‹ Essai sur l'architecture militaire au Môyen âgeChapitre 14 sur 34 · IX · texte numérisé non relu

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construction de pierre, bien (pie le texte dise que la ville d’Aubenton « n’étoit fermée que de palis. » Des soldats jettent pardessus les créneaux un banc, des meubles , des pots.

Nous avons vu comment, pendant les xir et xmc siècles, il était d’usage de garnir les sommets des tours et courtines de hourds en bois. Il n’est pas besoin de dire que les assaillants, au moyen des machines de jet, cherchaient à briser ces hourds avec des pierres, ou à les incendier avec des projectiles enflammés, ce à quoi ils parvenaient facilement, si les murailles n’étaient pas d’une très-grande élévation, ou si les hourds n’étaient pas garnis de peaux fraîches, s’ils n’étaient hourdés en torchis ou en mortier. Déjà vers le milieu du xnr siècle on avait cherché à rendre les hourds en charpente moins faciles à brûler en les portant sur des consoles formées d’encorbellements de pierre. C’est ainsi qu’à Coucy les hourds des portes de la ville, des tours et du donjon, qui datent de cette époque, étaient supportés ( voy . fig. 20m). Mais encore les parements et les planchers de ces hourds pouvaient-ils prendre feu. Au xive siècle, pendant les guerres de cette époque , où tant de villes en France furent incendiées et pillées, « arses et robées, » comme dit Froissart, on remplaça presque partout les hourds de charpente par des bretèches continues de pierre, qui présentaient tous les avantages des hourds, en ce qu’elles battaient le pied des murailles , sans en avoir les inconvénients ; ces nouveaux couronnements ne pouvaient être incendiés et résistaient mieux aux projectiles lancés par les engins; ils étaient fixes et ne se posaient pas seulement en temps de guerre comme les hourds de bois. Nous avons vu au château Gaillard comment Richard Cœurde-Lion avait appliqué déjà , en devançant son siècle, une disposition de mâchicoulis fort bonne et incombustible. Mais pour offrir un large chemin de ronde aux défenseurs, et

« escarmouche forte, et grand assaut et félonneux, car ceux qui étoient

< montés sur la porte jetoient bois et mairein contre val, et pots pleins de

< chaux, et grand foison de pierres et de cailloux, dont ils navroient el « mes-liaignoient gens, s’ils n’étoient, fort armés ... >■

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une saillie sur le nu des murs qui permît d'ouvrir des mâchicoulis d’une bonne dimension , il fallut bientôt modifier tout le système de la construction des parties supérieures des défenses. Au moyen des hourds de bois non-seulement on ajoutait au chemin de ronde en maçonnerie fixe A (32) une coursière P»

percée de mâchicoulis en C et d’archères enl), mais on augmentait encore souvent la largeur des chemins de ronde, soit en faisant déborder les hourds à l’intérieur de la ville en E, soit en ajoutant au chemin de ronde des planchers de bois F, dont les solives entraient dans des trous ménagés de distance en distance sous la tablette supérieure des courtines, et étaient supportées par des poteaux Cf. Ces suppléments de défenses étaient ordinairement réservés pour les courtines qui paraissaient faibles, et dont les approches étaient faciles 1 . Les hourds avaient l’avantage de laisser subsister le parapet de pierre, et de conserver encore une défense debout derrière eux , lorsqu’ils étaient brisés ou brûlés. On obtenait difficilement avec lesbretèches et mâchi-

1 A Carcassonne, du côté du midi, les remparts de la seconde enceinte étaient munis de ces ouvrages de bois en temps de guerre; les traces en sont parfaitement conservées de la porte Narbonnaise à la tour du coin à l'ouest [ voy. fig. 11).

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coulis de pierre ces grands espaces et ces divisions utiles à ladéfense; voici comment on procédait pour les courtines que l’on tenait à bien munir (33). On posait des corbeaux les uns sur les

autres, formant encorbellements espacés environ de 0n,70 à 1m,20 au plus d’axe en axe. Sur l’extrémité de ces corbeaux on élevait un parapet crénelé B de 0m33 à 0'”f0 en pierre, et de 2 mètres de haut. Pour maintenir la bascule des corbeaux en C, on montait un mur percé de portes et d’ouvertures carrées de distance en distance, et qui était assez haut pour donner à la couverture I) l’inclinaison convenable. Derrière le mur C on établissait des coursières de bois L, qui remplaçaient les chemins E des hourds de bois (fig. 32), et qui étaient nécessaires à l’approvisionnement des parapets et à la circulation , sans gêner les arbalétriers ou archers postés en E (fig. 33). Pour les tours on fit mieux encore.

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Disposant l’étage des mâchicoulis G (34) comme celui des cour-

tines, on suréleva le mur C d’un étage H percé de créneaux ou de meurtrières, et même quelquefois à la chute des combles en 1 on ménagea encore un chemin découvert crénelé. Ainsi le chemin G eut-il été pris par escalade, ou au moyen des beffrois mobiles, après la destruction des parapets B, qu’en barricadant les portes K on pouvait encore culbuter l’assaillant qui serait parvenu à se loger en G sur un espace sans issues, en lui jetant parles créneaux des étages II et I des pierres, madriers et tous autres projectiles. Le manuscrit de Froissant de la bibliothèque

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Impériale, que nous avons déjà cité, donne dans ses vignettes un grand nombre de tours disposées de cette manière (3b)1.

