GENRE I
Transformations osseuses du Tissu cartila'-
gineux.
L'analogie est sî grande entre les tissus cartilagineux et osseux » qu'il ne faut pas s'étonner de la irëquence de rossitication des cartilages^ L'état cartilagineux est un intermédiaire nécessaire pour arriver a l'état osseux. Les os sont des cartilages , plus du phosphate calcaire. Toute partie dure qui n'offre pas une base cartilagineuse doit être rangée parmi les concrétions les pétriHcations (i),
La Iransformalion osseuse des cartilages articulaires d(^s articulations continues est la suite naturelle des progrès de l'âge. A mesure que
(i) Pourquoi, dans l'ostéogënie, Tossification , qui envahit tout l'os cartilagineux, respecte-t-elle \es cartilages articulaires qu'aucune ligne de démarcation ne sépare alors du reste de l'os? Seroit-ce, comme on l'a pensé, k cause des mouvemens des os ? mais rien ne confirme cette idée. Je ne connois pas de recherches qui aient eu pour but de constater le mode d'union du cartilage articulaire avec l'extrémité spongieuse de l'os. Sur un cadavre , dont la synoviale du genou étoit rouge et épaisse, et les extrémités spongieuses du tibia et du fémur très-injectées, nous avons trouvé, M. Serres et moi, les cartilages articulaires peu adhérens à l'os, dont ils étoient séparés dans que]qu?s
A T l'i A N S F O R M A T 1 O IV S
l'on avance vers la vieillesse, la désarliculalion des os du crâne devient de plus en plus difficile j la couche cartilagineuse qui unit leurs surfaces ou engrenées ou juxtà-posëes diminue, et enfin arrive une époque où tous les os du crâne ne forment plus qu'une seule pièce : alors cette boîte osseuse résiste seulement par sa forme sphérique et sa solidité : les fractures sont beaucoup plus faciles. — Les cartilages articulaires libres ne s'ossifient jamais tant qu'ils restent libres. Une fois j'aurois pu m'en laisser imposer , si je n'a- Vois remarqué qu'il y avoit usure du cartilage €t non point ossification : c'étoit dans un cas de rhumatisme articulaire et musculaire général terminé par suppuration. Le malade succomba. INous trouvâmes du pus dans les articulations, dans l'épaisseur des muscles , et une usure des cartilages articulaires du tibia , des têtes de Thn-
points 5 leur face adhérente comme chagrinée, Iiérissée de petits prolongemens qui s'enfonçoienl dans la substance osseuse. Nous les avons déchirés en divers sens, et les surfaces de la déchirure nous ont présenté des fibres disposées «uivant la longueur de l'os. Cette observation , que j'avois déjà eu occasion de faire sur une fracture de rotule parvenue au vingt-cinquième jour sans aucune espèce de travail, démonlre que le cartilage est formé de fibres perpendiculaires à la surface de l'os sur laquelle elles s'implantent.
ET PRODUCTIONS ORGANIQUES. 5k
mërus et du fémur. — Ou lie daas un bulletin de la Sociélëanatoinique (i) robservation d'une altëralion remarquable des surfaces articulaires des condyles du fémur et de la rotule. Ces surfaces ofû oient , au lieu de cartilages et de synoviale , une coucbe dense , très-dure , d'un aspect vitreux , sillonnée de cannelures longitudinales ; des portions de synoviale existoient encore dans quelques points de rarticulalion,et îie paroissoient point affectées. Une concrélion moins dure que l'os e'toit mobile dans l'articulation. — Pitetj secrétaire de la Société, trouva une altération analogue des surfaces de l'articulation métacarpo-pbalangienne du pouce. - — J'ai observé la mêmfe altération sur les surfaces articulaires correspondantes du fémur et du tibia d'un cbeval. - — Si l'intlammatiou s'empare de la synoviale , si les cartilages deviennent adliérens entr'eux, la transformation osseuse se fait avec une extrême facilite'; il y a ankylose vraie. J'en parlerai plus bas.
