‹ Essai sur l'anatomie pathologique en général, et sur les transformations et productions organique en particulier (volume 3)Chapitre 9 sur 25 · TROISIEME SOUS-ORDRE · texte numérisé non relu

TROISIEME SOUS-ORDRE

Productions cornées*

Les ongles prennent quelquefois un accroissement extraordinaire. Un enfant âgé de douze ans présenloituneconformalion singulière des ongles des doigts : ilségaloienten longueurdeux articulations réunies, étoient recourbés à leur pointe, difformes, sans transparence; la pulpe des doigts, inlimementunieaveceuxjformoit une substance dure, cornée , en sorte que cet enfant n'avoit plus la faculté de toucher, et ne pouvoil rien saisir

ig6 TRANSFORMATIONS

avec ses doigts. Au piinlemps les ongles de ruilû des mains tombèrent , se rëgëuërèrent et s'accrurent rapidement. Les ongles des orteils ne présenlolent rien de semblable (i). J'ai vu plusieurs fois les ongles des gros orteils très - volumineux et recourbés à la manière de cornes chez des individus qui les avoient laissé croître. Les auteurs rapportent beaucoup d*observations de cornes observées sur des animaux qui n'en présentent pas dans l'état naturel , tels qu'un corbeau , une oie , un coq , des lièvres , des chevaux (2). De pareilles productions dans l'espèce humaine ne sont pas rares : on en a vu au milieu du front , au dos , et sur toutes les j)arties du corps.

Un homme âgé de soixante-dix ans avoit un ulcère dans le creux du jarret; la matière que fouruissoit cet ulcère se durcit et forma une espèce de corne longue d'une palme , épaisse de deux pouces à sa racine, et allant progressivement en diminuant. Cette corne fut arrachée au -bout de deux ans; mais elle revint beaucoup plus grosse qu'auparavant (3).

(i) Mise. Cur. , cent, i, obs. xxxii.

(2) Voy. Bartholin , de uni Cornu, c. i v , éd. Patav. , p. 57. — Mise. Cur. , dec. 11, a. vr, oùs. xxx. Schol. (5) Journal àes Savans, août 1672.

ET PRODUCTIONS OftGAr^IQCES. I97

On dit avoir vu dans les environs de Turiu un enfant qui vint au monde avec cinq cornes semblables à celles d'un bélier. Schenkius rapporte qu'il poussa à une fille de Palerme des cornes semblables à celles d'un veau, nou-seulement sur la lëte, mais sur touUs les arliculalionsdes pieds et des bras.

Une fille il landaise âgée de quatorze ans , d' une taille extraordinairement petite , présenloit sur toute la surface du corps des excroissances cornées qui commencèrent à paroilre à l'âge de trois ans. Ces excroissances abondoient principalement autour des ai ticulations: au bout de chaque doigt et de chaque orteil on en voyoit une de la longueur du doigt ou de l'orteil correspondant , qui se recourboit comme un ergot de coq d'inde : il y en avolt une au bras gauche qui avoil un demi-pouce de largeur sur quatre ])ouces de longueur. La peau des pieds , des jambes et des bras devenoit de plus en plus calleuse (i).

Hiîdamis parle d'une jeune fille de Berne, qui vit ses bras , ses jambes se couvrir de cornes , dont quelques-unes avolent deux travers de doigt de long : elle fut guérie par Paulus hen-

(i) Transact. philoioph. , ann. 1678.

igS TRANSFORIMATIONS

tidus ; mais la maladie récidiva par suite d'un mauvais régime.

Aquapendente a connu à Padoue un noble qui porloit sur le front une petite corne trèsdure , et qui eut un fils qui ruminoit. Aquajyendenbe attribue la rumination du lils à l'affinité que présenloit le père avec les animaux à corues.

Unprésidentdu parlement de la villede Byon, dans le duché de Bordeaux , qui avoît été tourmenté par une fièvre quarte opiniâtre , vit se former , au niveau de l'articulation des dernières fausses côtes avec les vertèbres, une pro- (duclion corne'e qui resscmbloifau bois d'un jeune cerf, et qui auroit acquis la longueur d'un demi-pied si on ne l'avoil pas coupée circulairement à un travers de doigt de sa racine , en^^ droit où elle commençoit à devenir d'une sensibilité exquise.

L'observation suivante, insérée dans le Journal général de Médecine (i), est très-extraordinaire.

M. Cliamseru rapporte que M. Goguelin envoya à la Société royale de Médecine un fragment de matièrecornée excisée au sommet d'une

(i) Tome LiY, septembre-octobre i8i5.

ET TRODUCTIONS ORGANIQUES. IQ^

excroissance de la partie postérieure du crâne chez une femme âgée de quaranle-huit ans^ Celle femme avoit éprouvé une brûlure proil'onde au centre de l'occiput à l'âge de quatre ans : la plaie qui en fut le résultat se couvrit d'une croule qui tomboit et se reproduisoit sans causer d'ailleurs aucun accident. A l'époque critique , il se forma , à la place de la croule ,. une excroissance cylindrique, brunâtre, d'un pouce etderai de hauteur, de huit à dix lignes de largeur à sa base. M. Goguelin envoya à la Société royale de Médecine l'observation de cette maladie , avec le sommet de l'excroissance. A la base, se voyoit une carie ou vermoulure qui fiùsoit de continuels progrès. Cette observation fut le sujet de beaucoup de discussions dans la Société : on contesta la carie. M. Charnseni pensa que celle végétation ne naissoitpas du tissu osseux , mais, comme toutes les cornes, d'une surface molle ; qu'elle étoit une végétation de la dure-mère. La malade mourut dans le marasme , à l'âge de cinquante-un ans. Sa corne avoit trois pouces dans son moyen diamètre, neuf pouces de circonférence à sa base, sur quai re pouces et demi de hauteur. M.,C/iamseru possède eucore la pièce anatomique qui montr« la Justesse de son diagnostic»

Enfin quelquefois des lames coroées recou-

200 TRANSFORM. ET PRODUCT. ORGANlQ.

vrent des cicatrices qu'elles protègent efficacement. J'ai observé ce phénomène sur une cicatrice située au-devant du libia : la lame cornée avoit un pouce de long sur un demi-pouce de large.

TRANSF. ORGAN. dans les hernies. 20I

Page 1