‹ Essai sur l'anatomie pathologique en général, et sur les transformations et productions organique en particulier (volume 3)Chapitre 1 sur 25 · ORDRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

ORDRE CINQUIÈME

Transformations cartilagineuses etosseuses*

X ou s les tissus de réconomie peuvent passer à l'état osseux , mais tous n'y sont pas également disposés. Les causes de cette transformation sont nombreuses. A mesure que nous avançons ea âge , le phosphate calcaire acquiert de plus en plus de la prédominance dans le système: il semble que nos corps tendent sans cesse à se rapprocher des êtres inorganiques; les os deviennent plus fragiles , moins vivans j et lorsque celle e«pècede pétrification s'est épuisée sur les os, elle II. I

se porlc sur d'autres parlies dans l'ordre de leur disposiliou à l'ossificalioa. ■ — Le vice scropbuleux, qui, dans quelques cas^ diminue la quantité du phosphate calcaire , comme dans le rachitisme, paroît l'augmenter dansd'autres. Il est un faitconslanl.-c'est que les pbt hisles luherculeuses, observées même vers la viDgt"deuxièrae, la vingtcinquième année, sont presque toujours accompagnées de rosslficaliou des cartilages des côtes. 11 sembleroit , dit Sènac ^ que la phthisie favorise les ossifications accidentelles; mais ce n'est encore qu'une conjecture. — Le vice vénérien rend les os fragiles, et celle fragilité ne peut provenir que de l'accumulation du phosphate calcaire: il détermine despériosloses, et paroît aussi influer beaucoup sur l'ossification des artères; mais le plus ordinairement les transformai ions osseuses dépendent de causes qu'il est impossible d'apprécier. Souvent elles ne donnent lieu à aucun symptôme morbifique, et ce n'est qu'à l'ouverture des coi ps qu'on peut les découvrir : dans d'autres cas , elles déterminent des accidens fâcheux, mais presque toujours mécaniquement : enfin quelquefois elles sont un moyen salutaire dont la nature se sert pour réparer les désordres apportés dans l'organisation. Je vais examiner ces transformations dans les divers llssus ensuivant l'ordre de leur fréquence.

ET PRODUCTIONS OKGAlSlQUliS. 3

GENRE I

Transformatioîis osseuses du Tissu cartihi-gineux.

L'analogie est si grande entre les tissus carli- . lagineux et osseux, qu'il ue faut pas s'élonuer de la fiéqueuce de l'ossiticaiioa des cartilages. L'état cartilagineux est un intermédiaire nécessaire pour arriver a l'état osseux. Les os sont des cartilages , plus du phosphate calcaire. Toute partie dure qui n'offre pas une base cartilagineuse doit élre rangée parmi les concrétions les pélritications (i).

La transformation osseuse des cartilages articulaires dfs articulations continues est la suite naturelle des progiès de l'âge. A mesure que

(i) Pourquoi, dans l'ostéogenie , l'ossification , qui envahit tout l'os cartilagineux, respecte-t-elle les cartilages articulaires qu'aucune ligne de démarcation ne sépare alors du reste de l'os? Seroit-ce, comme on l'a pensé, à cause des mouvemens des os? mais rien ne confirme cette idée. Je ne connois pas de recherches qui aient eu pour but de constater le mode d'union du cartilage articulaira avec l'extrémiié spongieuse de l'os. Sur un cadavre , dont la synoviale du genou étoit rouge et épaisse, et les extrémités spongieuses du tibia et du fémur très-injectées, nous avons trouvé, M. Serres et moi, les cartilages articulaires peu adlierens à l'os, dont ils étoient séparés dans quelqu-s

l'on avance vers la vieillesse, la dësarlicalalioti des os du crâne devient de plus en plus difficile ; la couche cartilagineuse qui unit leurs surfaces ou engrenées ou justà-posées diminue, et enfin arrive une époque où lous les os du crâne ne forment plus qu'une seule pièce : alors celte boîte osseuse résiste seulement par sa forme sphérique et sa solidité : les fractures sont beaucoup plus faciles. — Les cartilages articulaires libres ne s'ossifient jamais tant qu'ils restent libres. Une fois j'aurois pu m'en laisser imposer , si je n'avois remarqué qu'il y avoit usure du cartilage et non point ossification : c'étoit dans un cas de ihumalisme articulaire et musculaire ge'uéral terminé par suppuration. Le malade succomba. JNous trouvâmes du pus dans les articulations, dans l'épaisseur des muscles , et une usure des cartilages articulaires du tibia , des têtes de l'hu-

"poinls j leur face adhérente comme chagrinée, hérissée de petits prolongemeiis qui s'enfonçoient dans la substance t)sseuse. Nous les avons déchirés en divers sens, et les surfaces de la déchirure nous ont présenté des fibres disposées suivant la longueur de l'os. Cette observation , que j'avois déjà eu occasion de faire sur une fracture de rotule parvenue au vingt-cinquième jour sans aucune espèce de travail , démontre que le cartilage est formé de libres perpendiculaires à la surface de l'os sur laquelle elles s'im- |)lantent.

ET PRODUCTIONS Or.GANIQL'ES. 5

mériis et du fémur. — Ou lie clans un bulletin de ia Sociétéanatoraique (i) l'observation d'une altération remarquable des surfaces articulaires des condyles du fémur et de la rotule. Ces surfaces offroient, au lieu de cartilages et de synoviale , une couche dense , très-dure , d'un aspect vitreux , sillonnée de cannelures longitudinales ; des portions de synoviale existoient encore dans quelques points de rarticulalion,et ne paroissoient point affectées. Une concrétion moins dure que Tos étoit mobile dans l'articulation. — Pitetf secrétaire de la Société, trouva une altération analogue des surfaces de l'articulation mélacarpo-pbalangienne du pouce. — ^ J'ai observé la même altération sur les surfaces articulaires correspondantes du fémur et du tibia d'un cheval. — Si l'inllaramation s'empare de la synoviale , si les cartilages deviennent adhérens entr'eux , la transformation osseuse se fait avec une extrême facilité; il y a aukylose vraie. J'en parlerai plus bas.

Les cartilages qui servent à former des organes ou des cavités s'ossifient très-facilement. II est rare d'ouvrir un individu un peu avancé en âge sans trouver le larynx et les cartilages costaux ossifiés. Aussi Morgagni semble - t - il noter

(i) Bibliothèque médicale , an 14.

comme une chose exlraordiuaire le défaut d'ossification des cartilages costaux sur une vieille femme de soixante-quatre ans (i). J'ai déjà dit cjue la phlhisie tuberculeuse est fréquemment accompagnée de cette ossification. Parmi les cartilages du larynx, le thyroïde elle cricoïdey sont le plus sujets. Morgagni assure n'avoir jamais trouvé ossifiés les cartilages arytënoides (2) ; quas nunquani ossefactas Didere potuiniusm !p,Q voici trois observations.

jer Exemple. Un homme âgé de quarante ans mourut d'une phlhisie laryngée et trachéale, avec carnificalion de la partie postérieure du poumon gauche et dégénéraliouluberculeuse du droit. Les cartilages thyroïde etcricoïde éloient ossifiés; celui-ci dans la moitié interne de son épaisseur seulement, le thyroïde dans toute son épaisseur. Le passage du cartilage à l'os étoit brusque j la portion osseuse étoit très- rouge et pénétrée de suc médullaire de même couleur. La portion cartilagineuse étoit remarquable par sa blancheur, et présentoit,dans son épaisseur, des vacuoles et quelques points jaunâtres qui indiquoient une ossification commençante : les cartilages aryténoïdes éloient ossifiés à leur cen-

(i) Ep. xxnr, 6.

(2) Adv. anat., anldmad^, n.

tre. Un fait assez extraordinaire, c'est que, dans plusieurs endroits , une portion cartilagineuse étoit environnée de tous côtés pnr une couche osseuse ; l'épiglotte, très-résistante, épaisse, trèspeu flexible, jaunâtre, nrje parut ossifiée au premier abord; mais elle étoit seulement cartilagineuse.

2^ Exemple. Le 12 décembre 181 5, nods avons ouvert le corps d'un homme mort de phlhisie laryngée et pulmonaire, bien constatée pendant la vie. L'ulcération occupoit la paroi postérieure du larynx, et s'étendoit d'un cartilage aryténoide à l'autre , et de haut en bas, depuis l'ouverture supérieure du larynx jusqu'à l'extrémité anlérieuie des cordes vocales ; la membrane muqueuse , les fibres les plus internes du muscle aryténoïdien étoient détruites. Les cartilages cricoïde , thyroïde , étoient ossifiés. Cette ossification consisloit en une substance spongieuse , tantôt très-rouge , pénétrée de sucs, molle, tantôt dure, blanchâtre; les cartilages aryténoides étoient presque entièrement ossifiés : l'un d'eux étoit dénudé et carié. Les cartilages des côtes étoient tout-àfait osseux.

3e Exemple, Le i5 décembre i8i5, mourut encore un homme qui avoit offert tous les symptômes d'une phlhisie laryngée ; et dans les der-

niers temps de sa vie , tous ceux d'une congestion des poumons. A l'ouverture, nous vîmes l'épiglotte épaissie, les replis muqueux qui forment les côtés de l'ouverture du larynx parfaitement sains, la glotte irès-réti'écie. Le larynx, fendu à sa partie postérieure , ne nous offrit d'ulcération qu'à la base de l'aryténoïde droit , qui étoit ossifiée et dénudée. Une substance blanchâtre, très-dense, offrant l'aspect des earlilages intervertébraux , environuoit de tous côtés les cartilages aryténoïdes , remplissoit l'espace triangulaire qui se trouve sur les côtés de l'orifice supérieur du larynx , tapissoit le cartilage cricoïde et adhéroit fo» tement à la membrane muqueuse épaissie. Le cartilage thyroïde étoit ossifié; le cricoïde offrolt tous les degrés de l'ossification, depuis quelques points jaunâtres, jusqu'à l'ossification complète du tiers interne de son épaisseur (i).

En général , l'ossification commence par le centre du cartilage, et s'annonce par un point

(i) Les poumons n'ofFroient aucun tubercule; ilséloient mollasses, pénétrés d'une quantité conjidérable de sérosité , très-pesans : l'un d'eux étoit hépatisé à sa partie postérieure. Cette observation prouve que la phthisie laryngée n'est pas toujours la suite de la phthisie pulmonairej car, bien certainement , l'altération observée dans le

ET PRODUCTIONS ORGANIQUES. g

jaunâtre el par des vacuoles qui se remplissent bientôt de suc médullaire. Celte ossilicatiou s'étend peu à peu, et envahit toute l'épaisseur du cartilage. Blchat prétend que l'ossification du cartilage articulaire commence par la surface, sans citer d'observation à ce sujet.

C'est au moyen d'un cal osseux que se réunissent les fractures des cartilages. M. Magendie a, je crois, le premier noté ce fait curieux, dans un Mémoire lu à la Société anatomique. M. le docteur Desoër trouva sur un cadavre plusieurs fractures consolidées des côtes et de leurs cartilages. Il m'a donné une de ces côtes; la fracture du cartilage est enveloppée d'une virole osseuse, tout-à-fait analogue au cal des os.

GENRE II

Ossification des Jîbro-cartilages»

Les fibro- cartilages distingués, comme les cartilages , en articulaires et en ceux qui forment

poumons ne daloit que de sept à huit jours. Au reste, la maladie du larynx n'éloit pas du tout une phthisie laryngée ordinaire : elle me parut l'effet d'une inflammation chronique de la muqueuse et du tissu cellulaire soujacent. L'altération obserye'e aroit tous les caractères de l'indijra* tien blanche.

10 TR A^SI'OItM ATIOWS

des parois de cavités, s'ossifient dans beaucoup de cas. INous n'en avons pas d'exemple pour les tibro-cartilages des paupières et des ailes du Dez. Il n'en est pas de même de la trachée. Morgagni (i) cite plusieurs exemples de son ossitication : elle n'est pas rare chez les vieillards, et on a lieu de s'étonner que CasseboJnn , analoluiste très-exercé, ne l'ait jamais rencontrée. Winkler (2) a recueilli tous les exemples observés avant lui. Quelquefois elle a heu par points isolés. Daus certains cas , la forme des cartilages est changée : amsi Morgagni cite (3) un exemple dans lequel les cerceaux avoient la forme d'un triangle. Je n'ai jamais vu cette ossification se continuer au-delà des premières ramifications bronchiques. "

Parmi les fibro-cartilages articulaires, ceux qui unissent entr'eux les corps des vertèbres s'ossifient très-souvent 5 alors, deux , trois, quatre, et même uu plus grand nombre de vertèbres se soudent entre elles. Cette soudure s'observe chez les vieillards, et rend leur colonne vertébrale inflexible. Poupart Irouyales

(i) Ëp. VII, n" II; XXIV, iQ. •" Advers, anat. ^ ï, 24.

(2) Dissert, de J^ascul. Coij>. hum. lithiasi.

(3) Ep. XXIV, 16.

neuf vertèbres infëiieures du dos soudées chez un vieiilard (i). Ou trouve dans les cabinets aualomiques plusieurs colonnes vertébrales qui ne font qu'un seul corps. Celle soudure a lieu chez les bossus , qui présentent toujours une diminution considérable du corps des vertèbres du côté de la concavité. Les maladies de la colonne vertébrale , connues sous le nom de maladies de Pott, qui consistent souvent eu de vériiabies tumeurs blanches des articulalions vertébrales , les luxations consécutives à ces tumeurs blanches, sont suivies , dans le cas de guerison , de l'union des vertèbres. J'ai vu à l'hôpital Saint - Antoine un homme de quarante ans affecté de torlicolis, suite d'une maladie de la colonne vertébrale : bientôt la sensibilité diminua et s'éteignit dans les extrémités inférieures , dans la vessie et le rectum ; il succomba. A l'ouverture , nous trouvâmes une luxation incomplète en avant de la sixième sur la septième vertèbre cervicale, et une soudure de ces deux vertèbres. Le canal rachidieu éloit rétréci dans ce point j la moelle n'offroit cependant aucune altération. — On connoît la pièce intéressante que Hunauld trouva dans le cimetière, et déposa dans le cabinet du jardin

(i) Académie des Sciences , 1699.

«la Roi. La première vertèbre étolt luxée sur l'occipital, avec lequel elle e'toit soudée.

Mais comment se rendre compte des courbures alternatives et en sens inverse que présente presque toujours la colonne vertébrale? Morga- ^ni les attribue à la compression des nerfs. Les uerfs, dit-il, se rendent obliquement aux muscles qu'ils doivent mouvoir ; si la colonne vertébrale s'incline d'un côté, les nerfs sont comprimés dans les trous qu'ils traversent; les membres auxquels ils se distribuent, situés au-dessous de la courbure du côté de la concavité , deviennent plus foibles; ceux du côté opposé, acquièrent de la prépondérance , et font incliner la colonne. Morgagni n'ajoute pas beaucoup d'importance à celte explication , et désire de nouvelles observations pour en constater ou en infirmer la vérité. Peut - être ces courbures alternatives sont-elles déterminées par le poids du corps, pour que le centre de gravité ne soit pas porté hors de la base de sustentation. J'ai vu des squelettes de bossus dont la colonne vertébrale éloit courbée à angle droit et même à angle aigu. CoDdtaient la moelle peut-elle se prêter à toutes ces courbures ? C'est que la compression a lieu d'une manière lente, et que d'ailleurs, dans beaucoup de cas , la partie antérieure du corps des vertèbres étant seule détruite eu totalité

ET PRODUCTIONS ORGANIQUES. l3

OU en partie, l'angle que décrit la moelle est l)eaucoup plus ouvert que celui de la colonne osseuse.

Les os du bassin se soudent quelquefoisentre eux. Je n'ai pas d'observation de l'ossification des fîbro-carlilages de la clavicule , de la mâchoire , etc.

GENRE Iir.

Ossification du système fibreux.

L'histoire des ossifications du tissu fibreux est très-importante ; celle du système fibreux-membraneux surtout. Je commencerai par le tissu fibreux disposé en faisceaux.

Espèce i^e. Ossification des ligamens. Ou trouve souvent les ligamens des articulations goutteuses incrustés de phosphate calcaire j mais ce n'est point là une véritable ossification. — Quelques os sésamoides se développent dans l'épaisseur des ligamens. — Les ligamens du bassin , les sacro-sciatiques surtout , ceux de la colonne vertébrale , ceux qui unissent les vertèbres aux côtes , s'ossifient souvent chez les vieillards. — Enfin, les ligaraenss'ossifientcomme les cartilages articulaires et les synoviales dans les ankyloses.^ ( Voy . Transformations osseuses des sjîioviahs» )

i4 TRANSFORMATIONS

Espèce ii. Tous les tendons sont susceptibles de devenir osseux, surtout parles progrès de l'âge : on voit fréquemment ces ossifications cliez quelques volatiles. La plus intéressante des observations de ce genre qu'on ait faites sur l'homme est due à Vislingius , qui vit tous les tendons de la jambe et du pied d'un vieillard presqu'enlièrement osseux. C'est dans l'épaisseur des tendons que se développent presque tous les sésamoïdes. La rotule, appelée parlertin ïos sésamoïde de la jambe (i) est le plus remarquable. Ensuite vient celui du jambier postérieur que l'on trouve près de son insertion au scaphoïde : ceux des jumeaux (dont Heister (2) ])aroît avoir le premier parlé), qui occupent l'épaisseur des tendons supérieurs de ces muscles, et manquent quelquefois : les autres sésamoïdes ne sont pas constans. Morgagnl irouw a sur uu cadavre qu'il lit préparer toutexprès, quatre sésamoïdes au niveau de l'articulation des petits doigts et des peli's orteils avecles métacarpiens et métatarsiens correspondaos. Spigel (3) rapporte que d'habiles anatomistes comptent douze os sésamoïdesà chaque main : ce nombre est cer-

(i) Osléol. , t. III.

(2) Compend. anaU, § xsxv.

(3) De Hum. corp. fabricd, ir, 2 , c. xxvu.

ET PRODUCTIONS ORGANIQUES. l5

lainement au-dessus de la vérité. Que penser de ceux qui en ont admis douze pour chaque doigl ?

Ossification du système fibreux- ntemhra' neux, 11 n'existe , je crois , aucune observation d'ossification des aponévroses tant d'insertion que d'enveloppe, non plus que des capsules et gaines fibreuses. Il n'en est pas de même des membranes fibreuses proprement dites , telles quel.» dure-mère, le péricarde, le périoste, l'albuginée, etc.

