GENRE VI
Ossification des ^veines.
Les veines pulmonaires sont susceptibles d'ossification, si l'on en croit BichaC , qui dit en avoir vu plusieurs exemples sans entrer dans aucune espèce de détail. Il se sert même de cette observation pour prouver l'identité de nature de la membrane interne du système vasculaire à sang rouge. — Bonet dit que les veines du cœur ont paru osseuses comme les artères.
On trouve dans les Ephëmérides des Curieux de la Nature (i) nn exemple d'ossification des veines coronaires chez un individu qui succomba à la suite de difficulté dans la respiration. — Sur le cadavre d'un vieillard qui avoit succombé à une gangrène par concrétion pbosphalique des petites artères , je trouvai les veines satellites de l'artère poplliée parsemées d'ossifications qui me parurent de même nature que celles des artères : ce fut par hasard qu'ayant emporté les veines avec les artères , j'eus occasion de faire cette observation. Je voulois examiner les veines d'un plus gros calibre ; mais le cadavre ne fut plus à ma disposition.
11 est une espèce d'ossification particulière aux veines , c'est celle qui consiste en des globules sphériques de volume variable , fixés aux parois du vaisseau par un pédicule très-mince. JValter paroît en avoir parlé le premier (2). M. Lohstein dit avoir trouvé plusieurs fois des calculs dans l'intérieur des veines qui composent les plexus hémorrhoïdaux, vésicaux, vaginaux, surtout dans les veines spermatiques internes. Wl.Lacnnec observe que l'existence de ces concrétions est d'autant plus singulière qu'elles ne se
(i) Dec. IV, an 10 , obs. clxxv.
(2) De Concremenlis terres tribus ^ in-fol. ^ p. 44* Berol., ^775.
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forment que dans les veines indiquées par M. Lobstein. Cependant M. Dupuyùren m'a fait voir, dans uueleçon de manœuvres d'opérations, vui assez grand nombre de ces globales dans les veines concomitantes des artères libiaies antérieures et postérieures. M. T//oner présenta à la Société analomique une des veines sous-culanées de la jambe remplie de concrétions globuleuses, blanches , très-dures , mobiles dans l'étendue de quelques lignes et non au-delà. Tout récemment, j'ai trouvé un de ces globules dans les veines vésicales d'un vieillard mort d'une rétention d'urine par gonflement extraorc[inaire de la prostate. Une dissection attentive m'a fait découvrir qu'il teuoit aux parois veineuses par un pédicule étroit , membraneux , et étoit recouvert par une membrane très-mince, qui se continuoit avec la membrane interne de la veine. J'aiécraséceglobule,et j'ai vu qu'il consistoit eu une sphère à parois osseuses, compactes, fragiles, contenant une matière terreuse , inorganique. Dans une autre veine vésicale étoit une concrétion globuleuse de même forme , qui m'a paru tibrineuse. Seroit-ce ainsi que commencent les ossifications globuleuses? Nous ne savons rien de positif à cet égard.
Je ne connois pas d'exemples d'ossification des vaisseaux lymphatiques.
V GENRE YII.
Cardia ginification et ossification du tissu
viusculaire.
Espèce i^'^. J'ai parlé de la carlilaginificalion et de rossification des muscles pour la formation du cal dans les fractures et celle d'un nouvel os dans les nécroses. Je ne connois pas d'autre circonstance dans laquelle l'ossificatioa des muscles volontaires ait lieu. Cependant on trouve dans H aller (i) l'observation d'un diaphragme et d'un muscle intercostal osseux : l'ossification du diaphragme occupoit la partie droite de ce muscle , et étoit formée aux dépens du centre apouévrotique et des fibres charnues voisines. Son plus grand diamètre , qui avoit trois pouces un quart , étoit dirigé d'arrière en avant ; l'autre avoit deux pouces un quart; son épaisseur étoit d'une ligne : le muscle intercostal étoit ossifié dans la plus grande parlie de son épaisseur. — Lieutaud rapporte (2) qu*un vieillard avoit le diaphragme cartilagineux et osseux : ce muscle se rompoit en produisant un bruit semblable à celui des os qu'on fracture. — Sur le cadavre de Gollallo, auteur
(i) Dissert, chirurg. , ccvii.
