‹ Essai sur l'anatomie pathologique en général, et sur les transformations et productions organiques en particulier; (volume 2)Chapitre 6 sur 50 · GENRE V · texte numérisé non relu

GENRE V

Ossifications des artères.

Je place ces ossificalions à côté de celles du système fibreux , à cause de leur fréquence et de Tanalogie qui existe entre la membrane propre des artères, qui est souvent le siège de ces ossifications, et le système fibreux. J'ai déjà dit que M. Dupuytren a rapproché dans ses cours cette membrane propre des ligamens jaunes des vertèbres et du ligament postérieur cervical des quadrupèdes : c'est eu effet le même aspect^laméme couleur, la même élasticité. Mais quand je considère la facilité avec laquelle le tissu artériel se déchire, la fréquence et même la nature de ses altérations , je suis porté à l'éloigner de tous les autres tissus. L'identité d'altération me paroît la meilleure preuve de l'identité de nature des tissus.

Ces ossifications artérielles sont extrêmement communes; tellement que dans les araphithéâ- Ires on s'accoutume à les regarder plutôt comme un phénomène naturel , suite des progrès de l'âge, que comme une véritable maladie. Ou les observe assez souvent sur les jeunes-gens; et, suivant la remarque de Bichat^ les mêmes ossifications qui, chez les vieillards, ne produisent

aucun accident, en déterminent de très-considerables chez les jeunes-gens. Dans l'état actuel de la science, nous ignorons si les altérations des artères déterminent des symptômes qui dépendent de la vitalité de ces vaisseaux ; nous ne connoissons que ceux qui dépendent de la gène mécanique de la circulation. Dans ces derniers temps , comme on a observé les altérations sléatomateuse , ossiforme, au voisinage des anevrysmes et dans l'épaisseur même des parois anévrysmales , on a pensé qu'ils tenoieut le plus souvent à cette altération (i). Cela est possible, très - probable même; mais cela n'est pas certain. Je dirai bientôt que ■

(i) Haller avoit , depuis long-temps, émis la même opinion *. II pense qu'un anévrysme de la crosse de l'aorte , dont il fait l'histoire , a été' produit par des lames osseuses observées au voisinage de la poche anévrysmale y car, ajoute-t-il , plus ces plaques osseuses résistent , plus le cœur , cet élastique vivant , fait effort pour surmonter la résistance : de là l'anévrysme. Aussi , toutes \es fois qu'il existe autour du cœur des lames osseuses, on trouve en même temps une dilatation des troncs de l'aorte ; hinc cjuolies circà cor ossece laminœ , loties eliam dilalaiio intrunco repetilur. Je puis assurer qu'on rencontre souvent des ossifications des artères sans dilatation , et réciproquement.

f Opusc. paiholog. , obs. xx.

j'ai VU les xnembi aues ioterue et moyenne détruites dans un petit espace, et la membrane celluleuse toute seule formant les parois artérielles sans offrir la moindre dilatation. Toujours estil résulté de ces observations sur Taltération des artères au voisinage des anévrysmes^ un nouvel argument en faveur de la méthode de Hanter , d'après laquelle l'artère doit être liée à une assez grande distance au-dessus de la maladie. Cela posé, je vais suivre ces ossifications dans les diverses parties du système artériel ; j'examinerai les accidens auxquels elles donnent lieu , suivant qu'elles attaquent telle ou telle partie; je lâcherai de fixer d'une manière précise le siège et la nature de ces ossiGcations , ce qui me conduira à jeter un coup-d'oeil général sur la plupart des altérations organiques d^s artères.

Espèce i^^^: Ossification des orifices et des %^alvides du cœur. Les zones blanchâtres (tendineuses suivant le plus grand nombre) qu'on observe aux orifices auriculo-veutriculaires du cœur sont très - sujètes à devenir cartilagineuses et osseuses , d'où un rétrécissement qui entraîne presque toujours i'anévrysme -du cœur. Cette transformation s'observe bien plus souvent dans les cavités gauches que dans les cavités droites. Cependant M. le professeur Cor^nsart a fait mouler en cire un cœur

dont Toi ifice auriculo-ventrlculaire droit ëtolt cartilagineux.

