PREMIÈRE CLASSE
Plaies,
Les plaies sont des solutions de continuité récentes , ordinairement sanglantes, tendant essentiellement à la cicatrisation, soit immédiatement, soit par l'intermède de la suppuration. L'anatomieetla physiologie nous font connoître les causes des phénomènes primitifs des plaies, de Técartement de leurs bords , de la douleur et de l'effusion du sang.
EN GENERAL. ^ÏQ
La physiologie pathologique nous apprend comment cette douleur , qui cesse quelques instatis après l'action du corps vulnérant, se reproduit au bout d'un temps proportionné au degré de vitalité des tissus, non plus bornée aux lèvres de la plaie , mais partant de cette plaie comme d'un centre et se répandant tout autour sans circonscription parfaite; comment l'ioflammalion , ce grand moyen de la nature pour réparer comme pour détruire , procure une réunion immédiate, si les parties sont dans les conditions convenables; comment, dans le cas contraire , les bords de la plaie se couvrent de petites aspérités qui, après avoir fourni pendant un certain temps un liquide morbifique , s'abouchent, s'unissent et rétablissent la coatinuité; comment enfin, dans les plaies avec perte de substance , ces aspérités s'affaissent et se tiansforment en un tissu cutané qui remplit jusqu'à un certain point les mêmes usages que la peau. Elle nous montre la nature toute-puissante dans cette merveilleuse série de phénomènes, et aussi constante, aussi régulière pour ces fonctions pathologiques, que dans l'exercice le plus ordinaire des fonctions physiologiques; elle avertit le chirurgien de borner ses efforts à écarter les obstacles qui pourroient entraver sa marche. Ij anatomie pathologique des plaies appliquée
3o ^DE l'anatomie pathologique
à la médecine léi5ale , distingue les blessures nécessairement mortelles de celles qui, sans être nécessairement mortelles , peuvent le devenir , de celles qui sont légères et sans suite. Appliquée au mécanisme de la guérison des plaies ^ elle nous montre la réunion par première intention, s'effectuant au moyen d'une exsudatioa couenneuse qui s'interpose entre les bords de la plaie ; cette couenne , cette fausse membrane se pénétrant peu à peu de la vie par un mécanisme inconnu pour procurer une réunion solide et définitive. Puis, généralisant les notions qu'elle a acquises en s'occupant d'autres objets ^ elle nous fait voir ce même mécanisme dans la réunion de toutes les parties vivantes conliguës: ainsi les feuillets contigus de l'arachnoïde, de la plèvre, dupériioine,elc. ^adhèrent ils enlr'eux au moyen de fausses membranes. Ainsi l'ovule fécondé, porté dans la matrice, devient-il adhérent par rinlermède d'une fausse membrane, qui n'est autre chose que la membrane caduque , etc. , etc. Si les bords de la plaie ne sont pas maintenus en contact, cette couenne n'en est pas moins exhalée; mais bientôt elle se détache; des bourgeons cellulcux et vasculaires se développent sur la plaie, qui fournit un pus d'abord séreux , puis consistant , puis enfin solide , une véritable fausse membrane , qui est
EN GENERAL. 3l
encore le moyen provisoire d'union et s'organise par la suite » comme le prouvent les lajections et des expériences inge'nieuses sur les animaux vivans : c'est la réunion par deuxième intention. Si enfin la plaie est avec perte de substance, elle se guérit d'abord par le rapprochement des bords de la plaie, ensuite par la formation d'une fausse membrane , qui va constamment de la circonférence vers le centre et recouvre les caroncules affaissées. (Voy. TranS' formations cutanées, )
Les cicatrices de tous nos tissus , considérées d'une manière générale , présentent deux divisions bien distinctes : ou bien les solutions de continuité sont en contact avec l'air extérieur, ou bien elles sont à l'abri de ce contact : les cicatrices de ces dernières varient suivant le tissu intéressé ; celles des premières sont toujours identiques : qu'un os , qu'un muscle, qu'un tendon, que le cerveau lui-même, soient mis à découvert : par cela même qu'ils sont en contact avec l'air, qu'ils doivent faire partie de la surface du corps, ils se transforment en un tissu cutané susceptible de transmettre à l'amele plus grand nombre des impressions extérieures, tandis que les cicatrices de l'os et du cartilage divisés , à l'abri du contact de l'air , eussent été osseuses, celle du tendon fibreuse, etc.^
3a DE l'anatomie pathologique