(2) Hist. Anat, med.^ t. 11, p. 99.
des trois Juineaux Vénitiens^ on trouva enlre autres ossifications, le centre aponévrotique du /diaphragme entièrement ossifié et épais de trois lignes. — M.Léveillé y disséquant , en 1793 , le cadavre d'un homme de soixante-dix à quatrevingts ans, trouva le côté droit du diaphragme osseux et intimement uni d'une part au foie, et de l'autre à la plèvre et au poumon. — Meckel a vu dans la substance des muscles des concrétions analogues à celles qu'on retire de la vessie; elles étoient blanches, cylindriques, et avoient une ligne et demie d'épaisseur^ et depuis une jusqu'à cinq lignes de longueur : ces concrétions ne sont pas rares.
L'observation suivante d'ossification muscu« iaire est extrêmement remarquable. Un homme mourut dans la salle de M. Dupuytren avec un éléphantiasis de la jambe gauche , et une carie de l'articulation tibio-tarsienne du même côté. La partie inférieure de la jambe frappoit par son volume énorme, qui contrastoit avec la maigreur extrême de la partie supérieure , et avoit la forme et l'aspect de celle d'un élépbant : c'étoit la même couleur noirâtre , la même surface rugueuse , fendillée; la peau étoit trèsépaisse; la partie colorée avoit, dans plusieurs points, une demi-ligne d'épaisseur, et paroissoit formée de lignes noires perpendiculaires. Le
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tissu cellulaire sous-cutané étoit extrêmement dense , fibreux , fibro-cartilagineux dans quelques points, ne présentant aucun vestige de vésicules adipeuses dans une grande étendue : ce tissu dense , comprimé avec force , fournissoit à peine quelques gouttes de sérosité. Les muscles de la jambe avoient presque tous perdu leur rougeur; plusieurs avoient éprouvé la transiormation graisseuse. La couche profonde des musclés de la face postérieure de la jambe étoit transformée en un tissu très-dense , (ibro«cartiiagineux , et se continuoit avec une production osseuse de nouvelle formation qui envoyoit des prolongemens dans leur épaisseur et étoit évi* demment formée aux dépens de ces muscles : ou voyoit la transformation osseuse s'opérer par nuances insensibles, à- peu-près comme pour le cal. Je trouvai une lamelle osseuse isolée de toutes pans, au milieu d'un muscle. La production osseuse dont je viens de parler ne tenoit au péroné que par quelques points ; elle étoit libre dans le reste de son étendue , et séparée de cet os par une substance (îbro-cartilagiueuse et par i'arlère péronière ; sa surface étoit très inégale et son tissu très-spongieux, comme celui de la plupart des ossilications accidentelles. Une espèce de membrane dense , fjbro - cartilagineuse , l'environnoit de toutes
parts , s'enfonçoit clans les pores de sa surface el lui servolt de périoste. L'exlrëmilë inférieure du tibia offroit des vëgël allons iuëgaies el lamelleuses. >.
Espèce ii. Le cœur ëprouve quelquefois la Irausfo! malion cartilagineuse. Co/^^/772Z?t/j (i) avu la cloison ducœar cartilagineuse. VesUngius {pL) parle (S!uvi ventricule gauche tapisse par une croûte cartilagineuse. Bonet (3) rapporte des exemples d'excroissances cartilagineuses naissant de J'oreillelle gauche, et de cartilaginification des oreillettes elles-mêmes. Severin et Dlonis citent chacun nn exemple d'oreillette droite cartilagineuse. M. Corvisart\lj^ parle d'un individu qui mourut après avoir éprouve des ëtouffetnens el un pouls petit, concentre, irrëgulier, intermittent. A l'ouverture , il trouva le cœur volumineux, les valvules railrales cartilagineuses, les parois du ventricule gauche épaisses d'un pouce et cartilagineuses à sa pointe jusqu'à une certaine hauteur. /
Les exemples d'ossification du cœur sont plus nombreux. Boerliaave (5) dit qu'il a vu les ten-
(i) De Ke anat. , lib. xv.
