doses d’antiseptiques, elle semble différer par sa structure interne des cellules non adaptées. Cet état, qui se traduit par l'aspect du contenu de plus en plus granuleux, traduit sans doute un affaiblissement de la vitalité, car le développement est beaucoup plus lent. Certaines parties du cycle évolutif peuvent être supprimées, comme par exemple la phase de sporulation chezle Bacillus anthracis sous l’influence de Pacide salicylique ; il en est de même de la virulence, qui se ramène peut être à une sécrétion de toxines. Nous avons pu injecter impunément à un cobaye 5ce. de culture d’une Bactéridie charbonneuse arrivée au terme maximum de son acclimatation à l'acide salicylique alors que les cultures normales étaient très virulentes. Nos observations sur ce point ne font d’ail-

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leurs que confirmer les faits d'atténuation par les antiseptiques mis en lumière par différents auteurs (CHAMBERLAND et Roux [16], Pasteur [59], Puisazix [67], ToussAINT [77], etc...) et utilisés pour la vaccination charbonneuse.

L’atténuation de certaines fonctions accessoires, comme le pouvoir chromogène, s’observe de même chez le Bacillus pyocyaneus ; dans les milieux très antiseptisés, le retard d'apparition du pigment peut atteindre plusieurs mois.

Les variations morphologiques du Bacillus pyocyaneus au cours de l'adaptation sont les suivantes :

Au lieu de végéter en cellules dissociées comme c’est la règle en milieu normal, les bacilles s'associent en filaments dont les extrémités sont souvent renflées en massues. Cette phase filamenteuse est précédée ou non d’une forme dispersée. Au bout d’un temps plus ou moins long, les filaments se désarticulent en cellules libres, ordinairement courtes, coccoïdes. Il en est ainsi dans les premières séries, mais quand la dose s'accroît, la forme filamenteuse disparait pour faire place aux formes normales ou, à la fin, aux formes coccoïdes qui constituent la forme ordinaire de conservation (PI. I, fig. J).

Ces formes coccoïdes méritent une mention spéciale. Nous avons pu mettre en évidence leur remarquable résistance vitale qui en fait presque l'équivalent physiologique de l'endospore. Des cultures en bouillon du Bacillus pyocyaneus, vieilles de dix et de quatorze années (1), montraient la bactérie sous cette forme ; des repiquages en milieu normal se montraient fertiles en quarante-huit

(1) De ces cultures, les unes conservées au Laboratoire de Cryptogamie de l'Ecole de Pharmacie, provenaient de la collection particulière de M. le Professeur Rapaïs, les autres nous avaient été fournies par M. Maxeu, préparateur à l'Ecole, j

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heures sans apparition de pigment ; au second repiquage, le pigment apparaissait.

Nous avons expérimenté l’action de la chaleur sur ces formes vieilles et simultanément sur la bactérie rajeunie en maintenant côte à côte, au bain-marie à 600, deux tubes contenant respectivement les deux organismes.

Des ensemencements étaient pratiqués à intervalles réguliers pendant le chauffage. Après vingt minutes, la bactérie jeune avait perdu la faculté de féconder les tubes, tandis que les formes coccoïdes vieilles résistaient plus ‘de cinquante minutes en donnant des ensemencements fertiles. GuiGnarp et CHARRIN [37] avaient considéré ces formes coccoïdes comme des arthrospores servant à la conservation dans le temps. L'expérience précédente confirme cette manière de voir.

Les variations morphologiques du Bacillus subiilis sous l’influence des antiseptiques comprennent aussi l’apparition d’une phase filamenteuse ; toutefois ce phénomène, qui est normal pour le cycle évolutif de l’espèce, ne devient remarquable que par l’exagération de longueur des filaments qui peuvent atteindre 400 à 500 4 (PL.IT, fig. C). Les extrémités renflées en massue sont fréquentes (PI. IT, fig. D). Enfin, au moment des étapes moyennes de l’adaptation, on observe l’altération la plus accentuée de la forme avec des renflements, des segmentations en bâtonnets, longs ou courts, figurant des cocci, ou recourbés en crosse ou en croissant (PI. IT et III, fig. A, b, c), ou encore des dilatations, bosses ou renflements en bouteilles, Toutes ces formes disparaissent quand le summum d'adaptation est atteint ; elles redeviennent normales.

Le cycle évolutif du Bacillus anthracis ressemble beaucoup à celui du Bacillus subtilis, il en diffère par l’absence de voile. Aussi les modifications apportées au cycle par l'adaptation aux antiseptiques se rapprochent

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de celles que l’on observe chez le Bacillus subtilis. C’est aussi une exagération de longueur des filaments avec replacements des formes en massue par des formes courbes assez accentuées pour donner des anneaux ou même des hélices à plusieurs tours de spire (PI. IT, fig. A’, d, e). Cette tendance de la Bactéridie charbonneuse à se vriller en spire à d’ailleurs été signalée par les auteurs. On observe aussi parfois un amincissement de l'extrémité du filament qui donne un article conique. Enfin la faculté de sporuler peut être suspendue.

Les aberrations morphologiques cessent quand la bactérie atteint son maximum de résistance à l’antiseptique.

En résumé : les aberrations de formes qui se manifestent quand les bactéries s'adaptent aux antiseptiques sont essentiellement temporaires. Si l’on rapproche cette observation de celles qui nous ont amené à conclure que l’'accoutumance aux antiseptiques est elle-même une propriété acquise temporairement, nous voyons qu'il existe un parallélisme d'évolution entre la morphologie de la bactérie et l’une de ses propriétés biologiques, la résistance aux antisepliques.

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