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dispositions intérieures du château, elles sont d’un grand intérêt, et indiquent nettement les moyens défensifs des garnisons. Les tours sont très-saillantes sur les courtines pour les bien flanquer ; au nord, point saillant et faible par conséquent, était élevé un gros ouvrage présentant deux murs épais l’un derrière 1 autre, éperonnés par un mur de refend flanqué de deux tours d un diamètre plus fort que les autres. En G était la grand’salle à deux étages, dans laquelle toute la garnison pouvait être réunie pour recevoir des ordres, et de là se répandre promptement sur tous les points de l'enceinte par un escalier à trois rampes I. La réunion de cet escalier à la grand’salle pouvait être coupée, et la grand’salle servir de retrait si l’enceinte était forcée. Le gros donjon F à plusieurs étages, avec une cour circulaire au. centre, communiquait avec la grand’salle au premier étage par une galerie K, pouvant être de même coupée à son extrémité. Ge donjon commandait toute l’enceinte et ses bâtiments. La garnison était casernée dans les bâtiments L du côté où l’enceinte était le plus accessible. En O étaient les écuries, la boulangerie, des magasins; en 11 la chapelle, et en N un poste à proximité de l’entrée I). Les petits bâtiments qui entouraient le donjon étaient d’une date postérieure à sa construction. La poterne E donnait accès dans de vastes jardins entourés euxmêmes d’une enceinte.
Le donjon était au château pendant l’époque féodale ce que le château était à la ville, la dernière retraite, le dernier moyen de résistance; aussi était-il construit avec un soin particulier, muni de tous les moyens de défense alors en usage. Pendant la période romane, le donjon est le plus ordinairement bâti sur un plan carré, renforcé de contre-forts à pans rectangulaires ou semicirculaires, qui avaient cet. avantage de flanquer les murailles au moyen des crénelages ménagés à leur sommet. Tels sont les donjons des châteaux de Langeais, de Loches, de Beaugencysur- Loire, de Chau vigny, dont nous donnons ici le plan (20 ter)1,
1 Ce plan est, à l’état actuel, à la hauteur du 1er étage. La construction de ce donjon remonte au xie siècle.
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de Montrichard , de Domfront, de Nogent-le-Rotrou, de Falaise , etc. Leurs étages étaient voûtés ou séparés par des
planchers en bois portant sur une ligne de piles isolées; de rares fenêtres éclairaient ces salles garnies souvent de cheminées, de fours et de puits à rez-de-chaussée. O11 faisait en sorte de les bâtir sur le point le plus élevé du plateau sur lequel le château se trouvait établi, ou sur des moites ou monticules faits à main d’hommes. Un mur de contre-garde ou chemise assez élevée protégeait leur base, et on ne pouvait accéder dans l’intérieur que par une poterne étroite élevée de quelques mètres au-dessus du sol, et au moyen d’escaliers de bois ou de ponts volants communiquant avec le chemin de ronde de la chemise. Dès cette époque l’élévation des donjons était considérable, de 30 à
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50 mètres, afin de commander non-seulement les défenses extérieures du château, mais même les dehors. Il n’existe plus, que nous sachions, de donjons du Xe à la fin du XIe siècle, dont les défenses supérieures aient été conservées ; nous ne pouvons dire si leurs crénelages étaient munis de hourds en temps de guerre, s’ils étaient couronnés par des plates-formes ou des combles aigus.
Cependant, comme dans les parties supérieures conservées des défenses du château de Carcassonne, (pii datent de la fin du \E siècle ou du commencement du xii", nous avons retrouvé les traces parfaitement visibles des hourds en bois, il est très-probable cpie les donjons carrés de l’ouest, du nord et du centre de la France, se défendaient de la même manière. Vers le milieu du xne siècle on abandonna la forme carrée pour les donjons comme pour les tours; les angles saillants des plans carrés ne pouvant être bien défendus , permettaient aux assiégeants de saper ces angles et de ruiner ainsi tout l’ouvrage. Le donjon d’Etampes présente une disposition particulière et qui dénote les efforts tentés au xne siècle pour faire de ces défenses majeures (les demeures féodales, des ouvrages bien flanqués. Voici (20 a) le
plan du rez-de-chaussée de ce donjon1. Le donjon de Provins,
1 ( ie plan est. à l’échelle de 0,0025.