Espèce 111. Ossification de la dure-mère. Elle est très-commune: ce n'est que depuis lôSy que l'atleiilionest fixée sur eile. Ladécouverteenest due à un analomisle napolitain nommé Antoine Cattus , qui a aussi parlé le premier des utérus bipartis. Les ouvrages de Botalj PVepfer, Cheselden y l'Académie royale des Sciences, Morgagni, etc., contiennent une multitude innombrable de faits sur celte matière. 11 n'est pas d'élève qui n'ait rencontré plusieurs fois la dure-mère ossifiée dans le cours de ses dissections.

C'est surtout dans l'épaisseur de la faux et au voisinage que se développent ces ossifications. Elles se fout ordinairement par plaques irrégulières , paroissent procéder de la face externe vers la face interne de la dure-mère, sont lou-

l6 TRANSFORMATIONS

jours recouvertes par l'arachnoïde , et varient beaucoup pour la forme et les dimensions. Eu général^ eiles aui^menlent à peine l'épaisseur de la dure- mère; quelquefois leur épaisseur est telle , qu'elles dépriment sensiblement le cerveau : elles sont tantôt lisses à leur surface , tantôt hérissées d'aspérités , n'ont quelquefois <|u'une ou deux lignes de largeur et de longueur, et sont d'autres fois très-considérables. Pàolan (i) dit en avoir observé qui avoient quatre travers de doigt de large. Botal (2) a trouvé la moitié de la faux osseuse. Schei" dius(V) ^t Schneider (4) ont vu à la place de la faux une cloison osseuse. Cheselden a trouvé une grande partie de la dure-mère osseuse. Denys (5) dit que sur un ouvrier elle étoit osseuse dans presque toute son étendue. Enfin , on cite quelques exemples d'ossitication de la totalité de la dure -mère et de ses divers replis.

Quels accidens déterminent ces ossifications?

(i) Comment in Gal.de Ossiculis.

(2) Ephém. , obs. lxxi , ann. 67.

(5) Dissert, de duobus Ossiculis in yépoplect.

(4) De Capite , p- 27.

(5) Description d'une oreillette du cœur entièrement dilatée.

Oa a trouvé des ossiHcalioDS de la dure-mère sur le corjDS d'individus qui n'avoient jamais éprouvé de symptômes morbifiques du côlé de la télé; on en a vu chez d'autres qui avoient été sujets à des cephalali^ies, à des accès d'épilepsie, ou qui avoient succombé à uue attaque d'apoplexie.

Les ossiiîcalious de la dure- mère peuventelles donner lieu à l'apoplexie? Morgagniuesl pîfs éloigné de le croire (i) , neque 7iegaverun ejusmodi aut alla ossa posse interduni niorbis capitls , si atiœ accédant caiisce internis , et apoplexiœ noininatini occasionem prcehere» En effet , ajoute-t-il , tout ce qui peut faire varier les lois de la circulation du sang dans le cerveau est une cause d'apoplexie \ ainsi l'ossification des artères, qui ne leur permet pas d'agir sur le sang , la diminution des sinus veineux, l'occlusion des trous qui permettent une libre communication entre les sinus latéraux et les veines occipitales , sont des causes d'apoplexie. Suivant Scheidius , la faux ossifiée exerçant une tension sur le sinus longitudinal diminue la capacité de ce sinus, qui ne peut plus suffire au sang qui régorge. Je crois que, dans l'elat actuel de la science, il est impos^jible d'établir rien de positif a cet égard, parce que la coïn-

(i) Episu CXI , 20.

iS TRANSFORMATIONS

cidence de deux faits , lors même qu'elle est souvent rëpelëe, u'esl pas une raison pour que l'un soit nécessairement la cause ou l'effet de l'autre. Je porte le même jugement sur la plupart des céphalalgies et épilepsies attribuées à ces ossifications : combien de céphalalgies et d'épilepsies sans cause matérielle ! Cependant si l'os accidentel a des propriétés mécaniques irritantes, il est probable qu'il e^t la cause des accidens. Valsaha a vu un homme qui éprouvoit des douleurs de tête alrocfs , et des défaillances , par l'effet des moindres mouvemens, tandis que les mouvemens les plus violeus ne produisoient rien de semblable. A l'ouverture, il trouva sur la dure-mère un petit os héiissé d'épines. Ou lit beaucoup d'exemples analogues dans le Sepulchretuni (i). La reine , épouse de LouisXV, éprouva pendant long-temps de violeus maux de léte, et mourut d'une hydropisie générale. Sénac , Lassus , lÂeiiiaud , médecins de la cour; Antoine Petit et M. Portai , médecins de Paris, virent « le sinus longitudinal supérieur w entièrement oblitéré et ossifié dans toute sou » étendue , ainsi qu'une portion du repli falci- » forme de la dure-mère : le sinus longitudinal w inférieur éloit beaucoup plus amj)le qu'il n'a

(i) Lib, 1 , sect. i.

ET PRODUCTIONS OUGAMgUES. ÏQ

» coutume de rétre o. — MM. Hagstroem et Bierken ont eurichi le Muséum anaiomique de Suède d'une grande esquille osseuse qu'ils ont trouvée dans Ja dure-mère ; celle esquille «voit causé la mort du sujet dans une attaque d'ëpilepsie (i).

D'autres fois ou a trouvé, eu même temps que des ossificaiious de la dure-mère, d'autres causer plus probables d'accidens. Lieutaud f^\\, c^wq ^ sur le corps d'un homme sujet depuis sa jeunesse à de violeutcs douleurs de tête, qui devint maniaque à l'âge de quarante ans, et périt de syncope , il vit dans la faux une ossification très-inégale , et à côté une ulcération de la substance cérébrale. On trouva de plus de l'eau dans les ventricules et les plexus choroïdes. Est-ce à Tossificaliou ou bien aux autres altérations qu'il faut attribuer les symptômes observés ? M. Portai ne croit pas à la première cause, et se foude sur ce que Tossification de la dure -mère existe très- souvent sans produire d'accidens ; et que , dans le cas d^accidens, le cerveau présente d'autres altérations suffisantes pour expliquer la maladie et la mort. Quoi qu'il en soit , il n'est aucun moyen de

(i) Journal de Médecine , de MM. Corvisarl, Le^ roux et Boj-er. iSia^

20 TH ASsFOIlftlATÎOIHS

reconnoîlre , pcLidaQt la vie, rossificalion de la dure-mère, et quand il en exisleroit, uous D'en serions guère plus avance's, vu l'impuissance absolue de l'art sur ce point. Faut-il nous plaindre de cette impuissance ? ne devons-nous pas dire plutôt avec Schneidiits et Morgagnl ^ que c'est une nature bienfaisante, et non pas une nature avare, qui nous prive de semblables secours : Nos ejusmodi auxUiis non tam natuTCB poTcimonid quam beriignitaLe desdtui ; car l€S mêmes moyens qui rendroient fluides les os accidentels, ne produiroient-ils pas le même effet sur les os naturels?

Peut-on prévenir ces ossiiications? On le pourffoit, si les idées de quelques auteurs sur les ossifications accidentelles étoient fondées. Ils prétendent en effet que ces ossifications sont la suite de suppuralior» , et que le pus , se concrétant, forme ces plaques ossiformes qu'on aperçoit tantôt dans les artères, tantôt dans les méninges , et que la formation du pus peut être prévenue. Je ne discuterai point ici si les concrétions pierreuses sont produites de cette manière ; j'observerai seulement qu'ils n'établissent aucune différence entre les concrétions et les os. La dure-mère passe-t-elle à l'état cartilagineux avant de devenir osseuse? Je ne connois d'observation de dure-mère cartilagineuse que

ET PRODUCTIONS ORr,A.NïQUES. 2î

celle (Je Gasp. Hoffmann (i), qui dit avoir trouvé uu cartilage exaclemeul rond daus son épaisseur.

J'ai eu occasion d'observer une espèce d'ossifiralion de la dure-mère doul je n'ai jamais ouï parler : elle consistoit dans mie foule de granulalioDS osseuses semblables à des grains de mil, inégales à leur surface, fixées à la face interne de la dure-mère par un pédicule très-mince» en sorte qu'elles serabloienl formées aux dépens de l'arachnoïde. De plus, la dure-mère offroit à la base de la faux plusieurs ossifications du genre de celles que j'ai indiquées. La superllcie de l'hémisphère droitdu cerveau ctoit convertie, daus l'épaisseur d'un pouce, en bouillie blanche, sans aucune extravasaiiou sanguine. J'appris que cet individu, âgé de soixante-dix ans, qui étoit venu à l'HôtelDieu pour une gangrène sénile, étoit depuis quatre à cinq jours dans un coma profond dont on n'avoit pu deviner la cause. Quelques jouis auparavant , j'avois observé cette désorganisation en bouillie blanche sur deux apoplectiques qui avoienr offert une hémiplégie du côté opposé à cette altération.

Espèce m. Ossification du péricarde. VieuS" sens a trouvé chez une jeune fille le péricarde

(i) Apol. pro Gai. l. ii.

22 TRAIV S FORMATION S

endurci, et a^'ant l'aspect du cartilage. — Smnard vit chez un homme de vingt-hnit ans, qui mourut subitement , après avoir été guëri d'une fièvre simple, le péricarde presque cartilagineux, ayant dix lignes d'épaisseur (i). •— iSé/2<2c présenta à TAcadémie des Sciences un péricarde dont la partie supérieure et anJerieureétoit transformée en un os irès-large qui avoit demi-pouce d'épaisseur (2). — On a trouvé, sur un octogénaire, le péricarde ossifié par plaques, et adhérent dans l'intervalle (3). — Sur un vieillard destiné aux dissections de la Pitié, j'ai vu le péricarde adhérent au coeur , et couvert de plaques osseuses, dont la plupart éloient situées au niveau de la réunion des oreillettes et des ventricules. La principale avoit un pouce et demi de large sur un demi- pouce de long et demi-ligne d'épaisseur; elles éîoient toutes inégales, tuberculeuses, fragiles, jaunâtres, contenues au milieu d'un tissu fibreux très-dense ^ toul-à-fait analogues aux ossifications par plaques des artères, et adhérentes au cœur au moyen d'un tissu cellulaire trèslàche. Ce même sujet offroit une altération stéatomaleuse de

(1) Obs. chir. lv , p. ^5.

(2) Ann. 1728, p. 552.

(5) Journal de Trévoux /\am l'jaG^

ET PRODUCTIONS OllGA NIQUES. 23

l'aorte, depuis son origine jusqu'à sa terminaison, et une ossification par plaques de la fin de l'aorte ventrale, de ses divisions et subdivisions.

Je ne connois d'exemple de pierres dans le péricarde que celui de Lancisi{i), 11 en trouva trois de couleur verte ; deux étoient fort petites ; la troisième pesoit deux onces : le malade avoit éprouvé des syncopes fréquentes.

Espèce iv. Je n'ai jamais vu d'ossification de la membrane extérieure des reins. Morgagni (2) parie seulement de son épaississement. — Il n'eu est pas de même de la membrane propre de la rate. Les transformations cartilagineuse et osseuse sont très- fréquentes , la première surtout : tantôt ce sont des granulations , des plaques; tantôt la rate toute entière est recouverte d'une enveloppe cartilagineuse, lisse ou tuberculeuse, interrompue par des cicatricules. Presque toujours on rencontre cette allëralion sur lecorps d'individus qui n'avoienl éprouvé aucun symptôme du côté de cet organe. Cepeudant, on a cru qu'elle pouvoit donner lieu à des symptômes morbifiques, tels que douleurs dans les hypochondres, hydropisles, tremblemens, pal-

(1) MoRG. De Sed. elCaus., Epist. xxv , i6.

(2) Epist. xxxviii , 28.

pitalîous, etc.; mais eo général oo trouve, dans les autres circouslances de l'autopsie , des raisons beaucoup plus probables de ces accidens. M. Lobstein dit que dans tous les cas qui se sont présentés à lui , il n'a pu reconnoître si c'étoit la membrane propre ou la membrane péritouéale qui etoil convertie en cartilage. Sur un très grand nombre de rates, M. Laennec a toujours pu séparer la tunique propre de la couche cartilagineuse ; quelqueibis il est parvenu à enlever quelques lambeaux de dessus celle dernière , en sorte qu'il est porté à croire que la couche cartilagineuse est placée entre Jes deux, membranes. Une fois j'ai vu cette couche cartilagineuse se continuant manifestement avec le péritoine. Sous elle, la membrane fibreuse étoit parfaitement saine.

Espèce v. La surface convexe du foie présente souvent des plaques cartilagineuses et osseuses. Une fois , j'ai trouvé cette surface comme he'rissée de granulations osseuses. Je les rapportai d'abord à la membrane propre du foiej mais il en exlstoit de semblables plus profondément dans l'épaisseur du parenchyme.

Espèce vi. Blasius (i) dit avoir vu une écaille osseuse adhérente à la sclérotique. Il

(i) Observ. medic , lab. vin, fig. i5.

ne parle nullement de rossilicalion de celle membrane, comme il est dit dans un Recueil jnsiemenl criliqné par Morgagnl (i).

Espèce vu. On a trouvé la membrane du tambour ossifiée cLez un individu qui eulendoit très-bien (2).

Espèce viir. Les membranes des fenêtres ronde et ovale , dont l'existence, surtout celle de la première , que Scarpa (3) a décrite avec son exactitude accoutumée , a été le sujet de tant de contestations , ont été trouvées ossifiées j celle de la fenêtre ovale par Valsalva, et celle de la fenêtre ronde par Vieussens^ dans deux cas de surdité.

Espèce ix. Ossification au périoste» L'ossîjBcatiou du périoste , généralement admise depuis les belles expériences de Duhamel et de Troja, vient d'être tout récemment attaquée par des praticiens distingués. Les uns et les autres citent des faits à l'appui de leur opinion. On est convaincu quand on a h\ Duhamel et Troja; on est fortement ébranlé par les ralsonnemens et les faits de MM. Léveillé et PdcheramL C'est en répétant les expériences des premiers et en

(i) Ep'ist. m , 5i.

(2) Dissert, de Plalner. Lips.y 1780.

(5) De Structura Fenestrœ rolundœ , et de Tympano fecund, 1723, in -8*.

2Ô T K A .\ S F O R Bî A T I O N S

flisculant les objections des seconds, qu'on peut éclairer ce point de docliine , qu'un accident malheureux ne m'a pas permis d'approfondir au gré de mes désirs (i).

Les partisans de l'ossification du périoste disent que cette membrane s'ossifie dans trois circonstances principales : i". lorsqu'elle est détachée de l'os; 2". lorsqu'on a détruit la membrane médullaire; 5". pour la formation du cal dans les fractures.

(i) Cet accident est un abcès à l'aisselle et une fièvre symptomalique de mauvais caractère , suite de piqûre au doigt en ouvrant vin cadavre. Cet abcès , quoiqu'ouvert de très-bonne heure par M. Diipuyiren^ fut suivi de deux fistules, l'une située derrière le grand pectoral et s'étendant jusque vers la clavicule, l'autre se dirigeant en arrière sous la peau de l'aisselle. Le premier trajet a été guéri par l'introduction de mèches , des injections irritantes, et la compression exercée au moyen d'un bandage élastique ^ dont la pelolle porloit sur le trajet fistuleux, et dont le point d'appui éioit en arrière sur le scapulum. ( L'idée de ce bandage est due à MM. Récamierel Mar~ jolîn.) L'aulre trajet n'a cédé qu'à l'incision de toute la peau comprise depuis la plaie jusqu'au fond du foyer. C'est mon père qui a fait celte incision , qui exigeoit beaucoup de précaution à cause du voisinage des vaisseaux et nerfs axillaires. II y a plus d'un an que cet accident m'est arrivé, et il reste encore un suintement léger qui paroît persister par une sorte d'habitude , mais dont j'espère être bientôt débarrassé.

T. Le périoste s*ossifie-t-il lorsqu'il est détaché de l'os? Le périoste, délaché dans une petite étendue, se recolle souvent sans que Tos éprouve d'exfolialion ; ce fait , observé depuis longtemps, a été mis hors de doute par Tenon (i). J'ai vu plusieurs fois tenter , et j'ai tente moimême, avec succès, la réunion par première intention de plaies de tête avec dénudalion des os du Cl âne ; néanmoins j'étois bien loin de m'attendre au résultat des expériences suivantes.

Sur dix ou douze lapins, j'ai incisé la peau cl le périoste qui recouvrent la face interne du tibia; j'ai décollé ce périoste avec le mancbe d'un scalpel, dans les deux tiers au moins de la circonférence et de la longueur de l'os : dix, vingt jours , un mois , deux mois après , j'ai été lout étonné de voir le périosle recollé , et le tibia de ce coté ne différer en rien de celui du côté opposé; seulement la plupart me présentèrent un léger épaississement de l'os aux limites du décollement du périoste. Sur trois lapins, je détachai le périoste des côtes dans toute leur circonférence : j'avois oublié de noter les côtes sur lesquelles j'avois opéré. Au bout de deux mois, ayant sacrifié ces animaux qui m'avoient servi à d'autres expériences, je ne pus découvrir ces

(i) Mëm. de l'Acad. des Scienc. , p. 5^2. 1758,

côtes : elles étoieot toutes semblables. Sur d'autres lapins, je détachai le périchoudre du cartiJage thyroïde et du cartilage des côtes : même résultat. Bichat (i) avoit déjà répété deux fois ja même expérience sur le cartilage thyroïde d'un jeune chien , et refermé de suite la plaie, qui guérit sans altération notable dans l'organisation du cartilage.

L'un de ces lapins sur lequel j'avois décollé le périoste dans toule la circonférence de l'os (2), mourut deux mois après par suite d'une tuméfactionconsidérabledelacuisse. En mon absence,

(i) Anatomie générale, t. m , Sjst.Jibr. , p. 188.

(2) Bichat * dit qu'il a répété sur deux chiens l'expérience qui consiste à détruire la membrane médullaire , et que tout l'os s'est nécrosé. « Quant à celle qui consiste à »> enlever le périoste non-seulement de dessus la partie » moyenne , mais de dessus toute la surface de l'os , je » ne sais si quelqu'un a osé la tenter : elle m'a paru ini- » possible. Elle seroit praticable , que bientôt l'animal » mourroit à cause de l'étendue du délabrement , et » qu'ainsi on n'auroit aucun résultat ». MM, les docteurs J^aLlerand , Thomas , Houssard, Codet , Desoèr, qui îu'ont aidé dans la plupart de mes expériences , ont pu s'assurer avec moi si cette dénudatiou offre autant de difficulté que le dit Bichat: quelques animaux ont succombé ; mais le plus grand nombre a survécu.

