‹ Essai sur l'anatomie pathologique en général, et sur les transformations et productions organiques en particulier;Chapitre 38 sur 38 · ORDRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ORDRE QUATRIÈME

Productions fongueuses*

Je rapproche ces produclions des fibreuses ^ parce que le plus grand nombre présente les caractères du tissu fibreux. Les fongosités de la dure-mère et de toutes les membranes fibreuses, les polypes de la matrice, du vagin, un grand nombre de ceux des fosses nasales sont de ce genre. Parlons d'abord des polypes.

GENRE P

Polypes»

On a donné ce nom à toutes les tumeurs qui naissent des membranes muqueuses , à cause d'une ressemblance très-grossière qu'on a cru leur trouver avec la poulpe , nommée autrefois polype marin» On a aussi •À\i'ç>^\é polypes les concrétions fibrineuses qui se forment dans le cœur et les gros vaisseaux. Ces concrétions, examinées avec tant de soin , et dessinées par Kerhing ,

(i) Maladies des Voies luinaires, de Desauh.

ET PRODUCTIONS ORGANIQUES. SSg

Bartholin , Tulpius ; souvent prises pour des vers, et regardées avant iSeVî^c comme cause de la mort dans les syncopes, les asthmes et les commotions morales vives , etc. , paroissent être consécutives à la mort. Je ne serois cependant pas éloigné de croire qu'elles se forment dans les longues agonies pendant les derniers momens. Plusieurs observations semblent même prouver qu'elles ont existé pendant la vie , et oqt produit tous les symptômes d'une affection organique : telle est celle de M, Delorine , insé-* rée dans le vol. xxxvii de la Bibîioth. médic. , p. 577; telle est encore celle de M. Berlioz , qui regarde une concrétion polypeuse étendue du ventricule dans l'artère pulmonaire , comme cause essentielle de maladie et de mort (i)« M. Corvisart dit que ces concrétions polypeuses, toujours flottantes dans les cavités du cœur, ne déterminent d'accidens que lorsqu'elles s'engagent , soit dans les orifices auriculo-ventriculaires, soit dans remboucliure des gros vaisseaux. Quand elles s'entrelacent avec les faisceaux charnus du cœur et les cordons tendineux des valvules , elles empêchent l'action de ces voiles membraneux en les rendant presqu 'immobiles.

(i) Journal de Médecine, t. xxxvi.

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Caractères anaiomiques* Les polypes se clé- Teloppent sur toutes les muqueuses , mais toujours à peu de distance de l'origine de ces membranes , et à la portée des moyens chirurgicaux» Les fosses nasales et leuis sinus , le pharynx , le voile du palais, IVntrëe du larynx, le fond, le col, l'orifice de l'utérus, le vagin, la vessie (i) en fournissent des exemples. Les polypes des fosses nasales présentent deux espèces bien distinctes î les uns sont mous vésiculeux ; les autres fibreux: ceux-là, souvent uniques , sont quelquefois au nombre de dix, vingt , quarante, semblables à de petits grains de raisin , appendus aux cornets, à la voûte, à la cloison ; les uns assez volumineux, les autres à peine sensibles. On débarrasse les malades de tous ceux qui sont apparens; mais bientôt la maladie se renouvelle : on croit que les polypes arrachés se sont reproduits: point du tout : souvent il n'y a eu que développement de polypes dont le principe existoii lors de la première opération. Leur forme est le plus souvent accommodée à celle dés parties au mi-

(i) M le docteur Bricheteau m'a communiqué les détails de l'autopsie d'une vieille femme , dont Testomac étoit d'une capacité énorme, et offrit plus de huit excroissances pédiculées , qui lui parurent de la nature des polypes durs. Cet estomac fut montré à M. le professeur Lallemenl,

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lieu desquelles ils se développent. Ils naissent toujours par un pédicule plus ou moins voluraîneux, unique , comme l'a , le premier, démontré Levret, et se divisent souvent en plusieurs branches. Leur texture varie beaucoup; il en est de grisâtres , muqueux, qui augmentent et diminuent de volume suivant l'état de sécheresse ou d'humidité de l'atmosphère , se réduisent par la pression à un volume cinq à six fois moindre, et paroissent formés par un liquide infiltré au milieu d'un tissu mou , sans consistance , et quelquefois ramassé dans des poches ou cellules.

