CLASSE CINQUIÈME
Distensions , Déchirures et B^upiures.
Les distensions sont le premier degré de la déchirure j et consistent dans un effort vlolenî
ENGÉNÉRAL. 4^
qui, sans déterminer de solution de continuité appréciable, porte nos tissus au-delà de leur ductilité naturelle.
La physiologie pathologique observe les effets singuliers de la distension sur des parties qui ne donnent d'ailleurs aucune marque de sensibilité. Elle admire cette étonnante prévoyance de la nature qui a départi à chacun de nos tissus la mesure et l'espèce de sensibilité le mieux adaptées à l'exercice de ses fonctions. Ainsi les ligamens destinés à maintenir les surfaces articulaires en rapport, ne sont sensibles qu'à la distension : la douleur vive qu'elle y développe avertit l'ame de venir à leur secours : ainsi les cartilages articulaires ne sont sensibles qu'à la contusion, les muscles à la contraction trop répétée. La peau est de toutes nos parties celle dont la sensibilité est en rapport avec le plus grand nombre d'impressions, parce que, placée sur les limites de notre corps, elle devoit nous instruire des moindres causes qui menacent notre existence. Que deviendrions-nous si la peau senloit comme les ligamens, et les ligamens comme la peau ?
La douleur intolérable qui accompagne la distension des ligamens diminue bientôt, et ne se reproduit avec plus d'intensité qu'au bout de âis, huit;| dix jours, époque de l'invasion de
44 i^E l'anatomie pathologique
riiiflammatioG. Les plus terribles résultats sont la suite de ces entorses négligées : telles sont les dégënérations blanches, qui, le plus souvent, lieiment à un vice général, mais qui quelquefois aussi sont dues à une cause externe , telles que des entorses répétées. (Voyez Dégénérations»)
La distension des artères détermine dans leurs parois une foiblesse qu'on regarde comme cause <l'anévrysmes. Celle de la vessie, de l'estomac, du canal intestinal diminue la force de la membrane musculaire. Toutes les parties soumises à une distension chronique s'affoiblissentj leur nutrition diminue; elles perdent même quelquefois leur aspect et leurs caractères dislinctifs.
Les effets de la déchirure des ligamens sont moins fâcheux peut-être que ceux de leur distension violente, et on voit souvent avec étonnement les déchirures les plus considérables guérir sans le moindre accident. Il n*est personne qui ne dut préférer le déchirement complet d'un ligament au déchirement incomplet, qui a presque toujours lieu dans les entorses violentes. On s'étonne tous les jours de voir les plaies par arrachement des doigts, de la jambe, de l'avant -bras, du bras, guérir avec la plus grande facilité.
L'anatomie pathologique est peu riche en faits relatifs aux distensions; il paroit que dans.
les entorses légères il n'y a aucune soîniion de coritinuilë, mais que plusieurs fibres sont déchirées dans les entorses violentes. Elle nous montre tous nos tissus susceptibles de déchirures; la plupart des anëvrysmes dus à la déchirure des artères; celle des veines profondes, de la veine cave déterminée par des contusions exercées sur les parois abdominales. (Voyez rarlicle Déchi- ~ rement ^ par M. BrescJiet ^ Diction, des Scienc, viéclic,)
Le nom de rupture est donné aux solutions de continuité des muscles, des tendons et des os, produites par Faction musculaire. Je ne connois pas d'observation bien constatée de rupture des muscles opérée pendant leur contraction, La propriété qu'ils ont de se raccourcir en même temps qu'ils augmentent de volume, les rend capables de résister aux efforts les plus considérables, il est cependant probable que les douleurs vives et longtcmpsconlinuéesqui surviennent au mollet, au grand pectoral, dans la masse commune aux sacro lombaire et long dorsal, par suite de contractions violentes, sont dues à cette rupture.
La rupture du tendon d'Achille a été plusieurs fois observée. La réunion s'opère au moyen d'un tissu tibreux qui forme un reuilement plus ou moins sensible.
46 DE lVnatomie pathologique
Il est quelques exemples de réunion immédiate des ruptures de la rotule. Mais dans le plus grand nombre des cas, la réunion est médiate, même lorsqu'on maintient le membre dans Tappareil pendant quatre-vingts, cent jours : le moyen d'union est presque toujours fibreux. J'ai vu à Thôpital Saint-Antoine un exemple bien constaté de rupture du fémur par l'action musculaire, chez un homme de trente ans très-bîeu constitué. M. DupuyCren a ob« serve un cas analogue.
CLASSE SIXIÈME
Fractures,
Les courbures des os seroient le premier degré des fractures si elles étoient possibles : nous ne connoissons de courbures que celles produites par le vice rachitique. Chez les enfans, les os flexibles peuvent céder un peu , mais reviennent de suite à leur état premier, aussitôt que l'effort a cessé. Cependant plusieurs praticiens distingués admettent les courbures.
La physiologie nous fait voir dans Taclioa musculaire la principale cause du déplacement des fractures, et nous enseigne les moyens propres à y remédier. Ainsi dans le cas de fracture oblique , la position demi-fléchie qui met tous
les muscles dans le relâchement est-elle de rigueur : Texlension a d'autres avanlages qui la font préférer dans les fractures transversales.