Les transformations cartilagineuses et osseuses des valvules mitrales et Iricuspides sont plus fréquentes , celles des premières principalement. Dans le mois de mars i8i5 , j'ai ouvert quatre cadavres d'individus morts de maladies du cœur : tous m'ont offert la cartilaginification et l'ossification des valvules mitraies. C'est par leur base ou par leur bord libre que commence l'ahération , parce que c'est là qu'elles ont le plus d'épaisseur : presque toujours ces valvules, unies par leur bord libre, forment une cavité conique ^ dont le sommet peut à peine admettre une plume à écrire. Quelquefois elles se dilatent sous la forme de pocbes ou de sacs ordinairement osseux. Moj^and (i) rapporte que , cbez un bomme sujet pendant sa vie à de fréquentes palpitations , il trouva Tune de ces valvules dilatée , ayant la forme d'un sac qui pouvoit admettre le pouce. Morgagnl cite une observation à-peu-près semblable (2). Ces ossifications sont tantôt lisses, tantôt comme bérissées de pointes. Doit-on penser qu'elles soient susceptibles d'une véritable carie ? M. huilier^

(i) Hist. acad. des Sciences. 172g.

(2) Epist. Axvii, 12.

ET PRODUCTIONS ORGANIQUES. Içj

lut devant la Société aDalomiqae une observation qui avoit pour titre : Carie des Dahules mitrales ossifiées chez un homme de quarante^ trois ans ; mais je prouverai que ces prétendues ossifications ne sont que des concrétions phospliatiques : donc elles ne peuvent éprouver de carie.

Les valvules tricuspides s'ossifient beaucoup plus rarement que les mitrales ; cependant elles s'ossifient , quoi qu'en ait dit BichaU On trouve dans \q Sepidchretum une observation de HorS" tius sur un calcul naissant d'une de ces valvules. MorgagniXii en avoir vu souvent (i). Senac{2) a trouvé les valvules mitrales et tricuspides abaissées , collées aux parois du cœur , trèsdures , envirounées de filets osSeux qui éloient les tendons des colonnes cbarnues. M. ComsarC rapporte dans son bel ouvrase (3) ua exemple de valvules tricuspides et mitrales cartilagineuses, surtout à leur base. On lit dans la Bibliothèque médicale (4) une observation d'ossification de ces valvules.

Ces carlilaginifications et ossifications rétré-

(i) Epis t. XXVII , 16.

(2) Traité du Cœur, t. 11, p. 455.

(5) Maladies du Cœur , p. 202, (/[) Tonae xlvii, page 18,

çissent toujours les orifices de communicalioa des oreillelles et des ventricules, et par conséquent eutraiiieiil ranévrysme du cœur, lequel est actif ou passif, suivant la force ou la foiblesse de l'individu , et celles du cœur en particulier. Ce rétrécissement a-t-il lieu à l'orifice auriculo-venlriculaire gauche , le sang ne pouvant passer dans le ventricule gauche en aussi grande quantité qu'il afflue dans l'oreillette correspondante , stagne dans cette oreillette, qu'il dilate, reflue dans les veines pulmonaires, le poumon , l'artère pulmonaire, les cavités droites; delà, une dilatation de l'oreillette gauche et des cavités droites. Dans la plupart des cas que j'ai observés , l'oreillette gauche avoit augmenté d'épaisseur, taudis que les cavités droites étoient sensiblement amincies. Ces rétrécissemens peuvent tout au plus être soupçonnés pendant la vie , les symptômes auxquels ils donnent lieu se confondant avec ceux de la plupart des autres maladies du cœur. On en sera convaincu par l'observation suivante, qui nous offre en même temps un exemple curieux d'apoplexie.

Une femme âgée de cinquante-deux ans, née d'un père et d'une mère qui moururent apoplectiques vers leur cinquante-cinquième année, ayant eu des frères et sœurs morts de la

ET PRODUCTIONS OllGAiMQUES. ^9

même maladie, éprouva elle-même une attaque d'apoplexie à l'âge de trente - deux ans. Paralytique dans les premiers temps, elle recouvra peu à peu l'exercice de ses mouvemens et de son intelligence, sans néanmoins jouir des uns et de l'autre dans toute leur pléoiuide.

Depuis un temps qu'elle n'a pas su déterminer, elle êprouvoit des battemens de cœur trèsforts, un sentiment habituel d'oppression qui augmentoit par l'effet du plus léger exercice, des réveils en sursaut, etc. — A sonarrivée, dans les premiers jours de février i8i5, elle nous présenta l'état suivant : face bouflie , pommettes et lèvres d'une couleur violette très-prononcée , membres inférieurs iuliitrés, décubitus sur le dos et sur les côtés impossible ; orthopnëe , étouiferaent , respiration courte y bruyante, baitemens du cœur très-apparens, pouls très - irrégulier , inlermittent ; presque point de sommeil.

