ORDRE I
Dëgënérations scrophuleuses.
Forme tuberculeuse* — Caractères anatomi^ ques. Elle est extrêmement commune, peut être même la plus fréquente de toutes les lésions organiques : aucun tissu n'en est exempt. On rencontre très-souvent des tubercules scrophuleux dans les poumons, où ils produieut la phthisie tuberculeuse ; dans le tissu cellulaire du cou , des aines, des aisselles ; dans celui du mésenlère, où ils ont été souvent pris pour des corps lymphatiques, et constituent le carreau, tahes mesenterica; dans les corps lymphatiques des diverses parties du corps, tabès glandularis; dans ceux de la racine du poumon, plilhisie gland u--?
kuse de quelques auteurs; daus l'épaisseur des membranes muqueuses , où ils passent très-aisément a l'état d'ulcération , et donnent lieu à beaucoup de dévoiemens chroniques ; dans le foie, les reins, la rate, la prostate, l'épididjme, les testicules, le cerveau , les nerfs , les os, etc. Rarement uniques , ils sont le plus souvent innombrables; leur volume varie depuis celui d'un grain de millet jusqu'à celui d'un œuf de pigeon , et même de poule. Leur forme est irrégulièrement sphéroïde : tantôt ils adhèrent intimement au tissu qui les environne , et paroisseot formés aux dépens de ce tissu (tubercules non enkystés); tantôt enveloppés d'une membrane bien distincte qui les isole des tissus environnans (tubercules enkystés). Leur couleur est ordinairement grisâtre, jaundlre, quelquefois rougeàtre, noirâtre : on les prendroit , au premiercoup-d'œil,pour des corps lymphatiques, dont ils diffèrent essentiellement par leur texture : ils se morcèlent par la pression ; souvent on les diroit inorganiques et formés comme par un dépôt de matière concrétée; d'autres fois ils sont pourvus d'un système capillaire trèsserré. Dans les époques subséquentes, ces tubercules se ramollissent du centre vers la circonférence , se convertissent en une matière cafiéiforme, pultacée, qui est peu à peu détachée
7^ DE l'anatomie pathologique
et chassée au-cîebors. A leur place on trouve une cavité ulcéreuse, tantôt tapissée par une membrane très-mince, trèsrouge, très-lisse, analogue aux membranes du foyer des abcès, et paroissant borner les progrès du désordre; tantôt très-inégale, formée parle tissu même de Torgane , qui est successivement désorganisé.
Caractères physiologiques et pathologiques^ Les tubercules ne donnent le plus souvent aucun sigue de leur existence, tant qu'un travail intérieur ne s'en est pas emparé. J'en ai trouvé un grand nombre sur des enfaiis en bas âge qui avoient succombé à des maladies tout-à-fait étrangères. Ces enfans a voient-iis apporté ces tubercules ou un germe tuberculeux eu venant au monde? Tous les individus affectés de phthisie tuberculeuse sont-ils dans le même cas ; ou bien les phlbisies coiîslitutionnelles ne diffèrent-elles i^Q^ pbtbisies accidentelles que par une plus grande susceptibilité aux iniUmmations chroniques du poumon , comme le pense M. Brous^ sais ? Il est bien difficile de résoudre ce problème par des preuves matérielles. L'ouverture d'un i^rand nombre de fœtus ou d'enfans en bas âiçe me paroît très-propre èi fournir des données précieuses à ce sujet.
Ces tubercules peuvent-ils se résoudre? IXous n'en avons pas de preuve direcîe pour les tuber-
cules intérieurs, mais, comme TobserveM. Du' puyLren, l'analogie doit nous en convaincre.Gombien, en effet, ne voyons-nous pas de tubercules extérieurs ( qui ne doivent pas être confondus avec les corps lymphatiques engorgés) se deVelopper à des époques variables et disparoître par l'effet des médicamens et des moyens hygiéniques , ou plutôt par les forces de la nature au moment de la révolution générale qu'amène la puberté! Pourquoi la même chose n'auroit-elle pas lieu à l'intérieur?
Ces tubercules ne passent jamais à une autre dégénéralion; mais, à l'occasion d'une irritation Ûa-QQ dans l'organe où ils sont développés, ils se ramollissent, se convertissent en une matière pultacée ; la poche s'ouvre, une cavité ulcéreuse se forme. La maladie attaque- 1- elle les poumons , une petite toux se déclare, se prolonge, simule souvent un catarrhe, est accompagnée d'un léger mouvement fébrile avec redoublement le soir : c'est Y hectique de douleur de M. Broussais. La suppuralion s'établit; dix, vingt mille tubercules se vident par l'expectoration : V hectique de résorption a lieu. Une fièvre accidentelle a quelquefois fait disparoîlre des tubercules extérieurs non suppures, et obtenu la cicatrisation des tubercules extérieurs suppures. Le travail de ramollissement une fois com-
/ 8o DE l'anatomie pathologique ,
mencé dans les tubercules înléiieurs des poumons ou de tout autre orgaue important, entraîne nécessairement la mort.
2« Forme» — Dégénération scrophuleuse des organes. Le vice scrophuleux se porte primitivement ou consécutivement sur tous nos tissus; mais on connoît sa prédilection pour les tissus blancs où la lymphe domine. Ainsi les corps lymphatiques du col , des aines , du me- . diaslin, de la racine des poumons, du mésentère, etc., le testicule, les mamelles, les extrémités spongieuses des os, les cartilages articulaires, les ligamens sont les plus exposés aux engorgemens scrophuleux. Les maladies qui résultent de la fixation du vice scrophuleux sur les extrémités articulaires sont les tumeurs blanches auxquelles il faut rapporter un grand nombre de maladies de la colonne vertébrale , connues sous le nom de mal de Pott^ les luxations spontanées du fémur, de rhumérus, de la première sur la seconde vertèbre cervicale.
Le tissu de ces dégénéralions est grisâtre , lardacé, plus ou moins consistant, sans disposition linéaire, souvent lobuleux, sans distinction de tissus, les muscles, les cartilages, les os étant confondus en une masse homogène. La dégéuéralion une fois complète , il n'y a pas de rétrogradation. Quelquefois le malade vit avec elle
"Eii GENERAL. - 8l
pendant un temps très-long; mais à une certaine époque, un travail intérieur s'y développe ; elle se ramollit, suppure, et le malade succombe à la fièvre hectique. D'autres fois elle reste indolente pendant dix, quinze, vingt ans, et à l'âge critique passe à la dégénéralion cancéreuse , avec laquelle elle a beaucoup d'affinité. 3® Forme, — Ulcères eu fistules scrophu^ leux.hes ulcères et les fistules scrophuleux sont presque toujours la suite des autres formes de la dégénération scrophuleuse. Des plaies faites a des scrophuleux , des abcès ouverts deviennenfc souvent ulcéreux et fistuleux. La cause qui les entretient est l'organisation scrophuleuse de la surface de l'ulcère et des parois des fistules : ils ne peuvent guérir que par la disparition de ce qu'il y a de scrophuleux dans cette surface et ces paroi».