Les polypes durs des fosses nasales sont formés d'un tissu dense , fibreux , recouvert par la membrane muqueuse. Voici la dissection trèssoignée de deux polypes de ce genre que j'ai trouvés dans les fosses nasales avec mon collègue et ami M. LallemanL

Un soldat âgé de vingt ans environ, d'une constitution débile , avoit dansles fosses nasalesdes polypes qui empéchoient complètement le passage de l'air, et pouvoient être aisément sentis avec le doigt introduit par la bouche , au-dessus du voile du |>alais : il mourut d'une maladie étrangère. INous fîmes la section verticale de la face, et nous trouvâmes un polype très-considérable dans chaque narine; leur couleur étoit Iarû("*me

que celle de la pituitaire. Le polype de la narine gauche naissoit,par un pédicule étroit, du méat supérieur, et du repli muqueux qui continue en arrière le cornet supérieur. Nous voulûmes déterminer si ce polype éloit formé aux dépens de la pituitaire , ou seulement recouvert par elle. Il nous fut facile d'enlever celle membrane par lambeaux , et de voir que sous elle le tissu du polype sembloit naître de celte membrane blanchâtre , pérîostique , qui recouvre le cornet mo^^eu. Le tissu propre de ce polype éloit très-dense , composé de parties disposées linéairement , affectant toutes à -peu -près la même direction, et ayant plus d'analogie avec le tissu fibrO'Cartilagineux , qu'avec tout autre tissu.

L'autre polype naissoit au-dessous de l'orifice du sinus sphénoïdal par un pédicule très-mince qui s'est déchiré à la moindre traction. Ce polype se divisoit en quatre lobes dont le supérieur éloit reçu dans le sinus sphénoïdal droit, et les trois inférieurs dans les trois méats. Le tissu de ce polype éloit moins dense que celui du précédent, mais d'ailleurs de même nature.

Voici une observation de polype fibreux du sinus maxillaire qui avoit persisté trenle ans sans subir de dégénération , mais avoil éprouvé 1^ Iransfoi mation osseuse>

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Villot ( Jeanne^Marle)^ âgée de soixauledix-huit ans , vint à l'Hôtel - Dieu , le 19 janvier 181 1 , pour une tumeur énorme qu'elle avoit depuis trente ans dans Tépaisseur de la mâchoire supérieure. Ce qui frappoit d'abord , c'étoit la saillie prodigieuse que faisoit en avant la moitié gauche de la face ; le côté correspondant du nez, au lieu de regarder en dehors, étoit lout-à- fait antérieur; la pommette, la fosse canine étoient singulièrement soulevées ; l'œil , chassé de l'orbite et en même temps poussé en dehors , ne servoit plus à la vision ; la narine du même côté étoit obstruée, la cloison déjetée et accolée à la paroi externe de la narine droite; la voûte palatine étoit un peu repoussée en bas, et surtout très-amincie; elle cédoit à une pression légère , et revenoit sur elle - même absolument comme l'auroit fait une lame mince d'écaillé. A tous ces signes, à la présence d'une fongosité rougeâtre qui se vojoit au fond d'un petit ulcère, résultat de l'ouverture d'un abcès , on reconnoît un polype qui occupoit à la fois le sinus maxillaire et les fosses nasales. Le siège primitif étoit bien évidemment le sinus j car les polypes des fosses nasales, quelque volumineux qu'on les suppose , ne pénètrent jamais dans le sinus maxillaire , atterdu que leur développement est plus facile dans d'autres sens y tandis

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cjiie ceux du sinus maxillaire , après avoir rempli ce sinus , trouvent une issue facile par soa orifice dilaté , et pénètrent dans les fosses nasales. L'art éloit impuissant contre de semblables de'sordres : on se borna à pallier les douleurs de distension qu'éprouvoit la malade, et à soutenir ses forces : elle ne tarda pas à succomber à un élat adynamique.

