‹ Essai sur l'anthropologie de Maine de Biran [microform]Chapitre 52 sur 178 · Navillo. t. II · texte numérisé non relu

Navillo. t. II

SJ

tôt à l'élément alïeclit de nos émotions, il est inséparable, comme nous 1 avons vu, de certaines modilicalions orga-

"Tdeniran a exprimé avec précisions ses idées sur la „a,arede lémolion dans la deuxième partie de .es obser- ,aUons sur la doclrine de GaU; el on peut le considérer sur ce point comme surlanl d autres, un précurseur des psycl.olo.'ues physiologistes eontemporains. Contrairemenl a Gall qid plaçai't le siège des émotions el des passions dans les centres'céréb..aux. il le place avec Bichal dans les organ s .10 la vie intérieure-, toute émotion, selon lu., esl lu.-e a un ,.hai.«emenl ou une altération .léterminée produits dan s les .liverses fonctions de la vie organique à savoir : la circulalion la respiration, la sécrétion, etc.

Si l'oi-ane de ces émotions était dans le cerveau, on ne s'explicpu-rait pas, remarque-l-il justemenl, leurs variations. Pourquoi ne se sentirail-on pas toujours à peu i>res également fort et courageux, comme celui cp.i a les sens .le la vue el de l'ouïe bien constitués voit el entend loujours a peu près é.-alement bien.' Comment expli<[uerait-on la lutte q.ie Lus semons en nous-mêmes entre ces J-y-— '''^ f^ détermination : la volonté el le désirV Les affections d hilarité ou .le Irislesse, de calme ou d'anxiété, de courage ou de limidilé et tant d'autres semblables <pii nonl poinl . le nom cl sont vraiment ineffables, liennenl bien sûrement a lel mode d'exercice des fondions vitales, du foie, du poumon, du c.eur, etc. ; toutefois, il esl difficile .le les localiser exaclemenl cl de les i.erccvoir dans leur siège par icuher, comme la faim, la soif. C'est pourquoi nous les allnbuons a linlluencc de causes étrangères, placées hors du domaine des sens, el accusons par exemple le destin .l'èlre la cause

de tous nos maux '.

Les hommes (lui ne dépassent pas la vie sens.Uve n ont

1. Berlrand. Ouvrage cité. Otservalions ^-;;J-,^:';^^^^^ (p 54-71). « Chapitre sur les sièges des passion, dans la docinn . Gall comparée à celle de Bichat. »>

|llA-L.>â^ ijk.

l'anthropologie de m aine de biran

LA VIE HUMAINE

lOti-

donc que l'illusion de la liberté : en réalité ils sont soumis à l'empire de la nature ; leurs facultés supérieures sont déterminées par les facultés inférieures, et en définitive, dépendent des variations et des vicissitudes de leurs organes. Cette forme de vie a des analof^ies profondes avec celle que décrit Spinoza dans le troisième livre de \ Ethique, c'est-àdire avec l'état de l'homme qui vit esclave de ses passions. A peine Tame s'est-clle révélée à la conscience qu'elle s'abandonne et s'oublie. Dans la vie purement animale, il n'y a ni vérité, ni erreur, ni bien, ni mal ; c'est l'état d innocence et de simplicité des êtres dépourvus de raison. Avec la conscience apparaît la possibilité du mal. Oràce au prestige de l'imagination (pii transligure à ses yeux la réalité, l'honmie qui se laisse conduire par ses émotions, ne se rend pas compte, tout de suite, de son aveuglement, mais tôt ou tard lexpérience de la vie l'en avertira.

M. de Hiran crut, pendant sa jeunesse, du moins à certaines heures dont le Journal intime nous a conservé la confidence, que le bonheur consistait dans un certain, état de calme, de bien-être physique, d'équilibre des sens. Qu'on relise le récit de cette promenade solitaire au coucher du soleil, par lequel s'ouvre son journal de I79i : « Tout ce qui frappait mes sens portait à mon cœur je ne sais quoi de doux et de triste. Les larmes étaient au bord de mes paupières. Combien de sentiments ravissants se sont succédé ' ! » Mais ces sentiments ou plutôt ces émotions ne tardent pas à s'évanouir. Au sortir de ces rêveries l'ûme retombe sur elle-même, impuissante et triste, jusqu'à ce que l'imagination l'entraîne de nouveau sur la pente du désir et dissipe un moment son inquiétude et son tourment par l'illusion de

la vie heureuse.

Le calme des sens ne dépend pas de la volonté, mais de l'état des organes, des rapports qu'a notre sensibilité avec la nature, la température, les teintes du paysage, les par-

fums et le silence des champs. Il faudrait pour retenir et reproduire à volonté ces impressions délicieuses mais fugitives, connaître ces rapports et pouvoir agir sur les causes dont ils dépendent. A défaut de cette science, la plus importante et la plus dimcile, déclarée, de Biran S que puisse désirer Ihomme, il faut savoir se résigner à linévitable et ne pas trop compter sur une faveur spéciale et comme une grâce de la nature.

Tel est le premier remède que nous recommande la réflexion. M. de Biran est d'accord sur ce point avec les stoïciens et Spinoza. Seulement la réflexion ne consiste pas pour lui dans la conscience de l'universelle nécessité : c'est l'activité du moi à son plus haut degré de concentration et de liberté. Aussi les plus sages ont-ils de la peine à se maintenir à une telle hauteur! Toute sa vie, M. de Biran se plaignit de la faiblesse et de l'impuissance de ses bonnes résol'utions. L'àme humaine est incapable de s'afl'ranchir par sespropres forces, des illusions du sens et de l'esclavage des passions. Elle a besoin, pour cela, d'une aide surnaturelle. Du reste, avant de s'élever à la vie réflexive, l'homme a un second degré à franchir, et une seconde illusion à vaincre, moins grossière il est vrai que les précédentes, mais par cela même plus tenace. Le système perceptif précède le système réflexif.

Page 1