‹ Essai sur l'anatomie pathologique en général, et sur les transformations et productions organiques en particulier;Chapitre 7 sur 38 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

DE LANATOMJE PjdTHOLOGIQUE EK,

GÉNÉRudZ,

Considérations générales*

J V. vois dans tous les êtres vivans, végétaux et animaux , des organes matériels et une force (çu<7/j-, ivopiJLov ^ distincte de la matière , qui n'est point du ressort des sens , lutte sans cesse contre les lois du règne inorganique , arrache à leur empire, pendant un temps limité, une partie de la matière, s\ise , s'aîlère , se répare, et s'éteint enfin sous l'inlluence constante deâ agens extérieurs.

L'anatomie nou§ fait connoître les organes

\2 DE l'àNATOMîE pathologique

matériels ; la physiologie s'occupe des effets de la force (i).

(i) Si on me demande ce que c'est que celte force physiologique bien distincte de l'anie rationnelle et du principe de l'instinct chez les animaux , je répondrai que je n'en sais rien ^ que je l'admets comme la cause inconnue d'un effet connu , comme raison des plie'nomènes qui ont lieu dans les corps organises, sans prétendre en donner aucune notion satisfaisante ; que c'est elle qui, couinie une sentinelle vigilante, préside à l'exercice de toutes no^ fonctions , entretient entre tous les organes ces liens mystérieux qui les font tous concourir à une même fin, concentre tous ses moyens sur une partie menacée, développe souvent les eiforts les plus salutaires , mais souvent aussi les plus nuisibles. Comment, sans une force unique , centrale, se rendre compte de ce concert admirable, de cette dépendance mutuelle, de cette unité d'action qui font l'essence des corps organisés? Leib?iilz a très-bien défini un corps organisé : celui dont toutes les parties ont eiUns elles une harmonie qui les fait toutes concourir à une même /in , dans un ordre oii elles ne paraissent agir que dépendanitnerit les unes des autres. Nos corps, dit Ga* lien (de Usupaii. , lib. iv , c. ii. ) sont la forge de Yulcain , oii tous les instruniens, pénétrés d'une vertu divine, se meuvent d'eux-mêmes dans l'ordre et avec le degré de force convenable à leur usage actuel. JJna natura , cou- Jluxio una , conspi ratio una (Hipp.).

On ne doit pas du tout comparer cette force aux inconnues algébriques x, y^ z, parce que cette .r, inconnue au CDiavriCncemcnt du problomc , devient connue à la lin;

EN GÉJNÉRAL. ^

La première est du ressort des sens , et par conséquent susceptible d'une précision malhemalique, d'une cerlitude physique. Elle s'occupe ( l'anatomie descriptive) du nombre , de la position , de la forme , du volume , de la couleur, des rapports , de la texture des organes; ensuite, généralisant ses découvertes , elle nous montre ( l'anatomie générale) le corps humain composé

tandis que la force vitale n'est pas plus connue à la dernière qu'à la première page des livres de physiologie ; • mais on doit l'admettre comme les forces centripète , centrifuge, d'attraction , d'impulsion^ etc. , qui ne donnent aucune idée des causes, ç\. ne font qu indiquer une causs^ quelconque et un rapport cwec Vejfct produit. Qu'il uie soit permis de faire une comparaison que j'emprunte de Condillac ( Traité des Sjst. page 175, an ix-i8o5) : je me suppose entièrement étranger à la construclion d'une montre j j'en observe attentivement tous lesphe'nomènes, et je dis : la possibilité du mouvement de l'aiguille d'une montre a sa raison suffisante dans l'essence de rai<ruille ; mais, de ce que ce mouvement est possible , il n'est ]j«s actuel : il faut donc qu'il y ait dans la montre une cause de son actualité. Or , cette raison , je l'appelle roue , ba^ lancier. Je le demande : donné- je une idée des ressorts qui font mouvoir l'aiguille? avec ces notions vagues pourrai-je devenir horloger ? Eh bien î l'idée de la force vitale est aussi vague que celle de la roue et du balancier acquise de celle manière; et c'est une erreur palpable que de prétendre expliquer les frais par celte force.

4 DE LANATOMIE PATHOLOGIQUE

d'appareils, ces appareils d~organes, ces organes de tissus composés , ces tissus composés d'élémeus géuérateurs : là , s'arrête la rigoureuse observatiou , parce que , plus loin , sout des lames , des fibres ëléraeulalres.

