‹ Essai sur l'anatomie pathologique en général, et sur les transformations et productions organiques en particulier;Chapitre 14 sur 38 · ORDRE · texte numérisé non relu

ORDRE

Dêgénérûtions cancéreuses.

La dégénération cancéreuse est la plus ter=« rible, la plus incurable , et une des maladies les plus fréquentes qui aflligent l'espèce humaine. Le tissu de ces dégénérations présente deux variétés bien distinctes , dont l'une n'est le plus souvent que la suite de l'autre.

La première variété est le scjiiirrhe propre^ I. 6

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ment dit , qu'il ne faut pas confondre avec l'iuduration : son tissu est dense , demi-transparent lorsqu'il est divisé en lames tenues, sans disposition linéaire, souvent lobuleux, ayant une consistance qui varie depuis celle du cartilage et du fibro-cartilage jusqu'à celle du lard dont îl offre l'aspect, et paroissanl formé d'un tissu fibreux et cellulaire pénétré d'albumine. Ses caractères pathologiques sont plus remarquables. Il envahit tous nos tissus, soit primilivement, soit consécutivement, mais affecte une triste prédilection pour les tissus à-la-fois trèssensibles et abondamment pourvus de vaisseaux blancs; survient spontanément ou succède à un engorgement par cause externe^ scrophuleux, vénérien ou autre ; attaque le plus communément à cette époque critique où l'homme et Ja femme deviennent impropres à la reproduction ; n'a nullement la propriété contagieuse ; paroît quelquefois du à une cause extérieure, mais le plus souvent à une cause intérieure; fait éprouver des douleurs lancinantes , des éclairs de douleur (comme le disoit énergiqucment une malade à M. Dupuytren); ne rétrograde jamais vers l'organisation première; marche tantôt avec une rapidité effrayante, et fait périr en quelques mois; tantôt d'une manière chronique, et est encore susceptible des secours

de l'art au bout de six mois , un an, deui -^iis; quelquefois enfin reste statlonnaire penda dix , quinze aus, n'impiime aucurie aîtéraliou évidente à rëconomie, et ne paroît pas bâter l'instant de la mort; s'ëtend par continuité de tissu et par la résorption lymphatique ; tue quelquefois sans passer à des altérations ultérieures, mais le plus souvent devient le sie'ge d'un travail intérieur; dans quelques cas rares tombe en gangrène et est expulsé en totalité; le plus souvent passe à l'état d'ulcère, ou bien se ramollit et devient semblable au cerveau d'un enfant nou* veau-né.

2® Variété. Carcinome, C'est la matière €6réhrifonne ou encéphaloïde de M. Laennec» Sa couleur et sa consistance sont celles du cerveau d'un jeune enfant ; ses parties se diss' ient avec facilité ; sa disposition est souvent Icbuleuse ; les vaisseaux qui parcourent sa surface sont très- nombreux et Irès-dilatés , pénètrent dans les intervalles des lobules et se subdivisent à l'infiai. Ces vaisseaux se déchirent avec beaucoup de facilité: de là une couleur noire trèsfoncée ; de là des épanchemens de sang qui pourroient en imposer au premier abord pour des anévrysmes. Une fois j'ai trouvé une tumeur du volume de la tête d'uu foetus à terme, placée au-devant de la région lombaire j sa

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surface étoit parcourue par un grand nombre de vaisseaux sanguins ; celte tumeur incisée nous présenta des masses fibrineuses et une grande quantilé de sanie ; nous crûmes d'abord à l'existence d'un anévi jsme ; mais l'aorle descendante déviée etoit intacte, accolée au côté droit de la tumeur. Quelques portions de matière cérébriforme non altérée nous auraient d'ailleurs fait éviter toute espèce d'errenr. Cette matière, lors- Cju'elle a été le siège d'un travail intérieur devient méconîîoissable , se convertit en bouillie noirâtre; la peau s'ulcère, la bouillie est expulsée au dehors. Les malades succombent ordinairement : ils guériroient si (or. te la masse altérée étoit détruite, et s'ils pouvoient résistera ce travail éliminatoire.

La matière cérébriforme succède souvent à la dégénération squirrbeuse; d'antres fois c'est par elle que débute la maladie. Quelquefois elle se forme dans les périodes avancées de l'affection cancéreuse , et indique une altération profonde du système. Au reste, ces deux variétés se trouvent souvent réunies : elles sont même quelquefois combinées avec les transformations fibreuse , cartilagineuse et osseuse : ce qui constitue les altérations composées.

