‹ Essai sur l'appréciation de la fortune privée au moyen âge, relativement aux variations des valeurs monétaires et du pouvoir commercial de l'argent: suivi d'un examen critique des tables de prix du mare d'argent, depuis l'époque de saint LouisChapitre 33 sur 68 · VALEURS CURIEUSES · texte numérisé non relu

VALEURS CURIEUSES

ou DÉRIVANT DE FAITS QUI PEIGNENT LES MOEURS ET LE CARACTÈRE DE l'ÉPOQUE.

PnnTreté sons Therniine, j^ratideap «au»

dignité, richesse sans crédit.

Année 1317. — Marc à 3' 7\ — (a) Jehan Bfchier, quiesloil sergent et garde du linge du feu Roi, tesmoigna qu'il y avoit à Arras iii*'LXXviij (378) nappes que bonnes que mauveses, que (tant) à Sainct- Wast que en la ville, engaigiés, li quiez Bichier envoya à Arras pour les dites nappes faire mettre en poinct , pour prisier et pour vendre. Lesquelles, après avoir été raccommodées, furent estimées par Marie la telière , dame Julienne la banleresse et Mahaut la paumière; savoir, les cent meilleures à 6* 6**, l'une dans lautre, 32' 10' parisis, ou 40' ^12' 6" tournois (/>) = 665' 5' de nos jours, au pouvoir de 3991' 50'

(a) ExU". de Vlnientaii-c du mobilier de Louis le Uulm , précédommentcilé. — V. art. 5870 de notre Catal.

(b) Dans le même invenlaire, 41 nappes de 7 aunes cliacune sont portées au même prix ; ce qui donne, pour chaque pièce, en valeur de nos francs, 97' ib" j; environ IS"^ 91*= l'aune.

196 autres nappes, prisées ensemble 53' 18' parisis, ou 67' 7^ 6' tournois = 1 1 ,03' 5' 6" de nos jours, au pouvoir de 6619^ 65^

Les pièces qui demouroient csloient si mauveses et si dèrompus que elles ne furent point en pris. Frère Wibert ayant trouvé depuis une occasion de s'en défaire, écrivit qu'on les lui envoyât; mais il lui fui répondu que messire Dandeli et Jehan Richier en avoient vendu lui des moins mauveses pour

DESGAIGIER LES AUTRES.

Veut-on savoir ce qu'on avait prêté sur ces nippes royales, moins l'intérêt? le même acte peut nous en instruire. Des 53 dernières nappes vendues, pour aider à dégager les autres, on avait tiré à grand'peine 16' 3' parisis; sur quoi il avait été payé à meslre Jehan de Sainct - Pol, pour 12 pièces engaigiées, 42"; ilem à Jehan le queu. pour pièces engaigiées, 1 GO'. Ainsi les gens de Ihôtel du roi descendaient jusqu'à un emprunt de 5', et même de 40' au besoin, le tout hypothéqué sur la lingerie de sa Majesté!! Tout, je me trompe. La cuisine aussi pouvait, en cas d'urgence ou en désespoir de cause, fournir son contingent de secours de la même nature.

Le fait, tout incroyable qu'il semble, n'en est pas moins constant, d'après le même acte.

AU MOYEN" AGE. — rBEMlÈRE PAKTIE. loi

Après une longue énumération des grils, pelles, pincettes et viez chanderons inventoriés dans la cuisine, on croit rêver en lisant, et pourtant on lit bien : d'aultrcs chaudières et chauderons de- MOURÉs EN GAiGE chiês Micliiel Davgiers, auquel on doihl sur les dittes cho.'^es (c) 39' 10".

Heureusement, avaient échappé à ce naufrage d'aullresinstrumenlsde cuisine semblables quiesloiint par devers la royne Climence (d),et lui sont demourées.

Année 1316. — Marc à 4'. — Un des premiers barons du royaume, Guy de Chastillon, comte de Blois, demande à Jean de Melin, orfèvre, un délai de deux ans pour payer, en quatre termes, 197' parisis, ou 246' 16' 8** tournois, prix de divers objets d'orfèvrerie qu'il en a reçus; et il croit nécessaire d'obliger à ce paiement lui, ses héritiers, ses successeurs et tous ses biens présents et à venir (e).

('•) Sans doute, sur une plus forte partie de la batterie inventoriée, car 39' 10' de ce temps serait une somme exorbitante pour des chaudrons.

(d) La reine douairière, Clémence de Hongrie, seconde femme de Louis X.

le) Obligation originale du mois d'août 1316. — Art. 5657 de notre Catal.

ir»l APPRÉCIATION DK LA FORTINI': PItIVKE

246' ir 8" — 3,388' T G'' de nos jours, au pouvoir de 20,330' 35^

Année 1407. — Marc à G' 15'. — Un neveu du roi de France, le jeune comte de Vertus, frère puîné de Charles, duc d'Orléans, n'ayant pas de quoi payer dix écus qu'il a perdus au jeu de paume, est obligé de laisser sa robe en gage chez le paumier, pour qui une parole de prince ne vaut pas deux marcs d'argent (/).

10 écus d'or, ou M' 5^ 0' = 00' 12* 0' de nos jours, au pouvoir de 543*^ 60^

Année 1452. — Marc à 0'. — Une reine de France, Marie d'Anjou, femme de Charles Vil, après avoir inutilement attendu l'effet d'une première demande, supplie Jean Pasquier de lui prêter 60 écus d'or, en promettant de les lui rendre le mois prochain, et croit devoir engager sa foi de reine pour garantie d'une pareille créance !

(,/') Letires oiig. de Cii;irl<'s d'Oiléans portanl onlrc fie donner à son frère 10 écus pour dés^ager sa robe. — Art. 6681 de notre Calai.

