Bergson. Matière et mémoire (F. Alcan
2. Séailles. Essai sur le génie dans l'art, 175-176 (F. Alcan .
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CONCLUSION
l'intérêt de l'étude, enfin dans l'amour de Dieu. C'est un postulat, en quelque sorte sous-entendu, dans sa philosophie, que la fin de l'homme est le bonheur. Mais lidée de bonheur enveloppe nécessairement un élément de passivité. Le bonheur veut être senti. C'est pour cela qu'il y a tant d'opinions différentes sur le bonheur. Celui dont toutes les tendances sont satisfaites, qui ne désire rien de plus que ce qu'il a. ou ce qu'il est, se trouve heureux. Il y a beaucoup de chances, par suite, pour que les gens heureux se rencontrent surtout parmi les médiocres. Les « satisfaits » n'ont jamais été considérés comme les plus beaux types de l'humanité. M. deBiran avait assurément une trop grande noblesse d'àme, de trop hautes aspirations intellectuelles, pour placer le bonheur dans ce qui cause la satisfaction des âmes vulgaires : d'ailleurs l'agitation maladive de ses nerfs le lui interdisait. Le bonheur est inséparable selon lui, de la possession de la vérité, et de l'unité intellectuelle et morale de la personne humaine. Mais la vérité, si elle réside dans le plus haut exercice de la réfiexion, est incolore et froide; le sentiment qui l'accompagne est tout intellectuel et ne saurait calmer l'inquiétude d'une ame naturellement troublée; et puis combien apparaît incomplète, aux heures même de clairvoyance, la vérité humaine î Elle ne répond ni à la curiosité de l'esprit, ni aux aspirations de l'âme, pas plus qu'elle n'apaise les troubles du corps. Lhomme estincapable d'atteindre, par ses propres forces et ses seules lumières, l'idéal de félicité qu'il ne peut s'empêcher de désirer; il ne lui reste donc plus qu'à se tourner vers Dieu, à implorer sa grâce, à vivre en lui. Cette solution est la seule, en effet, qui découle des terme dans lesquels le problème est posé. Mais cette recherche du bonheur est-elle en accord avec le principe même de la philosophie de M. de Biran, qui place la vérité et l'être dans une activité indépendante de la sensibilité ? Est-elle bien légitime ? Est-ce que la véritable lin de l'homme n'est pas de travailler à réaliser en lui comme en dehors de lui, dans la famille, dans la cité, dans l'humanité tout entière, l'ordre c'est-à-dire l'unité?
^-* t-'ANTHliOl'OLOOIE DE MAINE DE BIRA.N
Tdche.lifncile assurément, et qu'on ne peut qu'ébaucher icil>as ! Le devoir n'est pas de sortir de soi-même ni des cond.tions naturelles de la vie, physiques ou sociales, mais dV rentrer, pour organiser, c'est-;Wliro humaniser son âme et les groupes dont elle est solidaire ; il faut rester à son poste et accon,j,l,r le mieux possible sa fonction; en asçissant .-«■nsi, on puise dans leffort accompli, non pas le bonheur auquel on ne doit même pas penser, mais un sentiment de secunté morale qui rend la vie supportable aux plus infortunés'. '
Si on s'élève de la vie consciente à la vie religieuse elles ne sont pas mieux liées entre elles, que la vie consciente ne I esta la v.e animale, ou qu elle ne lest elle-même dans ses diverses parties. L'embarras de M. de Riran est visible et I on sent b,en en le lisanl que c'est la .léiressc de son .Ime qu. I a ren.lu religieux, plus qu'une vue claire de son esprit Comment expliquer que l'état et l'attitude du corps aient un role s. important dans la vie de l'esprit? On conçoit que la tempérance, que labstinence, la souffrance et la maladie mêine soient une condition de la naissance à la vie spiriluelle. .Mais n'est-il pas étrange que certains états du corps comme ceux qui se produisent dans le somnand.ulisme où à certaines saisons de l'année, par suite de l'influence de la température ou bien que les effets physiques ,1e certaines pratiques, du rythme de la prière nous y disposent et nous y préparent ? Kt puis cette vie religieuse, une fois qu'elle s es produite en non.?, n'est-elle pas toute extérieure au moi ^ C est une autre vie, aussi différente de la vie humaine, que celle du somnambule : peut-on dire que c'est la plus haute forme de la vie pensante ?
Les origines profondes de toute la philosophie de M de I Iran se trouvent dans sa conception du fait primitif : c'est ue m que dérive son caractère propre.
