RARES
que l'on trouve dans la littérature médicale ; quant à la multiplicité de la rate, elle est beaucoup plus fréquente.
De nombreux cas ont été signalés : ce sont ceux de Martin qui observe une rate surnuméraire dans le ligament gastrosplénique ; de Bérard, qui trouve de petites masses grosses comme des noix, de tissu analogue au tissu de Ja rate et appendues où même incluses dans le bord gauche du foie ; de Nivet qui trouve une rate surnuméraire coiffant la tête de l'organe principal ; de Pigné qui autopsie un fœtus monstre possédant deux rates d’égal volume ; de Vidal et de bien d’autres encore. Ce nombre peut d’ailleurs être plus considérable : Sappey découvre sur le même individu où la glande est normale, une petite rate dans le ligament pancréaticosplénique et deux autres dans le bord gauche de l’épiploon ; il rapporte que Duverney trouva à la même autopsie 3 et 4 rates, Patin 5, Baillie 5, Cruveilhier 7 et Otto put en compter 23. Ces derniers Cas sont, on le comprend, des faits assez rares.
Le docteur Vallée dans sa thèse sur «la rate chez l'enfant », dit que 2 fois sur 5 autopsies, il trouva une ou plusieurs rates surnuméraires ; sa statistique porte sur 50 enfants. Ce chiffre semblera, je crois, à beaucoup d'anatomistes quelque peu exagéré ; dans mes observations, je trouve 25 autopsies d'enfant avec 3 cas de rates supplémentaires, ce qui rend ma moyenne très différente de celle du docteur Vallée.
Je dois dire ici qu’il m'est arrivé plusieurs fois au début de mes recherches de trouver soit dans le ligament pancréatico-splénique, soit dans le ligament gastro-splénique de petites masses rouges, assez fortement colorées, rondes
ou ovoides, plus ou moins dures que je pris pour des
rates supplémentaires; un examen plus complet me démontra que j'étais en présence de ganglions lymphatiques hypertrophiés souvent nombreux chez les petits enfants morts athreptiques. Ces masses, d'ailleurs, n'étaient pas appendues à des vaisseaux nés de l'artère splénique comme c’est le cas pour les rates surnuméraires. Celles-ci siègent le plus souvent dans le ligament gastro-splénique, comme nous l'avons constaté 2 fois chez l'enfant (Obs. 7 et 22), une fois chez l'adulte (Obs. 20), ou encore dans le ligament pancréatico-Splénique, ce qui était le cas pour un enfant (Obs. 10), et pour un adulte (Obs. 12). Nous avons dit que Nivet en avait trouvé dans le ligament suspenseur de la rate, Seppey dans le bord gauche du grand épiploon, Bérard dans le bord gauche du foie. Mon ami, le docteur Carpentier, a présenté à la Société de médecine du Nord, une rate mul- tiple composée de 4petits fragments sphéroïdes placés autour de deux masses principales ; tous les fragments étaient séparés et recevaient un rameau vasculaire distinct.
3. Couleur, — La couleur de la rate, ordinairement uniformément rouge lie de vin est sujette à des variations. Si on ouvre l’abdomen d’un chien vivant, on trouve cet organe d'un rouge vif, quelquefois un peu moins coloré; chez d'autres animaux domestiques la rate est un peu plus päle à cause de la couche de graisse dont elle est entourée. Chez l'homme, comme je viens le dire, la teinte ordinaire est la teinte lie de vin plus ou moins foncée.
A la naissance la couleur de la rate humaine se rapproche de celle de la rate de chien, elle est d’un beau rouge ; cette teinte s'accentue peù à peu, surtout pendant les premières
années ; dans la vieillesse elle pälit un peu, devient d’un gris
sale, elle présente quelquefois une légère teinte ardoïisée.
Cette coloration de la rate est d’ailleurs sur l’homme assez dflicile à observer ; il est rare au cours d’une autopsie de trouver une rate uniformément teintée; la putréfaction cadavérique, l’hypostase, même 24 heures après la mort déterminent dans les points déclives une coloration très foncée. Le voisinage de l’estomac et du colon viennent encore par leur contact ajouter à la variété des tons.