(2) Obs. Anat. et Epist. nied. xv.
(5) Sepidchret. , lib. 11 , sect. i , obs. xxxîï.
(4) Maladies du Cœur, p. 169.
(5) Prœlect. L y , 478»
doDS du cœur semblables à des brins de paille osseuXy -veluifestucas osseas ; la cloison du coeur etses parois ëloient en même temps ossifiées. iS^riholin rapporte qu'on trouva dans le coeur du pape Urbain VII un os triangulaire. Garengeot fait mention d'un os long de quatre pouces et demi, largede plus d'un pouce, commun aux deux rentricules qu'il embrassoit en manière de baudrier (i). M. Ptenauldin a inséré dans le Journal de Médecine (2) 1* observation d'une pétrification de toute l'épaisseur du ventricule gauche , observée chez un homme de trentetrois ans. Cette pétrification étoit formée de graviers d'autant plus nombreux qu'on s'éloignoit davantage de la surface du ventricule. M. TVeher , prosecleur à Salzbourg , a trouvé chez un homme de soixante-dix-neuf ans le cœur pétrifié en grande partie. Le péricarde étoit adhérent au coeur, l'oreillette droite étoit entièrement pétrifiée ; la gauche ne l'étoitqu'en partie ; le ventricule droit étoit converti presque en totalité en une masse pierreuse; l'extrémité la plus inférieure du coeur n'offroit aucune pétrification. Le malade a voit éprouvé, long- temps avant sa mort , des indigestions et des crampes
(1) Histoire de T Académie des Sciences , 1726.
(2) Janvier 1806.
d'estomac , et, dans les derniers temps, tous les symplômes d'une cardifcs,
De tous ces faits et d'un grand nombre d'autres que je pourrois rapporter ici , je dois conclure que, parmi les ossifications du cœur, celles du ventricule gauche sont les plus communes; en second lieu viennent celles du ventricule droit j enfin celles des oreillettes. M. Corvisart ajoute qu'on n'a jamais observé d'osfificalion de la totalité du cœur. Je n'en connois pas d'exemple chez l'homme; mais j'ai vu le cœur d'une oie entièrement osseux. On cite plusieurs exemples analogues dans les recueils périodiques.
Sénac (i) rapporte un grand nombre d'observations de pierres trouvées dans le cœur. Il est plus que douteux que ces concrétions fussent libres dans cet organe. Schleiberiis trouva dans le cœur d'une femme une pierre si volumineuse qu'elle remplissoit l'un des ventricules. — Le cœur de Maximilien II contenoit trois pierres couleur de rouille. — Thomas Erascus nous apprend que le cœur d'un autre empereur qui avoit éprouvé les mêmes accidens présenta une pierre de même couleur. — Zacutus husitanus rapporte qu'on en trouva trois qui pesoient un gros dans le cœur d'un voleur, sujet aussi à des
(i) Tome II, p. 428.
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palpitations. — Un jeune homme, que la ville Je Nuremberg faisoit éJev'^r à Paris, L\l piis d'une maladie siogulière dont il mourut j Miirge/j qui en fit l'ouverture, trou va dans le coeur uue pierre noirâtre du poids de plusieurs drachmes.
Effets de ces ossifications. Il semble , au premier coup-d'œil , que les ossifications du cœur doivent déterminer des accideos terribles ; cependant on les a rencontrées plusieurs fois chez des individus qui n'en avoient pas donné le plus petit indice pendant leur vie : le plus souvent on ^ a noté la difficulté de respirer, la lenteur du pouls, une gène plus ou moins giande dans les raouvemens du cœur. Le seul exemple de mort qu'on puisse raisonnablement attribuer à cette ossification est rapporté par Bonech), J'ai vu une gangrène sénile, avec trouble considérable de la circulation, qui reconnoissoit pour cause une concrétion considérable dans l'épaisseur du ventricule gauche. En général , on peut dire que l'ossification de la substance propre du cœur détermine beaucoup moins d'accidens que celle de ses valvules.
On a prétendu qu'il existoit quelque liaison entre les concrétions pierreuses du cœur et \e» maladies des reins et de la vessie. Hollier rap-
(i) Sepulchret. xlui , sect, n , obs. xxvii.