•science moderne T Ph'losopl.e « Les affirmations de la con-
CONXLUSION
TsI
Pour M. de Biran, la conscience est un sens, d'une nature spéciale, il est vrai, mais son rôle comme celui des autres sens, se borne à constater, elle est incapable d'expliquer ou de comprendre. Comme c'est la faculté primitive, on ne peut espérer connaître, par d'autres moyens, ce qui lui est incompréhensible à elle-même. La pensée se manifeste donc à nous comme un fait, dans le sentiment d'effort musculaire, et chose singulière, comme uu fait incompréhensible !
Ce fait est absolument indépendant de la sensibilité. Le moi, quoique son action s'insère dans la trame de la vie organique, en est non seulement distinct, mais séparé. Ce n'est pas 1 image du mouvement qui détermine le mouvement, dans l'acte volontaire ; c'est la volonté elle-même, en agissant directement sur les muscles ; c'est une force étrangère aux organes, et qui agit par ses moyens propres, d'ailleurs inconnus.
Or, pour ne considérer d'abord que les faits, il semble que la conception biranienne de l'acte volontaire soit inexacte. « Chaque individu, dit M Pierre Janet, met son bras en mouvement par des images particulières, musculaires chez l'un, visuelles chez l'autre ; s'il arrive, d'une manière qui reste d ailleurs toujours assez vague, à se représenter le mouvement de ses membres avec d'autres images, il n'y aura pas de mouvement réel au moins dans le membre auquel il pense. Une hystérique, qui ne sait remuer ses jambes que par les images du sens kinesthésique, est paralysée quand elle perd ces images ; si elle se représente ce mouvement par des images visuelles, elle aura des mouvements des paupières, des yeux, de la poitrine ou des bras, etc., mais non de la jambe. En un mot, que lidée d'un mouvement soit représentée d'une manière précise et par les images convenables, et ce mouvement s'exécutera de la même manière, qu'il s'agisse d'un acte volontaire ou d'un acte automatique ^ »
i. Pierre Janet. L'automatisme psychologique, p. 472 (F. Alcan).
l'a.NTHHOPOLOQIE de MAINE DE BIHAN
Suit-il de là qu'il ny a rien de plus dans le mouvement
volontaire que dans le mouvement automatique? Ce
n'est pas l'avis du pliilosophe que nous venons aa citer.
Il y a de plus, selon liii, un phénomène intellectuel, un
jugement.
Et dans ce jugement, condition du sentiment de notre action, nous prétendons que se trouve impliquée l'idée d'un ordre absolu et rationnel, idée qui dépasse inlinimenl, non seulement les données des sens externes, mais d'un sens interne, tel qu'est au.x yeu.x de M. de Biran la conscience. Il n'a pas creusé assez profondément le problème des origines de la personnalité ; il s'en est tenu, contrairement à ce qu il croyait, au point de vue de l'empirisme, d'un empirisme plus ■nténeursans doute que celui de Condillac, mais qui comme tout empirisme a en quelque sorte la superstition du fait • il n'a pas compris qu'un fait ne peut se poser lui-même qû à la condition d'envelopper une puissance qui le dépasse inliniment', et qu'il ne peut apparaître comme primitif,
1. Lapneaii avait fait une étude approfondie du sentiment delartion muscula.re II pensait, eonirairemeni i, Maine de Biran, que ce semi ment |„,„ dVMre identique au sentiment du vouloir, o» plutôt d'en ê"re i ong.ne. l'ava.t pour condition, et que ce senlin,enl superieu "l^-,", l«f sTn"sationr""'""" '"" °"'^^' ''""""'' '"«""^' '^'^ l'ordrrrLl de nô';
" La condition de ce sentiment par lequel je me détermine à vonlnip quelque chose, est, disait-il, dans lopposilion de de^rordres en nioi^ tordre des sensations passives en tant quelles se produisent