Mille fois plus brillaute, la physiologie nou.T montre agissans ces organes auparavant inanimés, et substitue à une description sèche et froide des tableaux pleinsde feu et d'intérêt. Elle appelle à son secours toutes les autres sciences, parcourt la série des êtres, se revêt de l'appareil imposant des formules et des calculs, emprunte au chimiste ses creusets , au physicien ses instrumens , au logicien sa dialectique, s'enfonce dans les sentiers obscurs de la métaphysique qu'elle éclaire; mais trop souvent , éblouie par tant de richesses apparentes qui l'écrasoieut sans l'enrichir , elle a dédaigné le rôle de simple observatrice ; elle a voulu sonder les secrets de la vie , et n'a repris qu'à la longue la route modeste mais sûre de l'observation et de l'expérience. La physiologie a son côté lumineux ; c'est celui de l'observation; et son côté hypothétique: c'est celui de l'imagination et du raisonnement ; ou plutôt il faut distinguer deux sortes de physiologie, comme CondUIac dislingue deux espèces de métaphysique, « L'une , ambitieuse , veut » percer les myslèies ; la nature, rcsscacc des

n êtres, les causes les plus cachées, voilà ce qui » la (laite et ce qu'elle se promet de découvrir. » L'autre , plus retenue , proportionne ses re- » cherches à la foihlesse de l'esprit humain; et, » aussi peu inquiète de ce qui doit lui ëchap-^ » per qu'avide de ce qu'elle peut saisir , elle sait » se contenir dans les bornes qui lui sont mar- » quées, La première fait de toute la nature » une espèce d'enchantement qui se dissipe » comme. elle ; la seconde, en cherchant à ne » voir les choses que comme elles sont en effet, » est aussi simple que la vérité même : avec. » celle-là , les erreurs s'accumulent sans nom* » bre , et l'esprit se contente de notions vagues » et de mots qui n'ont aucun sens ; avec celle- » ci, on acquiert peu de connoissances,mais oa » évite l'erreur; l'esprit devieni juste, et on se » forme toujours des idées nettes». (Condil- LAC , Origine des Connoissances humaines,^

L'anatomie et la physiologie sont les deux fondemensdela médecine : pour découvrir (juel est le rouage qui pèche dans une machine com^ pliquée, et les moyens de rétablir cette machiue dérangée , il faut coonoître exactement tous les rouages , leur degré d'importance et leur action. Le corps humain , dit Bacon , ressemble , par son organisation compliquée et délicate., à uo instrument de musique très-parfait, mais qui

se dérange avec la pius grande facilité. Toute la science du médecin se réduit donc à savoir accorder et toucher la lyre du corps humain de manière qu'elle rende des sons justes et agréables. / \

Mais on u'auroit qu'une foible idée de l'organi-^ salion et des phénomènes physiologiques , si on n'éludioit les altérations dont celte organisation et ces phénomènes sont susceptibles : c'est là le but de Tanalomie et de la physiologie pathologiques, plus intimement liées à la médecine que les précédentes , et vers lesquelles tous les bons esprits se dirigent de nos jours , en France, avec une ardeur toujours croissante.

Un mot sur la connexion de l'anafomie pa-» ihologique avec les autres sciences médicales.

§ 1^^. Connexions de VAnalomie pathologique ai-ec toutes les autres sciences médicales»

L'anatomie pathologique a pour objet toutes les altérations dont l'organisation est susceptible: elle est intimement liée avec toutes les sciences médicales qu'elle enrichit, et qui l'enrichissent à leur tour.

1°. Elle est intimement liée avec r/7W/7/o77z«e/;//)^siolof^ique : toutes deux ont les mêmes moyens, le même but; elles s'exercent l'une et l'autre sur la situation, la forme, le volume, les qua-

lités physiques; en un mot, sur i'organisalion. Elle est un des plus soiides fondemeiis de Vanalomie générale : deux llssus, sujels aux mêmes maladies, aux mêmes alléralious organiques, sont nécessairement de même nature; l'analomie générale de Bichatoïùe sans cesse l'application de ce principe incontestai3lc.

2°. Elle éclaire la phjsiologie. Si on observoît toujours l'homme en santé, ou déeouvriroit bieu quelques lois physiologiques ; mais dans ce concert admirable de l'organisme animal , l'œil le plus perçant ne sauroit démêler quel est lesystème qui commande et celui qui obcit. L'^Azalomie comparée (i), en suivant tous les oiganes