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porte qu'une femme , sujette à des douleurs intolérables des reins et de la vessie , n offrit aa<^ cune altération du côté de ces organes, mais bien plusieurs abcès dans le cœur et deux pierres. On ne doit certainement pas conclure de ce fait ce que Jacot infère d'un cas analogue. Un docleur d'Aries étoit sujet à des coliques néphrétiques , à la suite desquelles il reudoit un sable rougvâire.A l'ouverture, on ne trouva rien dans les voies urinaires ; mais on découvrit une pierre dans le cœur. Jacot conclut que la source de cette matière sablonneuse étoit dans le cœur* Bariholin a cru qu'il y avoit quelque rapport entre une pierre et un os qu'on trouva dans le cœur d'un phthisique et un calcul des reins. Ce rapport est tout-à-fait chimérique.
ISature de ces ossifications. Les fibres musculaires du cœur s'ossifient-elles réellement, ou bien n'y a-t-il qu'interposition de matière pierreuse entre \^s fibres? On a long-temps établi une distinction entre les pierres et les os du cœur ; Sénac , qui l'a admise comme tous les auteurs de son temps , a paru en sentir le vide , puisqu'à la fin d'un paragraphe sur les pierres du cœur, il s'exprime ainsi : » J'avouerai ce- » pendant que ces observations ne sont pas » décisives ; on ne s'écarteroit pas beaucoup » de la vérité , en disant que de telles pierres
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» sont (les os imparfaits ou mal formes : oa n^ » voit pas , il est vrai , de fibres osseuses; mais » les voit-on clairement dans les parties qui dé- » génèrent en cartilages ? les aperçoit-on dans » le cal même où on ne sauroit méconnoître une » ossification, etc. »? On donne encore aujourd'hui indifféremment le nom àe pierres ou à^os aux concrétions du cœur. Beaucoup d'observations sont conçues de manière à faire douter si ces concrétions étoient adhérentes ou non : le nom de pierres me paroît leur convenir mieux que celui à^os : c'est l'opinion de M. CornsarU
GENRE YIII.
Ossification du système nerveux.
Espèce i'^®. Le cerveau augmente souvent de consistance , mais rarement acquiert-il la dureté osseuse. Lieutauda rassemblé, sous le titre de c«rebri durities ^ toutes ces indurations si différentes sous tant de rapports. J'ai vu une transformation tibro-cartilagineuse du cerveau : en voici l'observation. Une femme âgée de quarante ans environ, fut conduite à l'Hôtel-Dieu dans un état d'idiotisme. On nous dit qu'elle éloit ainsi depuis environ six mois , à la suite d'un violent chagrin. Elle vécut encore un mois, mangeant , ^ dormant, et paroissant jouir à peine de quelques
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facilites înlellectuelîes ; enfin elle tombe dans un état comateux et meurt. A Touverlure , je trouvai le cerveau plus consistant que de coutume ; j'incise verticalement l'hémisphère droit, et je suis arrêté en avant par une tumeur dure que je cherche à isoler des parties environnantes. Elle éloit située au-dessous du corps calleux , qu'elle soulevoit , répondoit en dehors au corps cannelé; en haut, faisoit saillie dans les deux ventricules , que distendoit une grande quantité de sérosité. Sa forme étoil triangulaire; l'angle postérieur très-allongé; l'angle antérieur droit s'avançoit jusque vers rextrémité antérieure du lobe du même côté. Elle présentoit deux tissus bien distincts : Tun , cen- Iral, de la grosseur d'un œuf de pigeon^ avoit la consistance d'un (ibro -cartilage, et ressembioit assez aux corps fibreux qui commencent à passer à l'état cartilagineux; l'autre , extérieur, grisâtre, se coufondoit avec la substance cérébrale, aux dépens de laquelle il éloit formé.
La plupart des os trouvés dans le cerveau me paroissent développés ou aux dépens des membranes cérébrales, ou aux dépens des os du crâne. Un homme, dit Lieutaud (i), perd tout-à-coup
(i) Fasc. 3 cap, , obs. xli.