DEUXIÈME SOUS-ORDRE
Productions fibreuses,
GENRE
Un très-grand nombre de productions enkystées ont pour poches des membranes fibreuses ou fibro-celluleuses accidentelles: presque toujours ces membranes sont tapissées par des séreuses.
GENRE II
Le tissu cellulaire est souvent le siège de productions fibreuses qui , avant ces derniers temps , avoieul été confonduesavec d'autres tumeurs de nature tout -à-fait différente, sous le nom vague de tumeurs lymphatiques j squirrheuses , etc.
Siège, On n'observe jamais ces productions dans le tissu cellulaire graisseux , mais bien dans cette espèce de tissu lamineux nommée par quelques-uns tissu cellulaire fibreux , parce qu'il offre quelques caractères du tissu fibreux.
Eiles sont très^communes au-dessous de Tangle de la mâclioire. M. Dupuyiren eu a extirpé uu très-grand nombre daus cet endroit. Plusieurs envoyoient des prolongemens considérables autour de lacarolide piimiliv^e et de ses principales divisions. On en voit à la région parotidienne, autour des articulations , et surtout dans la matrice et les ovaires ; les tumeurs fibreuses de la matrice sont les plus communes : elles se développent tantôt dans l'épaisseur de cet organe, lanlôt à sa face interne , tantôt enfin sous le péritoine qui la revêt. Il paroît que les tumeurs fibreuses se forment assez fréquemment dans l'épaisseur de l'os maxillaire inférieur. En voici un exemple remarquable.
En i8i3, un jeune bomme âgé de quinze ans vint à rHôlel-Dieu pour une tumeur qu'il portoit à l'os maxillaire inférieur. Cette tumeur, qui occtipoit tout le côté droit du corps de cet os, et paroissoit s'étendre jusque dans Tépais* seur de la brancbe du même côié, étoit du volume d'un œuf de dinde, dépassoit la base delà raâcboire , avoit déjelé les dents fortement eu dedans et faisoit de continuels progrès. On crut d'abord que c'éloit une exostose; mais en la palpant avec soin, on reconnut qu'elle cédoit à la pression dans plusieurs poij)ts. On se décide à l'emporter; le petit malade, plein de foixe
et de courage, sollicite instamment l'opéralioa. On attaque la tumeur par l'ouverture de la bouche j on incise la muqueuse buccale au niveau de la bnse de la tumeur ; on entame cette base avec la gouge et le maillet ; une lame osseuse assez mince est divise'e : on reconnoît bientôt que celte lame osseuse forme une véritable coque qui enveloppe une tumeur d'une autre nature. On emporte cette coque osseuse qui cacboit une tumeur fibreuse , dont on coupe la plus grande partie , et on abandonne le malade, . trop fatigué pour supporter une opération plus longue. Ce qui reste de la tumeur fibreuse végète très-rapidement , et bientôt acquiert le volume qu'elle avoit auparavant. On attaque une seconde fois la tumeur par la bouche , on emporte tout ce qui est apparent , et on applique plusieurs fois le ter rouge pour détruire jusqu'aux plus petites racines. Mais bientôt nouvelle repull ulalioo. On se décide à une troisième opération ; et cette fois , pour mettre à découvert la totalité de la base de la tumeur, on incise la lèvre inférieure depuis son bord libre jusqu'à l'os hyoïde; on renverse le lambeau sur le côté; on arrache avec une teuelte une masse fibreuse, arrondie , lobuleuse , libre , qui remplissoit une énorme caverne formée dans l'épaisseur de la branche de l'os maxillaire ; on cautérise , à plu-
feieurs reprises, toutes lesporhons d'os d^oùnaiS' soit la tumeur. Le malade fut radicalement guéri, mais avec une difformité assez conside'rable.
Les tumeurs fibreuses enlevées dans ces trois opérations avoieut absolument le même aspect que celles cju*on trouve dans l'épaisseur de la inatrice. On doit aussi remarquer la rapidité de la repullulation de cette tumeur chaque fois qu'il en est resté quelque portion.
. Eu 18 15, M. Dupu} tren a enlevé une semblable tumeur sur un jeune homme qui étoit dans les mêmes circonstances.
Caractères anatoniiques» Les productions fibreuses, ordinairement uniques, sont quelquefois en grand nombre : on eu a vu sept, huit dans l'épaisseur de l'utérus. Leur volume varie prodigieusement, depuis celui d'un pois jusqu'à celui de la tête d'un enfant , d'un adulte, et même davantage. Leur poids va! ie à proportion , depuis quelques grains jusqu'à dix, vingt, trente livres* M. Dupuytren en a vu une qui pesoit trenteune livres. Leur forme est, en général, sphéroïde; leur surface est souvent lisse , quelquefois bosselée , divisée en lobées inégaux par des enfoncemens plusou moins profonds; elles sont toujours isolées du tissu propre de l'organe au milieu duquel elles sont développées , par un tissu lamineux très-làche. Quand on incise ces tu-
meurs elles crient sous le scalpel, et fool éprouver la même sensation que si l'on coupoit le tissu de la matrice : c'est la même texture dense, la même disposition de fibres, cjui s'entrecroisent sous toutes sorté's de directions. L'analogie est quelquefois telle que , sans Tiéiolement parfait de ces tumeurs , il seroit difficile de les distinguer du tissu propre de l'utérus : quelquefois des vaisseaux considérables , développés dans l'épaisseur de ces productions accidentelles , Gomplèlent l'illusion. Rarement le tissu esi-ii homogène ; presque toujours il existe des parties plus denses , souvent cartilagineuses et même osseuses.
Caractères pathologiques. Ces tumeurs ne font éprouver d'autres symptômes que ceux dépendans de leurs qualités physiques, de leur poids et de leur volume. Jamais elles ne sont accompagnées de ces douleurs lancinantes qui caractérisent le cancer; elles ne passent jamais à la dégéuératioa cancéreuse , et ne sont susceptibles que de la transformation cartilagineuse et osseuse ; elles augmentent de volume > mais sans envahir les parties voisines. J'ai vu une fois une tumeur fibreuse de l'utérus si énorme, que celui-ci étoit converti en une membrane mince , d'une ligne et demie d'épaisseur. (/^oj\ l'article de M. Bayle : Corps fibreux de la ma-
irice , dans le Dictionnaire des Sciences médi* cales; voyez aussi Polypes de la inaLrice ^ par M. Roux ) (i).