* Anat, genér. , Sy^t.fihr. , t m , p. i83.

M. le docteur Vallerandfii Texamen de la cuisse. La plaie exiërieure étoil cicatrisée , mais l'os dénudé étoit environné, dans les deux tiers de sa circonférence, d'une grande quantité de pus semblable à de la matière caséeuse. Le fémur, qu'il m'a conservé , est extrêmement curieux. La face antérieure est couverte d'une couche épaisse de nouvelle formation , de laquelle partent des végétations irrégulières et deux productions osseuses, lisses à leur face externe, rugueuses à leur face in terne , offrant près d'un pouce de largeur sur deux de longueur, et se portant en arrière comme des ailes en s'écartant du corps de l'os ; une ligne inégale indique un commencement de séparation de toute la partie nécrosée. Le fémur est trois fois plus épais à l'endroit de cette nécrose que dans tout autre point. La partie nécrosée, qui fait le quart de cette épaisseur, est compacte; la partie subjacente est spongieuse.

Celleobservationtouteseuleprouveroit que le périoste nourrit les couches les plus extérieures de l'os, qu'il est susceptible de s' ossifier lorsqu'il est détaché de l'os , qu'il est détruit par la suppuration; que, dans le cas de nécrose superfi» cielle , les couches vivantes deviennent spongieuses.

Pour éviter tout recollement du périoste et

3o TRANSFORMATIONS

prévenir loiUes les objeclions , j'imaginai d'Interposer un corps étranger entre le périoste et l'os.

1°. Sur un très-jeune lapin je décollai , avec M, le docteur CodeC^ le périoste dans toute la circonférence et toute la longueur de l'os ; nous passâmes deux fils de laiton entre le périoste et l'os: l'animal, sacrifié un mois après, nous présenta une diminulion considérable du volume du tibia à l'endroit de ces anneaux de laiton ; un lefi;er effort suffit pour rompre l'os dans ce point; une couche cartilagineuse et osseuse recouvroit les fils; le périoste s^étoit recollé dans tout le reste de la longueur de l'os.

2°. Sur un autre lapin je passai entre le tibia et le périoste une lame de piomb battu , d'uu demi-pouce delarge; je lafixai sur l'os au moyen de trois fils cirés. Deux mois après , on sentoil un renflement osseux très-considérable autour du corps étranger : ce lapin m'a été enlevé à mon grand regret.

De ces expériences, que je m'étois proposé de multiplier encore , je conclus que le périoste est susceptible de s'ossifier ; que si on me cite des faits qui semblent établir le contraire , je répondrai, avant même de les avoir enteuuMs, qu'ils n'infirment pas la vérité que je viens d'établir , parce que mille Jaits négatifs fie détrui-

ET PRODUCTIONS ORGANIQUES. 3t

sent pas un seul fait affinnatif ; que sans doute les circoûstauces n'élolent pas les mêmes que dans les cas qvie j'ai rapporlés. En effet , j'ai vu un très-i^rand nombre de fois , à la suite d'amputation, des fusées de pus avoir lieu le long du trajet des vaisseaux , entre les muscles, entre ceux-ci et le périoste, entre le périoste et l'os: j'ai vu le périoste décollé dans une grande étendue sans aucune trace d'ossification ; soiivent même il éloit presque détruit. Trois chiens sur lesquels j'avois , avec M. le docteur Desuër , décollé le j)ériosle dans toute la circonférence de l'os et interposé un corps étranger , ont succombé avant le dixième Jour ; un pus fétide étoit ramassé entre l'os et le périoste, qui étoit noirâtre, désorganisé et se déchiroit avec facilité. Des foyers de pus existoient aussi dans l'épaisseur des muscles. Toutes les fois que j'ai vu le périoste en contact avec du pus , et surtout avec accès de l'air, je n'ai point trouvé d'ossification : de là fai conclu que le périoste , en contact a^'ec du pus , ne s'ossifie jamais ; et c'est là la seule conséquence qu'on puisse tirer des faits cités par M. Z/eVe///e , pour prouver le défaut d'ossification du périoste.

II. Le périoste s'ossijîe-til dans le cas de destruction de la membrane médullaire?

Quand la membrane médullaire est détruite.

32 TRANSFORMATIOiNS

disent la plupart des auteurs avec Troja, tout l'os meurt , le périoste s'ossifie et forme un os nouveau : l'os ancien , mobile , doit être retii'^ pour qu'on puisse obtenir la guérison. Celle doctrine, résultai d'expériences très-mullipliées, écrites sans art et avec une négligence de style qui garantit la véracité de l'auteur, seroit-elle erronée ? Troja , entraîné par l'autorilé de Duhamel , auroit-il pris , comme le dit M. Lé' veillé , le développement des lames externes de i'os pour l'ossification du périoste ? Doit-ou lui substituer la théorie suivante? Les nécroses profondes sont produites par l'iutlammation , la suppuration et la destruction de la membrane médullaire. Les lames internes , qui reçoivent toute leur vie de cette membrane médullaire, se nécrosent seules ; les couches externes se développent, et la disposition cellulaire qui, suivant Scarpa , existe dans tous les os, devient manifeste: la séparation s'effectue ; le pus , augmentant de quantité, exerce une pression contre l'os spongieux; les points les plus foibles cèdent; des ouvertures fistuleuses ont lieu.

L'observation et l'expérience peuvent seules décider cette grande question. J'ai entrepris des expériences , je n'ai laissé passer aucune des occasionsnombreuses que J^aieues, en i8i4) d'observer des nécroses suite de plaies par arme à feu.

J'ai ampiuë l'extrémité inférieure de la jambe à des lapius et à des pigeons, et détruit la membrane médullaire du tibia. Je ne me suis pas coDlenié d'enfoncer un stylet , j'ai broyé la moelle. Je m'allendois à des résultats imporlaus; point du tout : les membres ne se gonflèrent pas sensiblement , et un mois après la moelle éloit reproduite; l'os opéré n'avoit pas plus de volume que celui du côié opposé; seulement un épaississement morbifique se remarquoit dans quelques points. J'ai répété cette expérience vingt fois peut-être : j'ai toujours obtenu le même résultat.

Alors j'ai rempli la cavité du tibia de charpie fortement pressée.

Lapins. Au bout de vingt-quatre , trenlesix, quarante - huit heures, le membre avoit doublé de volume, et préseutoit une lymphe à demi-conciète , épanchée entre les muscles, contenue dans leur épaisseur, et d'autant plus abondante qu'on s'approchoit davantage de l'os; le périoste se détachoit beaucoup plus aisément que dans l'état naturel ^ paroissoit plus humide, et la surface de l'os étoit recouverte d'une espèce de gelée qu'on pouvoit enlever par un léger frottement. Au bout de trois, quatre, cinq jours, celte couche avoit augmenté d'épaisseur, de consistance, se confondoit avec le IT. 3

34 TK ANSi'OaMATIONS

périoste pour devenir bientôt cartilagineuse. Vers les huitième , dixième jours, l'os avoit doublé de volume ; en le sciaut suivant sa longueur, on trouvoit qu'il étoit forme' par une couche spongieuse , rougeâtre, facile à couper, trois fois plus épaisse que l'os anci'en auquel elle adhéroit, excepté dans quelques points qui présentoient une substance molle, rouEjeâlre. Plus lard, l'os ancien étoit séparé de l'os nouveau par une membrane rougeâtre ; l'os ancien avoit la même épaisseur que le même os du côlé opposé j sa surface étoit lisse ; à une époque plus avancée, sa surface devenoit rugueuse , ce qui paroît tenir à labsorplion exercée par la membrane.

J'ai répété ces expériences sur les pigeons , et je les ai beaucoup plus multipliées; j'ai obteiiu à-peu-près le même résultat , sauf la rapidité beaucoup plus grande des phénomènes. Mais un fait bien extraordinaire que je n'ai pas encore pu constater chez les lapins, et sur lequel mes expériences sur le cal m'avoieut donné l'éveil, c'est que les couches les plus profondes des muscles se pénètrent de gelée comme le périoste, passent à l'état cartilagineux, puis osseux. La membrane interne de l'os nouveau est beaucoup plus rouge et plus promplenient organisée que chez les lapins; sa surface

est extrêmeraeat iuégale, préseute une ligne enfoncée à l'endroit de l'inserlion des aponévroses et des tendons. Cet os est d'une épaisseur très -inégale; ici, très -mince, presque transparent j là , très-épais; sa structure est celluleuse , et les cellules sont remplies d'une substance li ès-rouge. L'os ancien offre d'abord la même épaisseur que celui du côté opposé ; mais bientôt sa surface devient inégale, comme si elle éloit continuellement rongée ; il s'amincit prodigieusement , devient lamelleux et pliant , disparoît même tout- à fait au bout d'ua certain temps.

J'ai retiré l'os ancien et j'ai abandonné les animaux à eux-mêmes. Au bout de quelque temps , l'os nouveau étoit rempli par de la moelle , ses parois revenues sur elles-mêmes , ses cellules plus resserrées et moins rouges. Je détruisis cette moelle du nouvel os sur plusieurs pigeons , je remplis la cavité de charpie. Je m'attendois à trouver un second os nouveau autour du premier nécrosé ; je comptois alors répéter cinq, six fois sur le même os cette destruction ; les circonstances dont j'ai parlé m'ont fait ajourner ce projet.

De ces expériences j'ai conclu que, sur le libia et le fémur des pigeons, sur le tibia des lapins, la destruction de la membrane médul"

laire avec inlroducliond'un corps ëlianger dans la cavité de l'os , amène la ùécrose de toute l'é- -j)alsseur -de cet os; que la destrucliou de la moelle sans iutroduclloa de corps étranger, est suivie de la reproduclion de cette moelle; qu'après rextraclioa du corps étranger, une moelle s'organise dans l'os nouveau ; que dans les pigeons, les muscles paroissent concourir à la formation du nouvel os.

J'ai répété ces expériences sur les grenouilles ; mais comme je n'avois rien introduit dans leur canal médullaire , je n'ai obtenu aucun résultat.

Mais le tibia des lapins , les os des pigeons sont très-minces; la destruction de la membrane médullaire sur des animaux dont les os offrent une grande épaisseur ne pourrolt-elle pas produire d'autres phénomènes? Pour vérifier celle conjecture , j'ai détruit avec M. le docteur Desoër la membrane médullaire de six gros chiens , et j'ai introduit de la charpie dans le canal. Les pigeons ne manifestent pas de douleur par la destruction de lamoelle; les lapins n'en témoignent pas toujours ; mais les chiens poussent des cris affreux, lors même qu'on introduit, pour la cin(juième ou sixième fois, la lige de fer dans le canal médullaire. Tous ont succombé dans les douze premiers jours : sui* tous j'ai trouvé le

ET PRODUCTIONS ORGANIQUES. Sj

périoste décollé dans une partie ou dans la lotalité de la siirface de l'os, du pussauieux entre le périoste et l'os et dans l'épaisseur des muscles. Je n'ai rien conclu de ces expériences , que je n'ai pu répéter.

Mais j'ai un grand nombre d'observations de nécrose qui peuvent jusqu'à un certain point y suppléer. M. le docteur Thomas m'a donné un tibia nécrosé, enveloppé dans les deux tiers de sa surface par un os nouveau spongieux : la surface de ce tibia est très-lisse et présente tous les sillons, même les plus petits, de celle d'un tibia sain. J'ai vu d'autres os qui éloieutdans le même cas; et certes , ce sont bien là des exemples de nécrose de toute l'épaisseur de l'os.

J'ai vu d'autres nécroses évidemment formées par les lames les plus intérieures de l'os, dont la surfice étoit creusée de demi-cellules : pour les retirer , on avoit été obligé d'appliquer des couronnes de trépan sur les lames extérieures qui les recouvroieut. J'ai vu entre autres , 1° un séquestre formé par toute l'épaisseur de l'os dans l'éiendue d'un pouce et demi à deux pouces, et par ses lames intérieures dans le reste de son étendue ; 2". un autre séquestre du tibia formé par toute l'épaisseur de l'os, à une de ses exliémiiés, par ses lames externes dans une certaine étendue j puis

cS TRANSFORMATIONS

]}ar les lames moyennesde son exlrémité spongieuse.— Les ne'croses , suite de l'anaputalion des membres , sont encore très-remarquables : il en est qui sont forme'es aux dépens des lames externes de l'os , d'autres aux dépens des lames internes , enfin d'autres qui comprennent toute l'épaisseur de l'os à son exlrémité, et présentent en haut des prolongemens considérables de ses lames internes.

De là je conclus que dans les os épais , il y a nécrose tanlôt des lames internes , tantôt des îames externes, tantôt enfin de toute l'épaisseur de l'os ; que dans les extrémités spongieuses , il est des nécroses de lames moyennes enchâssées entre les lames externes et les lames internes vivantes.

Mais quelles sont les causes de ces nécroses? îa destruction de la moelle est-elle suivie de la mort des lames internes toutes seules , comme le décollement du périoste de la mort des lames externes ? La nécrose totale ne peul-elle avoir lieu que dans le cas de destruction simultanée de la membrane médullaire et du périoste? L'expérience seule peut répondre à ces questions , et J'avoue n'avoir pas assez consulté ses oracles. La solution de ces problèmes est entièrement liée à la connoissance des usages du périoste et de la moelle j ces usages, surtout cens

de la dernière, sont presque complèlemenl inconnus (i).

III. Le périoste s'ossifie dans la formation du caL Cette ossification, démontrée par les belles expériences de Duhamel^ attaquée par Haller et Dethleef , qui ne voyoient par-tout que suc osseux ; rejetée par Bordenave et Bichat , qui veulent que la formation du cal soit analogue à celle de toutes les autres cicatrices; celle ossi-

(i) Quand je réfléchis aux tlifTérences analouiiques de la membrane médullaire et du périoste, je ne puis croire à l'identité de leur usage , et penser que l'une sert à nourrir les lames internes comme le périoste nourrit les lames externes. La membrane médullaire s'ossifîeroit-elle dans les nécroses extérieures comme le périoste dans les nécroses intérieures? Cela répugne au premier abord : je dirai plus bas ce que j'ai observé à cet égard. Attendons néanmoins sur cela la décision de l'observation et de l'expérience. J'ai observé deux faits de nécrose de toute l'épaisseur du tibia, quoique la membrane médullaire subjacente vécût encore très-bien , et njême , dans un cas, envoyât des prolongemens vasculaires dans l'os nécrosé. La moelle ne nourrit-elle donc pas les lames intérieures. Je ne crois pas qu'on puisse en tirer cette conséquence ; car il est passible qu'une cause détruise la vifalilé de l'os sans détruire cellç de la membrane médullaire ; et de ce que l'os meurt toutes les fois que la membrane médullaire est détruite , il ne faut pas conclure que la membrane médullaire doive mourir dans tous les cas de moit de l'os.

40 TRAT^JSFORMATIONS

licallon , dis-je , m'a été démontrée par une foule d'observations et d'expériences. Sur des fractures de tibia et de fémur, parvenues aux quinzième, vingtième et vingt-cinquième jour, chez l'homme et les lapins (i), j'ai suivi le périoste de])uis l'extrémité de l'os jusqu'à l'endroit de la fracture; à une certaine dislance de l'endroit fracturé , j'ai vu cette membrane augmenter d'épaisseur , devenir successivement cartilagineuse et osseuse , laisser sur la surface de laquelle elle étoit détachée une lé- ^ère couche osseuse. Sur certaines fractures , j'ai pu la suivre à la partie la plus profonde de la virole en partie osseuse , en partie cartilagineuse et charnue , que formoient autour d'elle les muscles ossifiés; plus tard, elle étoit confondue avec cette virole osseuse, en sorte qu'on eût pu croire , avec Duhamel , que lui seul concouroit à la former. Au reste, je ne crois pas que la doctrine du cal soit encore invariablement fixée par mes expériences. Je me suis fait moi-même beaucoup d'objections auxquelles je n'ai pu répondre. Je n'ai point encore assez varié les conditions de ces expériences : je sais que , pour résoudre un problème de celle

(i) Au cinquième, dixième , quinzième et vingtième jour sur les pigeons.

impoiiance , qui est encore dans la classe des indéterminés , il laut encore plus de données : ce que je puis assurer , c'est que les muscles s'ossifient dans tous les cas de grand déplacement des fragraeus»

GENRE I Y

Ossification de la membrane m.éduîlaire,

J'ignorois que Duhamel ajoil noté cette ossification dans plusieurs cas , lorsqu'en examinant avec M. le docteur Breschet des cals de fractures faitesà des pigeons et à des lapins, nous trouvâmes les bouts des fragmens remplis par un cal intérieur assez analogue au cal extérieur, formé, comme lui, de substance spongieuse remplissant entièrement le canal à l'endroit fracturé , et allant progressivement en diminuant à mesure qu'on s'en éloignoit; en sorte que ce cal , facile à isoler de l'os, étoit cylindrique à l'extérieur , et creusé en dedans yjar une cavité conique. M. le docteur Tuilier m'a fait voir une fracture de tibia de mulet consolidée malgré un écartement de deux pouces entre les fragmens. La formation de ce cal est impossible à expliquer sans l'ossification des muscles. Les cavités des deux fragmens sont remplies par une espèce

de bouchon osseux. Je n'ai vu chez l'hommô que des rudimens de ce cal intérieur.

Troja a f/iit un grand nombre d'expériences qui conslateut l'ossitication delà membrane médullaire. Il dépouilla de parties molles et de périoste la partie inférieure du tibia de plusieurs pigeons , et trouva ossifié , au bout de sept à huit jours, ce qui restoit de périoste, ainsi que la membrane médullaire. L'ossification de la moelle , considérable au niveau de la section du périoste, alloit en diminuant à mesure qu'on s'en éloignoit. Je n'ai fait cette expérience qu'une fois : j'ai vérifié l'ossification de la moelle ; mais le périoste ne m'a pas paru ossifié.

Est-ce aux dépens de la membrane qui tapisse la cavité des dents ou de la portion pulpeuse de ces petits os que se sont formés les petits osselets inégaux à leur surface, que M. Diwalai trouvés dans une série de dents humaines et dans les incisives du boeul? Parmi les osselets de ces dernières , deux adhéroieut par leur base ; un éloit libre et recouvert de filamens rougeâtres qui sembloient avoir appartenu au noyau de la dent ; un autre tenoit par le point de sa surface; enfin , un cinquième adhéroit dans la presque totalité de sa surface. Il a été scié en même temps que la dent , et présenta des couches cou* cenlriques»

ET PRODUCTiOiNS ORGANIQUES. 4 '3

GENRE V

Ossifications des artères.

