INTRODUCTION
Me trou vant un jour à la maison Dubois, j’eus l’occasion d’assister à une autopsie qui me sembla rare et intéressante. C’était un lipome du rein, qui du reste n’avait pas été diagnostiqué sur le vivant.
Aujourd’hui que je suis à la fin de mes études, j’ai songé à cette observation ; j’ai pu me la procurer, et c’est ainsi que m’est venue l’idée de ce travail inaugural.
En lisant avec attention non seulement les auteurs qui ont écrit sur les maladies des reins, ainsi que les articles des dictionnaires de médecine, mais encore en parcourant les recueils de la Société anatomique et de la Société de chirurgie, j’ai pu me convaincre que le lipome du rein était une affection excessivement rare.
J’ai donc pensé qu’il était intéressant de compulser toutes les observations éparses dans ces différents traités,
pour faire un petit mémoire qui pourrait servir à ceux qui voudraient faire une étude complète des affections rénales.
Mon travail n’a pas d’autre prétention. Cependant, en étudiant la question avec plus de détails, je me suis aperçu que le lipome procédait de deux manières différentes : ou bien il se dissémine sur la surface du rein et remplace les éléments du rein dont on retrouve peu de traces à 1 autopsie ; dans d’autres cas, il semble y avoir un lipome périnéphrétique qui se serait insinué progressivement entre les différents lobe» de l'organe, en étouffant, pour ainsi dire, sa substance propre : c'est d’ailleurs le cas dans l’observation qui nous a été communiquée.
Il y aurait donc deux espèces de lipomes, différents par leur siège : le lipome néphrétique diffus et le lipome périnéphrétique.
Un autre fait qui nous a paru remarquable, c’est que dans la grande majorité des observations, on a rencontré un calcul dans le bassinet. Plusieurs pathologistes ont fait immédiatement la remarque que ces calculs pouvaient jouer un certain rôle dans la production de la dégénérescence graisseuse. En effet, les organes qui ne fonctionnent pas s’atrophient. Les calculs néphrétiques produisent d’habitude des accidents d’un ordre tout différent : coliques, hydronéphrose, néphrite, suppuration du rem. On a donc le droit de se demander si le lipome néphrétique diffus n’est pas une complication, mais une complication extrêmement rare de la lithiase rénale. La destruction de l'organe urinaire par infiltration graisseuse ou lipomateuse serait donc une affection parallèle aux néphrite^, tant interstitielle que parenchymateuse, avec cette différence qu’elle est presque toujours unilaté-
raie, que sa fréquence ne peut pas être comparée avec celle des autres néphrites.
Tel est le point de pathologie générale qui ressort de l’étude de cette question, qui semblait de prime abord d’un intérêt très médiocre.
Nous diviserons ce petit travail en plusieurs chapitres. Dans un premier, nous exposerons les mémoires qui ont été produits par les auteurs depuis que Baader a signalé le premier casen 1778.
Dans le deuxième chapitre, nous décrirons les deux tormes au point de vue anatomique, en donnant également toutes les observations que nous avons pu trouver. Puis, dans un autre chapitre, nous essaierons de démontrer que les symptômes et le diagnostic de cette affection sont des plus obscurs, que c’est presque toujours à l’autopsie qu’on s’en aperçoit pour la première fois, à moins que, comme dans notre observation, elle n’ait donné lieu à des complications particulières, auquel cas c’est la complication elle-même qui attire l’attention ; car, dans les cas où l’on a essayé de faire un diagnostic parce qu’il y avait une tumeur, le diagnostic a toujours été erroné.
Nous chercherons ensuite à expliquer sommairement, autant que faire se peut, la manière dont peuvent se produire ces tumeurs graisseuses.
Avant de commencer notre historique, nous ajoutons une fois de plus que notre seule prétention est de réunir en un petit opuscule les observations et les données relatives à la question que nous traitons et d’y ajouter une observation nouvelle qui nous a semblé prise avec un certain soin.
Je remercie profondément mon excellent maître et ami, M. Süss, ex-interne des hôpitaux, pour les
bons conseils qu’il a bien voulu me donner , et je le prie d’agréer ici l’hommage de ma vive reconnaissance.