‹ Essai sur l'anatomie pathologique en général, et sur les transformations et productions organiques en particulier;Chapitre 35 sur 38 · OBSERVATION X · texte numérisé non relu

OBSERVATION X

Une femme âgée de quarante cinq ans, étoit entrée dans la salle Sainte- Jeanne pour un catarrhe pulmonaire chronique. Je vis par hasard , à la face antérieure de son avant-bras gauche , deux pouces au-dessus du ligament du carpe, une tumeur divisée en deux parties, Tune droite,

(i) Année 1777 , p. -î/.

(2) Vol. XLIII, p. 235.

Taulre gauche, par un ëiranglemenl longîuidinal. En exerçant une compression alternative sur ces deux tumeurs, je reconnus qu'elles communiquoient l'une avec l'autre^ et j'ëprouval ce sentiment particulier de frottôment auquel on ne se méprend jamais. Je pronostiquai que cette tumeur ëtoit de la nalure de celles dont je "viens de parler. La mort de cette raaiheureuse me permit de vérifier mon diagnostic. A vaut toute dissection, je voulus percevoir la même sensation ; plusieurs personnes s'en convainquirent avec moi. Peut-être quelqu'un de nousexerçat-il une pression trop considérable ; mais après notre examen, la bipartition de la tumeur étoit beaucoup moins évidenle. J'enlevai la peau : sous elle étoit une poche contenant de petits corps transpaiens, semblables, pour la consistance et pour l'aspect , à des morceaux de cristallin. Ce kyste étoit extrêmement mince , celluleux , e t tellement adhérent aux parties voisines, que je ne pus l'en séparer sans solution de continuité.

De ces observations il résulte :

1**. Qu'il existe une espèce de tumeur enkystée que constituent essentiellement de petits corps blancs, ressemblant assez généralement à des pépins de poire, contenus dans une ]K>cl>e qui étoit mince et celluleuse dans iiu cas paille dier;

2^, Que ces tumeurs se (lévelojDpent à tous les âges , et reconnoissent ordinairement pour cause une pression ou distension violente;

3°. Qu'on ne les a observées jusqu'ici qu'eau niveau de Taniculation du poignet, sur la face palmaire, plus rarement au voisinage de l'articulation libio-tarsienne , mais toujours autour des synoviales et des tendons ;

4*'. Que ces tumeurs se reconnoissent à leur division en deux parties, que sépare un étranglement mitoyen, à la communication qui existe entre ces deux tumeurs , et à un sentiment particulier de frottement , tel que le produiroient des morceaux de riz à moitié cuit, qui passeroient de l'une dans l'autre tumeur;

5**. Que le traitement de ces kystes présente les mêmes indications que tous les autres, mais que le siège exige des modifications;

6°. Qu'il ne faut pas se borner à une simple ponction, parce que tant que le kyste persistera, la maladie ne manquera pas de se reproduire; qu'il faut l'entlammer. Deux ponctions me paroissent nécessaires; mais je crois que la mèche de linge est: un moyen trop irritant : pourquoi ne pas se borner à entretenir ces deux ouvertures , et à faire des injections irritantes propres à déterminer le développement des bourgeons celluleux, et l'adhérence des parois opposées?

Peut-être les accicieDS qui se sont déclarés dans deux de ces cas dépendoieût-ils plutôt de la mèche que des deux incisions.

? atiire de ces petits corps. M. Dupuytren ëloii '.fortement porté à soupçonner que ces petits cc^rps étoient organisés, li se fondoit sur leur forme à-peu-près constante, sur leur structure : ils sont composésde lames superposées, très distinctes; peut-être même ont-ils une cavité. S*ils n'éloient pas organisés, comment auroienl-ils pu se conserver intacts pendant plusieurs jours au milieu de la suppuration? Enfin, M. Dupiiy^ tren croyoit avoir aperçu des mouvemeus daus un de ces corps , et ce dernier fait, bien constant , lèveroit d'un seul coup toutes les difficultés.

