‹ Essai sur l'anthropologie de Maine de Biran [microform]Chapitre 84 sur 178 · iNaviire. t. ir. 24i-2i · texte numérisé non relu

iNaviire. t. ir. 24i-2i

LA VIE HUMAINE

Les mots n'ont pas de signification par eux-mêmes ; il& servent à faire revivre les idées, or, les idées n'ont pas toutes la même aptitude à réapparaître : cette aptitude dépend de leur nature. Les mots désignent en effet, soit des actes, soit des intuitions, soit des affections. Les actes peuvent toujours être refaits puisqu'ils sont exclusivement l'ceuvre de la volonté ; nous pouvons toujours additionner des nombres, dessiner un triangle, dans ce cas le souvenir est aussi parfait et complet que possible ; les signes institués nous donnentune double prise surcesactes. Lemottrianglc provoque le dessin mental d'un triangle. « Lart s'ajoute ici à la nature vu se modelant sur elle ^ » Quand les mots désignent des intuitions, ou des idées se rapportant elles-mêmes à des intuitions, ils ne peuvent rappeler et réveiller, que la partie qui n'est ])oint subie mais qui dépend de notre action, comme les attributions à l'espace. Quant aux signes attachés à telles modifications affectives, ils nous attestent simplement que nous avons été modifiés d'une façon agréable ou pénible, mais sans réveiller rien de semblable à ces dernières. En somme les signes servent à nous rappeler non les choses ou les images, mais nos actes ou opérations, par exemple, nos idées de rapports : la perception d'un rapport étant •toujours le résultat d'un acte. Si du reste les signes n'existaient pas, la plupart de ces idées n'auraient aucune fixité, ni aucune existence. Voilà le domaine propre de la mémoire. Maintenant les idées que la mémoire ne peut évoquer directement, peuvent l'être indirectement par l'imagination, c'està-dire par leur association à nos souvenirs. Mais la mémoire imaginative est d'un autre ordre que la mémoire intellectuelle.

L'institution des signes, condition de la mémoire, est par cela même une condition du raisonnement, c'est-à-dire de l'exercice le plus complet de la pensée. Le raisonnement nous conduit à la conclusion par une suite de propositions,

L Na ville, (. H, iM.

l'anthropologie de MAINE DE lilUAX

étroitement encliaùiées entre elles. Si nous étions oLli-és, cha(j.ie fois que nous raisonnoiLS, de démontrer les proimsitions sur lesquelles nous nous appuyons, il en résulterait non seulem(^nt une perte de temps eonsidérable, mais 1 im])(,ssil)ilité même de penser; car comme nous ne j>ouvons peihsor qu'une seule chose à la luis, Tesprit ne pourrait plus avancer ; il sérail condamné à la répétition stérihMie la même pensée. La mémoire des signes en iixant le résultat des opérations antérieures noiLs permet ainsi de les continuer. Hemarcpions (jue la loi dans la véracité de son témoiona-e ne résult(^ pas seulemeiil d'ime nécessité impérieiise. u La réminiscence, dit M. de Hiran, s.ipplée à lintuition de la vérité et tient lieu du sentiment de l'évidence K » ifn'eut p.-.s admis comme Descartes, (pic Ton révoquât en doule la véracité de la mémoire. Le souvenir en e/lét ne diflêre pas par natme, d(^ la pc^-ception première, il en est la reproduction plus rapide; nous avons le sentimeid i\es opérations qu'il résume et concentre et de la puissance de les recommencer et de les refaire entièrement si nous le voulions. 11 a du moins ces avaidaoes lorsque les mots expriment des opérations

intellectuelles ; on peut lire alors dans la formide qui exprime les simples relalions des signes, les relations reco.mues entre les idées. Le travail de la pensée se trouve par là sin-^ guhèrement abrégé: (Jn peut dire (p,e la mémoire est à l'égard de la réllexion ce que la vue est au toucher, dans notre perce])tion actuelle des objets-.

iMalheureusement, il nous arrive souvent. (;uand nous employons les mots, de ne pas réllécliir à leur véritable signification ; « l'habitude tend à Hiire prom]>tement dé^r,'.. nérer le lang.ige en un véritable mécanisme' ». C'est ce q"'ue nous avons constaté dans le système perceptif. La plupart des opérations intellectuelles cpie nous avons étudiées dans

L Naville, t. II, i53.

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