L'analomie pathologique rectifie toutes les, idées de l'empirisme sur le traitement des fractures, et trace au chirurgien la conduite raisonnée et invariable qu'il doit suivre. Elle nous fait voir la tuméfaction des parties qui environnent les fragmens s' effectuant , pendant les huit, dix, quinze premiers jours qui suivent la fracture ; les deux bouts fracturés s'entourant d'une virole osseuse qui est ordinairement formée du quinzième au vingt-cinquième jour; les deux fragmens jouissant encore d'une grande mobilité, en sorte que le plus léger effort suffit pour les désunir; celte mobilité allant en diminuant à mesure que la virole osseuse revient sur elle-même et augmente de consistance. Aux quarantième, cinquantième jours, la mobilité est encore sensible, et ce n'est qu'au bout de trois , quatre, cinq mois , plus ou moins , que la substance spongieuse qui forme le cal se resserrant toujours davantage, devient compacte, et peut à peine être distinguée du reste de Vos par un léger renflement.
Le chirurgien conclut de ces faits , i** que le terme de quarante jours ne peut suffire à la consolidation que dans le cas de fracture trans-
48 DE l'anatomie pathologique
vei sale , et daos tous ceux où l'aclioii musculaire et le poids du corps ue pourront opérer de dëplacemenL; 2® que les fractures obliques des membres inférieurs requièrent un temps beaucoup plus loDi^; 3^ que si une cause fracturante agit sur le membre pendant les deux premiers mois, la seconde fracture aura lieu dans l'endroit primitivement fracturé; plus tard^ ce sera dans tout autre point.
Mais aux dépens de quelles parties se forme le cal? Suivant le$î uns, c'est une lyrapbe coagulable épanchée qui opère la réunion; d'autres croient que des caroncules s'élèvent du bout des fragmeus. JJ u hame l ailv'ihue tout au périoste.
Il resuite d'expériences très multipliées faites sur des pigeons , de plusieurs observations faites sur l'homme , que dans un très-grand nombre de cas le cal est formé par l'ossification du périoste et des muscles, de ces derniers surtout, qui deviennent peu à peu grisâtres, perdent la dis]:)nsilion linéaire , augmentent de consistance , ressemblent d'abord au tissu cellulaire pénétré d'albumme combinée, puis revêtent les caractères du cartilage, et enlin de l'os. Ce sont les couches les plus profondes des muscles qui éprouvent celte transformation dans le tiers, la moitié, les deux tiers, la totalité de leur épaisseur, suivant l'étendue du déplace-
«Ment. On peut suivre raltéralion progressive de ces muscles, depuis le moment où. la fracture vient d'avoir lieu, jusqu'à celui où la transformation cartilagineuse est opérée : alors le cal, qui n'est encore que cartilagineux, est circonscrit, on peut le séparer des muscles environnans; mais cette séparation ne se fait pas sans déchirure; et ilfautemporter une partie du cartilage pou ravoir le cal cartilagineux parfaitement isolé, ou laisser quelques fibres musculaires pour avoir la totalité du cal. Mais bientôt des points osseux se manifestent dans l'épaisseur de ce cartilage; ils sont très-sensibles chez les animaux qu'on nourrit de garance. L'ossification envahit tout le car* tilage; les bouts des fragmens sont enveloppés par ce cal osseux , qui est d'abord rougeâlre ^ très-poreux, pénétré de sucs, mais qui prend peu à peu de la consistance. Tant que les bouts des fragmens peuvent être distingués de ce cal par leur compacité et leur aspect , ils ne présentent pas la moindre trace de travail. J'ai vu plusieurs fois l'ossification des muscles se faire par lamelles superposées , se continuant avec les fibres musculaires, et séparées par des couches de muscles : l'extrémité de ces lamelles étoit obtuse, comme mamelonnée. Une chose bien remarquable , et qui m'a beaucoup étonné'j^ c'est que les tendons et les aponévroses restent
So bF l'aNatomie pathologique
long temps distîucts au milieu de la masse car* tilaginense. Il sembieroit cependant que le tissu fibreux doit être beaucoup plus susceptible d'ossification que le tissu musculaire.
Je me propose de poursuivre mes expériences, persuadé que je ne pourrai résoudre le problême du mécanisme de la formation du caî qu'en les répétant sur diverses classes d'animaux , qu'en variant de mille manières leurs conditions. J'avoue cme dans plusieurs cas l'ossification des muscles n^a pas été très-évidente pour moi; mais je l'ai toujours rencontrée dans les grands déplacemens (i).
Si des mouvemens sont imprimés aux fragmens , leurs bouts juxta - posés s'aplatissent , s'encroûieot de cartilages; les parties environnantes s'organisent en ligament orbiculaire; une svnoviale accidentelle fournit ifn liquide onc-' tueux qui lubrifie les surfaces articulaires de celle nouvelle arliculation.
li est des fractures qui ne se consolident
(i) J'ai commencé mes expériences avec M. le docteur JSrescJiet; nous avons constaté ensemble que les cavités des fragmens se remplissent d'une ossification nouvelle , qui va progressivement en diminuant à mesure qu'on s'é* loigne des bouts de ces fragmens. M. Breschet se propose ^wsû de continuer 565 recherches à ce sujet.
EN général; 5i
jamais , quoique les membres soieul maintenus dans rimmobililë la plus absolue pendant quatre, six , huit mois. Je ne sais à quelle cause générale ou locale doit être attribué ce défaut de consolidation.
Les cartilages fracturés se réunissent par un cal osseux toul-à-fait analogue à celui des os.
