CHAPITRE IV
Développement de la rate.
Le développement de la rate chez l’homme et chez les vertébrés supérieurs, n’a pas encore été étudié d’une facon complète, Les auteurs ne sont pas absolument d’accord sur le moment de son apparition; alors que Robin le signale au 38° jour sur un embryon de 17 à 18", comme un soulèvement du renflementstomacal; Meckel la fait apparaître dans le cours du 2° mois, dans le mésogastre: Kalliker à la fin du 2° mois; Arnold, vers la 7° ou 8° semaine.
Le siège exact du développement de l'ébauche splénique est aussi très discuté : Arnold et Bischoff soutiennent que la rate provient d’un blastème, dérivé lui-même des parois intestinales et commune à la rate et au pancréas; mais il est admis que la rate est d'origine mésodermique, alors que l'intestin provient de lendoderme. Retterer a avancé que les g'andes vasculaires sanguines proyenaient de l'enchevétrement des deux feuillets embryonnaires primitifs, Robinet Kollikersignalent l’ébauche splénique dans le mésogastre. Aujourd'hui l’origine mésodermique de la rate est
bien admise et toujours on la fait dériver du mesentère intestinal, tantôt du mésoduodénal, tantôt du mésogastre. Chez les autres mammifères, Pérémeschko, Kolliker, Muller en placent l’origine dans le mésogastre. Chez le poulet, pour Balfour et Muller, elle naît aussi dans le mésogastre ; His et Gray la figurent dans le mésoduodénal; Mathias Duval la représente vers le milieu du 6° jour, faisant une saillie dans le mésoduodénal, en arrière de la veine omphalomésentérique, se continuant avec l’ébauche du pancréas et formant un bourrelet légèrement proéminent dans la cavité pleuro-péritonéale. Chez la grenouille et la tortue, Muller la place dans le mésoduodénal; pour Laguesse, il en est de même chez les poissons.
Quant à la nature de cette saillie mésodermique et à son
développement ultérieur, nous ne pouvons mieux faire que de citer letravail récent de M. Laguesse, sur « Le développement de la rate chez les poissons osseux. » On y trouve beaucoup de points communs avec les quelques observations faites sur le développement de la rate chez l’homme, qui
permettront peut-être d’entrevoir par analogie, le déve-
loppement de c2t organe chez les vertébrés supérieurs. Chez les sélaciens, le mésenchyme intestinal est d’abord formé de cellules étoilées, irrégulières, anastomosées, formant par leur réunion un tissu lâche, aréolaire, avec une quantité assez considérable de liquide gélatineux comblant les interstices laissés libres entre les cellules; ce tissu, au moment de la formation de l’ébauche splénique, prolifère abondamment pour devenir dense et serré. De nouveau il y a ensuite condensation du protoplasme autour de certains noyaux cellulaires et formation de nouvelles cavités inter-
. cellulaires; dans ces alvéoles se trouvent des éléments Spé-
Glaux provenant aussi du mésenchyme intestinal (dela partie qui ne contribue pas à former le reticulum), et qui donneront plus tard les cellules parenchymateuses de la pulpe splénique.
Les cavités au fur et à mesure de la raréfaction du tissu augmentent en nombre et communiquent entre elles en même temps qu’il y a mise en liberté de noyaux d'origine de plus en plus nombreux. Simultanément se passe un phénomène spécial que nous allons étudier : la vascularisation de ce tissu. , à |
Gette saillie du mesoduodemun est recouverte par le péritoine formant un épithelium cylindrique stratifié analogue au péritoine du reste de la cavité et peu distinct du mesenchyme intestinal sous-jacent ; certains auteurs ont voulu voir dans la rate une production péritonéale, mais d’après M. Laguesse cette opinion est erronée.
Les cellules étoilées de cette ébauche formeront, on le devine, le réticulum splénique et la charpente fibro-conjonctive de la rate. Tout d’abord, sur de très jeunes embryons ce sont des travées larges, minces, prismatiques circonscrivant des mailles de 10 à 30 de diamètre; à ce moment il n’y a pas de noyau dans tous les points nodaux, mais ils sont très fréquents ; au fur et à mesure que s’opère le développement, les travées deviennent plus nombreuses par dédoublement des lamelles primitives, les noyaux ne prolifèrent pas, ce qui fait qu’ils sernblent diminuer beaucoup ; de plus le protoplasme cellulaire qui, au début était très sranuleux devient plus homogène de sorte qu'à l’âge adulte on obtient des travées fines de 3 / renfermant en quel-
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ques points seulement des noyaux, car, un grand nombre ont disparu par dégénérescence ét dont le protoplasme est vaguement granulo-strié. Ce développement prouve d’une facon très évidente l’origine cellulaire du reticulum splénique.