Ces symptômes vont croissant : des sangsues sur la région cardiaque produisent un soulagement momentané; mais bientôt les membres supérieurs s'infiltrent : la malade ne peut reposer qu'en s'inclinaut en avant, et en appuyant la tête sur ses genoux ; enfin elle meurt dans la nuit du i5 au iG mars, après une longue

agonie.

ir, 4

5o TRANSFORMATIOIS'S

Ouverture» Deux choses étoieut impoflantes à examiner , le cerveau et le cœur.

Cavité encéphalique, La malade avoit élé paralytique du côté gauche : l'hémisphère de ce côté étoit saiu ; seulement le ventricule conlenoit une grande quantité de sérosité, I/hémisphère droit nous offrii, en dehors du corps cannelé, un kyste séreux qui auroit pu admettre une aveline, entouré de tous côtés par la substance cérébrale , excepté en haut , où il soulevoit un peu la paroi inférieure du ventricule, et sembioit adossé à la séreuse qui le revêt» Ce kyste étoit excessivement mince; pour le démontrer, il fallut evdever avec lui une partie de la substance cérebiale, racler avec précaution, et couche par couche, cette substance z on vit alors une membrane transparente, tout-àfait semblable à celle qui tapisse les ventricules, et parcourue par des ramifications vasculaireSo

Cavité pectorale. Les poumons adhéroieut de tous côtés au moyen d'un tissu cellulaire Irès-bien organisé. — A gauche , un demi-lilre de sérosité étoit amassé entre le diaphragme et )a base du poumon , qu'elle refouloit en haul. La partie inférieure de ce poumon étoit solide , complètement privée d'air, mais sans aucune trace d'inllammation. Le cœur nons a étonnés par son volume. Les cavités droiles étoient très-

ET PRODUCTIONS ORGANIQUES. 5l

dilatées, ainsi que roreiîlelte gauche. Je soupcoiiDai dès-lors un rëlrécissemer.t à l'orifice auriculo-veutriculaire gauche; et en effet les deux valvules mitrales, très-épaissies , cartilagineuses, etoient réunies à leurs hords libres , et ne pernieltoient de communication entre l'oreillette et le ventricule qu'au moyeu de deux petites ouvertures, dont l'une, à bords très-durs, étoit à peine capable d'admettre un tuyau de plume à écrire, et l'autre la tête d'une épingle. Une grosse colonne charnue , qui s'attachoit à une des valvules , cachoit ces ouvertures ; le sang étoit obligé de s'épancher entre elle et la cloison du cœur avant de se répandre dans la cavité du ventricule. — L'appendice auriculaire étoit rempli de sang coagule, adhérent, rouge, et paroissant organisé dans la couche qui touchoit immédiatement les parois de l'oresllelte. La membrane interne étoit épaissie, opaque ; la couche musculaire plus épaisse.

Ahdoinen, Le duodénum et le commencement de l'iléon avoieut leur face interne d'un rouge noir, et ééoient remplis de caillots de même couleur. Plus bas, Tinjection de la muqueuse diminuoit, et les maiièies contenues offroient leurs caractères accoutumés. La face interne de l'œsophage étoit rongeai re dans la plus grande partie de son étendue; la muqueuse

52 TRAWhFUlLBÎATlONS

de l'estomac ëtoit beaucoup plus coloicc. — La face ioteroe de la matrice, les couches les plus profondes de cet organe ëtoient noirâtres. Cette injection des muqueuses et la Iranssudalion sanguine tiennent à la même cause que la couleur violacée de la peau, et sont presque aussi communes.

Espèce ii. Ossitïcadon dès oî^imnes de T aorte et de r artère pulmonaire* L'ossitlcation de l'ori. gioe de l'aorte est très- commune : sa fréquence chez; les animaux a même fait admettre comme naturel un os morbifique qui a joui d'une grande célébrité sous le nom à' os du cœur. On plaçoit d'abord cet os presque indifféremment à Torigine de l'aorte ou aux valvules mitrales et .semi-lunaires; mais bientôt on ne lui donna que Ja première de ces positions. Aristote assure que cet os ne se trouve pas dans toutes les espèces. Gallen a trouvé un os conoi Je sur un éléphant , et à sa place un cartilage chez de petits animaux. Fdolan dit avoir vu vingt fois le principe de l'aorte ossi(ié. BartlioVin, Han'ée , Cheseldeu » IlaUer et une foule d'auteurs (i) rapportent des exemples semblables. Cet os a été rayé du nombre de ceux du corps humain par Vésale et

J-* - Il II — ■ — - ^1 ^

(i) Voyez Haller , Elcm. Phys. ^ 1. iv, sect. m, dô CorJis fabricâ.