L'ouverture du cadavre fut faite par M. Dupuytren, dans son amphithéâtre particulier. En exerçant sur les os amincis et distendus une pression assez forte, qui auroit été trop douloureuse pendant la vie de la ma]ade,ii rendit sensible à ses nombreux auditeurs une flexibilité très grande dans les os , ce qui indiquoit un amincissement considérable et peut-être une dégénéralion.

La peau et les muscles enlevés , on coupa sans effort, avec un scalpel, la partie antérieure du sinus, l'os propre du nez et les fibro-carlilages de ce côté : alors s'est présenté un polype énorme qu'on a cherché à arracher; mais la pression que nécessitoit cet arrachement a déterminé la rupture de kystes dont le liquide s'est échappé avec force : néanmoins le poiype confeervoit encore le volume d'un gros œuf de poule d'Inde, étoit bosselé, d'une consistance osseuse dans beaucoup de points, fournissoit par la pression, dans diverses parties, du pus louable

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€l une matière laulôt séreuse et limpide, taulot filante et brunâtre. Divisé dans plusieurs sens , il offrit un grand nombre de kystes à parois lisses, fibreuses et osseuses, contenant encore une certaine Cjuantité des liquides dont je viens de parler. La caverne profonde qui contenoil celte masse pol} pense étoit formée aux dépens des capacités réuniesdu sinus maxillaire gauche triplé de volume , de la fosse nasale gauche et d'une grande partie de la droite, de la cavité orbitaire dont la paroi inférieure étoit détruite, et enfin des siuus sphénoïJaux et frontaux largement ouverts.

Le nerf optique étoit aplati, presque détruit. Une légère pression m'a suffi pour rompre la voûte orbitaire et pénétrer dans l'intérieur du crâne ; il m'a été également facile de biiser avec ^e doigt la fragile cloison qui séparoit le sinus maxillaire de la fosse ptérygoïde. Il n'existoit de la cloison des fosses nasales que la membrane muqueuse qui en revêt le côté droit. Cette membrane adhéroit intimement avec celle qui tapisse la paroi externe.

Toutes les observations un peu détaillées que nous possédons sur les polypes de matrice nous prouvent que ces polypes étoient de nature fibreuse. MM. Houx et Bayle ont très- bien distingué ces corps en ceux qui sont situés dans

l'épaisseur de la matrice, en ceux qui sont situés SOU& la membrane péritonéale , et en ceux qui sont i>itués entre le tissu de la matrice et la surfiace , qui est regardée comme une membrane muqueuse : les derniers sont des polypes. L'analogie est si grande entre le tissu de la matrice et celui des poljpes que, dans le cas de polypes non pédicules, il est impossible de distinguer ce qui appartient aux polypes de ce qui appartient à l'utérus : aussi a-t-on plusieurs fois extirpé des matrices renversées pour des polypes, comme l'autopsie l'a démontré dans plusieurs cas.

Je n'ai eu occasion d'observer des polypes utérins qu'une fois, sur une femme morte de pbthisie. La matrice étoit plus volumineuse et plus arrondie que de coutume : je l'ouvris et je trouvai trois végétations polypeuses à base large, naissant de la cavité du corps de cet organe.

Caractères pathologiques des polypes* Les polypes n'incommodent que par leur volume: presque jamais ils ne restent stationnaires, mais jouissent d'une force d'accroissement Irès-acti ve. Nés de la cavité de l'utérus, ils en distendent les parois et simulent d'autres maladies; on ne peut les reconnoitre que lorsqu'ils ont franchi le col de cet organe ; alors , s'ils naissent de son fond , ils renlraineut à travers le col ; la matrice

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se renverse complètement. Dans les fosses nasales , entourés de tous côte's par des parties osseuses , ils se jettent en avant et en arrière; souvent aussi écartent les os, les amincissent , les usent, comme j'en ai donné un exemple. lisse reproduisent très- communément lorsqu'on ne les emporte pas jusqu'à la racine ; irrités par des tentatives répétées d'arrachement ou d'extraction , ils deviennent cancéreux : il existe quelques observations de polypes primitivement cancéreux développés dans les fosses nasales et dans leur sinus.

GENRE II

Productions fongueuses des membranes

Jibreuses»

On les observe spécialement sur la duremère : la tunique albuginëe (i)^ les aponévroses , le périoste n'en présentent guère que dans le cas où ils sont mis à découvert.