Simultanément les cellules mises en liberté dans les mailles de cé tissu se modifient à leur tour ; la couche de protoplasme qui entoure le noyau disparaît peu à peu et ce nouveau Corps ainsi obtenu constitue c2 que Pouchet à appelé le noyau d’origine qui se transformera graduellement en hématoblaste et en hématie en se multipliant par karyokoinèse et en se chargeant d'hémaglobine.
La circulation s'établit dans ce tissu aréolaire tout d’a-
bord par communication avec le sang veineux. Le tuber-
cule qui représente l’ébauche splénique et qui, au début est situé dans le mesoduodenum, appendu à la veine sousintestinale change de rapports réciproques en même temps que le tube digestif subit les modifications qui amènent la formation de PS gastro-duodénal. La rate fait un mouvement de bascule autour de son extrémité caudale : les veines (veine sous-intestinale et pancréatico-splénique) qui, à l’origine sont très développées et donnent des branches à la rate, s’atrophient peu à peu et sont remplacées par des rameaux venus de la veine sus-intéstinale. | Quoiqu'il en soit, c’est tout d’abord la veine sous-intes tinale qui pénètre l’ébauche splénique ; au niveau ou le renflement mésodermique s'attache à la paroi vasculaire, lendothélium de la veine s’invagine dans le tissu en voie de prolifération et par écartement des cellules endothéliales
la veine s'ouvre directement dans les espaces lacunaires,
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creusés entre les cellules mésodermiques, À ce moment toutes les alvéoles communiquant les unes avec les autres,
communiquent avec le système veineux et le sang vient
- baigner les éléments libres ; peu à peu et graduellement à
partir de la veine sous-intestinale, une sorte d'orientation cellulaire se fait dans ces lacunes, qui aboutit à la formation à la surface des travées d’une lamelle endothéliale qui constitue la première paroi des veines ; cet endothelium progressivement se recouvre à sa face externe de tissu
. conjonctif qui constitue une tunique vasculaire complète,
nous avons vu que chez l'adulte l'extrémité des veines était encore disposé de même.
Les artères se développent plus tardivement ; on ne peut dire exactement quand elles pénètrent la rate; mais elles s'y comportent de la même facon que les veines.
La capsule à l'origine est formée par le péritoine doublé à sa face interne d’une lamelle de tissu mésodermique légèrement condensé: sur un fœtus près de naître, cette enveloppe est nettement distincte du péritoine, elle est formée de fibres entrecroisées, anastomosées, et envoyant de nombreux prolongements à l’extérieur au milieu de la membrane amorphe qui la sépare du péritoine; ce sont ces éléments qui contribueront à augmenter l’épaisseur de la capsule par formation de couches nouvelles de fibres analogues. Du côté interne est accoilé le réseau cellulaire splénique, possédant encore ses caractères Jeunes ; ceux-ci disparaissent peu à peu, la capsule devient plus épaisse, formée de fibres conjonctives etélastiques qui s’enfoncent à l’intérieur des travées. Il n’en est pas moins vrai qu’on ne
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peut mettre en doute l’origine cellulaire de toute cette charpente de la rate.
Cette étude du développement de la rate chez les poissons, dont nous ne donnons qu’un très court aperçu, est très COMplète et très intéressante à consulter ; chez les vertébrés supérieurs malheureusement et chez l’homme surtout quelques points seulement de lFembryologie splénique ont été entrevus. |
Apparaissant vers la fin du 2° mois dans le mésogastre postérieur, l'ébauche de la rate forme une légère saillie vasculaire de tissu mésodermique en: continuité directe avec le pancréas dont elle se sépare plus tard. Au 45° jour, elle a 1" de diamètre, 2"" au 70° jour ; à ce moment l'estomac, subissant son double mouvement de torsion, et de rotation autour de son axe vertical, son bord postérieur passe à gauche quand son bord antérieur devient droit. La rate est entraînée dans ce mouvement de rotation et reste appliquée contre la grande courbure stomacale sans lintermédiaire de méso. L’épiploon gastro-splénique se développe avec le grand épiploon dont il ne constitue, somme toute, que la portion extrême gauche.
Quand à la formation du tissu splénique, on a tout lieu de croire qu'elle est analogue à la formation de ce même tissu chez les vertèbres inférieurs, Les cellules mésodermiques formeraient par le même procédé, d’une part le réticulumsplénique ainsi que la charpente fibro-conjonctive de la rate et d'autre part les noyaux d’origine des éléments parenchymateux de la pulpe, pendant que s’établirait, d’une façon identique, la vascularisation de cette portion du mésoderme au dépens de la veine omphalo-mésentérique.