CLASSE SEPTIÈME
Dépîaceniens,
Les déplacemens comprennent tous les changemens de situation et de rapports de nos organes. On doit les considérer dans les parties dures et dans les parties molles.
i^. Déplacement des parties dures. Il renferme les diastases , les luxations consécutives à desmaladies articulaires, lesquelles doivent fixer principalement raltenlion , le déplacement n'étant qu'un épiphénomène ; enfin les luxations proprement dites.
La physiologie nous apprend que la douleur vive qui a lieu au moment de la luxation, résulte de la distension et de la déchirure des ligamens articulaires; que la contraction muscu* laire prend une part très-active aux luxations, puisque sur le cadavre on ne peut en produire qu'avec beaucoup de difficulté; que cette même
52 DE lVnATOMIE PATHOLOGIQUE
contraction musculaire est l'obstacle le plus puissant à la réduction, et que par conséquent le meilleur moyen de faciliter celle-ci est de rendre nulle l'action des muscles par la position, la saignée, l'ivresse, et surtout en captivant l'attention du malade, comme M. Dupiiy* Lren le fait depuis long-temps avec un si grand succès; qu'enfin ce sont ces mêmes muscles rendus à leur direction naturelle qui s'opposent à la récidive de la luxation, une fois que la rédaction est opérée. ^
L'anatomie pathologique a montré les liga- Taens et les muscles les plus forts déchirés chez des individus morts avec des luxations récentes ; on pense cependant que quelques luxations s'opèrent sans déchirure des ligamens : je n'en connois pas d'exemple authentique.
I^uand les os sont laissés dans cette position vicieuse , les mouvemens, d'abord impossibles, se rétablissent peu à peu; et quand la luxation a lieu dans l'enfance, les parties s^accoutumenl tellement à ces nouveaux rapports que le membre ne s'atrophie pas d'une manière sen*;ible,el peut rivaliser jusqu'à un certain point de force et d'agilité avec le membre sain, comme j'en ai vu un exemple aux membres supérieurs. Les malades qui meurent avec une pareille dis- -position présentent , i® une déformation plus
OU moins grande de la tête déplacée, qui est reçue dans une cavité de nouvelle formation, tapissée d'un cartilage; 2^ une capsule fibreuse très-reVislante , formée aux dépens du tissu cellulaire et des muscles environnans, qui maintient ces surfaces articulaires en rapport ; 3° l'ancienne cavité articulaire effacée erx partie ou même en totalité; 4° les muscles qui environnent la nouvelle articulation plus ou moins altérés.
Je ne connois pas d'exemple d'ouverture d'individus morts avec une luxation de dix, quinze j^ vingt jours , deux mois d'ancienneté : cependant; des observations faites à celte époque seroient de la plus haute importance; elles nous apprendroient si l'ouverture faite à la capsule par la tête de l'os, au moment de son déplacement, se rétrécit comme le disoit Desauli; si la cavité articulaire se remplit. Elle nous feroit connoître d'une manière approximative l'époque en -deçà de laquelle on doit raisonnablement tenter la réduction , et celle au-delà de laquelle il faut s'en abstenir. Sans doute les tractions les plus violentes ne sont presque jamais suivies d'accldens y et n'ont d'autre inconvénient que la douleur et leur inutilité : mais qui pourroit assurej; cju on n'en déterminera jamais? J'ai vu un anéyrysme de l'axillaiie qui n'avoit d'autre caus
54 t)E l'anatomîe pathologique
que les tirailleniens exercés pour la réduction dune iuxatioD.
2°. Déplacement des parties molles. Il comprend les obliquités, les chutes, les renversemens, les invaginations et les hernies.
MoTgagni attribue l'obliquité en avant de la matrice au trop grand relâchement des ligamens latéraux, et ses inclinaisons à la brièveté de ces ligamens,
La chute de matrice, bien distincte de son renversement , présente un phénomène très-remarquable : c'est la tranformation de la membrane muqueuse du vagin en tissu cutané. Le vagin renversé sert ordinairement de poche à une grande quantité d'intestins.
Les relâchemens de la muqueuse du rectum ne doivent pas être confondus avec les invaginations de ce viscère. Quelquefois on a vu tout le rectum, tout le colon , une portion des intestins grêles sortir par l'anus : de semblables invaginations s'observent par les anus contre nature, et sont un de leurs principaux inconvénieus. L'engorgement œdémateux de la parlie déplacée est heureusement combattu , et la réduction opérée par une compression graduel" lemenl augmentée.
Les hernies abdominales fournissent une ample matière à l'analomic pathologique. (Voyez
EN GÉ^'ÉllAL, 55
Transformations considéiées dans les her-*, nies. )
Les hernies clu cerveau ne s'observent gaère que chez les enfans hydrocéphales; presque toujours cette hernie est congëniale , et les enfans meurent au passage ou peu de temps après leur ' naissance. Quand celte tumeur est peu considérable , on peut tenter la compression graduée ou Tablation. M. Chaussier a vu la mort survenir à la suite de la ligature d'une semblable tumeur; il pense que Texcision n'eût pas été à fâcheuse. Ou cite pkisieurs exemples de hernie du cervelet. Tout récemment , M. le professeur Liallement a vu le déplacement de cet organe à travers une usure des os du crâne sur une idiote âgée de vingt ans: on n'a pu savoir si l'idiotisme datoit de la même époque que la hernie.