Beaucoup de ces figures font voir que l’on conservait avec les mâchicoulis de pierre des hourds de bois A, maintenus pour la défense des courtines ; et , en effet , ces deux défenses furent longtemps appliquées ensemble, les bretèches et hourds de bois étant beaucoup moins dispendieux à établir que les mâchicoulis de 1 lierre. Le château de Pierrefonds, bâti pendant les dernières années du XIVe siècle, présente encore d’une manière bien complète ces sortes de défenses supérieures. Voici (36) l’état actuel de l’angle formé par la tour du nord-est et la courtine nord. On voit parfaitement en A les mâchicoulis encore en place, en B

1 Vignette accompagnant le cliap. cjxv, intitulé : Comment le roy

David d’Escoce (David Bruce d’Ecosse ) vint à tout grand ost. devant le neuf chasteau sur Thin. »

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l’arrachement des parapets de pierre, en C le filet de l’appentis qui recouvrait le chemin de ronde D, en E les corbeaux de pierre qui portaient le faîtage de cet appentis, en G les portes qui

donnaient entrée de l’escalier sur les chemins de ronde, et en F des ouvertures permettant de passer du dedans de la tour des projectiles aux défenseurs des créneaux; en 11 un étage crénelé

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ouvert au-dessus des mâchicoulis, et en I le dernier crénelage découvert à la base du comble; en lv la tour de l’escalier servant de guette à son sommet. Mais, dans les châteaux particulièrement, à cause du peu d’espace réservé entre leurs enceintes, les courtines devenaient murs goutterots des bâtiments rangés entre les tours le long de ces enceintes, de sorte que le chemin de ronde donnait accès dans les salles qui remplaçaient l’appentis de bois L, indiqué dans la figure 33. Voici (37) la restauration de cette partie des défenses de Pierrefonds. On comprendra ainsi facilement la destination de chaque détail de la construction militaire que nous venons de décrire. Mais c’étaient là les défenses les plus fortes des tours et des murailles ; beaucoup leur étaient inférieures comme disposition et se composaient seulement de créneaux et mâchicoulis peu saillants , avec chemin de ronde peu large. Tels sont les murs d’Avignon qui, comme conservation, sont certes les plus beaux qu’il y ait sur le sol actuel de la France, mais qui, comme force, ne présentaient pas une défense formidable pour l’époque oii ils furent élevés. Suivant la méthode alors en usage en Italie, les murs d'Avignon sont flanqués de tours qui, sauf quelques exceptions, sont carrées1. En France la tour ronde avait été reconnue, avec raison, comme

1 ün a vu plus haut que les remparts d’Aigues-Mortes sont également, sur un front, flanqués de tours carrées, et nous ne devons pas oublier qu’ils furent élevés par le Génois Boccanegra. Cependant l’enceinte de Paris, rebâtie sous Charles V, était également flanquée de tours barlongues; mais l’enceinte de Paris ne passa jamais pour très-forte. Les tours carrées appartiennent plutôt au midi qu’au nord de la France ; les remparts de Cahors, qui datent des xne, xme et xive siècles, présentent des tours carrées d’une belle disposition défensive ; les remparts des villes du cointat Yenaissin sont garnis généralement de tours carrées qui datent du xive siècle , ainsi que la plupart des villes de Provence et du Rhône. Orange était munie de tours carrées construites à la ün du xve siècle, Les Normands et les Poitevins, jusqu’au moment de la réunion de ces provinces au domaine royal, c’est-à-dire jusqu au commencement du xme siècle, paraissent avoir, de préférence,, adopté la forme carrée dans la construction de leurs tours et donjons. La plupart des anciens châteaux bâtis par les Normands en Angleterre et en Sicile présentent des défenses rectangulaires.

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était battu obliquement par les courtines voisines, tandis que

s’il arrivait à la base de la face extérieure d’une tour carrée

en O, il était complètement masqué 3 8 . , pour les défenses rapprochées (38) ;

et en empêchant les défenseurs de " ~o . se montrer aux créneaux, en détrui-

sant quelques mâchicoulis placés perpendiculairement au-dessus de lui, il pouvait saper eu toute sécurité.

Contrairement aussi aux usages admis dans la fortification française des xiiP et xiv* siècles, les tours carrées des remparts d’Avignon sont ouvertes du coté de la ville (39), et ne pouvaient tenir,

par conséquent, du moment que l’ennemi s’était introduit dans la cité. Les murs d’Avignon ne sont guère qu’une enceinte flan-

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quée, comme l’étaient les enceintes extérieures des villes munies de doubles murailles, et non des courtines interrompues par des forts pouvant tenir contre un ennemi maître de la place. Ces murailles ne sont même pas garnies dans toute leur étendue de mâchicoulis, et le coté du midi de la ville n’est défendu que par de simples crénelages non destinés à recevoir des 1 lourds de bois. Leur hauteur n’atteint pas partout le minimum donné aux bonnes défenses pour les mettre à l’abri des échelades 1 . Cependant il y a , dans l’enceinte d’Avignon , une certaine disposition grandiose, un' ensemble qui fait voir qu’à cette époque l’art de la fortification était complet, que les tâtonnements avaient fait place à la méthode dans la défense des villes, <pie l’expérience et une longue pratique dirigeaient les constructeurs. Afin de donner une idée assez complète des défenses d’Avignon, nous donnons ici des exemples du système de flanquement généralement adopté. ( 39 a ) présente

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le rez-de-chaussée de l’une de ces tours ; un escalier E, fermé

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par une porte , donne accès au premier étage ( 39 b), qui

1 Escalade au moyen d’échelles.

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