(i L'anatoniie comparée ne rend pas à la physiologie tous les services qu'on pourroit en attendre au premier coup-d'œil , car il ne nous est pas donne de suivre les dégradations de fonctions comme nous suivons les dégradations d'organes. Ilnous est impassible, dit l'illustre M. Cnvier^ de nous assurer de L'espèce et du degré de percep lion de tout ce qui n^est pas nous. M. le professeur Lordaty dans un opuscule intitulé : Conseils sur la meilleure vianihre d^ étudier la Physiologie , a établi d'une manière péreraptoire le peu d'utilité de l'anatomie compaiée appliquée à la physiologie de l'homme^ il me paroît aussi avoir mis dans tout son jour cette vérité , que l'élude .de l'homme malade est la meilleure route pour parvenir à \à. connoissance de l'homme sair.o

8 DE l'anatomie pathologique

dans les diverses classes d'animaux ; les expé' riences sur les anîjnaux Divans y en faisant naître mille conditions nouvelles, en suspendant, en modifiant à volonlé l'action de certains organes, soulèvent bien un coin du voile; mais c'est à Vanatoinie pathologique y aidée de F observation clinique , à nous révéler ces rapports mystérieux qui lient enlr'elies nos diverses parties, h assigner le degré d'importance de chacune, à délerminer le degré d'altération en-deçà duquel elles peuvent encore remplir leurs fonctions , et au-delà duquel loute action cesse. Qu'un organe important soit profondément et subitement affecté , aussitôt toute l'économie s'ébranle , se bouleverse et semble régie par d'au- Ires lois; des fonctions pathologiques succèdent aux fondions physiologiques ; des organes, qui auparavant ne donnoient pour ainsi dire aucun fîgne de leur existence, développent tout-àcoup une vitalité prodigieuse; mille relations nouvelles s'établissent entr'eux, et les phénomènes sympathiques étouffent souvent ceux qui partent de l'organe malade. C'est au milieu de ce désordre apparent que le physiologiste doit chercher les lois de l'ordre et de la vie; c'est dans ce moment , où la nature semble s'oublier, qu'il peut la prendre sur le fait, lui arracher quelques-uns de ses secrets, et jeter

les fondemeus de la physiologie pathologique ^ ouvrage qui mancpie à noire art, el qui promet les fruits les plus abondans à celui qui aura le courage et les talens nécessaires pour l'entreprendre. Haller invite beaucoup les médecins à faire des ouvertures de cadavres pour découvrir l'usage des organes les plus incompréhensibles de l'économie, pour apprécier les rapports d'action qui existent entr'eux.

5^. L'anaiomie pathologique est indispensable au chirurgien et au médecin : il suffit d'énoncer cette proposition pour la démontrer. Le chi" rurgien ne peut faire un pas sans être éclairé de son flambeau. Osera- t-il entreprendre la moindre opération, s'il ne connoît mathématiquement pour ainsi dire la nature de la maladie, ses limites, sa tendance à se reproduire dans quelques cas , sa liaison avec telle ou telle affection intérieure , les changemens de formes, de rapports , de texture que la maladie détermine dans les organes, etc. ?Pourra-t-il guérir des fistules anciennes urinaires, stercorales ou autres, s'il n'a disséqué ces fistules , s'il ignore qu'il s'est formé dans tout leur trajet un véritable tissu muqueux qui a acquis le droit d'exister par lui-même , indépendamment du passage des matières, etc. ?

J^a TnécJccirie interne puise dans l'anatomie

lO DE l'ana-tomie pâthologiquk

pathologique une grande partie de sa certitude» Lisez tous les auteurs, autant que vous le voudrez, depuis les ^scIépiades']usqi\^'anoas; rapprochez les histoires des maladies tracées par les meilleurs observateurs ; soyez pénétrés des doctrines des dogmatiques, des animistes, des «olidisles, des humoristes , etc.; ayez un esprit droit , un jugement supérieur , qui vous fassent démêler le vrai du faux avec une sûreté de tact extraordinaire; soyez toute la journée ou au lit des malades ou avec vos livres; vous aurez beau faire, votre esprit sera sans cesse dans un vague effrayant; vos observations ne vous seront d'aucune utilité pour votre pratique ultérieure, parce que vous n'aurez aucun point de ralliement, aucun moyen de lever vos doutes, de dissiper Tos erreurs; votre longue expérience ne sera qu'une longue routine. Vous aurez vu beaucoup de malades et presque aucune maladie. Faites des ouvertures de cadavres; un nouvel horizon s'ouvre devant vous; ces symptômes confus et presque inextricables viennent se classer dans un ordre lumineux. On fixoit presque toute son attention sur ce symptôme plus intense que le malade accusoit sans cesse , et c'étoit cet autre plus léger ^ relégué dans la classe des épiphénomènes , qui dv voit prendre la première place. On croyoit le foie malade,