Ingrassias , auxquels oot ap])]audi tous les aoatomistes qui les ont suivis. Il est rare de trouver un cercle osseux complet ; mais il ue Test pas de voir des portions de cercle plus ou moins considérables.

L'ossilicalion de l'origine de Tartère pulmonaire est extrêmement rare. Pdolan rapporte que Corn, Gemma trouva deux pelits os , Tuli à l'origine de l'aorte, l'autre à celle de l'artère pulmonaire: il en vit un qui avoit la forme d'un marteau , entre l'origine de ces deux vaisseaux. Veslingius a trouve de pelits os à l'origine de l'artère veineuse.

Esi*ÈcE m. Ossification des valvules syg^ moïcles. Elle est peut-être la plus commune de toutes les ossifications accidentelles. Il n'est personne qui n'ait eu occasion de î'o!)Server plusieurs fois : elle commence toujours par le bord adhèrent et le tubercule du bord libre, et envahit peu à peu la totaliié de ces valvules, lesquelles sont alors constamment écarte'es des parois artérielles, et bouchent plus ou moins complètement le calibre de l'artère. Macquer mourut après avoir éprouvé des palpitations , des anxiétés, une douleur derrière le sternum, et dans les derniers temps un œdème assez corisidërable des extrémités. A l'ouverture de sou corps ^ Vicq-cV Aùr trouva le cœur un peu di-

ïatë, les valvules sygmoïdes ossifiées, réunies, etrélrécissaut beaucoup le diamètre de l'artère. — Cliopart ouvrit le corps d\ui juge du tribunal de Paris, qui mourut subiteoient à l'âge de f|uaiante-cinq ans. Le cœur avoit un volume énorme, et pesoit deux livres. Le ventricule gauche étoit Irès-dilatë, ses parois épaisses d'un pouce vers le sommet. Les valvules sjgmoïdes présentoient à leur bord libre des concrétions osseuses inégales, formées d'un amas de grains dont l'ensemble offroit une espèce d'anneau saillant à l'intérieur de l'artère, et de l'épaisseur d'environ quatre lignes (i). Le seul cas où ces valvules restent appliquées conlre les parois du vaisseau est celui de leur recroquevillcment. M. Condsarb rapporte (2) l'observation d'une femme âgée de soixante-seize ans , dont les valvules sygmoï les étoient ossifiées et écartées des parois de l'artère : l'une d'elles conservoit assez de mobilité vers sa base pour pouvoir exécuter un mouvement de bascule: sans cette circonstance, le sang n'auroit eu, pour passer dans l'aorte, qu'une fente très-étroite.

L'ossification des valvules sjgmoides pulmonaires est beaucoup ])lus rare* Morgag72i tvouv a

(i) Maladies des Voies iirinaîres , part, 11, pag. 75. (2) Maladies du Cœur, p. 210 et suiv.

ET PRODdCTîONS Oî\G4XTQUES. 55

cliex une jeune fille de seize ans, malaJe depuis sa naissance , les valvules ossifiées, épaissies , et réunies de telle manière, qu'il resloit à peine, pour le passage du sang, une ouverture du diamètre d'une lentille.

Les effets de l'ossification des valvules syg* moïdes, des artères aorte et pulmonaire^ sont un obstacle au cours du sang ; d'oii la dilatation active ou passive des cavités droites, des cavités gauches, de la totalité du cœur, suivant que le rétrécissement existe à l'origine de l'artère pulmonaire ou à celle de l'aorte. Il est impossible de reconnoître àpnonVexisience de ces ossifications. Doit-on penser, avec un grand nombre de médecins anglais, que l'ossification du cœur , de l'origine de l'aorte , des valvules semi-lunaires et mitrales , des artères coronaires, soit la cause de l'angine de poitrine ou sténocardle? Suivant M. Brera , professeur de médecine clinique à l'université de Padoue y ces lésions organiques et plusieurs autres relatées par plusieurs praticiens, ne doivent être regardées que comme l'effet de la compression partielle ou générale exercée sur le coeur. C'est cette compression produite par le développement morbifique du foie, de la rate, des pou* mous, par une tumeur dans le mcdiastin,etc., qui est la cause de cet état d'angoisse, d'oppression ;

56 T K A N s F O II M A T r O N s

de douleur derrière le steruuni, qui s'étenJ à rëpaule, aux bras; de la syncope, etc., et de tous les symptômes douuës comme caraclérisliques de l'auglne de poitrioe.