La dégénération cancéreuse se présente sous trois formes principales»

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i^ G Forme. -^- Forme tuberculeuse. Les tubercules carcinomateux sont presque toujours formes de maliére cërëbriforme ; ils sont primitifs ou consécutifs. Les primitifs sont enkyste's ou non enkystés. Les tubercules carcinomateux enkystés ont été observés , par M. Laennec , dans les poumons, le foie et le tissu cellulaire du raédiastin. J'en ai vu extirper un , situé à la mamelle , chez une dame excessivement nerveuse. A peine M. Dupuytren eût-il incisé la peau, le tissu cellulaire et la paroi antérieure du kyste , que la tumeur, qui avoit le volume d'un noyau d'abricot, fit saillie à travers l'incision; elle ne tenoit au kyste que par un pédicule mince qui lui fournissoit les vaisseaux nourri^ ciers. La malade guérit parfaitement. Il est rare de trouver des kystes sans adhérences avec la matière qu'ils contiennent , soit que cet isolement n'ait lieu que dans les premiers temps de leur existence , soit qu'il y ait adhérence dans le plus grand nombre àès cas. M. Laennec dit que la texture de ces kystes ressemble parfaitement à celle des cartilages, et n'a le plus souvent rien de fibreux ; il les range parmi les cartilages imparfaits. Tant qu'ils n'adhèrent pas au tubercule , ils sont une barrière impénétrable aux progrès de la maladie ; ou peut les épargner lors de rablalion du tubercule f

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mais une fois que radherence est établie , la maladie envahit peu à peu les parties environnantes; il faut emporter le kyste avec le tubercule si on ne veut s'exposer à la re'cidive. Un jeune homme portoit à la réi^ion parolidienne une tumeur carcinoraateuse eokyslëe ; cette tumeur fut emportée ; mais on laissa le kyste; la maladie repullula et ne cëda qu'à deux applications de cautère actuel. Il est des tumeurs carcinomateuses qui , sans être enkystées , sont isolées au moyen d'un tissu lamineux très-délié. Sur un individu mort subitement*, comme |ifâr Teffet d'une apoplexie foudroyante , j'ai trouvé une tumeur carcinomateuse du volume d'un œuf de poule , située à la superficie du cerveau , qu'elle déprimoit , sans que les circonvolutions parussent participer à la dégënéralioo.

Les tumeurs carcinomateuses non enkystées se rencontrent dans tous les organes , mais surtout dans le tissu cellulaire, le foie , les pou» îîions, etc. : leur volume varie depuis celui de la léte d'un adulte jusqu'à celui d'une aveline; on les rencontre quelquefois dans un grand nombre de tissus chez le même individu.

Les tumeurs carcinomaieuses consécutives constituent une espèce de diathèse cancéreube très- remarquable. Sur uu vieillard mort

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avec une Inmeur scjuinheuse de la mamelle droite, s'étendant jusque dans le creux de Taisselle et envahissant les muscles et les os, nous avons trouvé la poitrine, les bras, les cuisses, l'abdomen farcis de tubercules très-nombreux dont les uns soulevoient la peau , et les autres étoient contenus dans l'épaisseur des muscles j ils étoient si multipliés dans l'ëpiploon , que cette membrane ténue avoit acquis plus d'un* pouce d'épaisseur et se soulevoit en masse : le foie en offroit moins ; mais ils étoient plus volumineux : les poumons en étoient remplis. On en voyoit plusieurs à la surface du cœur , quel-; ques-uns seulement dans son épaisseur. Le cerveau ne fut point examiné. M. Dupuytreii a vu les tubercules carcinomaleux tellement accumulés dans le cœur d'un individu , qu'une per* sonne cbargé^ de les compter s'arrêla à six cents. La diathèse cancéreuse générale se manifeste lanlôt par l'émaciation, la couleur jaune et livide de tout le corps ; tantôt par la friabilité des os ; d'autres fois par la récidive des tumeurs emportées; enlia par la formation de tubercules dans tous les tissus»

2^ Forme* -^ Dé génération cancéreuse des organes. C'est la forme la plus commune ; on l'observe par-tout. Les mamelles, les testicules, l'estomac sont en première ligne j puis viennent

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rutëms, les lèvres, la langue, le ceual inleslinal, surtout au voisioagedela valvule i]ëo-cœcale,le rectum, l'oeil, la verge, le clitoris, etc. : les corps lymphatiques ne s'affectent guère que consécutivement. Quelquefois leur engorgement est purement inflammatoire et cède aux émoUiens. Au reste , cette forme présente les matières squirrheuse, cérebriforme isolées ou combinées entre elles et avec les transformations fibreuse et cartilagineuse.

3^ Forme, Le squirrhe , le carcinome ou encéphaloïde deviennent presque toujours le sie'ge d'un travail intérieur, d'où résultent leur altération, l'usure de la peau, et des ulcères can-céreiix très-faciles à reconnoître à leurs bords renversés et coupés à pic , à leur surface grisâtre supportée par une base squirrheuse, aux fongosites qui s'en élèvent, aux douleurs lancinantes, à un ichor fétide qui enflamme la peau qu'il touche, aux hémorrhagies qui ont lieu de temps eu temps : l'opération est alors presque toujours infructueuse, parce que l'infection est générale.

Il est une autre espèce d'ulcères cancéreux consécutifs : ce sont ceux qui succèdent à des ulcères vénériens, dartreuxet scrophuleux négligés ou traités par des irritans.

Lès ulcères cancéreux primitifs s'observent

à la face , anx parties génitales , à la langue ; ils commencent ordinairement par un petit bouton dont la surface est sèche et grisâtre ; et s'ëtendent d'abord lentement en longueur et eu largeur : ce n'est que lorsqu'ils ont atteint Torigine des muqueuses qu'ils font des progrès rapides et attaquent les tissus sous-cutanés. Cette observation est due à M. Bayîe : le cancer des ramoneurs décrit par Potù est de ce genre. Les ulcères cancéreux de la matrice paroissent le plus souvent primitifs.

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