‹ Essai sur l'adipose du reinChapitre 6 sur 8 · PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUE · texte numérisé non relu

PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUE

Lorsque, en 1835, on présenta à la Société anatomique le premier cas du lipome néphrétique, M. Cruveilhier fit observer que le calcul placé à l’orifice supérieur de l’uretère empêchait l’écoulement de l'urine, amenait probablement un arrêt des fonctions sécrétoires du rein, d’où atrophie de l’organe et surcharge graisseuse, comparant ainsi le rein aux muscles de la jambe, longtemps immobilisés dans des appareils inamovibles. Dans son mémoire, M. Godard combat vivement cette interprétation; il se demande pourquoi, en admettant cette explication, les lipomes du rein sont si rares, alors que les calculs sont si fréquents. Cette objection spécieuse ne nous semble pas

raisonnable, car, en admettant que le refroidissement puisse occasionner une pneumonie, il ne s’ensuit pas que tous les gens qui se refroidissent doivent avoir une pneumonie. Nous admettons volontiers la pathogénie de l’adipose rénale par l’obstruction de l’uretère par des calculs ; malheureusement la lithiase n’a pas été constatée dans l’unanimité des observations, mais seulement dans la grande majorité des cas.

Nous nous trouvons dore amené a interpréter les faits d’une manière un peu différente de celle de M. Cruveilhier.

En effet nous admettons que, chez presque tous ces individus, un calcul, placé dans le bassinet, a amené 1 atrophie du rein et l’envahissement de cet organe par la graisse venue soit du hile, soit de la partie externe de la capsule

d’enveloppe.

La meilleure manière de répondre à l’objection de Godard, c'est que les calculs n’ont pas l’habitude de s’arrêter ni dans le bassinet, ni au sommet de 1 uretère, mais d’être apportés dans la vessie ou même en dehors; ce n est donc que dans des cas tout à fait exceptionnels qu’ils s’enclavent ou qu’ils s’arrêtent par une autre raison que nous ne chercherons pas à expliquer, et amènent petit à petit la suppression fonctionnelle du rein : c’est ce qui nous explique pourquoi ces calculs ne donnent pas lieu aux accidents de la lithiase rénale; c’est ce qui explique aussi pourquoi on n’observe jamais d’accidents urémiques, parce que le travail d’atrophie, se produisant lentement, a le temps de s’habituer à l’élimination d’une quantité beaucoup plus grande de matières extractives, c’est-à-dire au remplacement fonctionnel du rein malade.

Les choses ne se passent pas toujours d une manière aussi simple, et quand l’étouffement du rein par la graisse

n’arrive pas aussi rapidement que d’ordinaire, on voit survenir comme complication de l’adipose des accidents redoutables, dus en grande partie à la stagnation de l’urine dans le rein. Ces accidents sont, par ordre de fréquence : hydro-néphrose, le phlegmon périnéphrétique, la pyélo-néphrite et même la néphrite suppurée.

Les accidents urémiques mortels n'ont été constatés qu’une seule fois dans un cas où les deux reins ont été pris simultanément.

Pour nous conformer à la manière de faire de la plupart des auteurs, nous avons classé nos observations en deux espèces : les lipomes intra-néphrétiques et les lipomes périnéphrétique? , mais notre opinion sincère, est que tous proviennent du tissu cellulo-graisseux qui sert d’enveloppe au rein. Les lipomes intra-néphrétiques, étendus

à de la graisse, fusent le long du tissu conjonctif qui part de

cette capsule pour s’enchevêtrer d’une manière très minutieuse dans toutes les parties de l’organe urinaire.

Ce qui nous semble le plus remarquable, en tout cas, et parfaitement démontré, c’est que le rein qui peut être détruit de tant de manières, étouffé par la suppuration, par le tissu conjonctif, peut être aussi sous l’influence d’un tissu sur lequel on n'a guère appelé l’attention : il peut être étouffé par la graisse ; c’est là un point de pathologie générale qui nous a semblé utile et intéressant de mettre en relief.

Reste à expliquer la production des lipomes néphrétiques chez les gens qui n’ont pas présenté de calculs à l’autopsie.

Se fondant sur ces cas, on a dit que la production lipomateuse n’avait rien de commun avec les calculs, que chaque fois qu’on les rencontrait ensemble, le lipome

était sans doute antérieur au calcul, et que ce dernier se

produisait consécutivement.

Cette objection apparente nous semble en contradiction avec la production habituelle des calculs ; ceux-ci, en effet, ne pourraient pas se produire par des dépôts venant d’un rein atrophié, par conséquent ne fonctionnant pas. Nous pensons au contraire que le lipome et l’atrophie rénale sont tous les deux la conséquence de la lithiase. Quant à l’explication physiologique des cas où on n’a pas trouvé de calculs, nous n’avons pas à en donner. Nous admettons seulement et tout le monde admettra avec nous que des raisons autres que les calculs peuvent amener l’atrophie rénale et par suite l’adipose.

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