‹ Essai sur l'adipose du reinChapitre 2 sur 8 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

Un point important à signaler dès le début de ce chapitre, c’est que les premiers auteurs qui se sont occupés de ces cas ne signalent dans leurs observations que ce que nous appelons des lipomes intra-néphrétiques, c’est-à-dire l’envahissement du rein par le tissu graisseux en commençant par le hile et en remontant vers le rein par le bassinet et les calices. Dans ces premières observations, comme on le verra par la suite, le plus souvent on ne parle pas de l’état de la capsule fibreuse ; sans doute, et nous le disons sous réserve, que cette enveloppe était à peu près intacte.

Les premiers auteurs qui en aient fait mention sont Baader, Morgagni, Laënnec. C’est en faisant des autopsies qu’ils ont trouvé le rein gras, pour ainsi dire huileux : les uns, chez des sujets de stature ordinaire; Baader, au contraire, chez une personne de fort embompomt. Dans cette même observation, l’attention fut évéillée sur l’odeur infecte des urines, mais ce fait était sous la dépendance d’un calcul de l’uretère avec pyélonéphrite suppurée.

En 1808, M. Bauchet signale une observation, intéressante à différents points de vue, qui, la première, se rapporte manifestement à un lipome péri-néphrétique ; elle est importante non seulement à ce point de vue, mais parce qu’elle est aussi la remarquable confirmation de la coïncidence du lipome avec le calcul urinaire. Cette observation est rapportée par M. Cruveilhier, dans son Traité d’anatomie pathologique.

En 1833, M. Pascal signale dans le Journal hebdomadaire de médecine et de chirurgie pratique une nouvelle observation de transformation graisseuse du rein qui est vraiment typique, puisque le rein, dépouillé de sa capsule, laisse sourdre de toute part un liquide huileux qui surnage à la surface de l'eau.

En 1835, un nouveau cas presque analogue est signalé à la Société anatomique par M. Barth. Cette nouvelle observation est remarquable par la disparition de la substance corticale du rein, envahie par le tissu graisseux. Là, comme dans les autres observations, des calculs oblitéraient l’origine de l’uretère, et l’affection ne s’était manifestée par aucun symptôme pendant la vie.

L’année suivante, Pétrequin a rapporté une observation de transformation graisseuse, accompagnée d’hydronéphrose; nous nous bornerons simplement à la signaler, parce qu’elle ne nous a pas paru bien concluante.

M. Rayer, dans son Traité des maladies du rein, signale deux observations : la première qui luLest personnelle, 1a. seconde qui lui a été communiquée par M. Bricheteau. Elles sont bien différentes l’une de l’autre, et, à part quelques détails près, elles peuvent être considérées comme des types des deux formes de transformation graisseuse du rein. Dans la première, en effet, le rein était transformé en graisse, sa capsule étant intacte : on y a constaté la présence de calculs. Dans laseconde, la graisse semble partir de l’enveloppe cellulo-graisseuse et avoir envahi secondairement Torgane de la sécrétion urinaire : point de calcul noté à l’autopsie. Ajoutons que, dans cette dernière observation, les deux reins étaient également malades, ce qui est tout à fait exceptionnel. En rapportant ces deux observations, M. Rayer ajoute:

Lacrampe-Loustau. 2

« Sous le nom de dégénérescence graisseuse ou de transformation graisseuse des reins, on a décrit deux altérations distinctes : l’une, caractérisée par une véritable transformation graisseuse de ces organes, l’autre, dans laquelle la graisse est abondamment déposée autour du rein plus ou moins atrophié dans la scissure ou entre ses lobes. »

En 1842, Rokitanski, traitant des maladies spéciales aux enveloppes du rein, consacre un chapitre spécial à l’affection qui nous occupe. Ce chapitre est intitulé : Hypertrophie de l’enveloppe graisseuse du rein. Voilà d’ailleurs ce qu’il dit :

« La graisse qui entoure les reins s’hypertrophie, soit concurremment avec une production exagérée de graisse dans tout le corps, soit indépendamment de cette circonstance, et parfois jusqu’à un degré tel qu’elle pénètre dans le hile du rein, près du bassinet et des calices, diminue la nutrition de l’organe et entraîne comme conséquence l’infiltration graisseuse du tissu rénal avec pâleur et anémie de ce tissu. »

En 1853, M. Charles Robin présente à la Société de biologie une nouvelle observation que nous reproduirons plus loin dans tous ses détails, parce qu’elle est un exemple de cette tumeur graisseuse décrite par quelques auteurs sous le nom de fibro-lipome. Disons de suite qu’elle était du volume d’un œuf et n’occupait que la partie supérieure du rein et était située au-dessous de la capsule fibreuse.

Dans la même année, Todd et Bowman publient dans la Cydopedia of Anatomy un travail dont voici les conclusions. La transformation graisseuse du rein offrirait trois formes : dans certains cas d’atrophie de la texture du rein provenant de formation kystique, de pyélite chronique d’origine calculeuse ou simplement inflammatoire, il se

fait, disent-ils, une accumulation abondante de graisse dans le tissu adipeux entourant le rein, et le produit nouveau empiète sur la propre substance de la glande.