EN GENERAL. lî

c'étoit le ponmon ; on Iraitoit un aslbmc, et on avoit affaire à un ëpanchement dans le péricarde, la plèvre , etc. On reconnoît sa méprise , on se promet bien de ne plus s'en laisser imposer; on se trompe néanmoins une seconde , une troisième foisj mais enfin, après s'être trompé bien souvent, on apprend à douter; on rejette le ton dogmatique et tranchant du théoricien , qui croit faire à chaque malade l'application de ces / abstractions qui forment l'histoire générale des maladies. Quelquefois , il est vrai, on fait moins de bien, parce qu'une prévoyance trop active lie les mains; mais jamais on ne fait autant de mal ; et , si on ne parvient pas à éviter toute espèce d'erreur , ce n'est pas à Tanatomie pathologique qu'il faut s'en prendre , mais aux bornes de r esprit humain.

4^. La médecine légale est en grande partie fondée sur l'anatomie pathologique , puisque, dans la plupart des cas, elle a pour but de déterminera quelle cause est due la mort d'individus soumis à notre examen. Les médecins légistes allemands ont même fait de l'anatomie pathologique appliquée à la médecine légale , une espèce particulière d'anaîomie qu'ils ont

nommée Anatomie du barreau ^ ^iiatomia/o' rejisis,

g*^. La cJdmie, qui a pris place dans nos écoles

Ï2 DE l'aNàTOMÎE pathologique

parmi les siences mé^Iicales, pourra rendre de grands services à la médecine , en s'exerçant sur nos solides et nos liquides altérés. Cependant, il faut l'avouer, les applications chimiques à l'économie qui séduisirent tous les esprits à l'aurore de la chimie pneumatique , menaçoient déjà l'art d'une révolution funeste, si les bons esprits ne l'avoient étouffée dans son principe. W^exagérons rien ; étudions la chimie comme une des premières sciences accessoires; admirons la certitude , l'étendue et la beauté de son domaine ; profitons des connoissances qu'elle nous fournit ; mais ne soyons pas comme travaillés du désir de prodiguer à chaque instant les explications chimiques. Que nous a appris la chimie, quand elle nous a dit que tel liquide, tel solide traités parles acides, les alcalis et les autres réactifs, se comportent de telle ou telle manière ? Certes^ dans l'état actuel de la science , si j'avois à choisir, je préférerois à l'analyse chimique ime espèce d'analyse médicinale, c'est-à-dire un résumé succinct et bien fait de toutes les propriétés physiologiques et pathologiques de nos parties , parce que ces propriétés appartiennent essentiellement à la vie , tandis que l'analyse chimique n'a pour sujet que des cadavres , c'est àdiredescorpsdépourvusdeleurs principaux attributs; qu'elle altère et décompose par les moyens

ENGÉNÉRALé ~ l^

même qu'elle emploie pour ea séparer les parties coDStituantes : aussi, tandis que la chiraie minérale est si avancée, la chimie animale et la végétale restent dans l'enfance, et je crains bien que celte enfance ne soit éternelle.

Mais quel rang tient l'anatomie pathologique parmi les sciences médicales ? Doit-on la considérer comme une science à part ^ ou bien comme tellement liée à la médecine et à la chirurgie qu'on ne puisse l'en séparer? Je crois qu'on peut l'étudier isolément en grande partie, c'est-à-dire apprécier les différentes altérations dont nos tissus sont susceptibles^ sans faire précéder cette étude de l'histoire générale de la maladie, parce que beaucoup d'altérations, de transformations et productions organiques surtout ne donnent lieu, pendantla vie, à aucun phénomène morbiiique. Sous ce point de vue, l'anatomie pathologique ne feroit qu'enrichir la mémoire de faits, précieux à la vérité, mais sans application immédiate à la pratique. Car l'anatomie pathologique vraiment utile est celle qui rapproche les lésions observées à l'ouverture du cadavre des symptômes exactement recueillis au lit du malade : c'est de celte manière seulement que ])euvent être étudiées les lésions organiques, suite d'irritations , d'atonie , elc. Tout ce qu'on a dit de l'analomie pathologique comme science à

part ne peut guère s'appliquer qu'aux Iransformations organiques et aux dégéuéralions.

§ IL Histoire de V Anatomie patJiologiqiœ.

Lanatomie pathologique , long-temps confondue avec la physiologique , en a toujours suivi les progrès. Aussi l'époque à^HippocraCe^ si brillante pour ia médecine d'observation, offre-t-elie à peine quelques rudimens épars de cette science : dans ses immortels ouvrages, tous les symptômes des maladies sont de'crits avec une précision et une exactitude inimitables; mais cet étonnant génie, toujours à la même hauteur quand il s'agit d'observer, donne des maladies intérieures les explications les plus vagues et les plus hypothétiques, sans jamais démentir son caractère d'originalité et de grandeur, même dans ses écarts.

