‹ Essai sur l'anthropologie de Maine de Biran [microform]Chapitre 86 sur 178 · Naville, û · texte numérisé non relu

Naville, û

r/ANTUnopOLOdlE DE MAINE DE HIRAN

M. (le Biran il est permis de dire avec de Bonald que « l'homme est une intelligence servie par des organes ». Le rôle des signes dans l'intelligence humaine est mie des questions (fu'avaient étudiées avec le plus de soin les empiristes français, notamment Condillac, de Tracv, et le philosophe genevoise!. Bonnet. Mais on peut diœ que M. de Biran. sur ce point, comme sur tant d'autres, a renouvelé la psychologif^ de son temps. Ce problème était à.sesyeux l'un des plus importants de la psychologie proprement dite, c est-à-dire de la science du moi. Pensée pour lui n'est pas contem[)lation, mais action ; l'intuition inteMectuelle nest que le sentiment d'une action : Cette action n'est pas toute spirituelle; cest toujours l'action dune force hyperorganique sur le système musculaire; seulement elle se spîritualisc le plus qu'il est possible dans le langage : on peut (lire que le mot est le produit le plus pur de I (ictivité de la peiLsée. Il la suppose à son origine ; il en suppose du moins réveil et comme sa révélation à elle-même dans lefTort musculaire. Il contribue ensuite à sa libération et à ses progrès : c'est ])ar le mot qu'elle arrive à dominer son ouvrage. Il lui permet de former des idées précises, de les conserver, de les évoquera volonté. Mais les services qu'il rend à la pensée ne dissimulent pas à M. de Biran les dangers auxquels il l'expose. Ce danger, c'estipie l'activité de l'esprit s'arrête et s'immobilise par l'u.sage en quelque sorte mécanique du mot qu'elle a créé. Au lieu de constituer notre empire sur les idées, il peut tourner en servitude le pouvoir- qu'il nous confère. 11 faut sans cesse que l'esprit se réfère à ses origines, lui restitue sa signification véritable, le vivilie par la réflexion. Il faut prerulre garde que les mots ne deviennent que les plus dociles des sensations et des images. II se dégage de cette théorie psychologique de M. de Biran sur l'institution et le rôle des signes une forte leçon de moralité et comme de probité intellectuelle. Gardons-nous de nous enfermer dans les formules toutes faites! IVos idées ne nous appartiennent qu'à la condition de pouvoir à tout instant

justifier leurs titres de propriétés. De même que la vie organique est un perpétuel mouvement, et que l'inertie c'est la mort, la vie intellectuelle est une constante activité. On a dit que les mots sont les forteresses de la pensée, on peut l'admettre à condition que les murs de cette forteresse abritent une garnison vigilante.

b. Les opérations intellecliielles : intuition, higement inluitif, raisonnement.

1/homme le plus réfléchi est obligé, comme le vulgaire, <le se servir d'idées générales, et de raisonner sur elles, comme si elles étaient adéquates à leur objet; mais il n*en est pas dupe; connaissant leur origine et la véritable signification des mots qui les désignent, il ne se méprend pas sur leur véritable valeur : il s'en sert comme de moyens commodes pour se diriger dans la vie et s'entendre avec lui-même et avec les autres sur les apparences du monde sensible. Mais en dehors de cette connaissance, soumise aux nécessités de la vie, et toute orientée vers un but pratique, l'homme est capable de s'élever, par un effort constant de réflexion, à la connaissance de la vérité. Il faut, pour cela, ({uil renonce définitivement à extraire la science de ses idées générales, et que la rigueur de l'appareil logique du syllogisme ne lui dérobe pas la faiblesse de ses conclusions. Le danger qui le menace, pour peu qu'il se relâche, c'est de tomber dans le mécanisme de formules toutes faites, comme il est arrivé à tant de philosophes, et d'oublier qu'il n'y a de garantie de vérité que dans le sentiment de l'activité de la pensée.

Le vrai raisonnement n'est pas un jeu de notions et de signes, un mécanisme où les équations logiques s'enchaînent les unes aux autres, où l'on est conduit à faire, comme le dit Condillac, l'équation x = a — b quand on a fait celle

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