P. Janet. l/aulomalisme psyc/ioîoQujue, 42 (b\ Alcan
LA VIE ANIMALE
Cette vie pyschologique inconsciente n'est que le reflet de la vie organique : elle a ses racines profondes dans le centre des images, et dans les organes de la vie végétative et motrice. Affections, instincts, intuitions sont liés à certaines déterminations de nos organes ; ils en sont inséparables ; nous ne les en avons détachés provisoirement que pour la clarté de l'exposition, afin de mettre en relief l'unité et l'origiualité de cette vie psychologique inconsciente; mais il est nécessaire maintenant, si l'on veut s'en faire une idée concrète et complète, d'en indiquer les conditions physiologîques.
Bien plus, si la psychologie a pour objet l'étude des faits de conscience, c'est-à-dire des faits que le moi s'attribue il est bien clair que tous ceux qui composent la vie animale ou inconsciente ne sont pas de son domaine ; ils font partie de l'anthropologie, non de la psychologie. Telle était en effet l'opinion de M. de Biran. L'influence de l'imagination sur les organes, siège de la sensibilité, n'est pas un cas particulier de l'influence du moral sur le physique, mais du pliysique sur le physique. Ces faits ne résultent aucunement de l'influence, ou plutôt de l'action du moi sur le corps. Le moi n'agit point immédiatement sur les nerfs sensitifs, ni sur l'organisation nerveuse, purement vitale et sensitive mais seulement sur les organes de la locomotion volontaire! Cette partie de l'organisation humaine est la seule qui obéisse au moi , et puisse être dite la servir. Quant à l'autre elle obéit à la nature, c'est-à-dire à un principe distinct du moi qni entretient la vie et l'affectibilité dans les organes et veille sans cesse. On peut donc entendre tous ces modes d'une vie sensitive qui sont hors de la connaissance, comme inhérents a la substance corporelle. En tout cas, ils sont liés à la vie organique, aux déterminations des organes eux-mêmes et on peut dire qu'ils sont du domaine de la physiologie, en tant que celle-ci a pour objet l'étude des fonctions de l'être vivant. Les affections sont étrangères au moi comme les intuitions : celles-là expriment les modifications du corps
L ANTIFROPOLOGIE DE MAINE DE BIRAN
propre, comme celles-ci servent à déterminer les aitrihuts des corps étrangers. Mais il n y a pas encore, dans la vie animal<% de distinction entre le corps propre et les corps étrangers, pas plus qu il n'y a de moi et parce qu'il n'y en a pas ; il y a des impn\ssions ({ui, plus tard, seront distinguées du moi, projetées hors de lui, et qui constitueront, les unes, l'objet de la physiologie, les autres de la physique.
Voyons donc quelle est la substructure organique de ce que nous nommons, aujourd hui , d'une expression que M. de l^iran n'eut |)as employée : la vie psychologique inconsciente.
c. Ses conditions organiques.
Sur la nature des êtres vivants, et en particulier du corps humain, M. de Biran partage les o{)inions de Leibnitz et s'exprime à peu près dans les mêmes termes que lui dans le passage bien connu d(^ hxMonadoloqie : « Le svstèmeoriranisé vivant, dit il, l'animal forme un seul tout dont les parties solidaires jusqu'aux moindres atomes et à la dernière molécule, sentent et fonctionnent chacune à sa manière et suivant le roh^ qu'elle joue dans l'animal K » Ces parties et leurs éléments constituent un monde d'intinimenl petits devant lesquels recule l'imagination ; plus les microscopes qu'on emploie dans l'observation sont puissants, plus on voit s'étendre les limites de ce monde invisible^ i)euplé d'êtres vivants-. Toutes ces parties sont coordonnées entre elles et concourent à former et entretenir le sentim(*nt de la vie, inséparable de la conservation et du développement d'un même individu. Ce sentiment varie d'intensité ; il semble que selon la prédominance de tel ou tel orirane. il se déplace et se transporte dans chacim de ces centres partiels qui prennent tour à tour un surcroit d'énerq-ic et d ac-