Hérophyle et Erasistrate, que nous ne coniioissons que par les ouvrages de Galieîi, eurent le courage de s'élever au-dessus des préjugés de leur siècle, cultivèrent l'anatomie humaine et préparèrent la voie à ce dernier, qui n'eut que leurs découvertes et la dissection des animaux pour, se diriger dans ses ad mini s ira don s anatoini" ques , etdanssontraitésur V Usage des parties.

Mais l'impulsion communiquée -^dvGalien ne fut pas de longue durée : les révohuions des

empires amenèrent les siècles de barbarie. L'anatoraie suivit le sort de la médecine , des sciences , des lettres et des arts. Ce ne fut que vers le i5<ï ou 14^ siècle que 1^ »^iédecine commença à reileurir. L'anatomie fut singulièrement cultivée dans le lô^ siècle. Fallope, Eustachi^ T^ésale et une foule d'autres anatomistes célèbres lui firent faire des progrès étonnans. Alors commencèrent les recherches d*analomie pathologique; des recueils d'observations de médecinepratique parurent de toutes parts. Thomas Bartholin publia en 1674 le premier traité spécial qui ait paru sur Tanaiomie pathologique (i).

Théophile Bonei recueille tous les faits de médecine-pratique observés avant lui, y ajoute des observations nouvelles, et jette dans son Sepidchretum les fondemens de l'anatomie pathologique. Son ouvrage, malgré ses nombreux défauts, est un des plus beaux présens que le 17^ siècle ait faits à la médecine. Il lui a ouvert une nouvelle route et a servi de base à tout ce qui a été écrit depuis sur la même matière (2).

(1) Consilium ds Anatom. practicâ ex cadaveribus morbosis adornandd. Hafniae , in-^".

(2) Sepidchretwn sîve Anatomiâ practicâ , 2 vol. iii-fol. Qenevce , 1679. — Manget a enriclu ce traite de notes et ojjservalioiis précieuses, dans une édition qu'il publia en 1700. Lvgd. 5 vol. in-foL

l6 DE L ANATOMIE PATHOLOGIQUE

3Iorgagni paroît dans les circonstances leâ plus propres au (jéveloppenient des rares facultés qu'il avoit reçues de la nature. L'anatomie eloit portée à un haut degré de perfecliou.H^//er venoit de faire paroîlre sa grande physiologie; la médecine et la chirurgie faisoient tous les jours de nouveaux progrès : fouvrage intitulé de Sedihiis et Causis Morboruni per Ana* tomen indagatis y est un des plus précieux monumens de noire an. Les faits sont choisis, exposés avec méihode et clarté; les conséquences sagement déduites ; mais, il faut Tavouer, on cherche en vain dans cet ouvrage cette coordination de faits, ces conséquences générales qui constituent une science ; on n'y trouve que desmatériaux. L'ordre auatomique qu'il a adopté, à l'exemple de Boîiec y est essentiellement défectueux, parce que , d'une part , il rapproche des maladies toul-à-fait disparates, et en éloigne d'analogues; et, de l'autre, exige des répétitions continuelles et fastidieuses. On désireroit que certains faits fussent rapportés d'une manière plus précise ; que les discussions théoriques fussent moins nombreuses et moins prolixes; que les altérations principales ne fussent point noyées au milieu de mille circonstances minutieuses : quelquefois même, malgré sa sagacité , il me paroît mettre sur le compte de

telle on telle maladie des allëralions qui lui sont étrangères; mais malgré ses imperfeclious, qui sont plutôtlesdéfauls du siècle oùil a été écrit que ceux de l'auteur, cet ouvrage a exercé la plus grande influence sur Fart de guérir, et a voué à une réprobation aussi juste quegénéraletoutesles causes occultes et métaphysiques de l'ancienne médecine , la bile, Tatrabile , le chaud , le froid, l'humide , etc. On s'est attaché aux causes matérielles; on a connu le siège des maladies (i).

Depuis Morgagni^ on a vu successivement paroître plusieurs traités d'anatomie pathologiques. Lieutaud puisa dans Bonet , Morgagni et dans ses observations particulières les faits qui composent son Anatomie médicale (2). Soa ouvrage a servi de base à Vicq-d'Azir dans l'article Anatomie pathologique de l'Encyclopédie méthodique.

M. Portai a , dans un ouvrage estimé , fait suivre la description de chaque organe des

(i) J, B. MoRGAGKi , de Sedibus^ Caûsis , etc. , 2 vol. in-fol. Venet. , 1 761 ; 4 vol. in^f\ * Lugd. Batav. , 1^68 j 3 vol. in-^". Ebrodiini , 1 779, Prœfatus est Tissol.