Je place ces ossificallons à côté de celles du système fibreux , à cause de leur fréquence et de l'analogie qui existe entre la membrane propre des artères, qui est souvent le siège de ces ossifications , et le système fibreux. J'ai déjà dit que M. Dupuytren a rapproché dans ses cours celle membrane propre des ligamens jaunes des vertèbres et du ligament postérieur cervical des quadrupèdes : c'est en effet le même aspect Ja même couleur, la même élasticité. Mais quand je considère la facilité avec laquelle le tissu artériel se déchire, la fréquence et même la nalure de ses altérations , je suis porté à l'éloigner de tous les autres lissus. L'identité d'altération me paroît la meilleure preuve de l'identité de nature des tissus.

Ces ossifications artérielles sont extrêmement communes j tellement que dans les amphithéâtres on s'accoutume à les regarder plutôt comme un phénomène naturel , suite des progrès de l'âge, que comme une véritable maladie. On les observe assez souvent sur les jeunes-gens; et, suivant la remarque de Bichat^ les mêmes ossifications qui, chezles vieillards, ne produisent

aucun accideut, eu déterminent de très-considérables chez les jeunes-gens. Dans l'état actuel de la science, nous ignorons si les altérations des artères déterminent des symptômes qui dépendent de la vitalité de ces vaisseaux j nous ne connoissons que ceux qui dépendent de la gène mécanique de la circulation. Dans ces derniers temps , comme on a observé les altérations stéatomaieuse , ossi forme, au voisinage des anevrysmes et dans l'épaisseur même des parois anévrysmales , on a pensé qu'ils tenoieut le plus souvent à cette altération (i). Cela est possible, très - probable même; mais cela n'est pas certain. Je dirai bientôt que

(i) Haller avoit , depuis long-temps, émis la même opinion *. II pense qu'un anévrysme de la crosse de l'aorte , dont il fait l'histoire, a été produit par des lames osseuses observées au voisinage de la poche anévrysraale ; car, ajoute-t-il , plus ces plaques osseuses résistent , plus le cœur , cet élastique vivant , fait effort pour surmonter la résistance : de là l'anévrysme. Aussi , toutes les fois qu'il existe autour du coeur des lames osseuses , on trouve eu même temps une dilatation des troncs de l'aorte : hinc quoties circà cor ossece laminœ , loties etiam dilalatio intriinco repetilur. Jepuisassurer qu'on rencontre souvent des ossifications des artères sans dilatation , et réciproquement.

* Opusc. patholog. , obs. xx.

j'ai VU les membranes ioterne et moyenne détruites dans un petit espace, et la membrane ceiluleuse toute seule formant les parois artérielles sans offrir la moindre dilatation. Toujours estil résulté de ces observations sur l'altération des artères au voisinage des anévrysmes, un nouvel argument en faveur de la méthode de Huii" ter y d'après laquelle l'artère doit être liée à une assez grande distance au-dessus de la maladie. Cela posé, je vais suivrecesossificalions dans les diverses parties du système artériel ; j'examinerai les accidens auxquels elles donnent lieu , suivant qu'elles attaquent telle on telle partie; je tâcherai de fixer d'une manière précise le siège et la nature de ces ossifications , ce qui me conduira à jeter un coup-d'oeil général sur la plupart des altérations organiques dus artères.

Espèce i^^: Ossification des orifices et des •valvides du cœur. Les zones blanchâtres (tendineuses suivant le plus grand nombre) qu'on observe aux orifices auriculo-ventriculaires du coeur sont très - sujètes à devenir cartilagineuses et osseuses , d'où un rétrécissement qui entraîne presque toujours l'anévrysme du coeur. Cette tran.sformation s'observe bien plus souvent dans les cavités gauches que dans les cavités droites. Cependant M. le professeur Corvisart a fait mouler en cire un coeur

dont l'orifice auriculo-venlriculaire droit ëlolt

carlilagmeux.

Les transformations cartilagineuses et osseuses des valvules mitrales et Iricuspides sont plus fréquentes , celles des premières principalement. Dans le mois de mars i8i5 , j'ai ouvert quatre cadavres d'individus morts de maladies du coeur : tous m'ont offert la cartilaginificatiou et l'ossification des valvules mitrales. C'est par leur base ou par leur bord libre que commence raltëralion, parce que c'est là qu'elles ont le plus d'épaisseur : presque toujours ces valvules, unies par leur bord libre, forment une cavité conique, dont le sommet peut à peine admettre une plume à écrire. Quelquefois elles se dilatent sous la forme de poches ou de sacs ordinairement osseux. Morand (1) rapporte que , chez un homme sujet pendant sa vie à de fréquentes palpitations , il trouva l'une de ces valvules dilatée , ayant la forme d'un sac qui pouvoit admettre le pouce. Morgagni cite une observation à-peu-près semblable (2). Ces ossi»ticatious sont tantôt lisses, tantôt comme hérissées de pointes. Doit-on penser qu'elles soient susceptibles d'une véritable carie? M. huilier

(i) Hist. acad. des Sciences. 172g.

(2) Eplsi. xxvn, 12. f

lut devant ^a Société aualomique une observation qui a voit pour litre : Carie des valvules mitrales ossifiées chez un homme de quarantetrois ans ; mais je prouverai que ces prétendues ossifications ne sont que des concrétions phosphatiques : donc elles ne peuvent éprouver de carie.

Les valvules tricuspides s'ossifient beaucoup plus rarement que les mitrales; cependant elles s'ossifient , quoi qu'en ait dit BichaU On trouve ôaos \e Sepu/chreium une observation de Horsdus sur un calcul naissant d'une de ces valvules. MorgagniôÀlen avoir vu souvent (i). Senac{2) a trouvé les valvules mitrales et iricuspides abaissées , collées aux parois du cœur , trèsdures , environnées de filets osseux qui éloient les tendons des colonnes charnues. M. Corvisart rapporte dans son bel ouvrage (3) un exemple de valvules Iricuspides et mitrales cartilagineuses, surtout à leur base. On lit dans la Bibliothèque médicale (4) une observation d'ossification de ces valvules.

Ces carlilaginifications et ossifications rélré-

(i) Epist. XXVII , 16.

(2) Traité du Cœur , t. lî , p. 4^5. (5) Maladies du Cœur , p. 202.

(4) Tome xLVii, page 18.

crissent toujours les orifices de communicalioa des oreillettes et des ventricules, et par conséquent entraînent i'anévrysme du coeur , lequel est actif ou passif, suivant la force ou la foiblesse de l'individu , et celles du cœur en particulier. Ce rétrécissement a-t-il lieu à l'orifice auriculo-ventriculaire gauche , le sang ne pouvant passer dans le ventricule gauche en aussi grande quantité qu'il afflue dansToreillelte correspondante , stagne dans cette oreillette, qu'il dilate, reflue dans les veines pulmonaires, le poumon, l'artère pulmonaire, les cavités droites; delà, une dilatation de l'oreillette gauche et des cavités droites. Dans la plupart des cas que j'ai observés , l'oreillette gauche avoit augmenté d'épaisseur, tandis que les cavités droites étoient sensiblement amincies. Ces rétrécissemens peuvent tout au plus être soupçonnés pendant la vie , les sj^mplômes auxquels ils donnent lieu se confondant avec ceux de la plupart des autres maladies du cœur. Ou en sera convaincu par l'observation suivante, qui nous offre en même temps un exemple curieux d'apoplexie.

Une femme âgée de cinquante-deux ans, née d'un père et d'une mère qui moururent apoplectiques vers leur cinquante-cinquième année, ayant eu des frères et soeurs morts de la

ET PRODOCTIOISS ORGANIQUES. 49

même maladie, éprouva elle-même une attaque d'ajjoplexie à l'ài^^ ^^ treule-deuK ans. Paralytique dans les premiers temps, elle recouvra peu à peu l'exercice de ses mouvemens et de SOD intelligence, sans néanmoins jouir des uns et de l'autre dans toute leur pléniunle.

Depuis un temps qu'elle n'a pas su déterminer, elle éprou voit des baltemens de coeur trèsforls, un sentiment habituel d'oppression qui augmentoit par l'effet du plus léger exercice, des réveils en sursaut, etc. — A. sou arrivée , dans les premiers jours de février i8i5, elle nous présenta l'élal suivant : face boufGe , pommettes et lèvres d'une couleur violette très-prononcée , membres inférieurs inliltrés, décubitus sur le dos et sur les côtés impossible; orthopnée , élouffement / respiral ion courte , bruyante, baltemens du coeur très-appareus, pouls très - irrégulier , intermittent j presque point de sommeil.

Ces symptômes vont croissant ; des sangsues sur la région cardiaque produisent un soulagement momentané; mais bientôt les membres supérieurs s'infiltrent : la malade ne peut reposer qu'en s'incllnant en avant, et en appuyant la tête sur ses genoux ; enfin elle meurt dans la nuit du i5 au i6 mars, après une longue agonie,

ir. "4

5o TRANSFORMATIONS

Ouverture. Deux choses étoient împorlanlc* à examioer, le cerveau et le cœur.

Cavité encéphalique. La malade avoit élé paralytique du côté gauche : l'hémisphère de ce côté ëtoit sain ; seulemeut le ventricule conlenoit une grande quantité de sérosité. L'hémisphère droit nous offrit, en dehors du corps cannelé, un kjsle séreux qui auroit pu admettre une aveline , entouré de tous côtés par la substance cérébrale , excepté en haut , où û. soulevoit un peu la paroi inférieure du ventricule, et seitibloit adossé à la séreuse qui le revêt. Ce kyste étoit excessivement mince; pour le démontrer, il fallut enlever avec lui une partie de la substance cérébrale , racler avec précaution , et couche par couche , cette substance : on vit alors une membrane transparente, tout-àfait semblable à celle qui tapisse les ventricules, et parcourue par des ramifications vasculaires.

Cavité pectorale. Les poumons adhéroient de tous côtes au moyen d'un tissu cellulaire très-bien organisé. — A gauche , un demi -litre de sérosité étoit amassé entre le diaphragme et la base du poumon , qu'elle refouloit eu liaut. La partie inférieure de ce poumon étoit soiide , complètement privée d'air, mais sans aucune trace d'mdammation. Le coeur nous a étonnes par son volume. Les cavités droites étoient très-

ET PRODUCTIONS ORGAr<riQUtS. 5r

dilatées, ainsi que ToreilleUe gauche. Je soupçonnai dès-lors un rétrécissement à l'orifice auriculo-ventriculaire gauche; et en effet les deux valvules mitrales, très-épaissies , cartilagineuses, etoient réunies à leurs bords libres , et ne permettoieut de communication entre l'oreillette et le ventricule qu'au moyeu de deux petites ouvertures, dolil l'une, à bords très-durs, étoit à peine capable d'admettre un tuyau de plume à écrire, et l'autre la tête d'une épingle. Une grosse colonne charnue , qui s'altachoit à une des valvules , cachoit ces ouvertures ; le sang étoit obligé de s'épaucher entre elle et la cloison du cœur avant de se répandre dans la cavité du ventricule. — L'appeudice auriculaire étoit rempli de sang coagule, adhérent, rouge, et paroissant organisé dans la couche qui touchoit immédiatement les parois de l'oreillette. La membrane interne étoit épaissie, opaque ; la couche musculaire plus épaisse.

Abdomen. Le duodénum et le commencement de l'iléon avoient leur face interne d'uu rouge noir, et éloient remplis de caillots de même couleur. Plus bas, rinjection de la muqueuse diminuoit, et les matières contenues oifroient leurs caractères accoutumés. La face interne de l'œsophage étoit rougeâlre dans la plus grande partie de son étendue; la muqueuse

Bz TRA NSFOKMaTIONS

de i'estomac étoit beaucoup plus coioree. — La face interne de la matrice, les couches les plus profoudes de cet organe étoient noirâtres. Cette injection des muqueuses el la transsudation sanguine tiennent à la même cause que la couleur violacée de la peau , et sont presque aussi communes.

Espèce ii. Ossification des origines de Taorte et de VciTiere pulmonaire, L'ossiHcatiou de Tori. ^ine de Taorte est très- commune : sa fréquence chez les animaux a même fait admettre comme naturel unosmorbiliquequi a joui d'une grande célébrité sous le nom ^ os du cœur. On plaçoit d'abord cet os presque indifféremment à l'origine de l'aorte ou aux valvules miirales et semi-lunaires; mais bientôt on ne lui donna que la première de ces positions. Aristote assure que cet os ne se trouve pas dans toutes les espèces. Galien a trouvé un os conoide sur un éléphant , et à sa place un cartilagfi chez de petits animaux, Pxiolan dit avoir vu viui^t fois le principe de l'aoïie ossifié. Bartholin , Harvée , Cheselden» Jialler çt une foule d'auteurs (i) rapportent des exemples semblables. Cet os a elé rayé du nombre de ceux du corps bumain par Vesale et

(i) Voyez Haller, Elcm. Phys.y 1. iv, sect. m, da Cordis fabvicâ.

Ingrassias , auxquels ont applaudi tous les anatomistes qui les ont suivis. Il est rare de trouver un cercle osseux complet; mais il ne l'est {)as de voir des portions de cercle plus ou moins considérables.

L'ossitîcation de Torigine de Tartère pulmonaire est extrêmement rare. PdoJan raj)pori(que Corn. Gemma trouva deux petits os , i'iui à l'origine de l'aorte, l'anlre à celle de l'artère pulmonaire: il en vit un qui avoit la forme d'un marteau, entre l'origine de ces deux vaisseaux. Veslingius a trouvé de petits os à l'origine de l'artère veineuse.

Esi^ÈcE m. Ossification des vah'ules syg" jnoïdes. Elle est peut-être la plus commune de toutes les ossifications accidentelles. Il n'est personne qui n'ait eu occasion de l'observer plusieurs fois : elle commence toujours par le bord adhérent et le tubercule du bord libre, et envahit peu à peu la totalité de ces valvules, lesquelles sont alors constamment écartées des parois artérielles, et bouchent plus ou moins complètement le calibre de l'artère. Macquer mourut après avoir éprouvé des palpitations , des anxiétés, une douleur derrière le sternum, et dans les derniers temps uu œdème assez considérable des extrémités. A l'ouverture de son corps, Viccf'd' Azir trauva te cœur un peu di-

]até^ les valvules sygmoïcIesossiBées, réunies, €t rétrécissant beaucoup le diamètre de l'artère. — Chopart ouvrit le corps d'un juge du tribunal de Paris, qui mourut subitement à l'âge de quarante-cinq ans. Le cœur avoit un volume énorme, et pesoit deux livres. Le ventricule gauche éloit très-dllaté, ses parois épaisses d'un pouce vers le sommet. Les valvules sygmoides présenloîent à leur bord libre des concrétions osseuses inégales , formées d'un amas de grains dont l'ensemble offroit une espèce d'anneau saillant à l'intérieur de l'artère, et de l'épaisseur d'environ quatre lignes (i). Le seul cas où ces valvules restent appliquées contre les parois du vaisseau est celui de leur recroquevilleraent. M. Corvisart rapporte (2) l'observation d'une femme âgée de soixante-seize ans , dont les valvules sygmoïJes étoient ossifiées et écartées des parois de l'artère : l'une d'elles conservoit assez de mobilité vers sa base pour pouvoir exécuter un mouvement de bascule: sans cette circonstance, le sang n'auroit eu, pour passer dans l'aorte, qu'une fente très-étroite.

L'ossification des valvules svg'noides pulmonaires est beaucoup plus rare. Morgagni trouva

(i) Maladies des Voies urinaires , part. 11, pag. yS. (2} Maladies du Cœur, p. 210 et suiv.

ET PRODUCTIONS OT\G.iXir.UES. 55

chez une jeune fille de seize ans , malade depuis sa naissance , les valvules ossitiées, épaissies , et réunies de telle manière, qu'il resloit à peine, pour le passage du sang, une ouverture du diamètre d'une lentille.

Les effets de l'ossificalion des valvules sygmoides, des artères aorte et pulmonaire, sont lin obstacle au cours du sang ; d'oii la dilatation active ou passive des cavités droites, des cavités gauches , de la totalité du cœur , suivant que le rétrécissement existe à l'origine de l'artère pulmonaire ou à celle de l'aorte. Il est impossible de reconnoitre à priori Vewsienca de ces ossifications. Doit-on penser, avec un grand nombre de médecins anglais, que l'ossification dft cœur , de l'origine de l'aorte , des valvules semi-lunaires et mitrales , des ai lères coronaires, soil la cause de l'angine de poitrine ou sténocarclie ? Suivant M. Brera , professeur de médecine clinique à l'université de Padoue, ces lésions organiques et plusieurs autres relatées par plusieurs praticiens, ne doivent être regardées que comme l'effet de la compression partielle ou générale exercée sur le cœur. C'est cette compression produite par le développe-^ ment morbifique du foie, de la rate, des poumons, par une tumcurdans le médiastin,eto., qui est la cause de cet état d'angoisse, d'oppression ,

de douleur derrière le sternum, qui s'étend à l'épaule , aux bras; de la syncope, etc., et de tous les symptômes donnés comme caraclérisliques de l'angine de poitrine.

Espèce iv. Ossification du tronc de l'aorte et de ses divisions. Il est rare d'ouvrir un individu un peu avancé en âge sans rencontrer quelques ossiiicalions le long de l'aorte; cependant elles n'ont pas toujours lieu en raison directe de l'âge , et on eu trouve quelquefois de très- considérables chez de jeunes sujets : tantôt ce sont des lamelles plus ou moins volumineuses ; tantôt elles forment des quarts , des moitiés de cercle , des cylindres complets. Harvée (i) rapporte qu'une portion de l'aorte descendante éloit convei lie en un tube osseux dans la longueur d'une palme : tunicœ ejus in calarnwn et tubuhmi osseinn totaliter conversœ. 11 se sert même de ce tait d'auatomie pathologique pour rejeter la faculté pulsalive des arrères. Scidtet a vu le tronc de l'aorte entièrement osseux dans l'étendue du petit doigt. Marchettis trouva l'origine de l'artère aorte ossifiée dans celle d'une palme. L'ossiiicalion , quelquefois bornée à la crosse aorlique, s'observe souvent tout le long de son tronc. — Dans quelques »' • ■ ^- . — ^' ..

(ï) Exercit. anat, de Circuit, sang.