Un développement anormal de graisse peut avoir lieu encore dans le tissu du rein en même temps que l’organe s’atrophie. Peut-être est-elle la cause de la maladie ; le plus souvent elle en est l’effet. Dans quelques cas rares, enfin, le rein acquiert la couleur et plusieurs propriétés du foie gras; il graisse le papier.

M. Houel, dans son Traité d’anatomie pathologique, paru en 1857, fait également allusion à l’affection qui nous occupe. Il fait remarquer que selon lui et selon M. Cruveilhier, la substance rénale elle-même n’est dans aucun cas envahie par la graisse, mais que le plus souvent, l’organe est atrophié, ratatiné, mais toujours logé intact dans un point de la masse graisseuse ; il ajoute que M. Laboulbène a signalé une observation contraire à cette opinion, dans laquelle la substance corticale et la substance tubuleuse étaient envahies pardes dépôts graisseux multiples qui les avaient détruites. Dans la substance tubuleuse à l’œil nu, V altération graisseuse avait la plus grande ressemblance comme aspect avec celle de la transformation graisseuse des muscles , et l’examen microscopique a montré que dans ces points la graisse s’était en effet substituée aux éléments normaux de la glande qui avait disparu,

Dans la Gazette médicale de Paris, 1859, M. Godard a publié un mémoire très remarquable, intitulé : Recherches sur la substitution graisseuse du rein. Après avoir donné l’opinion de tous les auteurs qui ont écrit avant lui sur ce sujet, il signale à son tour une observation longue et détaillée et donne enfin les conclusions suivantes :

« Je n’essaierai pas, en rappelant les faits principaux

qu’elle présente, de tracer l'histoire de cette maladie ; je crois que pour cela il faut des documents plus complets et plus nombreux. J’insisterai seulement sur la différence existant entre l’infiltration des granules graisseux dans l’épithélium du rein, accident que l’on rencontre surtout dans la néphrite albumineuse, et la substitution graisseuse du même organe, qui résulte et coïncide le plus souvent avec la présence de un ou plusieurs calculs dans l’uretère ou dans le bassinet. Je pense que ces deux maladies sont distinctes et ne peuvent se transformer l’une dans l’autre.

« Tandis que la première se traduit par des accidents bien connus : l’albumine dans les urines, l'ascite, infiltration de la face et des membres, la seconde arrive insidieusement sans que rien ne la fasse supposer. »

A partir de cette époque, jusque dans ces dernières années, rien n’a été signalé, aucune observation n’a été publiée sur le sujet qui nous occupe. Cette lacune est due, sans doute, d’une part, à l’absence d’intérêt clinique qui s’attache aux tumeurs graisseuses du rein, d’autre part, à la direction donnée dans ces dernières années à l’étude des maladies de cet organe, étude dirigée complètement vers la connaissance des différentes espèces de néphrite.

Dans ces dernières années, quelques lignes seulement ont été consacrées par M. Lancereaux à Tarticle Rein (Pathologie du Dictionnaire de Dechambre) ; nous les reproduisons à titre de document, quoiqu’elles ne paraissent pas absolument conformes aux observations que nous avons trouvées dans les auteurs, et à 1 observation que l’on trouvera dans notre thèse :

« L’affection lipomateuse des reins, dit M. Lancereaux, plus commune que les myxomes, est quelquefois la cause d’accidents sérieux. Cette affection est anatomiquement

caractérisée par la présence dans la substance du rein, la substance corticale notamment, de petits nodules de la grosseur d’une cerise ou même plus volumineux. Nés aux dépens du tissu conjonctif ou interstitiel, ces nodules forment des tumeurs lâches et molles qui étouffent et remplacent une partie du parenchyme sécréteur; ils sont composés d’un tissu graisseux, parfaitement développé, modérément vascularisé et parfois lobulé. Circonscrit et limité à un seul organe, le lipome du rein est sans gravité et ne se révèle par aucun signe appréciable ; il n’en est pas de même lorsqu’il envahit les deux organes dans une certaine étendue, car la destruction du parenchyme rénal peut être alors suivie d’accidents urémiques. »

Enfin dans ce même Dictionnaire, à l’article Lipome, M. Tripier s’exprime de la manière suivante :

« De même que les lipomes de la mamelle, les lipomes périnéphrétiques sont circonscrits ou diffus, A l’autopsie, on n’a pas toujours d’altération du parenchyme rénal mais, d’ordinaire, il existe une lésion concomitante (atrophie, hydro-néphrose, calculs), ce qui pourra faire discerner le point de départ de la production morbide : question capitale, lorsqu’on présence d’une tumeur abdominale, comme cela arrive si fréquemment chez la femme, on est mis en demeure de se prononcer sur l’opportunité de l’intervention chirurgicale. Constamment ces tumeurs ont donné lieu à des erreurs de diagnostic pendant la vie. »

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