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dit- tour de César, bâti au mi" siècle, est plus intéressant encore à- étudier; c’est un véritable fort polygonal flanqué de quatre tourelles engagées à leur base, mais qui se détachaient du corps de la construction dans la partie supérieure, et permettaient de
battre tous les alentours. Cet ouvrage pouvait être garni d’un grand nombre de défenseurs, à. cause de ses différents étages eu retraite, et de la position flanquante des tourelles. Voici (20 b)
le ]>l;m du rez-de-chaussée de ce donjon; (20c) le plan du pre-
mier étage; (20 d) le plan du troisième étage et du premier chemin de ronde de défense; (20e) l’élévation du côté de l’ouest, et (20 f) la coupe sur la ligne A IV. Le terre-plein C (fig. 20 6) qui entoure le donjon de Provins date du xve siècle et fut élevé par les Anglais pour recevoir probablement de l’artillerie à feu, il remplaçait un mur de contre-garde d’une époque beaucoup
1 Même échelle de 0,0025.
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plus ancienne. Le mur de prolongement 1) aboutissait à la porte
de Paris et permettait de communiquer du terre-plein C ou du
Autrefois on entrait dans la salle du premier étage du donjon par le chemin de ronde du mur de contre-garde et quatre poternes 1
(fig. 20c) en passant sur des ponts volants. Il fallait du premier étage descendre au rez-de-chaussée, qui n’avait aucune communication avec les dehors; par la porte F (fig. 20 b) on arrivait par un emmarchement jusqu’au puits masqué P (v. la coupe fig. 20 f). Un cachot qui, dit-on , servit de prison à Jean le Bon, duc de Bretagne , forme avec la grand’ salle centrale les logements du rez-de-chaussée; en G un four avait été établi pendant le xv* siècle ; une petite chapelle existait en II. Le premier étage présente un
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grand nombre de réduits, de pièces séparées propres au logement des chefs. Par les quatre poternes I et les ponts volants la garnison se répandait facilement sur le chemin de ronde de la chemise primitive , que nous supposons rétablie dans le plan (fig. 20 c), et sortait sur le mur de prolongement 1) communiquant avec les dehors. Par le petit escalier à vis K on accédait aux parapets crénelés L (fig. 20</) et aux échanguettes M. Puis par les rampes N on arrivait au deuxième étage dont la défense est en partie détruite. Les anciennes constructions sont dérasées aujourd’hui au niveau X X'(fig. 20 e et 20 /). 11 n’est pas douteux que la partie supérieure en fût défendue avec beaucoup de soin, la disposition des tourelles d’angle l’indique. Nous avons essayé, dans l’élévation et la coupe, la restauration de cette partie supérieure, en nous conformant aux défenses existantes de cette époque et aux renseignements que l’on trouve dans les manuscrits antérieurs au XIIIe siècle, renseignements qui, nous devons le dire, sont fort insuffisants. La position des hourds en bois des quatre faces supérieures ne nous semble pas douteuse, on ne s’expliquerait pas autrement la retraite ménagée au-dessus du chemin de ronde (fig. 20 f) , et qui paraît avoir été destinée à porter les pieds des grands liens de hourds assez saillants pour former mâchicoulis en avant des chemins de ronde du premier étage. Ces hourds ainsi disposés flanquent les tourelles qui ellesmêmes flanquent les faces.