La hernie de la membrane de rhumeur aqueuse par une ulcération de la cornée , prouve d'une manière incontestable l'existence de cette membrane. On brûle la petite tumeur avec le nitrate d'argent. Je l'ai vue disparoître par l'effet d'une compression exercée sur le globe de rœil.
La hernie de l'iris, suite fréquente de l'opération de la cataracte par extraction, est presque toujours accompagnée d'adhérence avec l'ouverture de la cornée, et quelquefois la partie déplacée éprouve des dégcnéralions,
55 DE l'aNâTOMIE rATHOLOGIQUÈ
L'exophllialrnie est le résultat de tumeurs, fie diverses nature développées dans la cavité orbî^aire, dans le sinus maxillaire.
Lia hernie des poumons est assez rare , et s'observe à travers un écartement des fibres des muscles inter-costaux , le plus souvent dans le cas de perte de substance des côtes. L'exemple de double hernie du poumon rapporté par M. Chaussier ( Bulletin de la Faculté , 1814 , B** 1 1 1) , est unique dans son genre , et ne peut guère s'expliquer qu'en admettant une conformation particulière des côtes et des muscles inter-costaux. Presque jamais le déplacement de cet organe n'est permanent : il n'a lieu que dans les violentes expirations.
CLASSE HUITIÈME
Corps étrangers»
Les corps étrangers sont tous les corps venus du dehors ou formés au-dedans de nous , qui sont en rapport avec des parties pour lesquelles ils ne sont pas destinés. Ceux qui viennent du dehors pénètrent par une ouverture naturelle ou artificielle. Les uns et les autres sont organisés ou inorganiques.
La physiologie pathologique nous montre ces corps étrangers insupportables à certaines parties , rhabilade diminuant , ou rendant mêmç
nulle rimpression qu'ils produisent : tels sont les sondes du canal de F urètre, les pessaires du vagin, les corps étrangers du larjnx. Introduits dans un conduit excréteur, le canal de l'urètre par exemple, ils tendent à pénétrer plus avant dans le corps par une espèce de mouvement centripète ; tandis que ceux qui ont perforé le canal digestif tendent constamment du centre vers la périphérie, et cheminent à travers une grande quantité de parties, en respectant toujours celles qui sont importantes à la vie. Elle nous fait voir plusieurs de ces corps étrangers séjournant durant des années entières, et même toute la vie, au milieu de nos tissus, sans déterminer aucune irritation , et la nature organisant î^utour d'eux une poche qui les isole de tous les organes. La chirurgie met à profit cetteobservation sur l'innocuité des corps étrangers qui n'ont aucunes qualités physiques ni chimiques irritantes , pour le traitement de certaines maladies. Telle est la méthode de la canule laissée à demeure pour la guérison des fistules lacrymales, soit qu'on l'emploie pour entretenir aux larmes une voie artificielle , soit qu'on la laisse dans le canal nasal , d'après Fou" hert et M. DiipuyCren. La canule introduite dans le canal nasal ne cause aucune irritation. J'ai vu la petite plaie résultant de l'opération
58 DE l'anatomie pathologique
guérie en vingt-quatre heures, et la maladie ne pas reparoître ; mais j'ai vu aussi quelquefois la fistule persister, quoique rien ne bouchât la canule. On ne connoît pas bien toutes les causes de la fistule lacrymale ; le rétrécissement du canal nasal n'en est peut-être pas la cause ]a plus fréquente. Combien de fois n'ai-je pas vu, dans l'opération de la fistule lacrymale , le stylet , la canule pénétrer sans aucune espèce d'obstacle dans le canal nasal î
INous voyons encore l'absorption de quelquesuns de ces corps étrangers : ainsi le cristallin déplacé est-il peu à peu corrodé , usé , comme on le volt dans le cas oii ce corps a été porté Tolontairement ou involontairement dans la chambre antérieure , ou lorsqu'il est remonté : tel est encore le cas de séquestre. Dans un grand nombre d'expériences sur la destruction de la membrane médullaire chez des pigeons, j'ai trouvé l'os ancien corrodé , ramolli et totalement absorbé au bout de trois ou quatre mois. C'est sans doute à celte absorption qu'il faut attribuer les inégalités ou demi-cellules que présentent si souvent les séquestres observés chez l'homme , quoique je ne nie pas la possibilité de la nécrose des couches intéiieures des os.