Pour avoir là-dessus des idées plus pobilivey, M. DupuyLren a fait consulter plusieurs per* sonnes qui se sont beaucoup occupées d'hjdatides. J'ai dit que j'avois conduit chez M. Bosc le malade qui fait le sujet de la première observation , et que j'avois fait sortir plusieurs de ces corps en sa présence. Examinés à une forte loupe, ils ne lui ont pas paru se mouvoir. Placés entre deux verres fortement serrés , ils ont été réduits à une membrane transparente, laquelle, examinée, soit à l'œil nu, soit au microscope, n'a présenté ni bouche ni suçoirs. Une fois M. Bosc crut en apercevoir ; mais c'étoit une

tache produite par un de'faut du verre. Enim , l'expérience lui ayant appris qu'un état de demidessiccation est très-favorable à la découverte de cette bouche ou suçoir, M. Bosc a répète' ses observations dans cel te circonstance , et a obtenu le même résultat. Il en a conclu que ce so' i des concréiions inorganiques albumineuses , Su de toute autre nature. — M. JOumérlly qui désira avoir à sa disposition quelques-uns de ces corps , les soumit aux mêmes essais, et obtint le même résultat.

Les kystes formés autour des dégénérations cancéreuses, scrophuleuses, ont été mentionnes ailleurs. Il est encore des kystes qui se forment au milieu d'autres productions et dégénérations . tels sont ceux trouvés au milieu des polypes, du corps thyroïde altéré, des squirrhes, du cancère , etc. x

Mécanisme de la production des tumeurs

enkystées.

Les kystes sont ils formés par l'accumuiatioa progressive d'un liqui^le qui distend les cellules du tissu Cî^Uulaire, et en applique peu à peu les parois les unes contre les autres? Cette explic^^tion, qui est celle de Hallcr, de Louis et autres, est formellement rejeiée par Bichat , qui î^s^ fonde sur les raisons suivantes :

« I '^. Les kystes sont analogues , sous tous les » rapports , aux membranes séreuses : com- >> ment donc auroient-ils un mode différent d'o- » rigine que ces membranes, lesquelles ne se » forment jamais , comme nous le verrons , par i> la compression du tissu cellulaire»? Je réponds qu'il est beaucoup de kystes qui ne ressemblent en aucune façon aux membranes séreuses. 11 en est de fibreux, de caitilagineux , d'osseux; il en est de cutanés et poilus; et quoiqu'il soit vrai que les membranes séreuses ne se forment point par la compression du lissU cellulaire, il ne s'ensuit pas que quelques kystes séreux accidentels ne puissent se former de celte manière. IN'est-ce pas ainsi que s'organisent les kystes séreux qui se développent autour des corps étrangers , autour des squirrhes, carcinomes, etc. ?

2^. Dira-t-on que les kystes préexistent aux carcinomes, aux squirrbes, aux corps étrangers accidentellement introduits, et qu'il soit aussi absurde de rejeter cette préexistence que celle des glandes salivaires à l'égard de la salive?

3°. Croira-t-on trop mécanique et incompatible avec les fonctions exhalantes et absorbantes de la poche séreuse, l'explication suivante? Un corps étranger est introduit au miiieu de nos parties; ce corps étranger, lorsqu'il n'est p?»s

ET PRODUCTIONS ORGArvTQnES. 32 J

assez irritant pour produire une inilammalion, (lëtermiae par sa présence une irritation d'où résulte la production d'une poche séreuse. Outre les irritations nutritive, sécrétoire, hémorrhagique, inilammatoîre , il en est une qui n'a pas encore été étudiée : c'est l'irritation de transformation, irritation puissante, d'oii résultent toutes les productions et transformations dont j'ai entrepris l'histoire.

4^. Est-il besoin de réfuter l'objection suivante? « Si les cellules appliquées les unes aux » autres formoient un sac contre nature, le tissu » cellulaire voisin ne devroit-il pas diminuer, » disparoître même, lorsqu'elles acquièrent » beaucoup de volume? »

Beaucoup de tumeurs enkystées se développent comme l'indique Bicliat , c'est-à-dire que la poche préexiste : telles sont la plupart de celles qui constituent le second sous-ordre. Il en est beaucoup, plus peut-être qu'on ne pense, qui résultent du développement des follicules cutanés. J'ai des observations de kystes mélicériques à la tête, aux mamelles, qui tenoient évidemment à ce développement ; d'autres kystes m'ont paru tenir à l'accroissement de petites vésicules déjà existantes : tels sont un grand nombre de kystes des ovaires. Les parois des kystes peuvent être formées primitivement ou consécutivement

SaS TRANSFORMATIONS

par la plupart des tissus de rëcoiiomie; ou y rencontre U:s tissus celluleux , séreux, fibreux, carlllagineux , osseux, pileux , dermique. Eufin, il est des kystes qui se développent autour de corps étrangers accidentellement existaus au milieu de nos parties. Attendons de nouvelles données pour établir la doctrine des kystes (i).

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