ET PRODUCTIO.NS ORGANIQL'ES. 5j

cas , elle occupe en même temps et le tronc de l'aorte et ses principales divisions, sans que le malade ait présenté de symptômes qu'on puisse raisonnablement lui attribuer. D'autres fois, elle attaque exclusivement l'origine des principales artères ; l'ossification semble même affecter une espèce de prédilection pour celte origine. — Enfin , dans certains cas , elle envahit spécialement les petites artères , tandis que les gros troncs sont respectés , ou du moins ne présentent que des plaques osseuses peu considérables. Cette dernière espèce d'ossification est extrêmement remarquable: c'est une cause, plus fréquente peut être qu'on ne pense, de gangrène séoile. Il y a trois ans qu'on en observa une à l'Hôlel-Dieu , qui tenoit à cette cause. J'ai ouvert, dans le mois de juillet 1814, avec M. le docteur Pâtissier , le corps d'un homme mort de gangrène sénile des orteils du pied gauche. Le tronc de l'aorte offroit de distance en distance quelques taches d'un blanc jaunâtre, beaucoup moins nombreuses vers la terminaison de cette artère qu'à sa crosse. La comparaison de Morgagni , qui assimile ces taches à des gouttes de cire concrètes , comparaison goûtée par Sénac, m'a paru très-exacîe. A l'origine de la sous-clavière étoit uue ossification inégale, tuberculeuse,, qui n'étoit recouverte par aucune

membrane. L'orifice de la carotide interne droite éloit capillaire; ce rëtrécissemenlétoit produit par une tumeur grisâtre,de coiisislance couenneuse, formée aux dépens de la membrane moyenne. La carotide interne gauche étoit os ifiée à son origine, entièrement oblitérée et convertie en ligament jusqu'à l'endroit où elle pénètre dans le canal carotidien (i); dans le crâne , l'artère cé-

(i) Ce n'est pas là le seul exemple qui existe d'oblitération de la careitide interne. TVillis * a vu les artères carotide et vertébrale droites ossifiées et oblitérées chez un individu qui n'avoit éprouvé aucun accident. Ant. Petit** a observé cette oblitération à la suite d'anévrysme. Sur une femme de quarante ans , morte subitement au milieu de convulsions , je trouvai , entre autres altérations remarquables du système artériel , l'origine de la carotide primitive gauche complètement oblitérée par un caillot fibreux, rougeâtre , d'un demi-pouce de longueur, intimement uni à la meaibrane interne de l'artère. Du côté de la crosse aortique , une petite fente exisloit à l'endroit de cette origine. L'origine de la carotide externe étoit un pertuis presque capillaire : ce rétrécissement extraordinaire étoit produit par l'épaississement de la carotide primitive prête à se diviser, et l'épaississement dépendoit d'une matière jaune recouverte par plusieurs couches fibro-cartilagineuses. La membrane moyenne jjaroissoit intacte sous elle. Le calibre de la carotide externe et dç ses branches étoit singulièrement diminué.

* Cerebri ^nat. , cap . lxx. ^

** Acad. des Scieac, ; 1763.

ET PRODUCTIONS ORGANIQUES. Sq

rébrale moyenne prësentoit quelques taches jdu reste, tous les vaisseaux cérébraux étoient intacts.— Les artères brachiales éloient exemptes d'ossifications ; les radiales formoient des cordons osseux, sensibles à travers les tégumens; le calibre de la gauche étoit singulièrement diminué : la droite n'avoit plus de cavité ; on ne pouvoit distinguer ni membrane interne ni membrane moyenne. — Les iliaques offroient çà et là des taches et des plaques osseuses : les crurales en cootenoient un plus grand nombre; les poplitées en étoient remplies ; les tibiales antérieures et postérieures , les péronières formoient des cordons osseux, au milieu desquels nous ne pûmes trouver de cavité. Il en étoit de même de leurs divisions et subdivisions. Dans les iliaques crurales et poplitées , la membrane interne, intacte , recouvroit les ossifications; plus loin cette membrane étoit ossifiée.

Espèce v. Ossification des artères cardiaques. Cette ossification a fixé spécialement Taltention des auteurs. Crell (i) en a traité dans un ouvrage particulier. Belîini (2) dit avoir vu un calcul faisant corps avec les grands rameaux qui séparent les ventricules. Meckel a trouvé

(1) Obs. de Arier. coron, instar assis indiiraiis.

(2) DeMorb. Pect.

toutes les artères coronaires pétrifiées Jusque dans leurs dernières ramifications , tandis que Taorle u'offroit que des écailles osseuses (i). Sénac a trouvé sur un Récoilet sujet aux palpitations, les artères coronaires osseuses, et formant des rameaux semblables à des braoches de corail (2}. Morgagixi cite plusieurs exemples analogues. 1/ ossification de ces artères est extrêmement commune ; je l'ai rencontrée un grand nombre de fois, presque toujours cbez des individus qui avoient en même temps des altérations semblables dans le reste du système vasculaire. L'importance du coeur a fait penser que cette ossification devoit donner lieu à des symptômes particuliers : cela peut être dans quelques cas; mais , dans l'état actuel de la science , nous n'avons aucun signe qui puisse les faire soupçonner pendant la vie des malades.

Espèce vi. Ossification des artères cèréhrales. Elle est plus rare que celle des autres parties du système artériel. Le plus souvent on n'observe dans ces artères que des taches blanchâtres : quelquefois les ossifications ont lieu dans cette partie de la carotide interne qui longe les côtés de la selle turcique. Morgagni et Hal-*

(i) CoUect. acad. , t. ix , p. i5.

(2) Tome n , page 454-

ET PRODUCTIONS ORGANIQUES. 6l

1er eu ont souvent observé. Cortésius ^ qui elfe un granJ nombre d'exemples de plaques osseuses trouvées dans cet endioit , les regarde comme naturelles et les rapporte aux os sésainoides(i). Ou a cru que ces osselets elolent formés sur la pointe du rocher. IVl. Portai avertit de ne pas confondre ces ossllicalions arté* rielles avec l'os sésamoide dont Riolan a parle. Quels sont les effets de ces ossifications ? Morgagni les regarde comme une cause d'apoplexie. 11 rapporte (2) qu'il trouva sur le cadavre d'un individu mort d'apoplexie , une heure après avoir pris un vomitif , le cœur ossitie à l'endroit qui répond aux valvules initrales et l'aorte parsemée d'une multitude de bractéoles osseuses; en sorte, dit-il , que si j'avois pu examiner avec soin le cerveau, j'aurois trouvé d'autres ossifications. Ce n'étoit, dans ce cas , qu'une présomption ; raais il avoii: antérieurement observé sur des vieillards morts apo« plectiques les artères cérébrales ossifiées , surtout à l'endroit oia elles se réUéchissent sur les côtés de la selle turcique. Combien de fois n'aije pas vu ces ossifications et ces taches chez des

(i) Miscell. Med. , dec. i, c. 7, (2) Epis t. m , 11.

individus qui n'avoieut éprouvé aucun symplôme du côté du cerveau !

Nature des ossifications des artères.

Jusqu'à présent je me suis servi du terme iy ossifications , pour désigner les transformations ossiformes des artères; mais les artères ainsi indurées sont-elles de véritables os ? Ne sont-ce pas plutôt des concrétions inorganiques, des dépôts de phosphate calcaire? Les opinions des auteurs sont singulièrement partagées à cet égard. Il en est qui rangent toutes les ossifications accidentelles parmi les phénomènes de la lithiasie , et qui n'hésitent pas à donner le nom Aq pierres à la trachée et au larynx ossifiés: d'autres ne reconnoissent pas de yjierres , et veulent que toutes les concrétions accidentelles soient des os. Pour décider la question , il faut établir quelles sont les propriétés caractéristiques du tissu osseux.

La disposition lamelleuse et linéaire , l'odeur fétide que répandent les parties dures jetées dans le feu ; voilà les caractères spécifiques des os suivant Sénac , Morgagni , Salzmann et autres : la disposition granulée , le défaut d'odeur par l'action du feu ; voilà ceux des pierres.

La marche que suit îa nature dans la formation de ces ossifications accidentelles, l'existence

d'un parenchyme cartilagineux cîémonirée par ia soustraction du phosphate calcaire au moyen (îe l'acide nitrique, nous paroissenl deux voies hien plus propres à nous faire connoîlre la nature de ces ossifications. Un mot sur la structure des artères.

Les parois artérielles disséquées irès-atlenti-» Yemenl , soit dans l'état de maladie, soit dans l'état d'intégrité parfaite, m'ont présenté, en allant du dedans au dehors, i°. une pellicule extrêmement mince, très-facile à déchirer, susceptible de s'épaissir beaucoup , transparente lorsqu'elle est étendue sur les parois artérielles, rougeâtre lorsqu'elle est ramassée sur ellemême, d'un rouge cramoisi dans certains cas j 2°. une membrane plus résistante, se détachant plus aisément suivant la longueur de l'artère quedanslesetis trausversal,d'une texture inconnue (ce sont ces deux membranes qu'on nomme ordinairement membraiie interne ) ; 3". celte membrane enlevée, on voit une surface homogène qui, à l'exception du poli, ne diffère eu uen de celle de la lace interne d'une artère intacte : c'est la membrane propre dont les couches les plus internes n'ont nullement la disposition linéaire circulaire, si manifeste dans les couches les plus extérieures; elle s'enlève hien plus aisément suivant la circonférence que

suivant la longueur de Tartère ; 4°« une membrane celluleuse , insensible , difficile à déchirer, ue se pëue'lrant jamais de graisse ni de sérosité.

Gela posé , voyons les altérations des artères qui paroissent liées avec les ossifications. Ces altérations sont extrêmement communes j sur huit individus adultes , je puis assurer que cinq au moins ont dans leurs artères ou quelques taches ou quelques plaques. Les vices scorbutique, scrophuleux , dartreus, vénérien, etc., ont- ils de l'influence sur la production de ces maladies ? Les artères sont-elles sujettes à des éruptions comme la peau, les muqueuses, etc.? Ces altérations donueut-elles lieu à des symptômes morbifiques qu'on n'a jusqu'à présent attachés à aucune lésion organique ? Ces questions ne peuvent être résolues que par des observations ultérieures.

1^^ Altération. Souvent la face interne des artères présente de petites taches jaunâtres , ordinairement longitudinales , qui paroissent formées aux dépens de la pellicule mince dont j'ai parlé , et s'enlèvent avec elle. Quand ou les presse entre deux ongles, on eu exprime une matière d'un blanc jaunâtre. Dans quelques cas, la tache est plus considérable, paroît résider dans la membrane interne toute entière , et persiste lors même que la pellicule a été enlevée.

J'ai trouvé peu d'aortes qui ne m'offrissent quelques taches semblables.

2^. Des taches plus considérables soulèvent plus ou moins , et la pellicule mince et la membrane inleine, dépendent d'une matière jaunâtre, qui tantôt est sèche et comme pulvérulente, tantôt molle, assez semblable à la matière stéatomateuse. Cette matière, qui paroit souvent formée aux dépens des couches les plus intérieures de la membrane propre, recouvre quelquefois des ossifications , et d'autres fois en est recouverte. Dans quelques cas, cette raaiière stéalomateuse s'altère , contracte plus de flui* dite, une couleur brunâtre : la pellicule mince qui la recouvre se déchire. J'ai vu plusieurs fois des ulcérations qui n'avoient épargné que la tunique celluleuse sans que celle-ci présentât la moindre dilatation , ce qui me porte à croire que quelques auteurs ont fait jouer un trop grand rôle aux altérations caséeuse, ulcéreuse, stéalomateuse , pour la production des ané- "vrj'smes.

3«. L'artère est parsemée de plaques d'un blanc cartilagineux , d'une grande densité, proéminentes, semblables, comme l'a dit Morgagnif à des gouttes de cire blanche concrète. La dissection attentive de ces plaques montre une substance cartilagineuse, au milieu de laquelle Ht 5

se trouve une matière jaunâtre , stéalomateuse , plâtreuse ; elles sont formées aux dépens de la pellicule et de la membrane interne, et s'enlèvent avec elles. Souvent la membrane propre offre une dépression sensible à l'endroit de ces plaques; quelquefois ses couches les plus internes sont entreprises. Jamais je n'ai vu celte espèce d'alléraliou plus prononcée que sur la femme dont j'ai rapporté plus haut une partie de l'histoire. ( Voyez page 58.) Toute la portion pectorale de l'aorte présentoit nue épaisseur double de celle qui lui est naturelle ; les membranes celluleuse et moyenne étoient intactes, mais traversées par un très-grand nombre de vaisseaux qui se manifesloient par des points rouges quand on les séparoit l'une de l'autre et de la membrane interne. Celle-ci avoit au moins l'épaisseur des deux autres réunies; sa consistance étoit celle d'un fibro-cartilage, son épaisseur inégale, sa face interne soulevée par plaques ; elle élolt formée par une substance fibro-cartilagineuse, dans l'épaisseur de laquelle se voyoit une matière jaune , stéalomateuse , et dans quelques points des lamelles osseuses. Plus la couche qui recouvroit cette matière jaune étoit épaisse, moins la couleur jaunâtre des plaques étoit marquée; dans quelques - unes , celle matière jaune , très-

iiiiide , u'étoit recouverte que par «ne membrane mince.

4^. On trouve des plaques osseuses (iemitransparentes^ jaunâtres, irrégulièrement arrondies, fragiles; tantôt enveloppées de tous côtés par une substance (ibrcuse , tanlô' recouvertes par une pellicule extrêmement mince, tantôt enfin lisses et libres par leur face interne. Lorsqu'on soulève ces plaques , on voit se soulever en même lemps la membrane interne qui se continue manifestement avec elles. Ces plaques osseuses détachées présentent toujours à leur face externe quelques portions de la membrane propre ; mais l'ossification paroît attaquer primitivement et spécialement la membrane interne; quelquefois elles sont entourées de tous côîés par la matière stëaiomateuse. Une fois j'ai trouvé sur leur face convexe uue matière noire, très - analogue à celle des corps bronchiques ; des points noirs se voyoient dans toute ia longueur de l'aorte. Deux vaisseaux très -petits parloient de deux de ces points, et contenoieut la même matière. Je regrettai beaucoup d'avoir séparé l'aorte d'avec les parties environnantes; j'aurois peut-être pu suivre ces vaisseaux à une certaine distance. Quelquefois la matière stéatomatcuse qui entoure les plaques osseuses est corrompue. Dans d'autres cas , la membran«

tlô TRANSFORMATIONS

propre qui recouvre leur face convexe est trèsrouge.

5«. Il est une espèce d'ossification bien différente : elle n'est jamais jointeà l'altération stëatomateuse ni à la transformation cartilagineuse, procède toujours circulairemenl, a évidemment son siège dans la membrane jjropre , et s'observe presque constamment chez les vieillards. Celte ossiticalion est ordinairement revêtue par la membrane interne et par la pellicule mince ; présente quelquefois des inégalités, des tubercules qui les déchirent (d'où les plaques rouges, les espèces d'ecchymoses qu'on rencontre souvent dans leur voisinage); paroît envahir dans quelques cas la membrane interne, et est la seule qui soit susceptible de former des portions de cylindre ou des cylindres entiers.

J'ai soumis une artère radiale qui présentoit cette dernière espèce d'ossification, à l'action de l'acide nitrique affoibli : il m'est resté une substance molle , se déchirant aisément, conservant la forme de l'artère et les inégalités des ossifications. J'ai répété la même expérience sur un demicylindre osseux de l'artère aorte ; j'en ai obtenu une substance molle, jaunâtre, qui m'a semblé le parenchyme organique de l'artère. Je n'ai pas trouvé de parenchyme cartilagineux, comme mes observations sur la marche de la nature dans la

ET PRODUCTIONS ORGANIQUES. Qn

production de ces ossifications meTavoient déjà fdit présumer. Donc les ossifications circulaires des artères sont formées par un dépôt de phosphate calcaire suivant la direction des fibres de la membrane propre.Il n'y a pas dépôt de phosphate calcaire dans un parenchyme , dans le lissu élémentaire même des fibres, mais bien dans leurs mailles. C'est , dit M. Coivisart, une véritable cristallisation , laquelle est régulière quand la membrane interne est intacte , et irrégulière quand cette membrane interne est déchirée.

A plus forte raison les plaques osseuses, jaunâtres, fragiles , presque toujours unies à l'altération stéatomateuse , gypseuse , plâtreuse sont-elles des dépôts phosphatiques. Je n'en ai pas trouvé d'assez considérables pour pouvoir les soumettre avec fruit à l'action de l'acide nitrique.

GENRE VI

Ossification des 'veines.

Les veines pulmonaires sont susceptibles d'ossification, si l'on en croit Bichat , qui dit en avoir vu plusieurs exemples sans entrer dans aucune espèce de détail. Il se sert même de cette observation pour prouver l'identité de nature de la membrane interne du système vasculaire à sang rouge. — Bonet dit que les veines du cœur ont paru osseuses comme les artères.

On trouve dans les Ephémérides des CuHeux de la Nature (i) un exemple d'ossification des veines coronaiieschezunindividu qui succomba fi la suile de difficulté dans la respiration. — ■- Sur le cadavre d'un vieillard qui avoit succombé à une gangrène par concrétion phosphalique des petites artères , je trouvai les veines satellites de l'artère poplilée parsemées d'ossifications qui me parurent de même nature que celles des artères : ce fut par hasard qu'ayant emporté les veines avec les artères , j'eus occasion de faire celte observation. Je voulois examiner les veines d'un plus gros calibre ; mais le cadavre ne fut plus à ma disposition.

Il est une espèce d'ossification particulière aux veines , c'est celle qui consiste en des glo-» billes sphériques de volume variable , fixés aux pavois du vaisseau par un pédicule très-mince. TVaker paroît en avoir parié le premier (2). M. Lobstein dit avoir trouvé plusieurs fois des calculs dans l'inlérieur des veines qui composent les plexus hémorrhoïdaux, vésicaux, vag uaux , surtout dans les veines spermatiques internes. ISl.Laetinec observe que l'exislence de ces concrétions estd'autant plus singulière qu'elles ne se

(i) Dec. IV, an 10 , obs. clxxv.

(2) De Concrementis terresiribus ^ in~fol, ^ p. 44" Berol., 1775.

