‹ Essai sur l'architecture militaire au Môyen âgeChapitre 10 sur 34 · A I { < III TE< 'T UH 10 MILITAIRE · texte numérisé non relu

A I { < III TE< 'T UH 10 MILITAIRE

\ oici par quel procédé le donjon de Coucy dut être élevé : la construction fut conduite en spirale de la base au sommet, au moyen d’un échafaudage dressé en même temps que les maçonneries s’élevaient ; cet échafaud formait ainsi en dehors du parement extérieur un chemin incliné qui permettait de rouler sans difficultés les plus grosses pierres jusqu’au faîte. Les trous carrés des traverses de cet échafaud et des liens qui empêchaient leur bascule sont visibles et très-régulièrement disposés au pourtour de l’énorme cylindre. Il était impossible d’employer un procédé à la fois plus simple et plus ingénieux pour bâtir rapidement et sans frais inutiles une aussi grosse tour , qui n’a pas moins de 30'", 50 de diamètre hors œuvre et 60m de haut du fond du fossé au bas du glacis qui surmontait la corniche à, doubles crochets. Aujourd’hui les voûtes des deux étages sont crevées, et le glacis supérieur ainsi que les quatre pinacles qui le couronnaient n’existent plus. Le couronnement nous est indiqué par Ducerceau dans son livre Des plus excellents bâtiments de France ; on rencontre quelques morceaux de ce glacis sur le chemin de ronde supérieur et au fond du fossé ; quant aux pinacles, nous n’avons pu en découvrir de fragments ; des fouilles pratiquées dans le fossé les feraient probablement retrouver en partie ’. Toute la maçonnerie était chaînée au moyen de longrines de bois de 0m,20 à 0m,30 d’équarrissage, noyées dans l’épaisseur des murs, suivant la méthode encore en usage pendant le xiT siècle. Au-dessus de la voûte du premier étage, ce chaînage se reliait à une enrayure également en bois.

11 semblerait que ce donjon ait été bâti pour une race de géants, l’aspect des constructions est enharmonie avec la puissance dé -

1 II serait à désirer que le Gouvernement voulût bien faire exécuter des fouilles dirigées avec intelligence dans le château de Coucy ; il y a là une mine de précieux renseignements pour l’histoire de l’architecture appliquée à l’art militaire du moyen âge. Nous allons fouiller àNinive, et à quelques kilomètres de Paris nous laissons enfouis les traces encore vivantes de l’histoire de notre pays. Toutes les subslructions des bâtiments et du donjon sont couvertes de débris du milieu desquels quelques coups de pioche ont fait sortir des fragments du plus grand intérêt.

DU MOYEN AGE

ployée dans l’exécution; et , en effet, Enguerrand 111 de Concy estla plus grande figure de la féodalité. On ne doit pas oublier que ce personnage héroïque , après avoir ravagé les diocèses de Reims et de Laon, après que le roi Philippe- Auguste eut répondu au chapitre de Reims qui se plaignait de ses violences et du ravage de leurs terres : « Je ne puis faire autre chose pour vous que « de prier le sire de Concy de ne point vous inquiéter » , aspira sous la minorité de Louis IX au trône de France. 11 était seigneur de Montmirail, d’Oisy, de Crèvecœur, de la Ferté-Aucoul , de la Ferté-Gaucher, possédait la terre de Coudé en Brie, était comte de Roucy, vicomte de Meaux et châtelain de Cambrai. Cinquante chevaliers étaient toujours auprès de lui indépendamment des vassaux qui lui devaient le service militaire. Or cinquante chevaliers formaient une garde de cinq cents h ouïmes environ. Au XIIIe siècle , un pareil état et un château comme celui de Concy plaçaient un vassal du roi de France sur le pied d’égalité avec son suzerain. Mais s’il n’était donné qu’à un petit nombre de vassaux de la couronne de France de prendre une si belle place et d’acquérir d’aussi grandes richesses, une influence considérable, tous, à des degrés différents, voulaient conserver leur indépendance, se maintenir à l’état de lutte permanente avec une société qui déjà aspirait à l’unité monarchique; tous construisaient des châteaux; le plus petit seigneur avait son nid , son refuge fermé , ses hommes ; et en temps de guerre il tenait pour tel ou tel parti, pour le roi comme pour son seigneur direct, ou l’étranger, suivant qu’il y trouvait honneur, profit , ou parfois aussi une vengeance à exercer.

Quelque pauvre cpie fût le château, autant que faire se pouvait , on profitait des escarpements naturels du terrain pour le planter; car il se trouvait ainsi à l’abri des machines de guerre, de la sape ou de la mine. L’attaque ne se faisant que de très-près, et les machines de jet ne pouvant élever leurs projectiles qu’à une hauteur assez limitée, il y avait avantage à dominer l’assaillant soit par les escarpements des rochers, soit par des constructions d’une grande élévation, en se réservant dans la

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construction inferieure des tours et courtines le moyen de battre l’ ennemi extérieur an niveau du plan de l’attaque. En se divisant, sous l’influence du pouvoir monarchique, la féodalité suppléait a son manque de ressources en appelant à son aide les moyens de défense les plus actifs, elle s’ingéniait à mettre ses châteaux en état de résister à des attaques formidables, elle multipliait les obstacles autour de ses refuges; c’était là sa préoccupation constante, le but de ses sacrifices, l’emploi le plus utile, à son point de vue, de ses revenus ou du produit de ses prouesses. Elle tendait ainsi à faire progresser rapidement l’art de la fortification.

Nous avons vu que les tours de l’époque romane ancienne étaient pleines dans leur partie inférieure, et les courtines terrassées. Dès le commencement du xu' siècle on avait reconnu l’inconvénient de ce mode de construction, qui ne donnait à l’assiégé que le sommet des tours et courtines pour se défendre, et livrait tous les soubassements aux mineurs ou pionniers ennemis; ceux-ci pouvaient poser des étançons sous les fondations, et faire tomber de larges pans de murailles en mettant le feu à ces étais, ou creuser une galerie de mine sous ces fondations et terrassements, et déboucher dans l’intérieur de l’enceinte.

Pour prévenir ces dangers, les constructeurs militaires établirent, dans les tours, des étages inférieurs à partir du sol des fossés ou du niveau de l’eau, ou de l’arase des escarpements de rocher; ces étages furent percés de meurtrières, se chevauchant ainsi que l’indique la figure 21 , de manière à envoyer des carreaux sur tous les points de la circonférence des tours autant que faire se pouvait. Ils en établirent également dans les courtines, surtout lorsqu’elles servaient de murs à des logis divisés en étages, ce (pii. dans les châteaux, avait presque toujours lieu. Les pionniers arrivaient ainsi plus difficilement au pied des murs, car il leur fallait se garantir non-seulement contre les projectiles jetés du haut en bas, mais aussi contre les traits décochés obliquement et horizontalement par les meurtrières; s’ils parvenaient

1)U MOYEN AGE à faire un trou au pied du mur ou de la tour, ils devaient se trouver eu face d’un corps d’assiégés qui , prévenus par les coups

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