(2) Joseph Lieutaud , Histor. Anatomico-med. iis^ iens numerosissima cadaverum humanorum exlispicia^ quibus in apricimi venit genuina morborwn sedes , ho^ rumque reserantur causœ vel patent effectua , 2 vol. w-4°. Paris, 1767,

i8 DE l'anatomië pathologique

altérations morbifiques dont ils sont susceplîbies (i).

Bailiie^ médecin anglais, a réuni dans un cadre étroit toutes les altérations organiques connues jusqu^à ce jour. Dans une première éditixjn, il avoil exposé ces altérations sans rien dire des symptômes qu'elles déterminent; dans une seconde, il n'a pas omis ce point essentiel. Cet ouvrage (^the Morhid , etc.) , publié en lygS , qui a élé traduit en allemand et eu français, est encore le traiié le plus complet que Eous possédions sur l'anatomie pathologique.

Mais l'époque la plus brillante pour l'anatomie pathologique est celle qui vient de commencer. L'anatomie descriptive portée à un degré de perfection inconnu jusqu'alors; l'anafomiegéuérale, dont la création est presque entièrement due à notre siècle; l'esprit d'anal^^se, d'exactitude et même de nomenclature qui s'est introduit dans toutes les sciences naturelles , et a banni l'esprit de système de la physiologie et de la médecine; les expériences sur les animaux vivans; les progrès

(i) Cours d'Anat. médicale, ow Êlémens de l'Analomie de l'homme , avec des remarques physiologiques et pathologiques , et le résultat sur ie siège et la nature des lualadies d'après l'ouverture des corps. Ant> Portai. 5 vol.

«tonnans de la chimie moderne, et surtout le

grand nombre des écoles de clinique, la facilité de multiplier les ouvertures de cadavres, etc.; tout enfin a concouru à lui donner un nouvel essor.

M. le professeur Corvisart fonde la clinique interne en France, et puise dans l'anatomie pathologique cette précision de diagnostic qui a sî souvent étonné ses nombreux auditeurs. Ce médecin célèbre a rendu de très-grands services à la science, tant par sq% belles recherches sur les maladies du cœur, que par la direction qu'il a imprimée à tous les esprits.

Bichai crée l'anaîomie générale, et par là ouvre une route toute nouvelle à Tanatomie pathologique ; il consigne dans ses immortels ouvrages ses idées sur cette dernière science ; mais, ilfaull'avouer,iln'a pasexercé sur elle d'influence directe bien puissante : la mort l'enleva lorsqu'à peine il avoit terminé son Anatomie générale. Ce fut àpeu-près dans le même temps que Bichat^ eu i8o3, que M. DupuyLren'àx à Paris son premier cours d'anatomie pathologique; alors ^ chef des travaux anatomiques, il avoit un champ vaste pour exercer le talent observateur qu'il possède à un si haut degré. C'est lui qui, le premier (et personne ne lui disputera celte gloire), a rasseanblë les matériaux épars de Tanatomie patholoi^ique, qui , faisant abstraction des organes j de l'ordre

anatomique, ries cîassificalions nosologiques, et n'ayant égard qu'à la nalure même des altéralioDS et qu'aux symptômes dont elles sont accompagnées, a établi les espèces, les genres, les ordres et les classes de lésions organiques, a élevé au rang descieucel'analomie pathologique, et lui adonné un code de lois qui lui est propre. Ce sont ces idées fondamentales que paroissent avoir suivies dans leurs travaux un grand nombre de médecins distingués, parmi lesquels on remarque surtout MM. Bayle et Laennec (i), tous deux distingués par la solidité de leur esprit, l'exactitude de leurs observations et un zèle infatigable pour les progrès de la science. Avant ces belles recherches, les lésions organiques éloient pour la plupart négligées et regardées comme des désorganisations inutiles à approfondir. On confondoit sous les noms de squirrhe , tumeurs lymphatiques , anomales , etc. , les maladies les plus hétérogènes, telles que les indurations, les cancers, les tumeurs scropbuleuses. Aujourd'hui on a des idées bien plus saines sur ces lésions ; on en a étudié les divers caractères; on

(i) M. le docteur Breschetse propose de publier incessamment un abroge d'Anatomie pathologique d'après les leçons de M. Dupuytren. Gel ouvrage ne peut manquer -«ji'avoir le plus brillant succès.