L'analomie pathologique nous montre les situalioDS variées qu'affectent les corps étrau>r
EN GÉNÉRAL, Sg
gers, et les altérations qu'ils peuvent produire ; ceux des voies aériennes bouchant la glotte, ou bien fixés aux cartilages arythënoï les, mobiles dans la trachée ou immobiles , loges dans les ventricules du larynx, implantes à la division de la trachée, expulsés quelquefois au bout d'un temps très-long, déterminant des phthisies mortelles, traversant les parois adossées de la trachée et de l'oesophage , s'ouvr ant même des voies plus extraordinaires. Elle nous montre ceux des voies digestives s'arrétant dans diverses parties : i^ dans l'oesophage, où ils ont quelquefois donné îieu à la suffocation , qu'ils perforent lorsqu'ils sont inégaux, qu'ils traversent sans accidens lorsqu'ils sont acérés et peu volumineux; 2° dans l'estomac , où ils produisent souvent des symptômes très-graves et ont paru nécessiter lagastrolomie ; 3^ daus'divers points du canal intestinal, surtout dans le cas d'entérocèles ; 4° dans le rectum, qu'ils percent si souvent pour produire des fistules stercorales. Elle nous montre les corps étrangers des voies urinaires situés dans les calices et les bassinets, les uretères , la vessie , le canal de l'urètre; les calculs rénaux déterminant souvent l'inflammation des reins, des fistules lombaires, seul cas où Ton puisse proposer la liéphrotomie ; ceux de Turetere causant des rc> |en|ions d'urine, des dilatations énormes de la
6o DE L^NATOMIE PATHOLOGIQUE
partie des voies urinaires qui est au-dessus de Tobstacie ; ceux de la vessie produisant des catarrhes de cet organe et des uretères, l'inflammation chronique des reins si souvent mortelle , même après la taille la plus heureuse ; quelquefois s'ouvrant une voie par le vagin chez la femme, par le rectum et le pe'rinée chez l'homme , etc. ( Voyez l'article Corps étrangers ^ très-complet, par M. le docteur Breschet, Dictionnaire des Sciences médicales, )
CLASSE NEUVIÈME
Anévrysmes.
Ce sont des tumeurs formées par du sang, tantôt contenu dans une artère dilatée ou déchi-? rée , tantôt épanché autour d'une artère ouverte, tantôt passant d^une artère dans une veine adossée.
L'anatomie pathologique nous montre, i^des dilatations générales des artères , de l'aorte surtout , dans une plus ou moins grande étendue; mais ce ne sont point là des anévrysmes. MM. Pelletan et Dupuyiren ont vu l'artère temporale prodigieusement dilatée jusque dans ses branches les plus petites, et offrant , d'espace en espace , des renflemens considérables ; 2^ A^s dilatations circonscrites , fusiformes , pour la formation desquelles l'artère a cédç
EN GÉNÉRAL. 6t
dans un point de sa circonférence , rarement dans toute cette circonférence : ce sont les anëvrysmes vrais rejetés par Scarpa , qui n'en a jamais observé ; 5^ le plus souvent ce sont des pdrfîes volumineuses , sphéroïdes , naissant d'un point de la circonférence de Tartère (qui offre quelquefois au voisinage une dilatation générale); ordinairement rétrécies, comme étranglées à l'endroit où elles se continuent avec cette artère; remplies par du sang concret formant des couches superposées, dont les plus extérieures, grisâtres^ très-résistantes , semblent faire partie des parois auxquelles elles adhèrent; séparées du calibre de Fartère par une cloison blanchâtre, perforée comme avec un emporte-pièce par une ouverture circulaire ouirrégulièrement frangée. Quelquefois il n'existe pas de cloison; un rebord épais, circulaire , indique seul la ligne de démarcation. Dans quelques cas, les parois artérielles ne présentent aucune altération au voisinage de l'anévrysme , et on peut disséquer la membrane moyenne dans Tépaisseur de la cloison ; mais le plus souvent on trouve des altérations stéatomateuses , terreuses , etc. , au voisinage et dans l'épaisseur même des parois de la poche. Plus tard, la tumeur, dans ses rapides progrès , va détruisant et s'appropriant toutes les parties qu'elle rencontre ; les muscles amincis, dégé-
Gz DE l'anatomie pathologique
nérés, le tissu cellulaire, les cordons nerveux ^ Jes tendons, les corps lymphatiques ^ les membranes séreuses, les poumons, les os qu'elle use par un mécanisme inexplicable ; les cartilages paroissent lui résister davantage, et souve;^^, dans les auévrysmes de l'aorte , les corps des vertèbres sont usés, tandis que les carlilages , intacts, formenldes cloisons intermédiaires ;4°l'anévrysme faux, consécutif, qui présente une poche celluleuse , quelquefois très - résistante , remplie de sang, nullement disposée en couches, comme M. le professeur ^oj^^er ditl'avoir observé. L'ouverture de l'artère est toujours arrondie, et située tantôt au fond de la poche, tantôt sur ses côiés ; la surface interne de cette poche est lisse , et très- analogue pour l'aspect à celle des artères; 5^ Tanévrysme variqueux, qui présente deux variétés : tantôt les parois adossées de l'artère et de la veine semblent confondues, et le sang passe immédiatement de Fartère dans la veine ; tantôt les cavités des deux vaisseaux communiquent entr'ellesau moyen d'une poche formée aux dépens du tissu cellulaire ambiant, dans lequel s'est épanché le sang sorti de l'artère ; 6° l'anévrysme spongieux, dont je parlerai à l'article Productions érectiles ; j^ Tanévrysme mixte , Aneurysma herniosimi , aneurysma herniam arieriœ sisiens y indiqué par Hcdlery et
EN GENiiRAL. 63
qui a été observé par M M. les professeurs Dubois et Dupuytren» Un des bulletins de la Société anatomique fait mention d'anévrjsmes semblables observés le long de Taorte : on assure en avoir trouvé dans la crurale.
Les anévrysmes ne guérissent jamais que par Toblitération de l'artère et sa conversion en un cordon fibreux. ( Voyez Transformations fibreuses, ) Dans tous les cas de cure spontanée d'anévrysmes , on a trouvé cette oblitération : c'est ainsi que la gangrène de la tumeur, que des contusions ont quelquefois déterminé la guérison ; c'est encore l'oblitération qu'on a observée dans toutes les guérisons obtenues par l'art. Tout moyen qui n'agira pas ainsi est illusoire et doit être rejeté.