Espèce iv. Ossification du tronc de V aorte et de ses divisions, il est rare d'ouvrir un individu un peu avaucë eu âge sans rencontrer quelques ossiticalions le ioug de l'aorte; cependant elles n'ont pas toujours lieu en raison directe de l'âge , et on eu trouve quelquefois de très- considérables chez de jeuues sujets : tantôt ce sont des lamelles plus ou moins volumineuses ; tantôt elles forment des quarts , des moitiés de cercle , des cylindies complets. Harvée (i) rapporte qu'une portion de l'aorte descendante éloit convertie en un tube osseux dans la longueur d'une palme ; tunicœ ejus in calaniwn et tuhuluni osseinn totaliter cancers ce. Il se sert même de ce fait d'aualomie pathologique pour rejeter la faculté pulsalive des artères. Scidtet a vu le tronc de l'aorte entièrement osseux dans l'étendue du petit doigt. Marchettis trouva l'origine de l'artère aorte ossifiée dans celle d'une palme. Uossitication , quelquefois bornée à la crosse aorlique, s'obseive souvent tout le long de son tionc. — Dans quelques

(i) Exercjt, anat, de Circuit. sang>

ET PRODUCTIONS ORGANIQUES. 5j

cas , elle occupe en même temps et le tronc de Taorte et ses principales divisions, sans que le malade ait présenté de symptômes cpi'oa puisse raisonnablement lui attribuer. D'autres fois, elle attaque exclusivement l'origine des principales artères ; Tossitication semble même affecter une espèce de prédilection pour cette origine. — Enfin, dans certains cas, elle envahit spécialement les petites artères , tandis que les gros troncs sont respectés , ou du moins ne présentent que des plaques osseuses peu considérables. Cette dernière espèce d'ossification est ex- Irêmement remarquable: c*est une cause, plus fréquente peut-être qu'on ne pense, de gangrène sénile. Il y a trois ans qu'on en observa une à l'Hôtel-Dieu , qui tenoit à cette cause. J'ai ouvert, dans le mois de juillet 1814, avec M. le docteur Pâtissier ^ le corps d'un homme mort de gangrène sénile des orteils du pied gauche. Le tronc de l'aorte offroit de distance en distance quelques taches d'un blanc jaunâtre , beaucoup moins nombreuses vers la terminaison de cette artère qu'à sa crosse. La comparaison de Morgagni y qui assimile ces taches à des gouttes de cire concrètes , comparaison goûtée par Sénacy m'a paru très-exacte. A l'origine de la sous-clavière étoit une ossification inégale , tuberculeuse^ qui n'étoit recouverte paraucone

58 TRANSFORMATIO?;s

membranei L'orifice delà carotide interne droite étoitcapillaire; ce rétrécissement ëtoit produit par une tumeur grisâtre, de consistance couenneuse, formée aux de'pens de la membrane moyenne.La carotide interne gauche etoit ossifiée à son origine, entièrement oblitérée et convertie en ligament jusqu'à l'endroit où elle pénètre dans le canal carotidien (i) ; dans le crâne , l'artère cé-

(i) Ce n'est pas là le seul exemple qui existe d'oblitération de la carotide interne. JVillis * a vu \q?> artères carotide et vertébrale droites ossifiées et oblitérées chez un individu qui n'avoit éprouvé aucun accident. AtiI. Petit** a observé celte oblitération à la suite d'anévrysme. Sur une femme de quarante ans , morte subitement au milieu de convulsions , je trouvai , entre autres altérations remarquables du système artériel, l'origine de la carotide primitive gauche complètement oblitérée par un caillot fibreux, rougeâtre , d'un demi-pouce de longueur, intimement uni à la membrane interne de l'artère. Du côté de la crosse aorlique , une petite fente existoit à l'endroit de cette origine. L'origine de la carotide externe étoit un pertuis presque capillaire : ce rétrécissement extraordinaire étoit produit par l'épaississement de la carotide primitive prête à se diviser, et l'épaississement dépendoit d'une matière jaune recouverte par plusieurs couches fibro-cartilagineuses. La membrane moyenne paroissoik intacte sous elle. Le calibre de la carotide externe et de ses branches étoit singulièrement diminué.

* Ccrehri Anat.yCap. lxx.