La dure-mère y est tellement exposée que , suivant la remarque de M. le professeur Riche' rand, il est rare d'ouvrir des crânes de vieillards

(i) Il ne faut pas confondre les fongosite's de la tunique albuginée avec les tumeurs fongueuses nées de la substance propre du testicule, que M. Lawrence^ démonstrateur d*anatomie à l'hôpital Saint - Barthélémy , a le premier décrites.

SgS TKArÇSFORMATlONS

sans trouver à Tintérieur divers enfoucemeus produits par la présence des excroissances qui s'élèvent de la face externe de cette membrane.

Caractères anatoiniques. Ces tumeurs , ordinairement uniques, sont quelquefois multiples , comme Louis en rapporte plusieurs exemples dans son Mémoire sur les tumeurs fongueuses de la dure-mère. Ordinairement elles se développent à la voûte du crâne, quelquefois à la base; on a vu plusieurs de ces tumeurs comprimer l'origine des nerfs optiques , acoustiques^ la moelle allongée (i), perforer les voûtes orbitaires , cbasser les yeux de l'orbite , détruire l'ethmoide , etc. Quelquefois deux tumeurs perforent eu même temps le crâne. Leur volume présente beaucoup de variétés : aplaties quand elles sont conienues dans le crâne, elles se développent eu forme de champignons lorsqu'elles en ont usé les parois , et présentent un rétrécissement plus ou moins considérable à l'endroit de cette usure. Le tissu de ces fongosilés est dense , parcouru en tous sens par des vaisseaux, et assez analogue à celui des polypes fibreux. Il est très-distinct de celui des dégénéralions cance'reuses de la dure - mère , dont j'ai deux observations.

(i) Acad. Cliir. , t. xni, p. 62.

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Le crâne , qu'elles usent à la manière des aùe'vrysmes, présente une ouverture irrégulière , souvent bérissée de pointes qui s'enfoncent dans l'épaisseur de la tumeur, et produisent des accidens graves. Le plus communément, la table interne est usée dans une plus grande étendue que Texterne, et l'usure va progressivement en augmentant jusqu'à l'endroit de la perforation. Cette érosion , cette carie sècbe, comme l'appelle M. Léveillé^ dépend, suivant le plus grand nombre, des battemens continuels des anévrysmes, et des tumeurs fongueuses de la dure-mère. M. hèveillè a le premier observé que cette usure est aussi produite par des tumeurs qui n'offrent aucun battement ; qu'elle est% le résultat de la compression toute seule qui détermine une mort locale; que c'est le système absorbant qui opère la solution de continuité en s'emparant d'abord du tissu parencbymateux, et en dernier lieu du pbospbate calcaire mis à nu (i).

Caractères pathologiques. Ces tumeurs , dues quelquefois à des causes externes, telles que des coups, des cbutes, peut-être au virus vénérien , se développent le plus souvent sans cause

(i) T.ettre de M. Léi^eiHé sur les Caries^ Journal de . Médecine , t. xxvi.

,jy

connue; les symptômes auxquels elles donnent lieu ne tiennent en aucune façon à leur nalure, mais bien aux localités. Ces symptômes dépendent de la compressioa chronique graduellement augmentée qu'exerce la tumeur : ce sont des céphalalgies opiniâtres^ des syncopes, étourdissemens , perles de mémoire , épilepsies , etc. Quelquefois ces tumeurs se dirigent verslexlérienr, et alors usent, corrodent les os : la tumeur paroît au-dehors, et le malade est soulagé ; la peau distendue s'entlamme et s'entr'ouvre; la tumeur, continuellement irritée par les inégalités de la perforation , cause de vives douleurs, et passe souvent à la dégénération canjcéreuse. L'expérience a démontré que l'incision de la tumeur, l'application du caustique, déterminent constamment la mort. L'excision de la partie située à l'extérieur est toujours suivie d*une hémorrhagie plus ou moins inquiétante et d'un accroissement rapide. Il faut ou ne rien faire , ou bien cerner la tumeur par des couronnes de trépan, et emporter la portion de dure-mère de laquelle elle nait. Le même traitement doit être employé pour les fongosités des aponévroses, du périoste , et de la tunique albuginée.

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