Les cartilages qui servent à former des organes ou des cavités s'ossifient très-facilement. Il est rare d'ouvrir un individu uu peu avancé en âge sans trouver le larynx et les cartilages costaux ossifiés. Aussi Morgagni semble- t -il noter
(i) Bibliothèque médicale , an i-f'
comme UDe chose exlraordioaire le déffiiu d'ossification des cartilages costaux sur une vieille femme de soixaute-qualre ans (i). J'ai déjà dit que la phlhisie tuberculeuse est fréquemment accompagnée de cette ossification. Parmi les cartilages du larynx, le thyroïde et le cricoïdey sont le plus sujets. Morgagni assure n'avoir jamais trouvé ossifiés les cartilages aryténoides (2) ; <juas nunquani ossefactas sidère -potuimiis» En voici trois observations.
ler Exemple. Un bomme âgé de quarante ans mourut d'une phtbisie laryngée ettracbéale, avec carnificalion de la partie postérieure du poumon gauche et dégénération tuberculeuse du droit. Les cartilages thyroïde et cricoïde étoient ossifiés; celui-ci dans la moitié interne de son épaisseur seulement, le thyroïde dans toute son épaisseur. Le passage du cartilage à l'os étoit brusque ; la portion osseuse étoit très-rouge et pénétrée de suc médullaire de même couleur. La porûon cartilagineuse étoit remarquable par sa blancheur, et présentoit,daus son épaisseur, des vacuoles et quelques points jaunâtres qui indiquoient une ossification commençante ; les cartilages aryténoïdes étoient ossifiés à leur cen-
(i) Ep. xxiii, 6.
(2) Adv. anat,, anldmadi^. 11^
tre. Uq fait assez exlraordiaaire, c'est que, dans plusieurs endroits , une portion cartilagineuse ëloit environnée de tous côtés par une couche osseuse ; Tépiglotte, très résistante, épaisse, trèspeu flexible, jaunâtre, nae parut bssifiée au premier abord ; mais elle étoit seulement cartilagineuse.
2« Exemple. Le 12 décembre i8i5, nous avons ouvert le corps d'un homme mort de phlhisie laryngée et pulmonaire, bien constatée pendant la vie. L'ulcératiou occupoit la paroi postérieure du larynx, et s'étendoit d'uil cartilage aryténoïde à l'autre , et de haut en bas, depuis l'ouverture supérieure du larynx jusqu'à l'extrémité antérieure des cordes vocales ; la membrane muqueuse , les fibres les plus internes du muscle aryténoïdien étoient détruites. Les cartilages cricoïde , thyroïde , étoient ossifiés. Cette ossification consistoit en une substance spongieuse, tantôt très-rouge, pénétrée de sucs, molle, tantôt dure, blanchâtre; les cartilages aryténoïdes étoient presque entièrement ossifiés : l'un d'eux étoit dénudé et carié. Les cartilages des côtes étoient tout-àfait osseux.
3e Exemple. Le i5 décembre i8i5, mourut encore un homme qui avoit offert tous les symptômes d'une phlhisie laryngée ; et dans les der-
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niers temps de sa vie , tous ceux d'iiue congestion des poumons. A l'ouverture, nous vîmes l'ëpiglotte épaissie, les replis muqueux qui forment les côtés de l'ouverture du larynx parfaitement sains, la glotte très-rétrécie. Le larynx, fendu à sa partie postérieure , ne nous offrit d'ulcération qu'à la base de l'aryténoïJe droit , qui étoit ossifiée et dénudée. Une substance blanchâtre , très-dense, offrant l'aspect des cartilages intervertébraux , euvironnoit de tous côtés les cartilages aryténoïdes , remplissoit l'espace triangulaire qui se trouve sur les côtés de l'orifice supérieur du larynx , tapissoit le cartilage cricoïde et adhéroit fortement à la membrane muqueuse épaissie. Le cartilage thyroïde étoit ossifié; le cricoïde offroit tous les degrés de l'ossification, depuis quelques points jaunâtres, jusqu'à l'ossification complète du tiers interne de son épaisseur (i).
En général , l'ossification commence par le centre du cartilage, et s'annonce par un point
(i) Les poumons n'offroient aucun tubercule; ils e'ioient mollasses , pe'nélre's d'une quantité considérable de sérosité , très-pesans : l'un d'eux étoit hépatisé à sa parlie postérieure. Cette observation prouve que la pbthisie laryngée n'est pas toujours la suite de la phthisie pulmonaire; car, bien certainement , l'altération observée duTos le
jaunâtre el par des vacuoles qui se remplissent bientôt de suc médullaire. Cette ossification s*étend peu à peu, et envahit toute l'épaisseur du cartilage. Bichat prétend que l'ossification du cartilage arlicuiaire commence par la surface, sans citer d'observation à ce sujet.
C'est au moyen d'un cal osseux que se réunissent les fractures des cartilages. M. Mageri' die a, je crois, le premier noté ce fait curieux, dans un Mémoire lu à la Société analomique. M. le docteur JDesoër trouva sur un cadavre plusieurs fractures consolidées des côtes et de leurs cartilages. Il m'a donné une de ces côtes: la fracture du cartilage est enveloppée d'une virole osseuse, tout-à-fait analogue au cal des os.