La méthode de Valsalva ne peut être utile qu'en favorisant la stagnation du sang dans la poche anévrysmale, sa coagulation , l'oblitération provisoire en attendant l'oblitération définitive, qui consiste en sa conversion en un cordon fibreux : c'est sans doute de cette manière qu'aidée des applications réfrigérantes , elle a opéré quelques cures radicales. Cette méthode, consacrée jusqu'à ce jour aux anévrysmes internes, ne peut être comparée aux autres méthodes, ou du moins ce parallèle n'auroit aucun but utile,' puisque ses inconvéniens ne sauroient lui en
{iïire substituer aucune autre. Elle serolt bien plus efficace dans les anévrysmes externes qu'60 peut découvrir dès les premiers instans de leur formation, et pour lesquels on peut employer en même temps des moyens chirurgicaux.
C'est encore en déterminant la stagnation du sang dans Fanévrysme qu'agit la compression, qu on a aussi conseillée dans l'intention d'appliquer les parois artérielles l'une contre l'autre, et de procurer leur adhérence ; mais, à moins de comj)ression immédiate , il paroît qu'il est , en général, impossible d'obtenir cet effet. La compression inunédiate doit constamment être rejetée ; le tamponnement qu'on est obligé d'employer a de graves inconvéuiens : ce ne fut qu'après plusieurs hémorrhagies que Sabatier ^diV-vintàse rendre maître du sang. 11 guérit son malade ; mais ce cas ne sauroit servir de modèle. La compression médiate réussit rarement; mais du moins elle est un moyen préparatoire quand elle n'est pas moyeu curatif. Exercée d'une manière continue y elle est insupportable et détermine des escarres; d'une manière intermittente^ elle est moins efficace : c'est néanmoins à l'aide de cette dernière que se sont guéris cet épicier de l'île Saint-Louis, et ce menuisier dont tout le monde connoît l'histoire. Il en est de même du sujet de la huitième observation de M. Boyer
(Ms BoYER, Malade chir. , l. ii, pag. 208). La compression ne peut être conseillée sur la tU" meur même que lorsque cette tumeur est peu considérable : on cite quelques cas où elle a réussi» Jlu dessus de la tumeur^ elle est préférable dans iowsle^cdLS) au-dessous y elle a plus d'iuconvéniens que d'avantages ; enfin , la compression exercée sur tout le membre , a la manière de Theden et Desault , a peu d'exemples de succès en sa faveur,
La ligature , dont la théorie est fondée sur . la possibilité de conserver la circulation dans le membre après en avoir lié le vaisseau principal, pratiquée suivant la méthode d^Hunter, détermine souvent la formation d'un caillot depuis la ligature jusqu'au-dessous delà tumeur, et, par suite, l'oblitération dans toute cette étendue; d'autres fois le calibre de Fartère se rétablit dans une certaine longueur entre la ligature et la tumeur. Dans la ligature , suivant la mélhode ordinaire exclusivement adoptée par M. Boyer^ on trouve Tartère convertie en un cordon ligamenteux adhérent à l'articulation , aux muscles , aux nerfs environnans ; les artères naissant du tronc principal dans tout ce trajet converties en ligamens ; les collatérales situées audessus de cette oblitération très-dilalées.
L'anatomie pathologique nous apprend eu J. 5'
DE LANATOMIE PATHOLOGIQUE
outre que ranéviysme est souvent détermine par une altération organique des parois arléi ieiles ; que celte altération s'étend presque toujours, à une certaine dislance , au-dessus et au-dessous de Ja tumeur ; que , dans le cas d'anévrysmes sans lésion organique , Tirrilation causée parla douleur se propage, dans une certaine étendue. Je long du trajet de rarière , détermine son adhérence avec les parties voisines , d'où la difficulté de l'isoler dans l'opération , et la nécessité de pratiquer, dans ce cas, une ligature médiate. Carlesligaluresappliquées dans ces circonstances coupent l'artère avec beaucoup de facilité: ce qui est une source fréquente d'iiémorrhagies. Ces inconvéniens , joints à la gravité plus grande de l'opération , à sa difficulté , à ses suites , rendent l'opéraûon suivant la méthode de Hunter bien préférable; ou doit -cependant la rejeter dans le cas où la tumeur est très- volumineuse , la peau bleuâtre, les jambes engorgées , etc. La ligature au-des>ous de la tumeur n'a été pratiquée qu'une fois et sans succès. (Voy. le Traùé des Malad. dur. de M. le professeur Boyer ; voyez aussi Transjorni, fibreuses»^)
CLASSE DIXIÈME
Priées de conforinatlon*
La physiologie pathologique nous apprend ^ue le phis grand nombre des vices de conformatioQ dépend de maladies éprouvées par le fœtus dans le sein de sa mère ; et ces maladies sont extrêmement nombreuses : la puissance de l'imagination de la mère sur son fruit pour la production des monstruosités est une chimère dans le sens qu'on l'entend communément» L'influence des passions, des chagrins de la mère ne sauroit être contestée en tant qu'elle détermine , dans son économie , des altérations qui se font nécessairement ressentir au fœtus.