ET l'ROBUCHONS OUGANÎQUFS. 7I

formeut que dans les veines iodiquées par M. Lohstein. Cejjendant M. Dupuytren m'a fait voir, dans UU8 leçon de manœuvres d'opérations, un assez grand nombre de ces globules dans les veines concomitantes des artères tibiales anlérieureset postérieures. M. T//o/7(3/' présenta à la Société analomique une des veines sous-cutanées de la jambe remplie de concrétions globuleuses , blanches , très-dures , mobiles dans l'étendue de quelques lignes et non au-delà. Tout récemment, j'ai trouvé un de ces globules dans les veines vésicales d'un vieillard mort d'une ré- Jeniion d'urine par gontlement extraordinaire de la prostate. Une dissection attentive m'a fait découvrir qu'il tenoit aux parois veineuses par un pédicule étroit,- membraneux , et étoit recouvert par une membrane très-mince, qui se continuoit avec la membrane interne de la veine. J'ai écrasé ce globule, et j'ai vu qu'il consistoit eu une sphère à parois osseuses, compactes, fragiles, contenant une matière terreuse , inorganique. Dans une autre veine vésicale étoit une concrétion globuleuse de même forme, qui m'a paru fibrineuse. Seroit-ce ainsi que commencent les ossifications globuleuses? Nous ne savons rien de positif à cet égard.

Je ne counois pas d'exemples d'ossification des vaisseaux lymphatiques.

n2 TRANSFORMATIONS

GENRE VII

Cardia vinification ei ossification du tissu -musculaire.

Espèce i'"^. J'ai parlé de la carlilaginificalion et de TossificatioD des muscles pour la formation du cal dans les fractures et celle d'un nouvel os dans les nécroses. Je ne connois pas d'autre circonstauce dans laquelle l'ossification des muscles volontaires ait lieu. Cependant on trouve dans Haller (i) l'observation d'un diaphragme et d'un muscle intercostal osseux : l'ossification du diaphragme occupoit la partie droite de ce muscle , et étoit formée aux dépens du centre apouévrotique et des fibres charnues voisines. Son plus grand diamètre ^ qui avoit trois pouces un quart, étoit dirigé d'arrière en avant ; l'autre avoit deux pouces un quart ; son épaisseur étoit d'une ligne : le muscle intercostal étoit ossifié dans la plus grande parlie de son épaisseur. — hieutaud rapporte (2) qu'un vieillard avoit le diaphragme cartilagineux et osseux : ce muscle se rompoit eu produisant un bruit semblable à celui des os qu'on fracture. — Sur le cadavre de Gollako, auteur

(1) Dissert, chirurg, , ccvii.

(2) Hist. Anat. med. , t. u, p. 99.

F.T PRODUCTIONS ORGANIQUES. j3

des trois Jumeaux Vénitiens ^ ou trouva entre autres ossifications, le centre apouévrotique du diaphragme entièrement ossiKë et épais de trois iignes. — ^1. Léveillé , disséquant, en 1793 , le cadavre d'un homme de soixante-dix à quatrevingts ans, trouva le côté droit du diaphragme osseux ef. intimement uni d'une part au foie, et de l'autre à la plèvre et au poumon. — Meckel a vu dans lu substance des muscles des concrétions analogues à celles qu'on retire de la vessie; elles étaient blanches, cylindriques, et avoient une ligne et demie d'épaisseur^ et depuis une jtisqn'à cinq lignes de longueur : ces concrétions ue sont pas rares.

L'observation suivante d'ossification musculaire est extrêmement remarquable. Un homme mourut dans la salle de M. Dupuytren avec un éléphantiasis de la jambe gauche , et une carie de l'arliculalion tibio-tarsieune du même côté. La partie inférieure de la jambe frappoit par son volume énorme, qui contrastoit avec la maigreur extrême de Ja partie supérieure , et a voit la forme et l'aspect de celle d'un éléphant : c'étoit la même couleur noirâtre , la même surface rugueuse , fendillée; la peau éloit trèsépaisse; la partie colorée a voit, dans plusieurs points, une demi-ligne d'épaisseur, et paroissoit formée de lignes noires perpendiculaires» Le

tissu cellulaire sous-cutané étoit exlrêmemeot dense , fibreux , libro-cartilagineux dans quelques points, ne présentant aucun vestige de vésicules adipeuses dans une grande étendue : ce tissu dense , comprimé avec force , fournissoit à peine quelques gouttes de sérosité. Les muscles de la jambe avoient presque tous perdu leur rougeur; plusieurs avoient éprouvé la traustormalion graisseuse. La couche profonde des muscles de la face postérieure de la jambe etoit transformée en un tissu très-deuse , fibro-carlilagineux , et se contiuuoit avec une production osseuse de nouvelle formation qui envoyoit des prolongemens dans leur épaisseur et étoit évidemment formée aux dépens de ces muscles : on voyoit la transformation osseuse s'opérer par nuances insensibles, à- peu-près comme pour le cal. Je trouvai une lamelle osseuse isolée de toutes paris, au milieu d'un muscle. La production osseuse dont je viens de parler ne lewoit au péroné que par quelques points ; elle étoit libre dans le reste de son étendue , et séparée de cet os par une substance tîbro-cartilagiueuse et par l'artère péronière ; sa surface étoit très-inégale et son tissu très-spongieux , comme celui de la plupart des ossifications accidentelles. Une espèce de membrane dense , fibro - cartilagineuse , l'environuoit de toutes

ET PRODUCTIONS ORGANIQUES. jS

parts , s'enfoiiçoit dans les pores do sa surface et lui servoit de périoste. L'exirëmité inférieure du tibia offroit des végétations inégales et lameJIeuses.

Espèce ii. Le cœur éprouve quelquefois la Irausformalion cartilagineuse* Co/wmZ'Wi (i) avu la cloison ducœurcarlilagiueuse. p^eslingius (2) p?jrle d'un ventricule gauche tapissé par une crotite cartilagineuse. Bonet (3) rapporte des exemples d'excroissances cartilagineuses naissant de l'oreilletle gauche , et de cartilaginification des oreillettes elles-mêmes. Severin et Dionis citent chacun un exemple d'oreillette droite cartilagineuse. M. Corvlsart{l^ parled'un individu qui mourut après avoir éprouvé des élouffemcns et un pouls petit, concentré, irrégulier, intermittent. A l'ouverture , il trouva le cœur volumineux, les valvules mitrales cartilagineuses, les parois du venti icnle gauche épaisses d'un pouce et cartilagineuses à sa pointe jusqu'à une certaine hauteur.

Les exemples d'ossification du cœur sont plus nombreux. BoerJiaave (5) dit qu'il a vu les teu-

(i) De Re anat. , lib. xv.

(9.) Obs. Anal, et Epist. med. xv.

(5) Sepulchret. , lib. n , secl. i , obs. xxxii.

(4) Maladies du Cœur, p. i6y.

(5) Prœlect. l v , 478.

dons du cœur semblables à des brins de paille osseux, vehu festucas osseas; la cloison du cœur et ses parois étoient en même temps ossifiées. Bariholln rapporte qu'on trouva dans le cœur du pape Urbain VIÏ un os triangulaire. Garengeot fait mention d' un os long de quatre pouces et demi, large de plus d'un pouce, commun aux deux ventricules qu'il embrassoit en manière de baudrier (i). M. Renauldin a inséré dausle Joarual de Médecine (2) l'observation d'une pétrification de toute l'épaisseur du ventricule gauche , observée chez un homme de trentetrois ans. Celte pétrification éioit formée de graviers d'autant plus nombreux qu'on s'éJolgnoit davantage de la surtace du ventricule. M. Tf^eber , prosecteur à Salzbourg , a trouvé chez un homme de soixante-dix-neuf ans le cœur pétrifié en grande partie. Le péricarde étoit adhérent au cœur, l'oreillette droite éloit entièrement pétrifiée j la gauche ne l'étoit qu'eu partie ; le ventriculedroit étoit converti presque en totalité en une masse pierreuse; l'extrémité la plus inférieure du cœur n'offroit aucune pétrification. Le malade avoit éprouvé, long-temps avant sa mort , des indigestions et des crampes

(i) Histoire (le l'Académie des Sciences, 1726. (2) Janvier 1B06.

ET PRODUCTfONS ORGANIQUES. "fy

<restomac , et» daus les derniers temps, tous les symptômes d'une cardite.

De tous ces faits et d'nn grand nombre d'autre» que je pourrois rapporter ici , je dois conclure que, parmi les ossiticatious du coeur, celles du ventricule gauche sont les plus communes; en second lieu viennent celles du ventricule droit; enfin celles des oreillettes. M. Corm «r^ ajoute qu'on n'a jamais observé d'osîilicalion de la totalité du cœur. Je n'en connois pas d'exemple chez l'homme; mais j'ai vu le cœur d'une oie entièrement osseux. On cite plusieurs exemples analogues dans les recueils périodiques.

Sénac (i) rapporte un grand nombre d'observations de pierres trouvées dans le cœur. Il est plus que douteux que ces concrétions fussent libres dans cet organe. Schleiberus trouva dans le cœur d'une femme une pierre si volumineuse qu'elle remplissoit l'un des ventricules. — Le cœur de Maximilien II contenoit trois pierres couleur de rouille. — Thomas Erasùus nous apprend que le cœur d'un autre empereur qui avoit éprouvé les mêmes accidens présenta une pierre de même couleur. — Zacubus Lusitaniis rapporte qu'on en trouva trois qui pesoienl un gros dans le cœur d'un voleur, sujet aussi à des

(i) Tome II , p, 4*0-

palpitatîons. — Un jeune homme, qnela ville de Nuremberg faisoil élever à Paris, tut piis d'une maladie singulière dont il mourut; Murgel, qui en fit l'ouverture, trouva dansle cœur une pierre noirâtre du poids de plusieurs drachmes.

Effets de ces ossifications. 11 semble , au premier coup-d'œi! , que les ossifications du cœur doivent déterminer des accideos terribles ; cependant on les a rencontrées plusieurs fois chez des individus qui n'eu avoient pas donné le plus petit indice pendant leur vie : le plus souvent on a noté la difficulté de respirer, la lenteur du pouls, une gêne plus ou moins grande dans Icî. mouvemens du cœur. Le seul exemple de mort qu'on puisse raisonnablement attribuer à celle ossification est rapporté par J8onet{i), J'ai vu une gangrène sénile, avec houble considérable de la circulation, qui reconnoissoit pour cause une concrétion considérable dans l'épaisseur du ventricule gauche. En général , on peut dire que l'ossification de la substance propre du cœur détermine beaucoup moins d'accidens que celle de ses valvules.

On a prétendu qu'il existoit quelque liaison entre les concrétions pierreuses du cœur et les maladies des reins et de la vessie. HoUier rap-

(1) Sepidchret. xlui , secL n, obs. xxvn.

ET PRODUCTIONS ORGANIQUES. jg

porte qu'une femme , sujette à des douleurs iatolérables des reins et de la vessie , n'offrit au* cune altération du côté de ces organes, mais bien plusieurs abcès dans le cœur et deux pierres. On ne doit certainement pas conclure de ce fait ce que Jacot infère d'un cas analogue. Un docleur d'Arles étoit sujet à des coliques néphrétiques , à la suite desquelles il rendoit un sable rougcâlre. A l'ouverture, ou ne trouvarieu dans les voies uriuaires ,• mais on découvrit une pierre dans le cœur. Jacot conclut que la source de cette matière sablonneuse éloit dans le coeur. Bariliolin a cru qu'il y avoit quelque rapport entre une pierre et un os qu'on trouva dans le coeur d'un phthisique et un calcul des reins. Ce rap[)ort est tout-à-fait chimérique.

'Nature de ces ossifications. Les fibres musculaires du cœur s'ossifient-elles réellement, ou bien n'y a-t-il qu'interposition de matière pierreuse entre les fibres? On a long-temps établi une distinction entre les pierres et les os du cœur j Sénac , qui l'a admise comme tous les auteurs de sou temps , a paru en sentir le vide , puisqu'à la fin d'un paragraphe sur les pierres du cœur, il s'exprime ainsi : » J'avouerai ce- » pendant que ces observations ne sont pas » décisives ; on ne s'écarteroit pas beaucoup » de la vérité , en disant que de telles pierres

JO TRA.]SSF0RMAT10r>iS

» sont des os imparfaits ou mal formés : on n'y » voit pas , il est vrai , de fibres osseuses; mais » les voit-ou clairement dans les parties qui dé- » génèrent en cartilages? les aperçoit-ou daus » le cal même où on ne sauroit méconnoître une » ossification , etc. »? Ou donne encore aujourd'hui indifféremment le nom de pierres ou d'oj aux concrétions du cœur. Beaucoup d'observations sont conçues de manière à faire douter si ces concrétions ëtoient adhérentes ou non : le nom de pierres me paroît leur convenir mieux que celui d'os : c'est l'opinion de M. CorvisarL

GENRE YI IL Ossification du système nerveux.

Espèce i". Le cerveau augmente souvent de consistance , mais rarement acquiert-il la dureié osseuse. ZL/ewtow^ a rassemblé, sous le titre de cerebri durities y toutes ces indurations si différentes sous tant de rapports. J'ai vu une transformation fibro-carlilagineuse du cerveau : en voici l'observation. Une femme âgée de quarante ans environ , fut conduite à l'Hôlel-Dieu daus uo état d'idiotisme. On nous dit qu'elle éloit ainsi depuis environ six mois , à la suite d'un violent chagrin. Elle vécut encore un mois, mangeant , dormant, et paroissant jouir à peine de quelques

ET PRODUCTIONS ORGANIQUES. 8l

facultés iulellecluelles; enfin elle tombe daus ua état comaleux et meurt. A Pouvei lure , je trouvai le cerveau plus consistant que de coutume j j'incise verticalement rhémisphère droit, et je suis arrêté en avant par une tumeur dure (jue je cherche à isoler des parties environnantes» Elle éloit située au-dessous du corps calleux , qu'elle soulevoit, répondoit en dehors au corps cannelé; eu haut, faisoit saillie dans les deux ventricules , que distendoit une grande quantité de sérosité. Sa forme étoit triangulaire; l'angle postérieur très -allongé ; l'angle antérieur droit s'avancoit jusque vers l'extrémité antérieure du lobe du même côté. Elle présçntoit deux tissus bieo distincts : l'un , central , de la grosseur d'un œuf de pigeon , avoit la consistance d'un fibro-carlilnge , et ressembloit assez aux corps fibreux qui commencent à passer à l'élat cartilagineux; l'autre, extérieur, grisâtre, se confondoit avec la substance cérébrale, aux dépens de laquelle il éloit formé.

La plupart des os trouvés dans le cerveau me paroissent développés ou aux dépens des membranes cérébrales, ou aux dépens des os du crâne. Un homme, dit Lieutaud (i), perd tout-à-coup

(i) Fasc. , cap. , obs. xli

ri. 6

Si TRAPÎSFORMATIONS

la voix et tombe de cheval : il revient à lui et se plaint d'une douleur de tête obtuse et d'un tintement dans les oreilles : il meurt au bout de six ans. On trouva au milieu du cerveau un os assez volumineux cacbë à côté de la faux , ayant déterminé par sa pointe l'inflammation de la dure-mère; il n'y avoit aucun indice de fracture ancienne du crâne.-~-Uujeunehommede vingtdeux ans, épileptique depuis plusieurs années , préseuîa dans le côté droit du cervelet, un os long d'un pouce, uni par divers ligamens à la tente du cervelet.

J'ai trouvé dans le crâne d'une femme deux tumeurs osseuses qui naissoient de la portion pierreuse de l'os temporal : en voici l'observation.

Cette femme, âgée d'une soixantaine d'années, fut apportée à l'Hôtel-Dieu dans un état d'imbécillité : sa bouche étoit distordue, la commissure gauche abaissée, la moitié correspondante du corps plus foible. Cette malheureuse, condamnée à une vie végétative, succomba bientôt à des symptômes adynamiques. A l'ouverture, je trouvai du côlé droit, c'eslà dire, du côté opposé à la foiblesse, une tumeur osseuse du volume d'un gros oeuf de poule dinde, enfoncée dans le cerveau, qui étoit désorganisé lout autour et converti en bouillie. Celte tumeur

etoit mamelonnée et divisée eu trois tumeurs secondaires se réunissant toutes à un centre commun qui servoit de pédicule : le pédicule étoit implanté sur la face supérieure du rocher, à l'endroit oii cet os forme la paroi supérieure du tympan. De sa face postérieure naissoil une tumeur semblable , du volume d'une petite noix. Il suffisoit de toucher et de peser la tumeur pour reconnoîlre sa nature osseuse, au moins dans la plus grande partie de son étendue. Je l'ai fendue pour voir sa structure intérieure, et j'ai trouvé qu'elle étoit formée , dans sa presque totalité , par un tissu osseux , disposé d'une manière tout- à -fait singulière. Dans chaque tumeur existoit un centre d'ossification trèsdur ; de ce centre partoieut , en divergeant comme des rayons, une foule de petits faisceaux osseux, ilexibles, se terminant par une extrémité mamelonnée, reçue au milieu d'une substance celluleuse et fibreuse qui formoit une grande partie de la surface de ces tumeurs. Une d'elles présentoit eu outre, dans la moitié de son épaisseur , une substance spongieuse et vasculaire, tout- à-fait analogue au tissu erectile.

Dans quelques cas cependant on a trouvé des ossifications ou des concrétions ossiforraes dans le cerveau et le cervelet, Meckel a vu,

8#j, TRANSÏ^ORMATIONS

dans la partie postérieure de l'hémisphère i^auche du cerveau, chez un homme qui avoil été maniaque pendant plusieurs années, une grosse coRcrétion blanchâtre, très-dure, du poids de deux gros dix-huit grains, hérissée de pointes, analogue pour l'aspect à la pierre ponce , et formée par une substance hbreuse. — Greding a vu un os profondément situé eulre deux circonvolutions (i). Le même observateur parle d'une coucrélion osseuse très-inégale, qu'il trouva dans l'épaisseur du cervelet , avec lequel elle éloit intimement unie. — Un homme se plaignoit depuis long-temps d'une douleur vive à la partie postérieure de la tête : les vésicatoires , les sétoas , avoieut été inutilement employés. 11 mourut: et à l'ou ver ture, M. ^oj<3r trouva dans le cerveau une concrétion dure, plâtreuse , de la grosseur d'une noix. — Blc" gny (2) a vu une pierre du volume d'une fève à l'endroit de la réunion des nerfs optiques, chez une dame qui , après de violentes douleurs de tète avec fièvre, devint aveugle, et mourut.

Espèce ii. Ossijîcalion des nerfs. Je ne connois de nerfs susceptibles de s'ossilier que la

(1) LuGDwiD, Adver. medic. pract. , vol. 11. , p. 428.