Les plaies faites aux membranes séreuses ne se réunissent jamais; leurs loords écartés contractent des adhérences avec les parties environnantes, lien est de même de celles du canal intestinal; les plaies des artères ne peuvent guérir que par la formation d'une fausse membrane entre les parois juxta-posées, ou plus souvent d'un caillot qui se condense peu à peu et constitue «ne guérison provisoire, suivie bientôt de l'oblitération de l'artère. ( Voyez Transformations fibreuses* )
Les fractures des os ne se consolident point par l'effet d'un travail qui ait lieu aux deux bouts des fragmens ; ils sont enveloppés par l'ossifacalion des parties environnantes; et tant que l'ossification nouvelle peut être distinguée du tissu de l'os , ces fragmens sont dans le même état que si la fracture venoit d'être opérée. (Voyez Fractures. )
Les conduits excréteurs , les réservoirs ouverts se réunissent souvent sans fistules, preuve évidente qu'il ne suffit pas de leur perforation pour déterminer une fistule, mais qu'il est encore nécessaire de quelque obstacle au cours naturel des liquides : ainsi voyons-nous tous les jours les plaies faites au canal de X nrèt re, au col de la vessie, à la vessie dans l'opération de la taille, se réunir très- bien , malgré cet
aphorisme du père de la me'decine : Vesica discissa non coalescit. Ainsi ai-je vu ouvrir une fois le sac lacrymal , et la cicatrisation de la plaie s'effectuer rapidement ; ainsi M. Dupuj^ tren at-ii obtenu quelques guérisons , par première intention , de plaies faites par un coup de sabre au canal de Slénon , etc.
Les cicatrices que Ton observe quelquefois sur les reins , Tulérus ^ la rate , le foie , les poumons, le cœur, sont regardées par Morgagni comme le résultat de la rupture d'hydatides. ( £/7. XXIX, I 2 , xxxvui , 28. )
CLASSE DEUXIÈME
Ulcères.
Les ulcères , souvent confondus avec les plaies par les anciens^ sous le nom commun de iKmÇy sont des solutions de continuité avec perte de substance , produites ou entretenues par un \ice local ou général.
La physiologie pathologique observe cette absorption vicieusement augmentée qui préside à la formation des ulcères par cause interne ; elle nous montre quelques unes de ces causes comme assoupies durant six, dix, quinze et vingt ans, se réveillant tout-à-coup, produisant des effets terribles , déterminant, comme indifféremment, le 3
mille sjmplomes divers, et se manifestant sou* vent sous la forme ulcéreuse ; eile voit encore le rapport qui existe entre les ulcères devenus constitutionnels et une foule d'autres maladies, telles que les engorgemens de la rate, les fièvres intermittentes, etc. Comment ,au bout d'un certain temps, l'évacualion qui se fait par cet ulcère devient aussi nécessaire à Fëconomie que toute autre fonction , et comment des abcès au foie , des plilhisies, des collections de pus dans d'autres parties du corps , des pleurésies , apoplexies, etc., succèdent à une guérison imprudente; enfin elle nous fait counoître l'impuissance oii est la nature pour opérer cette guérison , tant qu'on n'a pas triomphé du vice local ou général.
L'anatomie pathologique nous montre le ïnécanisme de la guérison des ulcères , qui ne sont plus que des plaies qui suppurent quand on a remédié aux causes qui les entrelenoienl. Elle nous instruit de la nature de tous \qs vices locaux que présentent les ulcères : i° des callosités qui sont formées de la manière suivante : l'irritation continuelle et peu intense , déterminée dans les parties environnantes par le contact de l'air, la marche, la position déclive, etc. appelle dans ces parties de la sérosité au lieu de «ang; celle sérosilé se coml3ine avec le tissu
* iEN GENER AL. 3&
mêîne de l'organe et le convertit en une. substance dure, grisâtre , anaiOgue pour l'aspect; à la dëaéuéralion scrophuleuseet squirrheiise» / mais très- différente pour la nature ; 2^ des fongosités bien distinctes des bourgeons celluleus exubërans ^ naissant presque toujours des tissu» fibreux dénudes, des aponévroses , du périoste, de la dure-mère , de la tunique albuginée , susceptibles de dégénérer en carcinome et ne guérissant que par la destruction de ces fon-*gosités et de la portion de membrane fibreuse d^où elles naissent; 3° des ulcères scrophuleux, cancéreux qui sont supportés par une base scro-? phuleuse , cancéreuse, et ne peuvent guérir que lorsque cette base a été détruite ou ramenée à une organisation meilleure; 4° enfin elle nous fait connoilre l'ahératioudes parties subjacentes aux ulcères anciens^ telle que l'augmentation de volume des os qui se couvrent de végétations^ l'état graisseux des muscles, etc.