SYMPTOMES ET DIAGNOSTIC
Ce chapitre est court et presque inutile, n’en prendrions-nous comme preuve que ce fait, que la rencontre des lipomes néphrétiques à l’autopsie chez des gens qui se portent admirablement bien : c’est là le cas habituel.
Il n’en a pas été de même dans l’observation inédite qu’on a bien voulu nous communiquer.
Dans ce cas, en effet, il est facile de dire à quel moment précis a commencé la complication du phlegmon périnéphrétique. Ce moment bien établi, il est incontestable que la veuve Sèches avait remarqué auparavant chez elle différents symptômes qu’il est bon de noter en passant. Le premier, c’est l’amaigrissement, la perte des forces, la di-
minution de l’appétit, en un mot, sans avoir de symptômes fébriles, on se trouvait là en présence d unepersonne faisant une maladie chronique. A ce symptôme viennent rajouter des douleurs très vagues, profondes, n’ayant aucun des caractères de la colique néphrétique ; à cela se bornaient tes symptômes propres,de sa tumeur du rein. Nous ne pensons pas que ce soient là des signes suffisants pour reconnaître une affection quelconque du rein.
Et puis plus tard, quand le phlegmon périnéphrétique se fut développé et qu’on sentait en avant une tumeur nette de la forme du rein et beaucoup plus volumineuse que lui, était-il permis de songer à un lipome rénal ? En présence du teint cachectique de la femme, c’est plutôt à l’idée d’un cancer du rein qu’on se serait rattaché, et c’est ce qu’ont fait en effet MM. Labbé et. Marc Sée. En un mot, nous croyons qu’il est presque impossible de diagnostiquer sur le vivant les lipomes du rein.
Un fait qui nous a frappé cependant, c’est que, dans toutes les observations de cancer du rein que nous avons lues, dans tout ce qui a été écrit sur le môme sujet, nous n’avons jamais vu signaler, comme complication de ces tumeurs malignes, le phlegmon périnéphrétique. Il nous reste donc un doute dans l’esprit, au sujet du cas de la veuve Sèches, et nous nous demandons si, en présence d’un nouveau cas de lipome périnéphrétique repoussant en avant un rein d*un volume triple de son volume normal, nous ne rejetterions pas, malgré la cachexie, l’idée d’un cancer pour admettre, sous toutes réserves, l idée d’un lipome périnéphrétique.
Les autres complications, signalées dans les observations que nous avons rencontrées dans les auteurs, sont l'hydronéphose., la néphrite suppurée, la pyélite.
M. Després, dans son traité intitulé : Des diagnostics des tumeurs, dit en parlant de l’hydronéphrose .
« L’hydronéphrose est quelquefois précédée de coliques néphrétiques et de maladie calculeuse du rein, mais d autres fois la tumeur apparaît subitement sans que les malades aient conservé d’autres souvenirs que ceux de douleurs du rein. L’hydronéphrose double même, jusqu’à ce que toute expulsion d’urine soit empêchée, ne cause pas d’accidents graves.
« Les grosses hydronéphroses, du volume d’une tête d’enfant même, sont compatibles avec une bonne santé générale. J’ai vu dans le service de M. Cazalis, à la Salpêtrière, un de ces kystes chez une femme morte de pneumonie. La tumeur, pendant la vie, était ronde, globuleuse, tendue, mais fluctuante, et occupait exactement la région du flanc gauche. La fosse iliaque de ce côte était libre. La tumeur jouissait d’une certaine mobilité. A ces signes il était impossible de croire à un kyste de l’ovaire. Comme le développement de cette tumeur remontait a de très longues années, et comme elle était régulière, sans bosselures appréciables, il était naturel de repousser foute idee de cancer. Quand la tumeur est encore plus volumineuse que celle dont il vient d’etre question, cjuand elle descend dans la fosse iliaque, il est possible de la prendre pour un kyste ovarique, ainsi que cela est arrivé. Mais si on recherche comment le mal a débuté, si 1 on apprend qu il existait dans le flanc avant d’arriver dans la fosse iliaque, il est possible de préciser le diagnostic. »
Devant de pareils symptômes, il est absolument impossible de songer au lipome du rein.
La pyélite et la néphrite suppurée, quand elles viennent compliquer la tumeur graisseuse du rein, présentent un
ensemble de symptômes tellement graves, qu’ils dominent toute la scène, et empêchent par conséquent toute idée de tumeur rénale.
Nous avons vu d’autre part que les calculs, qui sont presque constants dans nos observations, ne se sont même pas révélés dans la plupart par des coliques néphrétiques. Ces coliques, fussent-elles parues, que personne ne songerait jamais à la possibilité des lipomes comme complication de la lithiase rénale.
En résumé, ni les symptômes, ni les complications ne parmettent de diagnostiquer pendant la vie les lipomes du rein. Il doit être fait une exception pour les phlegmons përinéphrétiques qui repoussent en avant la tumeur graisseuse, permettant de la palper par les parois abdominales et d’amener, non pas un diagnostic, mais au moins l’incertitude et une discussion clinique.