ion e! TnM T'''""" ^""'^'i'"'"' ^"n=' «Tdre, harmonie ouCan s" tion, et I ordre logique ou ordre des idées, Que faut-il entendre nar cet ordre logique des idées? C'est un ordre suivant lequel ère, éenten en nous diverses pensées que nous subissons, ma s que nous conce vous comme rangées de manière ft amener un certain^ ^et autrement dite est un ordre de finalité. C'est ce qui arrive, par e.vem .le lor^Z je conçois un certain nombre d'idées comme enihalnto ïe manfèrH
Tnch'le'^de'mt •:'"'''•■''• """""' «•"•••"' '"^ -oyens quT'd .' ni sencnalner de manière a amener une fin proposée Aiifromonf du
un rtsiiiat poursuivi, j éprouve un sentiment de contraste entre cet ordre de classement de mon esprit et fordre confus suivant lequel les sensations se présentent à moi quand je ne les veu,x pas TeUes son^ les deux conditions dont la rencontre peut déterminer en moi le 4ntT ment du vouloir Je dis : conditions. En effet, il ne suffiraU pas que nous" eussions le sentiment de lopposition entre ce que nous voulons, ce que
(il
wr^
CONCLUSION
qu A la condition d'envelopper des éléments rationnels unis ou reliés entre eux par des rapports intelligibles. N'est-ce J pas ce que l'on affirme implicitement quand on parle de
) 1 unité et de l'identité du moi ? Le rôle propre de la réflexion
c est précisément de nous faire comprendre comment l'unité se réalise dans la synthèse des éléments empiriques de la pensée. L'unité de la conscience ne peut résider que dans le
nous cherclions à réaliser (ot r^fn» r^. „^
volonté se produise en non. . f n.! " sommes), pour que la
l'acte à produ^e C'est V n e L ZvrT. éprouvions le sentiment de les définiiinn. «r.n7 ^ ^ ^''^^'^'' échappe à l'entendement et que
dire impiser à l'ordre des fa^[s l'ordr.T y,'^''}'' ""'^'^'^ ^^'^^t-à-
chose, c'est que ie cesse de J^,.?' . " '""""'"' ''"""«• T'e'Que qui eiistrnt en li et ret^^en '„f " " "? *"'''"'"'' ''« '^"^anies C'est un fait q >irnV a ^'sX,el^ ""/"'■" ^''*"'"^- «"''^gistrée. la dépense dénérgie par 1 la,, Hle 1 "l^ ''" '^^""'^ dereffort, de
état irésenl.Noussen onVôni t "°"^,,":',"'lon« Pl"s rationnel notre entre' l'état de notre esnn'tâiaV,d ","' "'f'^'T "'^"'"«' '^^^""clible, étal, quand nous fe vouons rien Ouand^no ""' ""''''' '' '""""' pr n-otrâ ''-' ""' - ''^'^enH^riLTou t^ndrrpr raT l'un té 'c'e ,?; ; ,r sV„'"''Î""''h'. "" ^°"' "«^ organisées riduites'à
de lui subordonner les autres vnT.ho, '''' tendances le moyen l'action volon ^e Drovoraî. en ' "^'"'■'' '^'^"'^"''^ ^ '« ^"bir. Si
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332 t'AMHnOPOLOGIB DE MAI.VE DE UtUAN
système des rapports oui font rlAs f^.to • ■
un tout intell Jble C'Z Tf . ^"' ' ^' '"^"'feste"'.
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est inséparaL de U:;!'^:^:^^:^:::^ ^^ri:::;' r^ '•" '""'"^ "^ ^- opérationrcrr;
quel nstrument du pouvoir que nous avons sur nos reoré entations et, par leur intermédiaire, sur nos aff" ioT ,' faut réintégrer dans la pensée elle-même, et à îtr Télé ^en^^s constituants, matériels, il est vrai ces ti eu .' mêmes. La forme est distincte, non séparée de la ma-
■•eco„>.«lire que la libcrtL s f»h ,^ ^"' " ''"''''*'•'•'' l'^s ccpen,la„|-<le lil.re est celui el.o^ le ,t'e la ,a ure P^^'T'""-'"' '''"""'""^^ '« P'-^ maniai,!,, ù la raison/ L\îsc/lsnr*irl' " "' ^"■"l'I^'lemenl docile et raison «ne plus Krande l>l,er,ù il ,f "^ l ""^'"^ '"""• '«'*«" * 'a « le con,ba.lre. Mairce a né s. ni!. T/'"'" ^ '"""'"''' l'«"'- ""voir plus liherle. L'ascèle n'est^ibre aue nll' ''"ë'" """•"'' ''""^ 'l'o-me la l"i ^ il "e le serait pus aTà ,'d n'^ ?"' ''"'"''"' "'«'-^'^"^ I'l"« PO'" ce même ennemi. Le senti ne 1 1 ^ ^72'°;.°" *^'» réapparUre ment par lequel à un moment donné T '<*'""""™ ^st donc lesentinous obtenons xm renoneêmënl ,?■? ' ";? '''"' "°"''-' "•■'""•«' ''ésiste.