EN GKNÉRA L, 21

les a suivies dans leurs différentes périodes, kurs terminaisons; on a réformé leurs dénomi- Dations aussi vagues que les idées qu'on vouloit leur faire exprimer; on les a rapporte'es à des genres peu nombreux dont les caractères sont clairs, positifs , matériels : aussi cette branche importante de l'anatomie pathologique est-elle une des plus avancées. L'anatomie pathologique a encore rendu de grands services aux autres classes de maladies. Il importe d'apprécier son importance, exagérée par les uns, contestée par les autres.

§ m. appréciation de F importance de VAnalomie pathologique.

L'anatomie pathologique embrasse toutes les alte'rations de position, de forme, de volume, de densité , de couleur, de rapports, de texture, dont le corps humain est susceptible; par consé^ quent elle s'occupe de tout ce qu'il y a de matériel dans les désordres apportés par les maladies : or, toutes les maladies sont le résultat ou de lésions mécaniques , ou de lésions vitales. Les premières, qui peuvent jusqu'à un certain point être simulées sur le cadavre, appartiennent de droit à l'anatomie pathologique; les secondes présentent tantôt des lésions de fonctions et de propriétés vitales sans lésions organiques^

:23 , DE L ANATOMIE TATÎTOLOGIQUE

tantôt dés lésions vitales et organiques Ma-fois.

i''. Les maladies qui consistent en lésions vitales seulement sont exclusivement du ressort de l'observation clinique , de la physiologie pathologique. Les symptômes vitaux constituent l'histoire entière de ces maladies, et doivent présider à leur classification , à leur traitement. {Fièvres et ISévroses,) L'anatomie pathologique ne peut intervenir que pour constater le défaut de lésions organiques. {Voyez section IVsF/èsres ei Névroses ).

2^^. Les maladies qui présentent en même temps des lésions vitales et organiques reçoivent de lanatomie pathologique un jour qu'elles ohercheroient en vain ailleurs. Ces maladies se divisent eu deux groupes bien distincts : dans le premier se rangent toutes colles dans lesquelles les lésions organiques sont la suite de lésions de fonctions et de propriétés vitales (i). La maladie a été pour ainsi dire vitale avant que d'être organique. Quand l'altération organique est considérable ( exemple , Phlegmasies chro"

(i) Je sais bien qu'il ne peut y avoir lésion de lexiure sans lésion préalable des propriétés vitales j mais, dans certains cas , il n'y a maladie sensible et appréciable que lorsque la lésion organiqîie existe ; dans d'autres cas , \es lésions de fonctions et do propriétés vitales ont précédé h lésion org.'îniqne.

niques^ ^ elle devient pi ëdominaiite, produit à son tour des lésions vitales, et renlre dans la classe des maladies diies organiques, pour lesquelles ranatomie pathologique est indispensable. Mais quand la lésion organique est moins profonde et rapidement opérée ( Phlegmasies aiguës) , les symplômes vitaux méritent la pré-» éminence sur les symptômes physiques : on peut à Ja rigueur se passer d'anatomie pathologique, et établir sans elle Texistence de la maladie, son siège et même ses terminaisons. Toujours est-il vrai que, même dans ce cas, elle confirme les observations cliniques, les rectifie souvent, convertit des présomptions en certitude, fixe irrévocablement noire esprit sur le siège de la maladie, sur les moindres variations de ce siège , sur la nature, le degré d'intensité de la maladie, éveille en nous mille idées nouvelles, et tout au moins perfectionne la science si elle ne lui fournit pas des élèmens essentiels.

Mais c'est dans le second groupe qu'elle dévoile toute sa puissance. Ici Talteratiou organique, sourdement opérée par la dépravation des propriétés nutritives, piècède le dérangement des fonctions : la maladie est organique avant de devenir vitale. C'est à rallération organique qu'il faut s'attacher exclusivement pour îa distinction des maladies; c'est elle qui donne

24 DE l'anatomie pathologique

îe nom aux classes; et les diverses formes qu'elle revêt déterminent les ordres, les genres, les espèces Jes variétés. C'est cette série nombreuse de maladies organiques par excellence que les médecins modernes ont pris pour sujet de leurs travaux. Cest parmi elles qu'on trouvera tou* jours des moyens invincibles de défense contre les vaines déclamations de quelques sceptiques modernes. Sans l'anatomie pathologique, il n'y a que vague , que confusion parmi ces maladies. Cette science vient à peine de naître, et qui ne voit l'énorme différence qui existe entre les traités anciens de maladies organiques et les traités modernes?