Mais au xme siècle on sembla renoncer aux formes carrées ou combinées dans le tracé des plans des donjons, pour adopter définitivement le plan circulaire. Dès la fin du x IIe siècle ou le commencement du xme , le donjon de Châteaudun , celui du Louvre étaient élevés suivant une forme cylindrique. Vers 1220 Enguerrand III de Coucy faisait bâtir l’admirable donjon que nous voyons encore aujourd’hui. Nous nous arrêterons à celui-là comme étant le plus vaste, le plus complet, et celui dont le système défensif est le plus fort en même temps qu’il est le plus facile à expliquer. Nous avons donné (fig. 20) l’assiette du château de Coucy, sa situation par rapport à la ville. De la
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place d’armes ou basse-cour, dans laquelle étaient établis les communs, on entre dans le château par un pont A (20 g) flanqué
de deux corps de garde. Ce pont pouvait être eidevé facilement en temps de guerre , son tablier ne reposant que sur des piles isolées. Le gros donjon B et sa chemise commandaient la bassecour aussi bien que le fossé, le revers des courtines environnantes et tout le château. Les tours II et la chapelle I) sont de la même époque que le donjon. Les parties supérieures de l’entrée, les grandes salles E F avaient été rebâties au commencement du xve siècle. Le château pris, la garnison se retirait dans le donjon, dans lequel on ne peut s’introduire que par une seule porte munie d’un pont volant. Un fossé C isolait le donjon de sa chemise. Le couloir A d’entrée (voy. le plan du rez-de-chaussée fig. 20 li.) était défendu par une herse, deux portes et une grille; à droite on trouve un escalier spacieux qui conduit aux étages supérieurs, à gauche un réduit qui mène à tics latrines
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B. Ce rez-de-chaussée était à peine éclairé par des fenêtres étroites, rares, fort élevées au-dessus du sol (voy. la coupe 20 m
faite sur les lignes O P des plans), et probablement par l’œil central de la voûte cpii devait se répéter à chaque étage jusqu’au sommet, pour communiquer des ordres, monter des projectiles et donner de l’air. Un puits large et très-profond s’onvre en I) dans l’un des onze renfoncements qui entourent la salle ; dans la seconde travée à la suite du puits est une cheminée. La voûte détruite aujourd’hui, mais dont les naissances existent , reposait sur des chapiteaux d’une belle sculpture et des culs-de-lampe représentant des personnages accroupis. Le premier étage donne un plan semblable au rez-de-chaussée (20 ï). Sous l’appui ébrasé d’une des fenêtres est ménagé un cabinet communiquant à une
poterne ]), qui, au moyen d’un pont volant, permettait à la
garnison de se répandre sur le chemin de ronde de la chemise. La cheminée de cet étage est en E. Le second étage (20 le) présente une admirable disposition ; c’est une grande salle entourée d’un portique dont le sol est élevé de trois mètres environ audessus du pavé de la salle; en G des balcons en bois, dont la trace est partout évidente, permettaient de s’avancer jusqu’à la circonférence intérieure formée parles têtes de piles. C’était là qu’on réunissait toute la garnison , lorsqu’il fallait donner des ordres généraux. Douze à quinze cents hommes pouvaient facilement, à la faveur de ce portique et des balcons, se tenir dans cette immense rotonde et entendre ce qui se disait au centre. Nous ne connaissons rien ni dans les monuments de l’antiquité romaine , ni dans nos édifices modernes, qui ait un aspect à la
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dont notre coupe (20 m) ne peut donner qu’une bien faible idée. En montant toujours par l’escalier à vis on arrive à l’étage crénelé (20 /). Une couverture en dalles ou en plomb protégeait la voûte et formait une plate-forme en pavillon ; à l’entour un large chemin de ronde permet de circuler librement et d’accéder aux créneaux. Les écoulements d’eau bien ménagés dans les reins de chacune des voûtes du portique ne peuvent laisser douter que cet étage n’ait toujours été à ciel ouvert; cependant, en temps de guerre , de grands hourds à double étage étaient posés sur les corbeaux en pierre qui existent en contrebas du crénelage (fig. 20 m). On voit apparaître ici la transition des hourds de bois aux mâchicoulis de pierre. En elfet, pour un ouvrage aussi puissamment conçu et exécuté, les hourds de bois portés sur des solives en bascule ne devaient pas paraître une défense assez
durable. Ce système de hourds portés sur des consoles de pierre
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est appliqué, non-seulement au donjon de Couey , mais aussi aux tours du château. Les dispositions défensives de Couey n’at-
tirent pas seules l’attention de l’architecte archéologue ; le donjon présente, ainsi que nous l’avons dit déjà, des fragments de sculpture de la plus grande beauté : partout on retrouve des traces de peintures d’ornement très-simples, mais d’un beau style. Nous signalerons encore plusieurs faits curieux dans la construction de cette immense forteresse; tout ce qui indique un usage journalier, les bancs, les marches des escaliers, les allèges des créneaux supérieurs dépassent l’échelle humaine ; les bancs ont 0"’,60 de hauteur , les marches de 0m,30 à 0"' , 4-0 , les allèges des créneaux 1"’,20. Les matériaux mis en œuvre sont d’une énorme dimension ; on voit des lin taux de portes qui ne cubent pas moins de deux mètres, des assises qui ont jusqu’à 0m,70 de hauteur.