** Acad, des Scicac. i, I763a

ET PRODUCTIONS ORGANIQUES. 5ij

rébrale moyenne prëseoloit quelques taches; du reste, tous les vaisseaux cérébraux étoient inlacls. — Les artères brachiales éloient exemptes, d'ossifications ; les radiales formoient des cordons osseux, sensibles à travers les léi^umens; le calibre de la gauche étoit singulièrement diminué : la droite n'avoit plus de cavité ; on ne pouvoit distinguer ni membrane interne ni membrane moyenne. — Les iliaques offroient çà et là des taches et des plaques osseuses : les crurales en contenoienl un plus grand nombre; les poplitéesenétoient remplies ; les tibiales antérieures et postérieures , les péronières formoient des cordons osseux, au milieu desquels nous ne pûmes trouver de cavilé. Il en étoit de même de leurs divisions et subdivisions. Dans les iliaques crurales et poplitées, la membrane interne, intacte , recouvroit les ossihcations; plus loin cette membrane étoit ossitiée.

Espèce v. Ossification des artères cardia" ques. Cette ossification a fixé spécialement l'attention des auteurs. Crell (t) en a traité dans un ouvrage particulier. Bellini (2) dit avoir vu un calcul faisant corps avec les grands rameaux qui séparent les ventricules. Meckel a trouvé

(i) Ohs. de Arter. coron, instar ossis induratis. (2) De Mord. Pect.

6o TRANSFORMATIONS

toutes les artères coronaires pétrifiées jusque dans leurs dernières rauiificalions , tandis que l'aorte n'offroit que des écailles osseuses (i). Sénac a trouve' sur un Récollet sujet aux palpitations, les artères coronaires osseuses, et formant des rameaux semblables à des branches de corail (2). Morgagnl cite plusieurs exemples analogues. L'ossification de ces artères est extrêmement commune ; je l'ai rencontrée un grand nombre de fois, presque toujours chez des individus qui avoient en même temps des altérations semblables dans le reste du système vasculaire. L'importance du coeur a fait penser que cette ossification devoit donner lieu à des symptômes particuliers : cela peut être dans quelques cas; mais , dans l'état actuel de la science , nous n'avons aucun signe qui puisse les faire soupçonner pendant ia vie des malades.

Espèce vi. Ossification des artères cérébrales. Elle est plus rare que celle des autres parties du système artériel. Le plus souvent on n'observe dans ces artères que des taches blanchâtres : quelquefois les ossifications ont lieu dans cette partie de la carotide interne qui longe les côtés de la selle lurcique. Morgagni et Hal^

(1) Collect. acad. , t. ix , p. i5.

(2) Tome u , page 454*

ET PRODUCTIONS ORGANIQUES. 6t

1er en ont souvent observé. Corlésiiis, qui cite un grand nombre d'exemples de plaques osseuses trouvées dans cet endroit , les regarde comme naturelles et les rapporte aux os sésamoïdes (i). On a cru que ces osselets éloient formes sur la pointe du rocber. M. Portai aver-^ lit de ne pas confondre ces ossifications artérielles avec l'os sésamoide dont Riolan a parlé. Quels sont les effets de ces ossifications? JMorgagni les regarde comme une cause d'apoplexie. 11 rapporte (2) qu'il trouva sur le cadavre d'un individu mort d'apoplexie , une heure après avoir pris un vomitif, le cœur ossifié à l'endroit qui répond aux valvules mitraies et l'aorte parsemée d'une multitude de bracléolôs osseuses; en sorte, dit-il , que si j'avois pu examiner avec soin le cerveau, j'aurois trouvé d'autres ossifications. Ce n'étoit, dans ce cas, qu'une présomption; mais il avoit antérieurement observé sur des vieillards morts apoplectiques les artères cérébrales ossifiées , surtout à l'endroit oii elles se réllechissent sur les côtés de la selle turcique. Combien de fois n'aije pas vu ces ossifications et ces taches chez des

(i) MiscelL M.ed, , dec. i, c, 7, (2) Epis t. îii , 22.

62 TRANSFORMA TIO.N s

individus qui n'avoieut éprouvé aucun symptôme du côté du cerveau !

Nature des ossifications des artères.

Jusqu'à présent je me suis servi du terme X ossifications , pour désigner les transformalions ossiformes des artères; mais les artères ainsi indurées sont-elles de véritables os? Ne sont-ce pas plutôt des concrétions inorganiques, des dépôts de phosphate calcaire? Les opinions des auteurs sont singulièrement partagées à cet égard. Il en est qui rangent toutes les ossifications accidentelles parmi les phénomènes de la lithiasie , et qui n'héâitent pas à donner le nom à^pienes à la trachée et au larynx ossifiés: d'autres ne recounoisseut pas de pierres , et veulent que toutes les concrétions accidentelles soient des os. Pour décider la question , il faut établir quelles sont les propriétés caractéristiques du tissu osseux.