Gela posé, il est facile d'apprécier futilité de l'anatomie pathologique : i^. Elle ne s'occupe que des altérations matérielles, et par conséquent ne nous donne aucune idée de la nature, des causes prochaines et vitales des maladies, mais seulement des causes organiques, lesquelles ne peuvent nous conduire à la connoissance des altérations vitales qui les ont produites. Si nous pouvions pénétrer les causes des maladies etleur nature , il ne nousfaudroit pas d'autre base pour leur distinction : aussi, voyez les maladies contagieuses dont la nature nous est mieux connue, elles donnent lieu à des lésions organiques trèsvariées , très profondes ; mais ces lésions ne mé~

rkent qu'une attention secondaire. L'anatomie pathologique ne doit servir qu'à nous faire mieux connoîlre les effets des causes virulentes : ces causes sont la base invariable de la classification de ces maladies*

2°. Le domaine de l'anatomie pathologique ne comprend point dans la réalité toutes les maladies j mais ses limites ne sont encore que rationnelles : elles n'ont pas été tracées par l'observation , et peut-être ne le seront-elles jamais : car ce n'est que par les symptômes que nous pouvons connoître les maladies; et des maladies tout-à-fait différentes par leur nature se manifestent par des symptômes presqu'identiques. Un grand nombre de névroses, d'apoplexies, épilepsies, céphalalgies nerveuses présentent les mêmes phénomènes apparens que les apoplexies, épilepsies, céphalalgies causées par un épanchement de sang , un tubercule, un abcès dans le cerveau. Combien de vomissemens spasmodiques qui sont pris pour des squirrhes de l'estomac, de spasmes du cœur pour des anévrysmes, d'inflammations des méninges, de la substance cérébrale, pour des fièvres ataxiques,etc.î Aussi, dans l'état actuel de la science, ne peut-on exclure des recherches d'anatomie piithologique aucune classe de maladies.

3^ L'anatomie pathologique n'est presque

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d'aucune uliiilé quand il s'agit de maladies purement vitales ; elle est peu importante dans les maladies contagieuses j importante sans être indispensable dans les maladies avec lésions organiques et vitales simultanées, dans lesquelles celles-ci ont précédé et prédominent; indispensable dans les maladies du même ordre , où l'altération organique très-grave devient à son tour la source de lésions vitales, dans les maladies par lésion mécanique , et dans toutes celles dites organiques, ( Voyez pour le même sujet l'article Anatomie pathologique de M. Bayle^ dans le Diction, des Scienc. médic* )

§ IV» Classification.

Quel ordre adopterons-nous pour l'expositioa des faits nombreux dont se compose l'anatomie pathologique? L'ordre topographique suivi par Bonet^ Morgagniy Lieutaud^ Vicq'eï ^ziî\ Baillie n'es^ pas une méthode à proprement par* 1er. La classihcation proposée par BicJiat présente une idée capitale, c'est celle d'appliquer l'anatomie générale à la pathologique; du reste elle est défectueuse. Je sais bien qu'une méthode ne peut être parfaite, parce qu'elle est artificielle, parce que , dans les maladies comme dans toutes ses productions, la nature présente desindividus et non point des espèces, des genres, des ordres

et des classes; mais pour nous diriger dans le labyrinthe des sciences, il faut un fil qui ne peut nous être donné que par une bonne naéthode. Or, de toutes les méthodes , celle-ci est la meilleure qui rapproche les objets analogues , sépare ceux qui sont distincts par des intervalles proportionnés aux différences qui existent entre eux, et conduit à des conséquences utiles. Voici celle qui me paroît le plus convenable : elle est à très-peu de chose prèscelle de M.Dupuytren. {FoyAa thèse de Marandel sur \es Irritations,)

Dans une première section se rangent toutes les lésions mécaniques qui renferment les solutions de continuité^ les dtplacemens, les corps étrangers^ les anévrysmes. Les vices de conformation , qui consistent le plus souvent dans des dérangemens physiques , me paroissent aussi devoir être classés dans cette série.

Une seconde section comprend toutes les maladies dites organiques , qui consistent essentiellement dans une altération de la texture de nos parties. Elle embrasse les transformations et productions organiques, et les dégénérations.

Une troisième section a pour objet les lésions organiques^ suite i*^ d une irritation fixée sur quelqu'une de nos parties; 2^ d'une atonie j 30 d*une extinction de la vie.

Enfin viennent les maladies qu'on peut ap-

iS DE l'anàtomie pathologique

peler vitales , par opposilion à la dénomioatioa ^^ organiques, et pour lesquelles ranatomie pa^ thologique n'a été jusqu'ici de presquaucua secours : ce sonl les fièvres et les névroses.

C'est dans cet ordre que je vais donner une esquisse rapide de la physiologie et de l'anatomie, pathologiques des différentes classes de maladies.

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