Des plaques cartilagineuses, ossiformes que l’on rencontre à la face externe de la glande forment des taches blanchâtres sur le fond rouge de l'organe.
Ïl faut signaler encore une grande source de variations de coloration, c’est l’état pathologique de la rate. Toutes les pyrexies, en général, agissent sur cette glande en la congestionnant, c’est-à-dire lui donnent une teinte foncée ; on sait en effet que c’est le sang contenu dans l'organe qui lui donne sa couleur caractéristique. Si on hydrotomise un cadavre entier ou la rate séparément, on obtient une masse grisatre que l’on n'arrive cependant pas à décolorer complétement ; c’est l’hémoglobine fixée dans le strome de la rate qui l'empêche de devenir tout à fait grise.
4, Consistance. — Nous pouvons rapprocher la consistance de la couleur, car les facteurs qui font varier l’une, modifient souvent d'autant la seconde.
D'une consistance molle chez l'adulte, la rate est plutôt un peu plus ferme chez l’enfant ; elle cède très facilement à la pression du doigt surtout quand elle est détachée de ses vaisseaux et ligaments ; mais si l’on injecte dans l'artère
splénique de l’eau où un liquide quelconque à une pression
AT
ordinaire, on sent la masse se tendre immédiatement dans la main et offrir un peu de résistance, Elle se déchire néanmoins avec facilité en faisant entendre un bruit spécial que certains auteurs ont comparé au cri de l’étain qui se rompt.
Sous l'influence des maladies infectieuses, elle se ramollit au point de se transformer en bouillieau moindre effort; par contre, sous l'influence de causes peu connues, des plaques crétacées, ossiformes ou cartilagineuses peuvent se développer dans sa capsule, y formant des noyaux durs et résistants, dans ce cas, le reste de l'organe n’en reste pas moins friable et cassant.
5, Forme.— Les auteurs classiques, avec Sappey, sont tous ‘à peu près d'accord pour attribuer à la rate la forme d’un segment d’ellipsoide à grand axe vertical ; il est vrai qu’ils ajoutent que l’on rencontre de temps en temps une rate dont la forme diffère quelque peu de ce type admis. Assolant, dans sa thèse, dit que la forme la plus commune est celle d'une pyramide triangulaire à bords curvilignes et à base située en haut; Vallée, plus récemment, soutient qu’elle est applatie de dehors en dedans, allongée de haut en bas, et se rapprochant de la forme d’un prisme quadrangulaire dont les angles, le sommet et la base seraient arrondis et tronqués.
On voit, par ces quelques lignes, combien les avis sont partagés sur cette question ; mes recherches, d’ailleurs, m'ont confirmé sur ce fait qu’il était impossible de donner une définition s’adaptant à tous les cas; bien plus, j'étais persuadé qu’une description spéciale était nécessaire pour chaque rate, aussi ai-je, dans chacune de mes autopsies, consigné scrupuleusement mes résultats sur la forme et les dimensions
de l'organe, Ce n'est qu'en comparant, en fin de compte, toutes ces notes, que je suis arrivé à réduire tous ces types différents au minimum de trois grandes classes et encore, devrai-je faire suivre l'exposition de chacune de ces grandes catégories, de la description de quelques rates présentant la forme générale décrite avec quelques légères modifications.
Tout d'abord, je dois signaler un fait qui m'a étonné : partout j'avais lu que la rate présentait deux extrémités, dont l’une, la tête, située en haut par rapport à la seconde. était plus volumineuse que celle-ci. Or, j'ai trouvé des cas de ce genre, mais j'ai rencontré aussi et avec une égale fréquence, des rates dont les deux extrémités avaient le même volume; d’autres dont la tête était plus petite que la queue. Ce ne sera pas là pourtant la caractérisque des types que je vais décrire.
DCI PEL
La forme générale de ce type est celle d'un segment d'’ellipsoïde à grand axe vertical ou, si on préfère, d'un gâteau allongé dans le sens vertical, à bords tranchants, à faces l’une convexe et l’autre plane ou légèrement concave.
Une coupe faite verticalement donne la figure 1, une coupe horizontale est représentée par la figure 2. Ces coupes sont faites à la même échelle,