Laconformalion vicieuse primitive desgermes à laquelle plusieurs physiologistes recourent sans ceî>se pour expliquer les monstruosités , formellemeiDt rejetée par de grandes autorités, me paroît nécessaire pour rendre raison de plusieurs vices de conformation. Comment sans elle se rendre compte de la formation de fœtus qui ont deux télés, une seule poitrine, \\\\ seul ventre, deux membres supérieurs et inférieurs? Dira-l-on que deux fœlus avoient été conçus , mais que l'un d'eux a été détruit, excepté la téte,qui s'est ajustéeprecisémcnt à col é de; l'autre?
63 DE l'anatomie pathologique
Comment expliquer l'absence de la lêle , da col et même du ihorax sur certains monstres? Comment les enfans ne's d'une même femme anportent-iis tous en venant au monde la même difformité? Est-on satisfait quand on a dit que cela dépend d'une disposition particulière , d'une idiosyncrasie? La reproduction n'est- elle pas une fonction , comme la digestion , la respiration, etc.? Pourquoi donc auroit-elle le privilège exclusif d'être exempte de toute altération?
La pli3siologie pathologique (ixe surtout notre atlcntioa sur les vices de conformation par défaut de parties. Le cerveau , le cervelet, le cordon rachidien ont manqué en totalité ou en partie chez certains individus parfaitement développés et venus au monde vivaus: donc le cerveau n'est j)as nécessaire pour l'accroissement et l'existence du fœtus; donc la vie des diverses parties du corps n'est pas le résultat de l'iniluence directe de la moelle éjîinière par les nerfs, et de son inlluence indirecte par les vaisseaux sanguins vlont le premier mobile est sous sa dépendance (i).
(i) «Que répondra-t-on, dit M. Lordat ( Conseils ^ etc., » p. 'jo-'jT.)') que CCS faits sont extrêmement rares. L'obî> jeclion est aussi forle quand, de tous ceux qui onte'lé M rapportes, on iren admettroit qu*un seul : que, dans » la plupart, il resloit assez de mocUe pour ealrelenir
/ , EN GÊNERAI. ho
Le cœur a manqué chez certains fceUis très* h\en conformés dans tontes leurs parties : donc son action n'est pas indispensable pour l'entrelien de Ja circulation. Certains individus privés des organes génitaux essentiels ont été épris d'un violent amour : donc tous nos penchans et toutes les déterminations de l'instinct ne sont pas Teffet des perceptions de certains organes dont les besoins s'expriment par ces impulsions, etc., etc. Les vices de conformation comprennent le plus grand nombre des maladies. ( V oyez le discours de M. Chaussier ^ inséré dans le procès-? verbal de la distribution des prix des élèves sage-femmes, i8i2.)Les principaux peuvent sq rapporter aux chefs suivans :
}) les raouvemens du cœur. Mais on ne gagne rien si Ton » ne peut affirmer cela de tous, et, certes, c'est impossible : 3> que la destruction de la moelle est Teffet d'une raala- 5) die • mais ce n'est là qu'une conjecture, et, quand » nous l'adopterions, on n'en seroit pas plus avancé, » puisque, dans cette hypothèse , la disparition de l'or- >» gane a dû être précédée d'une désorganisation qui, »» depuis long-temps , en rendoit l'action imj)ossibIe j et, n si le fœtus s'est conservé à l'aLri de la décomposilion et » vivant, ce n'a pu être par l'influence de ce viscère.: » que ce sont des anomalies, des jeux de la nature^ mais » ces expressions n'ont pas de sens dans Tordre physique , i> et il est impossible de concevoir rien d'intermédiair« ) entre le phénomène régulier et le miracle ».
yO DE l'anatomie pathologk^ue
I o» Divisions contre nature, La division congénitale des lèvres porte le nom de hec- de-lièvre ^ on l'observe constamment à la supérieure , jamais à rinférieure, dont l'intégrité est nécessaire pour la rétention de la salive. M. Chaussier a le premier remarqué (jue cette division ne se trouve jamais sur la lii^ne médiane de la lèvre , mais bien sur le côté , et dans la direction des petites lignes saiiltintes qui distinguent la partie moyenne des parties latérales. Le bec-de-lièvre est simple, ou compliqué de division du rebord alvéolaire^ delà voûte palatine et du voile du palais; double,, souvent avec séparation de la portion d'os maxillaire qui soutient le tubercule charnu. J'ai vu \in exemple d'intégrité parfaite des lèvres et du vebord alvéolaire avec absence de la voûte palatine, qui éloit remplacée parle voile du palais divisé. Onrapporlequelques observations de séparalionlongiludinaîe du sternum, ce qui est d'autant plus étonnant que la ligne médiane n'est; pas le lieu de réunion des centres d'ossification* M. Chaussier a vu un écartement des pubis et: des muscles sterno-pubiens; le corps de la vessie proéminoit à travers cet écartement. Si dans le fœtus qui présentoit ce vice de conformation » une cause quelconque eût détruit ou perforé la paroi antérieure de la vessie , la postérieure eût été poussée à travers cette ouverture; il y
EN GÉ^^ÉRAL. 7I
au roi t eu extrovcrsion Je la vessie ou exsiropliie, maladie long-temps méconnue, qui consiste ea iiue tumeur rouge plus ou moins volumineuse , quelquefois bilobée, offrant deux pertuis par lesquels suinte continuellement l'urine. Celte tumeur se réduit aisément, et après la réduction il ne reste qu'uue ouverture ovalaire dont les bords sont formés parla peau ; rorifice urétral est oblitéré; les pubis sont ordinairement écartés : les organes génitaux souvent mal conformés.