La disposition lamelleuse et linéaire , l'odeur fétide que répandent les parties dures jetées dans le feu; voilà les caractères spécifiques desos suivant Sénac , Morgagnl , Salzmann et autres : la disposition granulée , le détaut d'odeur par l'action du feu ; voilà ceux des pierres.

La marche que suit la nature dans la formation de ces ossifications accidentelles , l'existence

d'an parenchyme cartilagineux démontrée par la soustraction du phosphate calcaire au moyen de l'acide nitrique, nous paroisseotdeux voies hiea plus propres à nous faire connoître la nature de ces ossifications. Un mot sur la structure des artères.

Les parois arlérielles disse'quées très-attentivement, soit dans l'état de maladie, soit dans l'état d'intégrité parfaite, m'ont présenté, en allant du dedans au dehors, i°. une pellicule extrêmement mince, très-facile à déchirer, susceptible de s'épaissir beaucoup, transparente lorsqu'elle est étendue sur les parois artérielles, rougeâtre lorsqu'elle est ramassée sur ellemême, d'un rouge cramoisi dans certains cas; 2°. une membrane plus résistante, se détachant plus aisément suivant la longueur de l'artère que dans le sens transversal, d'une texture iuconnue (ce sont ces deux membranes qu'on nomme ordinairement membrane interne ) ; 3°. cette membrane enlevée, on voit une surface homogène qui, à l'exception du poli, ne diffère en rien de celle de la face interne d'une artère intacte : c'est la membrane propre dont les couches les plus internes n ont nullement la disposition linéaire circulaire, si manifeste dans les couches les plus extérieures; elle s'enlève bien plus aisément suivant la circonférence que

suivant la longueur de l'artère ; l^* une mem-* brane celluleuse, insensible , difficile à déchirer, ne se pénétrant jamais de graisse ni de sérosilé.

Gela posé, voyons les altérations des artères qui paroissent liées avec les ossifications. Ces altérations sont extrêmement communes; sur huit individus adultes, je puis assurer que cinq au moins ont dans leurs artères ou quelques taches ou quelques plaques. Les vices scorbutique , vScropbuleux , dartreux, vénérien , etc., ont-iis de Fintluence sur la production de ces maladies ? Les artères sont-elles sujettes à des éruptions comme la peau, les muqueuses, etc.? Ces altérations donnent-elles lieu à des symptômes morbifiques qu'on n'a jusqu'à présent attachés à aucune lésion organique? Ces questions ne peuvent être résolues que par des observations ultérieures.

i^e Altération. Souvent la face interne des artères présente de petites taches jaunâtres , ordinairement longitudinales , qui paroissent formées aux dépens de la pellicule mince dont j'ai parlé, et s'enlèvent avec elle. Quand on les presse entre deux ongles, on en exyjrime une matière d'un blanc jaunâtre. Dans quelques cas, la tache est plus considérable, paroît résider dans la membrane interne toute entière , et persiste lors même que la pellicule a été enlevée»

ET PKODUCTIOWS ORGANIQUES. 65

JVi trouvé peu d'aortes qui ne m'offiissent quelques taches semblables.

2^. Des taches plus considérables soulèvent plus ou moins , et la pellicule mince et la membrane interne, dépendent d'une matière jaunâtre, qui tantôt est sèche et comme pulvérulente, tantôt molle, assez semblable à la matière stéalomaleuse. Cette matière, qui paroît souvent formée aux dépens des couches les plus intérieures de la membrane propre, recouvre quelquefois des ossifications , et d'autres fois en est recouverte. Dans quelques cas , cette matière stéalomateuse s'altère , contracte plus de fluidité, une couleur brunâtre : la pellicule mince qui la recouvre se déchire. J'ai vu plusieurs fois des ulcérations qui n avoient épargné que la tunique celluleuse sans que celle-ci présentât la moindre dilatation , ce qui me porte à croire que quelques auteurs ont fait jouer un trop grand rôle aux altérations caséeuse, ulcéreuse, stéatomateuse , pour la production des anévrysmes.