(2) Zodiac^ Gallic. , obs. xiv . p. 81.

rétine, encore n'est-il pas certain qu'elle éloit le S'e'ge île Tossificalion clans le petit nombre d'observations que nous avons à ce sujet.

1*^^ Exemple» Hnller ^ préparant, en 1752, îes nerfs optiques sur le cadavre d'un voleur, fut frappe de la dureté d\ni des yp"x, qui offroit une cicatrice à la cornée lout-à-fait opaque. Sous la membrane choroïde éloit une lame osseuse ou pierreuse , concentrique, semblable à une demi-sphère creuse , et formée de deux lames distinctes dans une certaine étendue. Celte lame osseuse éloit percée d'une ouverture arrondie , donnant passage à un cordon qui parut un nerf, lequel formoit l'axe de la membrane osseuse, et venoit se confondre avec un corps osseux qu'on pouvoit prendre pour le cristallin corrompu. A ce corps adhéroit l'iris, les procès ciliaires et la cornée. Aux, dépens de quelle partie éloit formée cette membrane osseuse ? Haller pense que c'est aux dépens de la rétine; mais quel que soit le siège de cette ossification , ajoule-t-il , si on en trouve dans l'œil, la partie la plus délicale du corps humain, il faut en conclure que tous les tissus sont susceptibles de devenir osseux. Cet exemple lui parut unique dans son genre. Lapillos aliquos in lento crystallinâ repertos fuisse Icf^i , ejusmodi autem morbus nescio an vi-^

SUS sit, qualein hœc opportunitas nohis ohtu^ lit (i).

^e J^xemple, Morgagni rappoite (2) l'observation d'ime femme dont l'œil gauche étoit atrophié. Sous la sclérotique épaissie, on trouva la choroïde plus adhérente que de coutume. Sous la choroïde éloit une membrane blanche, épaisse, solide, se prolongeant en avant jusqu'à l'endroit qu'occupe ordinairement le corps cijiaire et le cristallin. Etoit-elle formée aux dépens de la rétine, du corps vitré ou de ces deux parties à la lois? On ne sauroit le déterminer : il n'y avoit point d'humeur vitrée, à moins qu'on ne regarde comme telle quelques gouttelettes d'une eau trouble et noirâtre. Tout près du lieu qu'occupe le cristallin étoit un corpuscule dur, de forme lenliculaire, osseux, adhérent en avant à la membrane uvée , en arrière à la membrane accidentelle dont nous avons parlé. Le nerf optique , atrophié , avoit une couleur obscure; mais cette atrophie ne s'étendoil que depuis le globe de l'œil jusqu'à sa réunion avec le nerf de l'autre côté.

3e Exemple. Ce n'est là qu'un exemple de membrane solide trouvée à la place de la rétine.

(i) Opusc. paîholog, , obs. mi , p. i56. (2) Eptsi, xm , 9.

En voici uu de merai^rane osseuse observée par le même auteur (i). Uu mecdiant aveugle d'un oeil, reçoit, dans une rixe, un coup de hâlou à la tempe : il éfoit ivre; il est renversé, mais se relève bientôt. La réconciliation est cimentée par de nouveaux excès dans la boisson : il meurt, pendant la nuit. A l'ouverture , Morgagni trouve une grande quantité de sang épanché entre la dure-mère et les os du cj âne , une fracture de ces os qui s'élendoit de l'os temporal à la base du crâne en passant sur le rocher. L'œil aveugle (c'étoitle droit) lixe ensuite l'attention: il étoit beaucoup moins volumineux que celui de l'autre côté , et représentoit un cône dont le sommet étoit en avant, 11 divise l'œil suivant son grand diamètre, et trouve sous la choroïde, à la place de la rétine, une membrane osseuse, mince, qui uaissoit de l'endroit où s'insère le nerf optique, et s'étendoit jusqu'au pourtour de la cornée en imitant la courbure de l'oeil. Le nerf optique de ce côté étoit affaissé, moins volumineux que celui du côté opposé. Coupé entravers dans toute la partie recouverte par la dure- mère, il présenta unematière muqueuse contenue dans uu cylindre épais, ce qui lui donnoit beaucoup plus de ressemblance avec une artère qu'avec

(i) Epist. Lîi j 5o.

un nerf. A l'endroit de rimion des nerfs optiques , l'altération cessoit , et tout étoit comme dans l'état naturel.

Espèce iv. Gunzius (i) a trouvé une bracle'ole osseuse entre les lames de la choroïde. Morand (2) rapporte un exemple qui peut-élre , dit-il , est unique : c'est celui de pëlrification du cristallin, et d'un os convexe en arrière, concave en avant, qai tenoit la place de l'humeur vitrée, et avoit la forme d'un culot moulé dans le fond du glohe. Sa face postérieure présentoiiun Irou par lequel passoit le nerf optique. Sa cavité étoit revêtue des restes de la rétine, qui envoyoit quelques filets à la choroïde par un autre trou situé près de la circonférence antérieure de ce culot : ce petit os étoit d'une épaisseur inégale et composé de fibres irrégulières. Morand pensa que le siège de celte ossification étoit l'humeur vitrée. Il prit des renseignemens sur cet individu, et il apprit qu'il étoit borgne depuis plus de -vingt ans ; qu'à l'âge de quinze , il avoit eu sur cet œil une tluxion violente, à la suite de laquelle s'éioit formée une cataracte jaune pour laquelle plusieurs oculistes avoient voulu lui faire l'opération» S'il s'y fut soumis, combien

(i) Progr. de Ozeenâ maxill.

(2) Acad. des Scienc. , p. 528,

ET PRODUCTEONS ORGANIQUES. 8q

l'opëraleur eût été déconcerté ! — On a trouvé plusieurs fois le cristallin osseux , ce qui constitue une espèce particulière de cataracte.

Voici un cas très-remarquable que nous avons eu occasion d'observer en 1814.

5® Exemple. Un aveugle mourut à la salle St.-Paul , à la suite d'une opération de taille. JNous examinâmes ses yeux avec soin. Voici les particularités qu'ils nous offrirent. Ils avoient à-peu-près leur volume naturel ; la cornée étoit opaque sur l'un des yeux , et transparente sur l'autre. L'incision circulaire de la sclérotique ne donna issue qu'à une très-petite quantité de liquide : sous elle éloit la choroïde ayant ses caractères accoutumés; l'iris éloit dans son état naturel sur l'un des yeux; sur l'autre il adberoit en bas à une lame mince , cartilagineuse , qui revétoit la face postérieure de la cornée. Derrière l'iris étoit un globule blanchâtre , ayant à peine le tiers du volume d'un cristallin ordinaire, offrant dans l'un des yeux une lamelle osseuse très-mince, irrégulière, et dans l'autre une multitude de points blancs. Sous la choroïde étoit une membrane osseuse, concentrique aux, autres membranes de l'œil. Cette membrane étoit rugueuse par sa face externe ou convexe, Il es -adhérente à la choroïde, surtout dans quelques poinls , moins inégale à sn face interne,

go TRANSFORMATIONS

intimement unie à une membrane cartilagineuse qui la tapissoit dans toute son étendue. Son bord ëtoit inégal et se prolongeoit en avant jusqu'au cercle ciliaire, au moyen d'une substance cartilagineuse. La cavité formée par cette membrane osseuse et cartilagineuse éloit fermée par une membrane caitilagineuse concave en avant, convexe en arrière, appartenant à une sphère d'un plus grand diamètre que la membrane osseuse f et recevant dans sa concavité le globule blanchâtre, vestige du cristallin ci-dessus mentionné. Celte cavité étoit remplie par une humeur limpide contenue dans des loges séparées par des cloisons cartilagineuses imparfaites. On voyoit aussi plusieurs filets nerveux rassemblés en cordon pulpeux passer à travers un trou de la membrane osseuse , et se perdre dans les cloisons et la membrane cartilagineuse.

Aux dépens de quelle partie étoit formée celte ossificalioD ? J'aurois pensé que c'étoitaux dépens de la rétine , si je n'avois vu le cordon pulpeux traversant la membrane osseuse , et se continuant manifestement avec le nerf optique. Je regrette beaucoup de n'avoir pu me procurer aucun renseignement sur cet individu; peutêtre étoit-il aveugle de naissaoce , et son œil offroit-il une disposition congéniale parlicu-^ lière.

ET PRODUCTIONS ORGANIQUES. Qï

GENRE IX

Ossification des membranes séreuses-

Le lissu séreux, qui s'eloii^ne sous tant de rapports du tissu osseux, se transforme cependant quelquefois en ce dernier lissu. Aussi cette transformation est-elle, pour les membranes séreuses , un état maladif qui nécessite souvent plusieurs transformations successives , tandis que, pour beaucoup de tissus, elle semble familière et peu contraire à l'ordre naturel.

Espèce 1^^. Ossification de F arachnoïde. Bichai (i) couservoit une pièce analbmique où la portion d'arachnoïde qui revêt la dure - mère étoit osseuse en plusieurs points. Cette dernière membrane étoit lout-a-fail étrangère à Tossitication. — J'ai déjà parlé (Voy. Ossification de la ^wre-mère)de pelitesgranulalions osseuses fixées à la face interne de la dure-mère par un pédicule mince, et paroissant formées aux dépens de l'arachnoïde. — On lit dans les actes d'£dimbourg l'observation d'un jeune homme de vingt-cinq ans, tourmenté depuis quatre d'une douleur de léie gravativo , de vertiges, lipothymies , et par suite d'une manie avec intermittence, de fièvre, de délire et de convuî-

fi) Anat. gcner. , t. iv, 556.

g2 TRANSFORMATIONS

siens, au milieu desquelles il mourut. On troliva de chaque côté du sinus longitudinal supérieur la pie-mère très-épaisse , calleuse , ayant presque la dureté osseuse. (Or, par pie-mère on entend aussi l'arachnoïde). — Morgagni rapporte qu'il trouva un commencementd'ossification dans l'arachnoïJe spinale , en voulant démontrer , dans son cours, la moelle et ses membranes. Peut-être étoit-ce aux dépens de rarachtjoïde qu'avoient lieu ces ossifications que Haller (i) et Sandifort (z) placent dans la pie-mère.

EsPÈCBii. Os'iification de la membrane de l'humeur aqueuse. Sur l'aveugle dont j'ai fait pins haut l'histoire, j'ai dit que l'iris adhéroit en partie à une lame mince, cartilagineuse , adhérente elle-même à la face postérieure de la cornée. Cette lame cartilagineuse seroit-elle la membrane de l'humeur aqueuse transformée?

F^spÈce in. Ossification de la plè<>'re. L'épaississement de la plèvre , sa transformation fibreuse, fibro - cartilagineuse , cartilagineuse, sont assez communes: son ossification est plus rare. La plupart des individus sur lesquels j'ai rencontré ces diverses transformations avoient succombé à des affections chroniques de la poi-

(i) Haller , Elem. Phys. , t. iv , p. 2 i- (2) Obs. nnat, pathol. l , 5.

trine : plusieurs n'avoienl présenté aucun synaplôme du côté des organes iLioraciqucs. Quand les côtes et le slernuin sont caries , la nature, par une prévoyance admirable , détermine l'épaisiissement, la Carlilaginiiicatiou ,rossi(icalion de la plèvre , et protège ainsi efficacement les organes de la poitrine. Cependant il est quelques exceptions : telles sont les observations de Galien et de Harvée , qui ont vu le coeur à nu par suite de rulcéralion du péricarde.

J'ai vu la plèvre pulmonaire cartilagineuse dans des cas d'bydropisie de poitrine. Sur uq sujet qui succomba à un rétrécissement de l'orifice auriculo-ventriculaire gauche, produit par la transformation cartilagineuse des valvules mitrales, j'ai trouvé le poumon droit adhérent au moyen d'un tissu fibro-cartilagioeux extrêmement dense , épais d'une ligue et demie deux lignes, formé de deux lames d'inégale épai'^seur, séparées par une substance gélatineuse. Sur un sujet morl de catarrhe chronique , j'ai vu cette subscauce fibro-cariilagineuse épaisse d'undemipouce.

Morgagni n'a rencontré que deux fois l'ossificaliou de la plèvre : une première fois sur un vieillard d'une stature extraordinaire, qui succomba à une diarrhée ( cette ossification appartenoit à la plèvre pulmonaire ) ; une deiixfème,

sur un vieillard de soixante- dix-huit ans , qui mourut le liuitième jour d'une fluxion de poitrine , et qui présenta , raro spectaculo , une os-* sification et une carlilaginitîcation de la porlion de plèvre qui répond au lobe inférieur du poumon gauche. Celte ossification éloit formée par de grandes lames osseuses, hérissées, du côté du poumon, de tubercules osseux, hémisphériques , de la grosseur d'un pois. — Lieutaud rapporte qu'un phthi^ique âgé de trente-cinq ans succomba à une fièvre lente avec exacerbations fréquentes et irrégulières. Les poumons éloient dans un délabrement extrême j la plèvre , qui étoit cartilagineuse dans sa presque totalité et osseuse dans la région précordiale , doubloit l'enceinte osseuse formée par les parois pectorales.— Un homme âgé de quarante-cinq ans, après avoir éprouvé long-temps de la toux et de la difficulté à respirer, succomba au marasme et à la phthisie. A l'ouverture , on trouva la plèvre plus dense et plus épaisseque de coutume, osseuse à la partie antérieure de la poitrine, surtout du côté gauche (i). — -Sur le cadavre d'un asthmatique , la plèvre étoit très-épaisse et osseuse , surtout du côté gauche^ de telle manière que le mouvement des fausses côtes étoit gêné;

(i) Journal des Erudits,

ET PRODUCTIONS ORGANIQUES. q5

les poumoDS ëloient aussi malades. (^Brimer.) — J'ai vu plusieurs fois des ossifications par plaques larges, adhérentes aux. poumous et aux parois pectorales , inégales par les deux faces, recouvertes de couches filireuses , cartilagineuses et unies les unes aux autres par une substance fibrocartilagineusc. — M. Fouquier a trouvé sur un sujet âgé de quarante-sept ans, mort de pulmonie tuberculeuse, compliquée d'inflammation des poumons , une ossification qui s'e'tendoit de haut eu bas depuis la sixième jusqu'à la neuvième côte, et transversalement du corps des vertèbres à la portion cartilagineuse de ces mêmes côtes. M. Fouquier pense que cette ossification s'est développée entre la plèvre et les côtes. — M. Kécamier m'a dit avoir vu le thorax doublé par une membrane osseuse adhérente au poumon. — M. Janin a trouvé sur le cadavre d'un septuagénaire qu'il a disséqué à l'Ecole pratique, en novembre i8i5, le poumon droit adhérent intimement au diaphragme , au mo yeu d'une membrane osseuse grande comme la main, ayant six lignes d'épaisseur : le reste de la surface de ce poumon étoit libre et séparée des parois thoraciques par une grande quantité de sérosité. En évacuant celle sérosité on aperçut un corps osseux loul-à^fait libre , floll.'int au milieu du liquide, à surface lisse , ayant

g6 TRANSFORMATIONS

la forme d'une rotule d'adulte , dont il cgalolt presque le volume.

Espèce iv. Ossification de la séreuse du pé" ricarde» Je n'eu connois pas d'exemple. Je serois cependant porté à croire que plusieurs des ossifications qu'on attribue à la membrane fibreuse appartiennent à la séreuse du péricarde.

Espèce v. Ossification du péritoine. Le péritoine s'ossifie rarement lorsqu'il est contenu dans l'abdomen ; mais lorsqu'il est déplacé pour former le sac herniaire dans les hernies , il éprouve mille transformations. (Voyez Transformations dans les hernies. ) Il est extrêmement rare de voir l'épiploon s'ossifier dans l'abdomen. En voici cependant quelques exemples. Un fille de soixante- treize ans mourut avec une tumeur dans l'abdomen qu'elle porloit depuis l'âge de trente-quatre ans. Ou trouva que cette tumeur étoit formée par l'épiploon , qui pesoit treize livres neuf onces , et éloit si endurci qu'on fut obligé de le scier: elle consistoit en une infinité de feuillets membraneux auxquels adhéroient des globules osseux (i). — Reisel parle d'une femme qui avoit à l'ombilic une tumeur qu'on pritpour un squirrhe de l'utérus ou pour un fœtus mort. Elle mourut après avoir éprouvé

(i) Mém. acad. desScienc. , p. 54^ i753.

ET PRODUCTIONS ORGANIQUES. gy

les plus vives douleurs. A l'ouverture on trouva l'épiploon pesant vingt- huit livres, formant une tumeur globuleuse qui contenoit des concrétions très-dures. — Riiysch^ Rivière , Dehaen ont vu l'épiploon pénétré de matières tophacées <juiluidocnoient une dm été cartilagineuse etosseuse (i). — INI. de Lens a trouvé une concrétion calcaire du volume d'un oeuf de poule fixée à l'extrémité de l'épiploon : elle éioit formée de plusieurs couches de diverses couleurs et de diverses consistances. EUer (2) et Marcellus-Donatus (5) rapportent des exemples analogues. Dans uu cas d'hydropisie ascite , j'ai trouvé le foie et la rate réduits au tiers de leur volume naturel ; tous deux éloieut enveloppés par une membranecarlilagineuse. Je voulus savoir si c'éloit aux dépens du péritoine ou de la membrane propre qu'avoit eu lieu celle Iransformaiion. Je pus enlever aisément la membrane cartilagineuse, qui étoil percée de trous, unie par un tissu cellulaire assez lâche à la membrane propre subjacente , et se conliouoit avec le péritoine. Espèce vi. Ossification de la tunique uagi"

(i) Chopart , Maladies des Voies urinaires, part, n, p. io3.