q..e le désir du nnen.x ^^'m ^é êr^dN^'''; ?" ""' '^•' '^'""^""" «lu bien », a-l-il été dit non sans -niln^ '' '^' """'■'' ^'«' le»»emi
de faire trop bien. Ce sem"^nt T ?" '^"^ conditions du sentiment de Sn L.'" ^«'»?'«"---' «I "ne des nature à part de cet acte °'™''' '^' <=«-'«' ''" 'I'" fait la
d;„';Voirpt''c::;prf;"q';;r,"e' se,;;' •■" r: '""^ ■■-• -* "--^---ent
condition dans ce sëntiren s,n> iëur" n ' '^'''"" ■""««^"'aire a sa représentation d'un ordre nh,nl,^r,-^"' ? ^^ condition dans la savions pas qu'il y a dé IVnre ,„, ^ „'?"""""'• **'• *•" ''"<='• "«"^ "e l'ourquoi voudrionWnous s nous „ "vi^„=''"'''"f P"' '''^'^^ ''« '«"'loi'-qui nesl pas encore en no ùs^La ,h f''!.'^ ''""""''' •l'""" '•^•«1"^
-ne objectivation empLT Tout icrî *" '""""•''" '"^«" '"'' ^"core 'a prescience dune réamé qui n"es?nn,-f '"'''"i'' ^ "" condition dans Cours inédit de Lairnéau î ix J^Ar h f""^ ^"""^^ ''«"^ 1" '«» »■
lycée Michelet Su,TsJZ:i':iZT t^T "" '""'"^"P'^'^ •*" donner une idée à ceux n,.i n. ■ „7 ""^ longue citation peut
la vigueur d esprit de" ce^Xoonhr„' '''""'' ''*' '" P-:-"c'ration e't de rien publié. Philosophe qui mourut sans avoir presque
CO.NCf.USIi 'N
Qu'est-ce que la pensée, sinon le principe des déterminations intelligibles de la représentation et de ses conditions nécessaires d'existence?
Mais considérer les faits de conscience comme soumis à des conditions nécessaires n'est-ce pas par cela même nier la liberté, qui semble cependant identique à la pensée? Non. On peut considérer au contraire cette nécessité intérieure et intelligible des éléments formels de la représentation qui s'oppose à la nécessité extérieure ou subie, comme la manifestation et l'expression en nous de la liberté ; seulement la liberté ainsi entendue n'existe plus sur le môme plan que le moi; elle est d'un autre ordre. Le moi ne serait donc que l'ensemble des rapports par lesquels la Pensée libre qui est en quelque sorte l'âme de notre ame, se réalise dans une nature donnée, ou du moins tend à se réaliser. Il manque à V Anthropologie de M. de Biran une déduction des catégories.
Elle n'y avait pas sa place. Il est probable que M. de Biran n'ignorait pas la solution que nous indiquons. Il l'a rejetée parce qu'elle avait à ses yeux le grave défaut de mettre en doute certains faits qui lui apparaissaient évidents, comme l'existence de la personnalité humaine et d'avoir une tendance marquée au panthéisme. C'était le tort à ses yeux de la philosophie allemande. La philosophie, selon lui, doit se garder des constructions métaphysiques; elle ne doit pas se substituer à la vie, mais la réfléchir exactement. Et c'est bien là en effet que réside le vrai mérite de V Anthropologie ; SI elle ne satisfait pas toujours notre esprit, elle est du moins le reflet Adèle d'une vie intéressante par sa complexité et sa profondeur. On peut dire aussi qu'elle enveloppe tous les éléments de la vérité ; mais leur véritable lien fait défaut. Est-ce prudence exagérée d'un caractère naturellement timide, ou sagesse d'un esprit justement défiant des aventures métaphysiques ? Ce qui est certain, c'est que M. de Biran ne s'est pas rendu compte du caractère de certains faits, mieux connus aujourd'hui, qui établissent l'étroite
CONCLUSION
solidarité des diverses parties de la nature humaine et m.ni estent on quelque sorte, d'une façon visible l'unie fonde de la pensée.
pro-
Vu,
'e U janvier 1908 :
Le Doyen de fa FacuUè des Lettres
de r Université de Paris,
A. Croiset.
Vu,
ET PERMIS D'iMPKIMER :
Le Vice-Hecleur de r Académie de Paris,
I^. LiARD.
TABLE DES iMATIÈRES
Préface