‹ Essai sur l'appréciation de la fortune privée au moyen âge, relativement aux variations des valeurs monétaires et du pouvoir commercial de l'argent: suivi d'un examen critique des tables de prix du mare d'argent, depuis l'époque de saint LouisChapitre 40 sur 68 · DES PREMIERS TEMPS DE LOUIS XIV, FAIT SINGULIER · texte numérisé non relu

DES PREMIERS TEMPS DE LOUIS XIV, FAIT SINGULIER

Dans le premier trimestre de l'année 1655, Nicolas Jeannin de Castille, trésorier de l'Épargne, par ordre exprès du Roi, tire de sa caisse une somme fixée, pour la mettre à la disposition de personnes qu'il lui est absolument défendu de nommer, que, peut-être, il ne connaît point, ou qu'il ne doit pas voir. Ce roi, c'est Louis XIV, à peine âgé de seize ans et demi, et déjà tel qu'on l'a connu depuis. La somme délivrée par le Comptable, à des tiers dont il n'a pas dû tirer quittance, excède six millions trois cent mille livres; et pour sa garantie personnelle, il n'a fallu rien moins que le concours tout aussi mystérieux des premiers pouvoirs de l'État et de dix témoins.

Quel a pu être l'emploi secret d'une valeur d'argent aussi considérable pour Tépoque? C'est ce que nous ne saurions dire. Plus heureux que nous, d'autres le découvriront peut-être, dans ce

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rapide sommaire des faits connus du même

temps.

L'année 1655 est également féconde en bals, fêtes, spectacles, plaisirs de cour de toute espèce (a); et en opérations militaires, recrutement, mouvements de troupes, batailles, sièges, prises de places et autres causes de dépenses extraordinaires. — L'argent manque, et il faut 1 5 millions pour la campagne. Le roi, en habit de chasse, ordonnne au parlement de vérifier des édits qui doivent y pourvoir. Le parlement s'en indigne, le peuple murmure, on se rappelle la Fronde. La cour alors négocie au lieu d'ordonner, et les difficultés s'évanouissent. — Le roi entre en campagne. C'est pour la première fois qu'il commande l'armée en personne. Il faut vaincre à tout prix. — La duchesse de Châtillon est arrêtée, prévenue d'intrigues tendant à débaucher des corps de troupes françaises au profit de l'armée ennemie commandée par le prince de Condé. La cour achète sous main les fidélités chancelantes, et le maréchal d'Hocquincourt reçoit pour sa part

(o) Le roi était jeune, il aimait le faste et le plaisir; le cardinal Mazarin, la reine même, malgré sa dévotion, étaient du même goût. Bals, spectacles, fêles superbes et galantes, c'est à quoi se passa l'hiver. (V. Mém. de madame de Motleville).

200 mille écus, près d'un million de l'époque.

— D'un autre côté, les troupes de François de Lorraine, frère du duc, captif, passent du service de l'Espagne dans les rangs de l'armée française.

— Traité d'alliance entre la France et l'Angleterre sous le protectorat de Cromwell. — Enfin, Venise, déjà secourue par Louis XIV, demande de nouveaux subsides pour continuer la guerre contre les Turcs. On lui offre des vaisseaux; elle répond que ce ne sont pas les vaisseaux, mais les deniers qui lui manquent, et Venise est encore aidée comme elle l'entend ; Mazarin se taxe à cent mille écus. —

Quels faits, entre tous ceux-ci, auraient pu motiver la dépense mystérieuse des premiers mois de l'année où. ils s'accomplirent?.... Aucun, peutêtre (6).... Quoi qu'il en soit, voici la teneur de l'acte qui la constate, et dont je possède l'original sur parchemin, revêtu des signatures du chancelier Séguier, du garde des sceaux Mole, des ministres d'État, surintendants et contrôleurs des finances, Servie?^, Foucquet, Menardeau et Le Camus; accompagnées de celles de dix témoins, tous intendants des finances. Il a pour objet de

(b) Le payement des 6 millions a^ en effet, précédé la plupait de ces événements ; mais il eu est qu'on pouvait prévoir.

mettre à couvert la responsabilité du trésorier Jeannin, en suppléant aux quittances qu'il n'a pas dû exiger, ou qu'il lui est défendu de produire.

COPIE TEXiTUELLE.

« Nous, Pierre Séguier, chevalier, comte de Gyen, chancelier de France ; Mathieu Mole, chevalier, garde des sceaux de France; Abel Servien, chevalier, marquis de Sablé, commandeur et garde des sceaux des ordres du Roy , ministre d'Estat et surintendant de ses finances; Nicolas Foucquet, aussi chevalier, vicomte deMelun et de Vaux, ministre d'Estat, surintendant desdites finances et son procureur général ; Claude de Menardeau, S. de Champré, conseiller ordinaire de Sa Majesté, directeur et contrôleur général desdites finances; Antoine Le Camus, aussi conseiller du Rov en ses conseils, et contrôleur général desdites finances ; Séraphin Mauroy , Jacques Le Tillier, Jacques Bordier, Denis Marin,

Barthélémy Hernart Foullé Boisleve

Sousset.... Paget et Brisacier, intendants des

finances; certifiions à tous qu'il appartiendra, qu'en vertu des lettres patentes de Sa Majesté, du (^sic) et de nostre science et cognoissance.

AU MOYEN AGK. — PHEMlERE PARTIE. 195

M. Nicolas Jeannin de Castille, conseiller de Sa Majesté en son conseil d'Eslat, et trésorier de son espargne, a, des deniers de l'exercice de sa charge, et durant les mois de janvier, febvrier et mars de la présente année 9vi*^ (mil six cent) cinquantecinq, payé et satisfaict comptant à plusieurs personnes qui luy ont esté commandées par sa dite Majesté, la somme de six millions trois cents soixante mille deux cents vingt-neuf livres dix sous et quatre deniers (c), qu'elle a voulu estre mise en leurs mains pour ses très expresses affaires, ainsi que nous l'avons vérifié et qu'il nous a esté justijQé ; dont sa dite Majesté ne veut que nous donnions plus particulière cognoissance. En tesmoing de quoy nous' avons signé la présente certiffication.

« A Paris, le premier jour de juillet mil six cent cinquante cinq. »

(Suivent les signatures des autorités présentes et des témoins.)

Reste à déterminer l'importance financière de

(c) Le corps de l'acte est écrit en jolie ronde, nette et régulière, mais la somme est d'une mauvaise écriture cursive et d'une autre encre.

196 AIM'KKCIATION HE LA 1-OHTlJNE PlilVKE

cet, acte de eom|)tal)ilité occulte si sinf^ulièrenient accompli, et si formellement reconnu.

En 1055, le marc dardent était à 30'.

r),3C)0,229' 10' 4 éj^alaient, en poids d'argent, 11,660,420' 15* 7 1/3 de nos jours, et, en pouvoir, 23,326,841 fr. 58 cent.

AU MOYEN ACE. — PKE.MIKUE l'AlMlE, |«.{7

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