(2) Mémoires de l'Académie royale de Berlin ) 1 755. (5) Opéra , l. ly , cap. xxx , p. 525. n. 7

nale, La tunique vaginale devient carlilagîneuse , osseuse dans les vieilles hydrocèles; ce qui a fait croire souvent à l'existence d'un sarcocèle. Ou sait qu'aîots l'opération de l'hydrocèle par excision est la seule convenable. On a prétendu que l'épaississemeut avoit lieu dans le tissu celî'daire extérieur à la tunique vaginalr, et non point dans cette tunique elle-mêmee J'ouvris dernièrement un vieillard qui avoit dans les bourses une tumeur plus volumineuse que les deux poings réunis, offrant eu avant une flaclualion sensible et en arrière deux tubercules très-durs : elle étoit facile à isoler de l'anneau : nous jugeâmes que c'ëtoit une bjdrocèie ou une hydro-sarcocèle. Sous la peau , et sous ce tissu qui semble tenir le milieu entre le cellulaire et le musculaire, qu'on appelle dartos f étoit une membrane libreuse, peu épaisse, qui recouvroit une membrane cartilagineuse: cette dernière étoit la tunique vaginale : je l'entame avec précaution ; il s'écoule aussitôt une grande quantité de liquide couleur lie de vin, et il reste une matière de même couleur sans consistance , sans cobéslou , qui me parut du sang corrompu. En fendant eu divers sens la membrane cartilagineuse , qui avoit demi-ligne d'épaisseur, nous vîmes le testicule appliqué sur elle , converti en une lame mince, et con-

courant à former ses parois. Les deux petiis tubercules que j'avois sentis étoient formés par un épaississcment circonscrit du cartilage dont le centre ëloit osseux. — M. Bayera vu sur le cadavre d^un médecin de l'hopilaldela Charité une concrétion osseuse dans l'épaisseur de la tunique vaginale du testicule gauche : ce médecin avoit encore une hydrocèle , quoiqu'il eût élé opéré p.i» injection (i). — M. Marjolin m'a montré une tunique vaginale fibro - cartilagineuse , épaisse , présentant plusieurs plaques osseuses. — Ou a trouvé plusieurs fois de petits corps cartilagineux libres dans la tunique vaginale. M. Baillie , qui en a vu un exemple , pense qu'ils adhéroient d'abord à la tunique vaginale , de laquelle ils se sont détachés.

GENRE X

Ossification des membranes synoviales*

Cette ossification se remarque dans deux circonstances principales; i°. pour la formation des ankyloses ; 2°. peut-être pour celle de corps étrangers dont on ignore encore l'origine.

Espèce i^e. Ankyloses. L'ankylose, du grec

(1) Chopart , Maladies des Voies. urinaires , part.- 11, p. 69.

ccyKvhoff courhé , conslsle dans l'union des surlaces arliei]ilaires coutiguës. Bans un sens plus étendu, ce nom s'applique à la soudure de tous les os articulés ensemble , soit par contiguité , soit par continuité. Elle est le résultat de la transformation des synoviales et des cartilages articulaires ; et suivant que cette transformation est osseuse ou iibreuse et celluleuse, l'ankylose est dite vraie ow fausse. Il ne s'agit ici que de l'ankylose vraie.

Les synoviales des apophyses articulaires des vertèbres s'ossifient dans la plupart des ank}'loses de la colonne vertébrale. Celles qui unissent les carlilaiies des côtes au sternum s'ossifient par les progrès de Tâge : celles du coude , du genou , du poignet , du pied , du carpe , du tarse , des articulations scapulo-humérale ^ iléofémorale se soudent à la suite du rhumatisme , de tumeurs blanches , et de toutes les causes susceptibles d'enflammer les synoviales. Il existe quelques exemples d'ankyioses générales. Un jeune homme éprouve à l'âge de vingt ans une grande difficulté dans l'exercice des mouvemens; bienlôiles membres et l'épine du dos deviennent roides , et en dernier lieu la tète et la mâchoire inférieure : enfin, à l'âge de soixante ans, presque tous les mouvemens sont impossibles j le malade succombe. A l'ouverture, on

trouve les os presque tous difformes et unis enlr'eux. Les genoux seuls et le carpe gauche pouvoient exécuter de le'gersmouvemens. — Colu7nbus{i) conservoit un squelette dont toutes les articulations ëtoient soudées, depuis celles de la tète jusqu'à celles des phalanges des orteils. Le malheureux vieillard auquel il avoit appartenu ne pouvoit mouvoir que les yeux, la langue , le thorax et l'abdomen. Une chose remarquable, c'est que les cartilages costaux n'étoient pas encore ossifiés ni soudés. — Le Journal des Sa-» vans (2) fait mention d'un squelette dont Ions les os étoient en grande parlie anlijlosés. — On trouve dans le Sepulchretuin l'observation d'un vieillard dont tous les os, depuis la tête jusqu'aux pieds, ëtoient soudés enlr'eux (3). M. Larrey , chirurgien en chef de l'hopilal général de Toulouse , envoya en 1 78g , à l'Académie de Chirurgie, un squelette dont tous les ligamens qui unissent les surfaces articulaires étoient osseux , et confondus avec les tendons et les aponévroses qui environnent les arliculntions (4). M. Percy a enrichi le Muséum de

(i) De Re anat. , /. s.v , p. 263.

(2) Année iGqd.

(5) Sect. VI , obs. III , 55.

(4) Voyez Chopaet , Maladies des Voies urinaires ^ part, il , p. 79.

102 TR ANSFOn M ATIONS

l'Ecole de Médecine de Paris d'uu squelette généralement ankylosé.

Espèce ii. Corps osseux et cartilagineux trouvés dans les articulations. Ils sont assez rares en France. Suivant Reimar us Wssonl communs en Angleterre, où on les appelle vulgairemeut mures in genu. Depuis Paré , qui a le premier parlé d'une concrétion de la grosseur d'une amande, fort blanche, dure , polie , qui sortit de l'articulaJion par une incision pratiquée pour un apostème aqueux , les observations se sont multipliées; mais on ne connoît pas encore d^une manière bien positive le mode de formation <ie ces corps. Voici ce qu'il y a de certain sur cette matière.

Ces corps étrangers ne sont pas particuliers à l'articulation du genou , ainsi que le croyoit Reimarus (i). Haller trouva dans l'articulation temporo - maxillaire vingt globules demi - osseux ;^e// en a vu dans l'articulation tibio-tarsienne; Bichat dans celle du poignet: quelquefois osseux, plus souvent cartilagineux et fibreux , d'autres fois cartilagineux et osseux en même temps , presque toujours uniques ; ordinairement libres, adhéreus dans quelques

(i) De TumoreUgamentorumcircàarliculos. Leyde,

ET PRODUCTIONS ORGANIQUES. Io3

cas , ils paroissent souvent dus à une violence extérieure.

Sont-ils formés par des portions de cartilage qui se seroient délachées dessurfiices articulaires ? Pieimarus rapporte deux exemples qui serableroient prouver que des coups surrarticulatiou du genou ont pu opérer ce détachement, Monro (i) paroît adopter cette opinion , puisqu'il dit qu'un de ces corps trouvé dans l'articulation du genou , avoit absolument le volume de ce qui manquoit au cartilage. J'ai parlé plus haut ( Transformation osseuse des cardiages) d'une altération des surfaces articulaires du fémur et de la rotule , observée en même temps qu'une concrétion moins dure que l'os, et mobile dans l'articulation. Dans une observation rapportée par Morgagni ^les portions de cartilage qui manquoient n'auroient pu suffire à former les corps étrangers.

Sont-ils le produit d'une végétation particulière de la membrane synoviale, végétation qui , d'abord celluleuse , se délruirolt , se detacheroit et deviendroit libre dans la cavité articulaire? c'est l'opinion de BichaCj que semblent confiimer quelques observations de Monro et de Morgagni. Le premier trouva dans l'articulation d'une

(0 Ess.d'Ed.,t. IV, p. 575.

femme âgée de quaranle ans , un corps étranger qu'il nomme une portion de cartilage se' ■parée et ossifiée : c'étoit un petit os de la grosseur d'une fève, attaché à un ligament long d'un demi-pouce, et situé à la partie externe de l'os de la jambe. Cet os, solide dans ses couches extérieures, étoit celluleux et rempli de graisse à sou centre ; le ligament qui le soutenoit naissoit du bord externe du ligament semi-lunaire iuterne. — Morgagni (i) trouva dans l'articulalion du genou gauche d'une vieille femme décrépite, vingt-cinq corps, les uns entièrement osseux , les autres osseux seulement à leur centre , et cartilagineux dans leurs couches extérieures, tous adhérens aux cartilages , ou plutôt aux glandes raucilagineuses : soîuta niilla sed omnia cartilaginibus uel potiàs muciiaginosis glandulis continuata deprehendi* — Ford , chirurgien de Londres , fit l'extraction d'un corps cartilagineux situé dans rarliculalion du genou ; il dit qu'il est probable que ce corps étranger etoit d'abord uni à l'articulation par de petits iigamens , lesquels s'étoieut rompus par l'effet d'une chute qu'avoit faite le malade (2}. — Theden relira de l'articulation du genou un

(1) Epist. TL\U ^ ll\-\5.

(2) Médical observ, , t. v , p. 529,

ET PRODUCTIONS ORGANIQUES. lo5

corps cartilagineux fixé au moyeu d'un filament long de trois pouces. — Uu chirurgien , qui avoit e'ié témoin du succès obtenu par Theden^ fit cette opération sur lui-même : le corps étranger qu'il avoit adhéroit aussi par un pédicule filamenteux (i). M. Richerand croit que plusieurs de ces corps étrangers sont des productions organisées, des excroissances vicieuses; les autres des coucrétionssaliuesinorganiques. Il donna à i^oz^rcro)^ une concrétion trouvée dans legenou d'une femme morte à l'hôpital Saint-Louis : elle avoit le volume d'une grosse noiset te, é toit mobile dans l'articulation , et ressembloit parfaitement à ces tubercules d'où s'élèvent les piquans dans la raie bouclée. M. Sonder{p) regarde ces corps comme des concrétions formées par l'aggrégalion de molécules , lesquelles sont le résultat d'une sécrétion morbifique des membranes articulaires. Cette sécrétion peut, suivant lui, être déterminée soit par une violence extérieure, soit par une cause rhumatismale ou arthritique. Il faut attendre de nouveaux faits pour décider toutes les questions relatives à ces corps singuliers.

(i) Progrès ullërieursde la Chirurgie, trad. de l'allem., sect. XVI , p. i56; 1777.

('2) Annales de iMëdecinc d'Altembourg.

Au reste , on ne connoît jusqu'à ce jour d'autre moyen de.guérison que l'extraction du corps étranger par une incision faite sur lui ; car je ne parle pas du conseil donné par quelques auteurs, d'amener et de maintenir le corps étranger dans un lieu où il ne cause aucune douleur. Leur but est de lui faire contracter des adhérences; mais ce but est imaginaire si le corps étranger est libre dans l'articulation, et ne peut fournir son contingent de vitalité. Or, dans la plupart des observations que nous possédons, ces corps étrangers éloient libres. Cependant il seroil bien à désirer qu'on pût trouver un moyen de guérisou autre que l'incision de la capsule articulaire : les plaies des articulations sont si terribles; on a vu si souvent la plus légère nécessiter l'amputation, que je suis bien loin d'être rassuré par quelques exemples de succès. ïl suffit qu'un moyen présente quelques chances d'accidens terribles pour me le faire rejeter , excepté dans des cas désespérés. Bell dit que si ces concrétions sont adhérentes, il faut conseiller au malade de supporter les douleurs qu'elles déterminent; que si les douleurs deviennent insupportables , il préfère l'amputation à l'incision. La Société de Médecine de Londres a eu connoissance de violentes inflammations cl de morts survenues par suite de l'ex-"

traction de ces corps étrangers (i). Je ne sais si on doit rapprocher de ces petits corps ceux, qu'on a trouve's plusieurs fois dans la tunique vaginale et dans la plèvre.

GENRE XI

Ossification des corps lymphatiques.

Il est très -ordinaire de trouver les corps lymphatiques des bronches ossifiés chez les phthisiques : quelquefois ces corps ossifiés conservent leur volume naturel , d'autres fois en acquièrent un très considérable. J'en ai trouvé un du volume d'uue noix, qui comprimoit la trachée. C'éloient sans doute des corps bronchiques ossifiés , i^. que celte tumeur observée par Hildanus au-dessus du cœur , entre l'aorte, la trachée et le nerf récurrent, tumeur formée par une poche remplie de concrétions gypseuses dont la plus grande avoit le volume d'une glande ; 2°. que cette autre tumeur pierreuse observée par Baader dans l'angle de bifurcation de la trachée, etc. Ou trouve quelquefois des corps lymphatiques ossifiés jusque dans l'épaisseur du poumon , le long des ramifications bronchiques ;

(i) Medic» observât., t. v, p. 584-

ils conservent souvent leur couleur noire : j'en ai trouvé qui n'ëtoient qu'à moitié ossifiés. Ce n'est pas là une véritRble ossification, car ils se brisent comme une substance inorganique , et contiennent souvent dans leur centre une matière plâf reuse. — On a vu des concrétions dans les corps bronchiques, à la suite de pbthisie laryngée : Meckel^i Fernel en ont trouvé sur des asthmatiques.

Les corps lymphatiques du mésentère s'ossifient très-souvent : quelquefois on rencontre un très-grand nombre de ces corps ossifiés chez le même individu. On en a vu souvent dans le cas de consomption méseotérique (i)j ils sont en général formés d'une coque osseuse conteuant une matière plâtreuse.

Les corps lymphatiques de l'aine s'ossifient quelquefois. M. Ramon m'a donné une tumeur osseuse, du volumed'un oeuf de poule d'Inde, qu'il a retirée de l'aîne d'une vieille femme ; celte tumeur est formée par une coque osseuse inégalement épaisse, contenant une matière feuilletée, offrant la consistance et l'aspect de la cire dure , et ayant une odeur forte. M. Dupuytren trouva sur une femme âgée de soixante à

(i) Journal des Savans, 1690. — GoUect. Acad. , t. ix, p. 87.

ET PRODUCTIONS ORGANIQUES. ïog

soixanle-cinq ans, infiltrée, et qui paroissoit avoir en quelques bubons à l'aîne, un corps Jymphalique inguinal très -dur , de la grosseur d'une noix ordinaire. Ce corps éioil bosselé et ine'gal à sa surface. Son tissu étoit formé 1°. d'une couche extérieure, osseuse, jaunâtre, épaisse d'une demi-ligne; 2". d'une matière iauuâtre, disposée par feuillets concentriques.

M. Dupuytren a aussi trouvé des corps lymphatiques ossifiés dans le creux de l'aisselle. L'ossification paroît procéder de l'extérieur vers l'inlérieur. Presque toujours on trouve dans le centre de ces corps une matière non ossifiée.

Un mot sur l'ossification du corps pinéal. Ce petit corps, objet de tant d'hypothèses et de recherches depuis Galien , qui en avoit fait le siège de l'âme, jusqu'à nos jours, est Irès-sujet à s'ossifier, à se pétrifier et à se désorganiser; et c'est pour avoir néghgé ces observations qu'on lui a attribué des fonctions si importantes. Ce corps est peut-être, de tous nos organes, celui qui a le plus de tendance à se pénétrer de phosphate calcaire. Des auteurs célèbres pensent même que «aturellement il s'y trouve de petits graviers : ces graviers , plus ou moins volunfïineux , occupent ordinairement son centre , quelquefois sa partie antérieure. DrelincUrtiiis rapporte avoir vu ce corps pétrifié du volume

IIO TRANSFORMATIONS

d'un oeuf de poule. King{i) a recueilli an grand nombre de faits de ce genre.

Quelle est la nature de ces concrétious? La plupart ne les regardent pas comme de véritables os; du moins les noms de sable, de graviers, de calculs , arenœ , lapilli, calculi, semblent l'indiquer. Si Descartes eut consulté les me'decins, sans doule qu'il eût abandonné son ingénieux système qu'il a si bien su embellir. On a trouvé ce corps désorganisé sur des personnes de beaucoup d'esprit, tandis qu'il éioit dans un état parfait d'intégrité cbez des imbécilles; il éloit volumineux, graveleux chez Pic de la Mirandole , cet enfant si prodigieux par son intelligence, qui conserva jusqu'au dernier moment l'exercice de ses facultés. — Salzmann (2) rapporte des exemples de douleurs de tête intolérables produites par ces* pétrifications; tnà\s Morgagni , qui discuJe ces observations (3) , n'en regarde aucune comme convaincante. F'icq -d'Azir (4) a trouvé des concrétions analogues dans le corps pituitaire.

(i) Transact, philosoph. ; 1686.

(2) De Glandulosâ pincali lapidescente.

(5) Epis t. y , 12.

(4) Société royale de Médecine ; 1779-

GENRE XII

Ossifications des parenchymes du poumon^ du foie, de la rate , des reins , du pancréas, etc.

Espèce fc. Ossification du poumon. Il est une espèce de phthisie pulmonaire qui est due au développement de granulations caililagl- Deuses dans l'épaisseur du poumon : c'est la phthisie granuleuse de M. Bayle. Leur volume vaiie dipuis celui d'un grain de millet jusqu'à celui d'un grain de ble ; ils ne dégénèrent jamais, ne sont le siège d'aucun travail intérieur, ne parois«ent produire d'accidens que par leurs propriétés mécaniques , et déterminent l'hémoptysie, le catarrhe chronique, l'ulcération du poumon, la lièvre hectique et la mort. Mor- ^agni^ en poursuivant les divisions des bronches dans l'intérieur du poumon , les a trouvées os- ^euses chez des sujets même peu avancés en âge. Litre et T^ieussens ont également vu les rameaux des bronches ossifiés; le premier sur une dame de quatre-vingts ans , celui-ci sur une dame moins avancée en âge.

D'où proviennent les calculs qui ont été quelquefois rejelés par l'expectoration ? Arlstote (i)

(0 De Part. anim. , /. m, c, iv.

a VU très souvent des calculs dans les poumons des victimes ; Arètée et Galien ont noté les premiers que des graviers avoieut été expectorés par des malades. On a trouvé cent fois sur les cadavres des concrétions dans le poumon ( i) : leur volume varie beaucoup, depuis celui d'un grain de millet jusqu'à celui d'un oeuf de pigeon : il en est qui sont friables, crétacées, semblables à une pierre ponce; il en est d'autres qui sont dures comme un caillou : quelquefois uniques , elles sont d'autres fois innombrables. L'orthopuée , la dyspnée, la pblhisie, sont leurs effets ou suites ordinaires. Maîpighi se couvrit de gloire en pronostiquant qu'une femme , qui éprouvoit une grande difficulté de respirer, une petite toux sans expectoration , avoit des pierres dans le poumon , ce que l'autopsie démontra. Reiinarus a vu avec Qaubius un goutteux qui devint asthmatique lors de la cessalion de l'affection arthritique, et qui, à l'ouverture du cadavre , présenta dans le poumon une matière blanche , épaisse et gypseuse. Un phlhisique crachoit fréquemment de petites pierres, et se trouvoit soulagé chaque fois qu'il les avoit expectorées. A l'ouverture , on trouva les pou-

(l) Voy. MORGAGNI, £/?/*/. XY, 25^ XVII, I9; XXI, I 5;

Page 1