On trouve quelquefois à l'ombilic une ouverture par laquelle passent les urines. Tou-^ jours, dans ce cas, le canal de l'urètre est impcrfoi^. 11 l'étoit sur un enfant qu'on apporta à la consultation de l'Hôtel-Dieu. Le canal de l'urètre, au lieu d'être ouvert à son extrémité , peut l'être dans divers points de son étendue: c GSlV hypospadias , qui présente des différences iraportantessuivantlelieu de l'ouverture, Quel^ quefois q\\q, se trouve au niveau des bourses, qui sont alorsconstamment séparées et simulent les grandes lèvres ; l'orifice de l'urètre ressemble à l'entrée du vagin; la verge, peu développée, au clitoris. Ce vice de conformation a souvent fait croire à l'hermapbrodisme; mais ces individus , au lieu d'être favorisés de la nature , ne sont que des bommes imparfaits, et î'bermaphrodisme est un rcvedes poètes, — M, Chaus-
72 DE l'aNATIÔMIE PATHOLOGIQUE
^ier a vu un cas d'abseuce complète du canal de l'urètre; les urines sortoient par une ouverture située au-dessus de l'arcade pubienne: c'étoit un épispadias» — La matrice est quelquefois bilobée en totalité ou en partie ; le vagin participe à cette division , qui peut servir à expliquer les superfëtationg.
2^. RéuJiioTis contre nature. Deux fœtus bien conformés peuvent être unis entr'eux par une partie plus ou moins considérable de leur surface; on ne peut expliquer ce phénomène qu'en admettant une inflammation adhésive des surfaces par lesquelles ils se touchoient. On a vu les bords libres des paupières adhérens entre eux et quelquefois au globe de l'œil ; les narines, le conduit auditif convertis en un cordon ligamenteux; la langue appliquée contre la paroi inférieure de la bouche par l'allongement du filet j le rectum oblitéré par une membrane, et converti en cordon fibreux, en tissu cellulaire; une cloison transversale, une adhérence dans quelques points du canal intestinal ; le prépuce, le vagin, le canal de l'urètre imperforés ; ces deux derniers remplacés par un cordon fibreux dans une plus ou moins grande étendue.
5®. Excès de parties. Ils sont rares à Tinteneur. Les observations d'estomac , de vessie multiples dans l'homme sont presque toujours
cles observations d'estomac uoique rétréci à sa partie moyenne, de vessie unique avec hernie de la muqueuse à travers les faisceaux musculaires. On voit souvent trois reins. Les rates surnuméraires, très-communes surtout chez les fœtus et les enfans , ne sont que des appendices* On cite beaucoup d'exemples de testicules surnume'raires (Voyez Transform, dans les hernies ). Amhroise Paré parle d'un grand nombre de doigts , de jambes , de membres supérieurs et inférieurs entiers surnuméraires. On ne peut expliquer ces monstruosités qu'en admettant raltéralion primitive ou la confusion des germes. Les doigts surnuméraires chez tous les individus de la même famille sont très-communs.
' 4* i3e/^?/^ <^^yt?«r^/e5. Le pins remarquable est Macéphalie^ mieux nommée avec M. Chaus^ sier anencéphaîie , pour la distinguer de cet autre vice de conformation dans lequel la tête manque en totalité, ce qui constitue V acéphalie proprement dite. A la place du cerveau, on trouve une tumeur fongueuse, vasculaire, formée par les membranes cérébrales. Morgagni et tous les auteurs avec lui , croient que la destruction du cerveau est le résultat de fhydrocéphalie. M. Chaussier pense , d'après plusieurs observations , qu'elle est la suite d'une
74 ^s l'anatomie pathologique
hernie encéphalique, formée pendant que îa masse cérébrale étoit encore molle et iluxile. Cette explication naturelle est bien plus satisfaisante que celle par laquelle on a recours à une organisation primitivement défectueuse. Au lieu de deux yeux, on n'en trouve quelquefois qu'un seul placé au-dessus de la racine du nez : cet oeil est plus volumineux que dans l'état naturel, et vraiment double à l'intérieur: on y trouve deux rétines,deux nerfs optiques. — Le nez , un testicule , l'utérus , le vagin , les doigts , les mains, les membres supérieurs, inférieurs ont manqué dans quelques circonstances.
5^. Enfin il existe un grand nombred'exemples de vices d'organisation, d'augmentation de nutrition de certaines parties , du cerveau spéciale^ ment^ qui acquiert quelquefois un volume énorme. 11 en est beaucoup d'hydrocéphalies,d'hydropisiesdu canal vertébral, d'oia résulte l'écartementdes lames des vertèbres ou spina-bilida, de hernies du cerveau, de luxations , de fractures, de tumeurs enkystées, érecliles, de tous les vices de nutrition connus sous le nom (Yem^ies : il est quelques observations de débris de fœtus trouvés dans le corps d'individus mâles ou femelles qui avoient vécu un grand nombre d'années. Aucune n'est aussi bien circonstanciée que celle présentée à la Société de l'Ecole par M. Du-^
puytren^ d'après la disseclîon d^an kyste trouve à Verneuil dans le corps d'un individu. On ne peut expliquer des fejits semblables qu'en admettant la fécondation simultanée de deux, germes contenus l'un dans fautre , ou ia pénëtratioQ de deux germes séparés l'un par l'autre.