3^. L'artère est parsemée de plaques d'ua blanc cartilagineux , d'une grande densité, proéminentes, semblables, comme l'a dit Morga* gnif a des gouttes de cire blanche concrète. La dissection attentive de ces plaques montre une substance cartilagineuse , au milieu de laquelle II. 5

se trouve une matière jaunâtre , stéalomateuse , plâtreuse ; elles sont formées aux dépens de la pellicule et de la membrane interne, et s'enlèvent avec elles. Souvent la membrane propre offre une dépression sensible à l'endroit de ces plaques; quelquefois ses coucbes les plus internes sont entreprises. Jamais je n'ai vu cette espèce d'allératiou plus prononcée que sur la femme dont j'ai rapporté plus haut une partie de l'histoire. {Voyez page 58.) Toute la portion pectorale de l'aorte présentoil une épaisseur double de celle qui lui est naturelle; les membranes celluleuse et moyenne étoient intactes, mais traversées par un très-grand nombre de vaisseaux qui se manifestoient par des points rouges quand on les séparoit l'une de l'autre et de la membrane interne. Celle-ci avoit au moins l'épaisseur des deux autres réunies; sa consistance étoit celle d'un fibro-cartilage, son épaisseur inégale, sa face interne soulevée par plaques ; elle étoit formée par une substance libro-cartilagiaeuse, dans l'épaisseur de laquelle se vojoit une matière jaune , sléatomateuse , et dans quelques points des lamelles osseuses. Plus la couche qui recouvroit celle matière jaune étoit épaisse, moins la couleur jaunâtre des plaques étoit marquée; dans quelques - unes , cette matière jaune , très-

fluide , n'ëfoit recouverte que par une metnbrane mince,

4^. Ou trouve des plaques osseuses demitranspnrentes, jaunâtres, irrégulièrement arrondies, fragiles; tantôt enveloppées de tous côtés par une substance fibreuse , tanlôi recouvertes par une pellicule extrêmement mince, tantôt enfin lisses et libres par leur face interne. Lorsqu'on soulève ces plaques , on voit se soulever en même temps la membrane interne qui se continue manifestement avec elles. Ces plaques osseuses détachées présentent toujours à leur face externe quelques portions de la membrane propre ; mais l'ossification parott attaquer primitivement et spécialement la membrane interne; quelquefois elles sont entourées de tous rôles par la matière stëatomateuse. Une fois j'ai trouvé sur leur face convexe une matière noire, très - analogue à celle des corps bronchiques ; des points noirs se voyoient dans toute la longueur de Taoi te. Deux vaisseaux très - petits partoient de deux de ces points, et contenoieut la même matière. Je regrettai beaucoup d'avoir séparé l'aorte d'avec les parties environnantes; j'aurois peut-être pu suivre ces vaisseaux à une certaine distance. Quelquefois la matière stëatomateuse qui entoure les plaques osseuses est corrompue. Dans d'autres cas , la membrane

propre qui recouvre leur face couvexe est 1resrouge.

5«. Il est une espèce d'ossificalioii bien différente : elle n est jamais jointe à l'altération stëatomateuse ni à la transformalion cartilagineuse, procède toujours circulairement, a évidemment son siège dans la membrane propre , et s'observe presque constamment chez les vieillards. Celte ossification est ordinairement revêtue par Ja membrane interne et par la pellicule mince ; présente quelquefois des inégalités, des tubercules qui les déchirent (d*où les plaques rouges, les espèces d'ecchymoses qu'on rencontre souvent dans leur voisinage); paroît envahir dans quelques cas la membrane interne, et est la seule qui soit susceptible de former des portions de cylindre ou des cylindres entiers.

J'ai soumis une artère radiale qui préseutoit cette dernière espèce d'ossification, à l'action de l'acide nitrique af foibli : il m'est resté une substance molle , se déchirant aisément, conservant la forme de l'artère et les inégalilésdes ossifications. J'ai répété la même expérience sur un demicylindre osseux de l'artère aorte ; j'en ai obtenu une substance molle, jaunâtre, qui m'a semblé le parenchyme organique de l'artère. Je n'ai pas trouvé de parenchyme cartilagineux, comme mes observations sur la marche de la nature dans la

Eï PKODUCTIONîî ORGANIQUES. 6q

production de ces ossificatîoDS meTavoient déjà fdit présumer. Doûc les ossifications circulaires des artères sont formées par un dépôt de phosphate calcaire suivant la direction des fibres de la membrane propre.Il n*y a pas dépôt de phosphate calcaire dans un parenchyme , dans le tissu élémentaire même des fibres, mais bien dans leurs mailles. C'est , dit M. Corvisart, une véritable cristallisation , laquelle est régulière quand la membrane interne est intacte , et irrégulièrô quand cette membrane interne est déchirée.

A plus forte raison les plaques osseuses, jaunâtres, fragiles , presque toujours unies à Taltération stéatomateuse , gypseuse , plâtreuse sont-elles des dépôts phosphatiques. Je n'en ai pas trouvé d'assez considérables pour pouvoir \qs soumettre avec fruit à l'action de Facide nitrique.

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