AU MOYKN AGE. — PUEMlÈRt; PAHÏIE. 153

60 écus d'or, ou 75' en argent = 458' G' de nos jours, au pouvoir de '2,749^ 80\

Autres fait» curieux.

Entre autresdétailsd'intérêthistoriqueetpleins de données curieuses qu'on ne glanerait point ailleurs, Fordonnance de l'hôtel du roi Charles le Bel, à la date de janvier 1321 (1322), contient l'arlicle que je vais rapporter, sans rien changer au texte original. Je la crois inédite.

« Item. Li roy des ribaux^ qu'\ estoit au inares- « chai, ne mangera à court (à la Cour), mais il (( aura vj denrées de pain, ij quartes de vin, « 1 pièce de char et i poule et i provande d'avaine a et xiij deniers de gaiges, et sera monté par l'esf< cuyer; et se doibt tenir tousjours hors de la porte i< et garder illuec que il n'y entre que ceulx qui y f( doibvent entrer (a). »

Ce dispositif, où se trouvent clairement indiquées les fonctions de roi des Ribauds, comme

(a) Cest lordenance de lostel li roy Challe de France (Charles IV) , faicfe à Paris ou mois de janvier fscccxx3. — MS. de notre Cabinet, déjà cité. — Je ne vois celle ordonnance indiquée dans aucun des écrits les plus répandus des deux derniers siècles, sur le roi des Kibauds. (Jouye . de Longuemarre, entre autres, paraîtrait ne pas l'avoir connue. Elle ne se trouve point (du moins à sa place) dans la collection du Louvre, 1" corps de l'ouvrage en 14 vol. in-fol.

huissier de l'hôtel, peut servir de preuve à ce que Gouye de Longuemarre en a écrit, d'après le sentiment de Fauchet, contre les assertions de Du Tillet. Le roi des Ribauds, c'est-à-dire le chef des ribauds, des ôawds, hommes forts, selon Gouye, « était employé, avec ceux qu'il commandait, à « veiller à ce que personne n'entrât dans le logis {< du roi, et faisait en dehors les mêmes fonctions (( que pouvaient faire, à proprement parler, des (( huissiers. Rôder autour du logis du roi pour « en écarter les fainéants, vagabonds et tous ceux (( qui n'avaient aucun droit d'y entrer; » en faire sortir ceux qui n'y devaient pas manger ni coucher, en chasser les filles de mauvaise vie, et à cet effet, en visiter exactement toutes les parties oii l'on aurait pu se cacher; « c'était à quoi se « réduisaient les fonctions de ces ribauds ou (( bauds, et de leur roi ou chef (6) >> ; du moins dans les premiers temps.

En 1 321 , le prix du marc étant de A\ les 1 3 deniers qui payaient la journée de ce roi valet, revenaient à 4 4' 11 '' de nos jours, au pouvoir de V 48*.

Dans une autre ordonnance de l'hôtel, de l'an 1285, le roi des Ribauds, moins favorablement

(h; V. ]a Dissertation àe Gouye, dans son recueil in-1 2, Paris, 1748.

partagé, n'est porté qu'à 6 deniers par jour, tout juste ce qu'on donnait à un valet de chiens (c).

Il est vrai qu'en 1285, le marc n'était qu'à 2* 18"; mais C* de ce temps ne représentent que 2' 84" actuels.

Plus tard, enfin, sous Charles Yï, par lettres de ce prince, à la date de 1409, ordre est donné de payer à Jehan Yvernaige, roi des Ribaux, tout ce qui lui est dû de ses gages, pour raison de son office; et la cédule qui accompagne ces lettres porte la somme due à 32 M 6' parisis, ou 41' tournois (d). — Le marc était alors à 7' 1 0". — Si l'on rapproche ce chiffre de 41' des xiii deniers par jour de l'année 1321 , on trouve que les gages de cette année étaient de 19M 5' 5**, qui relativement à la différence du prix du marc, valaient près du double en livres do 1409, conséquemment, près de 41 de ces livres.

Mais il n'en faudrait pas conclure que les 41' tournois dues à Jean Yvernage formaient une année de ses crabes. Le service intérieur de la maison de nos rois s'étant fort accru de 1321 à 1409, les fonctions du roi des Ribauds s'éiendi-

((•) Manuscrit déjà cUé.

(d) Pièces originales de notre Cabinet. — Art, 5682 du Catal.

(f)Non seulement le roi des Ribauds livrait à la justice de l'Hôtel

rent clans la même proportion (e); ses moyens de surveillance et d'exécution se mesurèrent à ses nouveaux devoirs; il eut à ses ordres d'autres baiids sous le nom de sergents ou varlels du roy des Ribaux, qui le secondaient dans son action prévotale; et l'on concevra que le salaire et les profits ne restèrent pas au-dessous des nouvelles obligations et de l'importance progressive du personnage.

Un autre compte, postérieur à l'an 1409, nous apprend, en effet (/), que le même Yvernage était payé à raison de 4' par jour, donnant par année 73' : d'où il suit que les 32' 16" parisis qui lui étaient dus en 1409 représentaient 6 mois de ses gages, les quatre sous quotidiens étant supposés parisis comme la dette.

Ainsi, au commencement du xv" siècle, les gages du roi des Ribauds, outre les menus droits plus utiles qu'honorables, attachés à son office, étaient, par année, de 73' parisis, ou 91' 5' tour-

les voleurs , les joueurs de dés et de brelan , et les femmes de mauvaise vie qu'il avait arrêtés dans son ressort , mais il les accompagnait dans la translation d'une prison à l'autre ; il servait d'intermédiaire entre le juge et l'exécuteur, il présidait à l'exécution; enlin c'élait lui qui payait le bourreau. CGouye de Lonjjuemarre , ubi

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